Dialogue des morts (Fontenelle)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Le Dialogue des morts (en fait, plusieurs dialogues) est un ouvrage de Fontenelle publié en 1683. Il s'inspire dans son principe de l'ouvrage homonyme de Lucien de Samosate.

Fontenelle y fait se rencontrer aux enfers des couples qui furent contemporains ou non, anciens ou modernes, parfois très inattendus : William Harvey et Érasistrate, Homère et Ésope, Socrate et Montaigne, Candaule et Gygès, Charles Quint et Érasme ; il y fait également se retrouver Hernán Cortés et Moctezuma : le second remet en perspective les idées reçues du premier, et même l'idée généralement admise de rationalité grecque, dans une analyse qui évoque déjà avec trois siècles d'avance Lévi-Strauss.

Les femmes ne sont pas oubliées pour autant, Agnès Sorel et Roxelane dissertant par exemple tant de politique que des moyens d'amener un homme au mariage.

Le ton de ces dialogues est celui d'un scepticisme ironique avec un « accent mis sur la permanence et l’universalité de la nature humaine », précise en 2007 l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse. Elle en cite un passage significatif : À Montaigne qui lui demande s’il est des siècles mieux dotés en hommes de raison que d’autres, Socrate répond : « L’ordre général de la nature a l’air bien constant »[1]

Liste des dialogues[modifier | modifier le code]

Les noms propres sont écrits tels qu'orthographiés dans l'ouvrage.

Dialogues des morts anciens[modifier | modifier le code]

  1. Alexandre, Phryné. Quels caractères font le plus de bruit ?
  2. Milon, Smindiride. Sur la délicatesse.
  3. Didon, Stratonice. Sur l’intrigue que Virgile attribue faussement à Didon
  4. Anacréon, Aristote. Sur la philosophie.
  5. Homère, Ésope. Sur les mystères des ouvrages d’Homère.
  6. Athénaïs, Icasie[2]. Sur la bizarrerie des fortunes.

Dialogues des Morts anciens avec des modernes[modifier | modifier le code]

  1. Auguste, Pierre Arétin. Sur les louanges
  2. Sappho, Laure. S’il a été bien établi que les hommes attaquent et que les femmes se défendent.
  3. Socrate, Montaigne. Si les anciens ont eu plus de valeur que nous (lien audio externe plus bas).
  4. L’empereur Adrien, Marguerite d'Autriche. Quelles morts sont les plus généreuses.
  5. Érasistrate, William Harvey. De quel mérite sont les découvertes que les modernes ont faites dans la physique et dans la médecine.
  6. Cosme II de Médicis, Bérénice. Sur l’immortalité du nom.

Dialogues des Morts modernes[modifier | modifier le code]

  1. Anne de Bretagne, Marie d’Angleterre. Comparaison de l’ambition et de l’amour.
  2. Charles V, Érasme. S’il y a quelque chose dont on puisse tirer de la gloire.
  3. Élisabeth d’Angleterre, le duc d’Alençon. Sur le peu de solidité des plaisirs.
  4. Guillaume de Cabestan, Albert Frédéric de Brandebourg. Sur la folie.
  5. Agnès Sorel, Roxelane. Sur le pouvoir des femmes.
  6. Jeanne Ire de Naples, Anselme. Sur l’inquiétude qu’on a pour l’avenir.

Dialogues des Morts anciens[modifier | modifier le code]

  1. Érostrate, Démétrius de Phalère. Que les principes sont nécessaires
  2. Callirhée, Pauline. Qu’on est trompé, d’autant qu’on a besoin de l’être
  3. Candaule, Gigès. Sur la vanité et sur l’indiscrétion
  4. Hélène, Fulvie. Sur les grands événements.
  5. Parmenisque, Théocrite de Chio. Que la raison est traitée et même peut-être inutile
  6. Brutus, Faustine. Sur la liberté

Dialogues des Morts anciens avec les modernes[modifier | modifier le code]

  1. Sénèque, Scarron. Que la sagesse qui vient de la raison, est plus sûre que celle qui vient du tempérament
  2. Artémise, Raimond Lulle. Sur la perfection où les hommes aspirent
  3. Apicius, Galilée. Qu’il se peut trouver de nouvelles connoissances, et non pas de nouveaux plaisirs
  4. Platon, Marguerite d’Écosse. Si l’amour peur être spirituel
  5. Straton, Raphaël d’Urbin. Sur les préjugés
  6. Lucrèce, Barbe Plomberge. Que la gloire a plus de force que le devoir

Dialogues des Morts modernes[modifier | modifier le code]

  1. Soliman, Juliette de Gonzague. Qu’il y a quelque chose dans la vanité qui peut être bon
  2. Paracelse, Molière. Sur les Comédies
  3. Marie Stuart, David Riccio. Si l’on peut être heureux par la raison.
  4. Le quatrième faux Démétrius, Descartes. Qu’on ne se dégoûtera point de chercher la vérité quoique sans succès.
  5. La duchesse de Valentinois, Anne de Boulen. Comment les grandes choses se font
  6. Fernand Cortez, Moctezuma. Quelle est la différence des peuples barbares et des Pôles
  7. Jugement de Pluton sur les deux parties des dialogues des Morts.

Dialogues similaires dans la littérature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Discours du Secrétaire perpétuel 2007
  2. Icasis, habitante de Constantinople d'une grande beauté, était courtisée par son empereur. La finesse de ses traits d'esprit dissuada toutefois celui-ci de l'épouser, car il craignait de se trouver vis-à-vis d'elle en position d'infériorité. Il jeta pour cette raison par la suite son dévolu sur une jeune femme plus quelconque; Dictionnaire historique, Ménard et Desenne, Paris, 1822; consultable sur Google Books
  3. « LUCIEN : Dialogue des morts (traduction) », sur remacle.org (consulté le 16 mai 2021).
  4. Extrait donné en analyse au baccalauréat
  5. RENAN, Ernest (1823-1892) : 1802. Dialogue des morts : Représenté à la Comédie-Française, le 26 avril 1886, jour anniversaire de la naissance de Victor Hugo.- Paris Calmann Lévy, 1886

Liens externes[modifier | modifier le code]