Daniel Pearl

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Daniel Pearl
Image illustrative de l'article Daniel Pearl

Naissance
Princeton, Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 38 ans)
Karachi, Drapeau du Pakistan Pakistan
Médias
Presse écrite The Wall Street Journal

Daniel Pearl, né le à Princeton dans le New Jersey et mort le à Karachi, est un journaliste américain pris en otage et assassiné par des membres d'Al-Qaïda.

Au moment de son enlèvement, Pearl travaille pour le Wall Street Journal en tant que responsable du bureau de l’Asie du Sud basé à Bombay en Inde. Il est allé au Pakistan pour enquêter sur les liens supposés entre Richard Reid (surnommé le "shoe bomber") et Al-Qaida. Il est décapité par ses ravisseurs[1],[2].

En juillet 2002, Ahmed Omar Saïd Cheikh, un Anglais d’origine pakistanaise, est condamné à mort pour l’enlèvement et l'assassinat de Pearl[3],[4].

En mars 2007, lors d’une audience militaire à huis clos au centre de détention de Guantanamo Bay à Cuba, Khalid Cheikh Mohammed déclare qu’il a lui-même décapité et découpé le corps de Pearl[5],[6].

Biographie[modifier | modifier le code]

Passeport de Daniel Pearl

Pearl est né à Princeton dans le New Jersey et a grandi à Encino, dans le sud de la Californie. Son père, Judea Pearl, est professeur à l’UCLA. Daniel obtient une licence en communication de l’université Stanford en 1985. Après avoir travaillé pour divers journaux, il entre en 1990 au The Wall Street Journal et y travaille jusqu’à sa mort. Il devient correspondant à l’étranger en 1996, rencontre sa femme Mariane van Neyenhoff à Paris en 1998 et est le chef du bureau pour l’Asie du Sud, basé à Mumbai en Inde lorsqu’il est enlevé. Il est surtout connu pour ses articles A-heads parlant d’événements étonnants.

Sa mort[modifier | modifier le code]

Il se rend le au Pakistan pour mener une enquête sur Richard Reid, pour un séjour qui ne doit pas durer une semaine. Ce dernier a été arrêté puis condamné, pour avoir voulu faire sauter un avion avec une bombe dissimulée dans ses chaussures[7].

Le , alors qu’il doit interviewer le cheikh Mubarak Ali Shah Gilani, un chef terroriste d'une secte islamique avec laquelle Reid était en relation, Pearl est enlevé par des activistes, Le mouvement national pour la restauration de la souveraineté pakistanaise dirigé par un djihadiste nommé Omar Sheikh. Ce groupe, qui entretient des contacts à la fois avec Al-Qaïda et avec l’ISI, prétend que Pearl est un espion et, en utilisant le courriel kidnapperguy@hotmail.com, présente aux États-Unis plusieurs demandes dont la libération de plusieurs détenus pakistanais (emprisonnés sous le prétexte de la Guerre contre le terrorisme), une rançon et la reprise de la vente de F-16 au gouvernement pakistanais[8].

Le message dit :

« We give u 1 more day if America will not meet our demands we will kill Daniel. Then this cycle will continue and no American journalist could enter Pakistan. »

(Nous vous donnons encore un jour si l’Amérique ne satisfait pas nos exigences nous tuons Daniel. Ensuite ce cycle continuera et aucun journaliste américain ne pourra entrer au Pakistan)[9].

Des photos de Pearl menacé par un pistolet et tenant un journal sont jointes au message. Il n’y a aucune réponse au chantage, que ce soit de l’éditeur de Pearl, ou de sa femme Mariane qui est alors enceinte de leur premier enfant.

Six jours plus tard, Pearl est égorgé puis décapité après avoir dit face caméra (peut-être sous la contrainte) : « Mon père est juif, ma mère est juive, je suis juif. Près de la ville de B'nai Braq en Israël il y a une rue qui porte le nom de mon grand-père Chayim Pearl qui est l’un des fondateurs de la ville. » Selon le père du journaliste, les terroristes ne pouvaient connaître ce dernier détail dont seule la famille proche était au courant. Il s’agirait donc d’un message direct adressé par Daniel à sa famille signifiant qu’il prononçait librement et consciemment ses derniers mots.

Pearl continue à parler sur la vidéo :

« Ne connaissant rien de ma situation... n'étant en mesure de communiquer avec quiconque... ce n'est que maintenant que je pense à certaines des personnes à Guantanamo Bay qui doivent être dans une situation similaire... et je viens de réaliser cela...
« ... c'est le genre de problème que les Américains vont avoir partout dans le monde maintenant.
« Nous ne pouvons être en sécurité, nous ne pouvons marcher librement tant que les politiques de notre gouvernement continuent et que nous les laissons continuer.
« Nous, Américains, ne pouvons continuer à supporter les conséquences des actions de notre gouvernement, comme le soutien inconditionnel donné à l’État d'Israël. Vingt-quatre utilisations du droit de veto pour justifier les massacres d'enfants. Et le soutien à des régimes dictatoriaux dans le monde arabe et de gauche. Et aussi la présence militaire américaine continue en Afghanistan. »

Son corps est ensuite dépecé et découpé en 10 morceaux. Le 21 février, une vidéo, nommée The Slaughter of the Spy-Journalist, the Jew Daniel Pearl (L’exécution de l’espion-journaliste, le juif Daniel Pearl) est diffusée sur Internet. Cette vidéo comporte des photos de Mohammed al-Durah.
Khalid Sheik Mohammed, reconnu responsable de l’organisation des attentats du 11 septembre, revendiqua l’assassinat.

Son corps est retrouvé le 16 mai dans les environs de Karachi.

Omar Sheikh se livre auprès d’un proche de sa famille en poste dans l’armée, après perquisition de son domicile et arrestation de quelques-uns de ses proches parents. Il revendiquera l’enlèvement du journaliste américain. Il a fait appel de sa condamnation à la peine de mort par pendaison.

D'après Alexandre Adler, s'exprimant notamment le 3 mai 2011 dans l'émission "C Dans l'Air" de France 5, Daniel Pearl aurait été assassiné brusquement par une fraction de l'organisation armée djihadiste qui se nomme État islamique (ISI) parce qu'il aurait obtenu des renseignements majeurs concernant les relations entre l'ISI pakistanais et la présence d'Al Qaïda, dont peut-être Oussama Ben Laden lui-même, au Pakistan. Voici sa déclaration : "Le but pour Pearl, c'était de le liquider le plus vite possible, parce qu'il en savait trop. Et qu'est-ce qu'il savait ? Évidemment, il savait les liens entre les services secrets pakistanais et Oussama Ben Laden, et je pense, pour ma part, que pour qu'il ait été exécuté avec une telle violence et une telle rapidité, il devait savoir quelque chose de tout à fait essentiel. Et le tout à fait essentiel, c'est pas très compliqué"[10]. Un article de Vanity Fair repris par Courrier international le 10 octobre 2002[11] confirme l'implication de l'ISI : Le 5 février 2002, Omar Sheikh, l'instigateur de l'enlèvement, se rend chez le général Shah, ministre de l'Intérieur du Pendjab et ancien agent de l'ISI. C'est lui qui livrera Sheikh aux autorités quelques jours plus tard. Toujours d'après Vanity Fair, Omar Sheikh déclare que le but de l'enlèvement était de porter atteinte au président Musharraf, jugé trop conciliant face aux pressions exercées par Washington depuis les attentats du 11 septembre.

Cependant, Libération publie le 20 janvier 2011[12] :

« selon l'enquête dirigée dans le cadre du « Pearl Project » par Asra Nomani, qui était une ancienne collègue et une amie du journaliste du Wall Street Journal, c'est bien Khaled Cheikh Mohammed (KSM selon ses initiales en anglais), le cerveau auto-revendiqué des attentats du 11-Septembre actuellement emprisonné à Guantanamo, qui a exécuté Daniel Pearl. KSM avait assuré en 2007 qu'il avait égorgé puis décapité l'otage et la comparaison des veines des bras du bourreau, telles qu'on les voit sur la vidéo de l'exécution, avec les siennes a montré qu'il s'agissait en effet du même homme, rappelle l'enquête. »

Réactions[modifier | modifier le code]

« Daniel Pearl était américain, mais c’était d’abord un journaliste et, à ce titre, un défenseur de ces valeurs universelles que sont les libertés de penser et de publier… L’indignation française et européenne, si prompte à se manifester pour dénoncer le traitement des prisonniers taliban de Guantanamo, aurait donc dû retentir haut et fort. Hélas ! Nous n’avons rien entendu, ou si peu. »

— Denis Jeambar, L'Express, 28 février 2002[13]

Livres[modifier | modifier le code]

En novembre 2003, Mariane Pearl a publié A Mighty Heart: the Brave Life and Death of My Husband Danny Pearl, traduit en français Un cœur invaincu : La vie et la mort courageuses de mon mari Daniel Pearl aux éditions Plon (ISBN 225919947X).

  • 2003, Bernard-HenrI Lévy a publié "Qui a tué Daniel Pearl ?" aux éditions Grasset. C'est un livre qui mélange fiction et réalité, son auteur en parle comme d'un "romanquête", et qui lui a valu d'être poursuivi par la famille de Daniel Pearl et critiqué par les spécialistes de la région[14].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On the Trail of Daniel Pearl
  2. Who killed Daniel Pearl?
  3. (en) « Profile: Omar Saeed Sheikh », BBC News,‎ (lire en ligne)
  4. Online NewsHour Update: Pakistan Convicts Four Men in Pearl Murder - July 15, 2002
  5. Mount, Mike. Khalid Sheikh Mohammed: I beheaded American reporter "Al-Qaida No. 3 says he planned 9/11, other plots", MSNBC, March 15, 2007
  6. (en) Katherine Shrader, « 9/11 Mastermind Admits Killing Reporter », Houston Chronicle,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Preston G. Smith, Encyclopedia of World Terrorism, M.E. Sharpe, , p. 594
  8. (en) K. Jaishankar, Natti Ronel, Global Criminology, CRC Press, , p. 27
  9. (en) Mariane Pearl, Sarah Crichton, A Mighty Heart: The Brave Life and Death of My Husband, Danny Pearl, Simon and Schuster, , p. 132
  10. Taïké Eilée, « Alexandre Adler : "Daniel Pearl en savait trop" », AgoraVox,‎ (lire en ligne)
  11. Courrier International.com
  12. Libération.fr
  13. « Regrets » sur lexpress.fr, 28 février 2002
  14. « Murder in Karachi »,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]