Milon de Crotone

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Milon.
Milon de Crotone
Louvre statue DSC00917.jpg

Milon de Crotone, sculpture de Pierre Puget (Paris, Musée du Louvre).

Biographie
Naissance
Décès
Activité
LutteurVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Autres informations
Distinctions
Liste détaillée
Vainqueur de la lutte aux Jeux olympiques antiques (d) ()
Vainqueur de la lutte aux Jeux olympiques antiques (d) (, , , et )
Periodonike (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Milon de Crotone (grec ancien : Μίλων) est un athlète grec du VIe siècle av. J.-C., originaire de la cité de Crotone. Il remporta de nombreux titres lors des Jeux panhelléniques dans les décennies 540 à 510 av. J.-C. dans les épreuves de lutte.

Sa vie et sa mort sont l'objet de nombreuses légendes relatées dans les récits des trois principales biographies antiques de Pythagore, par Diogène Laërce, Porphyre (Vie de Pythagore) et Jamblique (Vie de Pythagore), ainsi que par Plutarque et Justin.

Histoire[modifier | modifier le code]

Milon était probablement issu d'une très bonne famille de Crotone[1].

Milon obtint son premier titre olympique de lutte en 540 av. J.-C. dans l'épreuve réservée aux jeunes garçons lors des 60e jeux olympiques. Il fut à nouveau couronné, cinq ou six fois de suite dans les épreuves des adultes de 536 à 520 voire 516 av. J.-C.[1]. Il fut quatre fois consécutives « périodonike » : vainqueur aux quatre concours pentétériques lors des quatre ans d'une même olympiade[2]. Il arriva que lors d'une compétition, aucun adversaire ne se présentât pour lutter contre lui : il était alors proclamé vainqueur par défaut[2].

Il fut finalement vaincu par son compatriote Timasithéos de Crotone lors des 67e jeux en 512 av. J.-C. Ce dernier réussit à l'épuiser en refusant le contact[3].

Milon est aussi crédité de 7 titres aux jeux pythiques (dont un en catégorie enfant), 9 titres aux jeux de Némée et 10 titres aux jeux isthmiques[1].

Sa force légendaire servit à sa cité dans son affrontement contre sa rivale Sybaris. Milon aurait mené à la victoire une troupe pourtant trois fois moins nombreuse, vêtu d'une peau de lion et armé d'un gourdin pour rappeler Héraclès[1].

Il est considéré par certains auteurs comme disciple de Pythagore dont il aurait épousé la fille Myia. Le médecin Démocédès serait son gendre[1].

Légende[modifier | modifier le code]

Milon est devenu légendaire en raison de sa force extraordinaire.

Lors d'une de ses victoires olympiques par défaut, Milon, en allant chercher sa couronne, aurait glissé et serait tombé. Des spectateurs auraient crié qu'il avait dès lors perdu. Milon se serait tourné vers la foule pour rappeler que le règlement précisait que les deux épaules devaient toucher trois fois le sol et qu'elles n'avaient touché qu'une fois. Il invitait donc n'importe quel spectateur à venir lui mettre les épaules à terre deux fois supplémentaires. Le public se serait alors tu[2].

Il aurait mangé en une seul fois vingt livres (ou vingt mines) de viande, autant de pain et quinze pintes de vin suffisaient à peine à le rassasier. Un jour, ayant parcouru toute la longueur d'un stade, portant sur ses épaules un taureau de trois (ou quatre ans), il l'assomma d'un coup de poing, et le mangea tout entier dans la journée[1]. Cependant, sa gloutonnerie devint aussi un des aspects récurrents dans ses biographies, servant à justifier sa déchéance finale[1].

Il aurait régulièrement apporté lui-même sur l'Altis, sur son dos, la statue commémorant sa victoire olympique[1].

Il aurait commencé sa carrière en portant sur ses épaules chaque jour un jeune veau. Le veau étant devenu adulte, il continuait à le soulever aisément, cet entraînement légendaire étant à l'origine du proverbe grec « qui l'a bien porté veau peut le porter taureau »[4].

D'après Pline l'Ancien, il aurait toujours emporté avec lui des gastrolithes de coq (cailloux que l'animal conserve dans son gésier pour faciliter la digestion) : il aurait considéré que cela lui portait chance[1],[2].

Il aurait tenu une grenade dans sa main, et, par la seule application de ses doigts, sans écraser ni presser ce fruit, il la tenait si bien que personne ne pouvait la lui arracher[2],[5].

Il aurait mis le pied sur un disque graissé d'huile, et par conséquent très glissant ; cependant, quelque effort que l'on fît, il n'était pas possible de l'ébranler, ni de lui faire lâcher pied[2].

Il se serait ceint la tête d'une corde, en guise de ruban ; puis retenait sa respiration : dans cet état violent, le sang se portant au front lui enflait tellement les veines, que la corde rompait[2],[5].

Il se serait tenu le bras droit dans le dos, la main ouverte, le pouce levé, les doigts joints, et alors nul homme n'eût pu lui séparer le petit doigt d'avec les autres ; ou à l'inverse, le petit doigt écarté, il demandait qu'on essayât de le rapprocher des autres, sans succès[2].

Il eut une occasion de faire un usage de ses forces. Un jour qu'il écoutait les leçons de Pythagore, le plafond de la salle où l'auditoire était assemblé menaçant de s'effondrer, il le soutint lui seul, donna aux auditeurs le temps de se retirer et se sauva après eux. La confiance qu'il avait en ses forces finit par lui être fatale.

La postérité le tient pour le meilleur athlète (au sens de combattant) de l'Antiquité, devançant, dans le quatuor canonique des champions : Théagène de Thasos, le premier à s'être imposé dans deux disciplines différentes (pugilat et pancrace) ; Glaucos de Carystos, le gigantesque boxeur ; et Polydamas de Scotoussa, le pancratiaste, appelé « l'homme le plus grand ayant jamais vécu » par l'auteur Pausanias le Périégète.

Mort[modifier | modifier le code]

Selon la légende, Milon, parvenu à un âge avancé, traversait l'Italie et, ayant trouvé en chemin un vieux chêne abattu et entrouvert, il entreprit d'achever de le fendre avec ses mains ; mais l'arbre retrouva son état d'origine, et l'athlète n'ayant pas eu le temps de retirer ses doigts, resta finalement prisonnier de l'arbre, ses mains étant prises comme dans un étau : il ne put se dégager, et, incapable de se défendre, il fut dévoré par des loups[6],[1].

En réalité, il est probablement mort dans l'incendie criminel de sa maison où les principaux chefs du parti pythagoricien étaient alors réunis, lors d'une guerre civile à Crotone, dominée par l'hétairie des Pythagoriciens[7].

Évocations artistiques[modifier | modifier le code]

tableau représentant un homme nu avec un manteau rouge, dévoré par un lion
Charles Meynier, Milon de Crotone voulant essayer sa force est surpris et dévoré par un lion, 1795, (Musée des beaux-arts de Montréal).

Dans un tableau réalisé vers 1535 par le Pordenone (Milon dévoré par le lion, University of Chicago), l'artiste a remplacé les loups par des fauves africains. Cette fantaisie artistique se retrouve, un siècle et demi plus tard, dans le célèbre groupe de marbre de Pierre Puget conservé au Louvre : Milon de Crotone (1682).

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Golden 2004, p. 103.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Matz 1991, p. 72.
  3. Golden 2004, p. 103 et 166.
  4. Petronius Arbiter, Le Satiricon, suivi des poésies attribuées à Pétrone et des fragments épars, Garnier frères, , p. 445
  5. a et b Jean-Paul Brouchon, Histoires des Jeux Olympiques de Zeus à Pékin. Éditions Jacob-Duvernet, Saint-Amand-Montrond, 2008, p. 22
  6. Aulu-Gelle, Nuits attiques [détail des éditions] [lire en ligne], XV, 16.
  7. Roubineau 2016, p. 44.