Congrès de Gniezno

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Portrait de Boleslas Ier portant la réplique de la Sainte Lance, Jan Matejko (1838–1893).

Le congrès de Gniezno (en polonais : Zjazd gnieźnieński, en allemand : Akt von Gnesen ou Gnesener Übereinkunft) désigne la rencontre qui eut lieu à Gniezno le 11 mars de l'an 1000 entre l'empereur Otton III du Saint-Empire et le duc Boleslas, futur roi de Pologne.

Contexte[modifier | modifier le code]

Reliquaire en or de saint Adalbert dans le chœur de la cathédrale de Gniezno.

Durant le règne de Mieszko Ier, duc de Pologne, la dynastie Piast étend son domaine au-delà des rives de l'Oder et entre en collision avec les intérêts du margrave saxon Gero Ier. Après une défaite face aux troupes de Gero en 963, Mieszko est obligé de reconnaître la suzeraineté d'Otton II du Saint-Empire. Il gagne alors le titre d'amicus imperatoris (ami de l'empereur) et la reconnaissance de son titre de duc de Pologne. En 978, poursuivant sa politique de convergence avec l'Empire, Miesko épouse Oda, la fille du margrave saxon Dietrich d’Haldensleben et marie son fils Boleslas Ier à Heminilde, la fille de Rikdag, margrave de Misnie. Selon le Dagome Iudex, premier acte écrit relatif à la Pologne, peu de temps avant sa mort en 992, Miesko place son royaume, (Civitas Schinesghe), sous la protection du pape Jean XV. Quand son fils Boleslas lui succède, la Pologne est un allié de l'Empire dans les campagnes contre les tribus païennes. En 996, Otton III succède à son père sur le trône du Saint-Empire.

Après la mort de l'évêque Adalbert de Prague, survenue lors d'une mission d'évangélisation, en 997, l'empereur Otton III et le duc Boleslas se mobilisent pour le faire canoniser. Adalbert devient ainsi le premier évêque slave à être sanctifié[1]. Son corps, racheté au poids de l'or par Boleslas, est mis dans un tombeau dans la cathédrale de Gniezno, qui devient le premier centre ecclésiastique de la Pologne.

Le congrès[modifier | modifier le code]

Selon les chroniques de Thietmar de Merseburg, Otton III, qui avait été un ami et élève d'Adalbert[1], décide de se rendre en pèlerinage, sur la tombe du saint homme à Gniezno. Boleslas se porte à sa rencontre sur la rive de la rivière Bóbr près de Małomice. Unger l'évêque de Poznań les accompagne jusque Gniezno. Entre le 7 et le 15 mars, Otton investit Boleslas des titres de frater et cooperator Imperii (frère et collaborateur de l'empire) et populi Romani amicus et socius (ami et allié du peuple romain).

Lors de la rencontre, Otton III élève Gniezno au rang d'archevêché. Radzim Gaudenty, le demi-frère de saint Adalbert en devient le premier archevêque. Trois nouveaux diocèses subordonnés à Gniezno sont également créés: l'évêché de Cracovie (attribué à l'évêque Poppo), l'évêché de Wrocław (attribué à Jean) et l'évêché de Kołobrzeg, (attribué à l'évêque Reinbern). Boleslas reçoit d'Otton III une réplique de la Sainte Lance, dont l'originale appartenait aux insignes impériaux. En échange Boleslas offre à l'empereur une relique (un bras) de saint Adalbert.

Le statut de l'évêché de Poznań, qui au préalable intégrait Gniezno fait aujourd'hui débat. Pour certains il serait resté indépendant et Unger directement subordonné au pape, tandis que pour d'autres il est désormais rattaché à l'archevêché de Magdebourg, la province ecclésiastique allemande la plus proche[1]-[2]. Cependant le congrès est en général considéré comme l'acte qui établit clairement l'indépendance de l'Église polonaise vis-à-vis de Magdebourg[3].

Boleslas raccompagne ensuite Otton III vers l'Allemagne. Tous deux s’arrêtent devant la tombe de Charlemagne dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, où Boleslas reçoit le trône de l'empereur en cadeau. Avant de se séparer, tous deux conviennent encore des fiançailles du Mieszko, fils de Boleslas avec la nièce d'Otton III Richezza de Lorraine.

Conclusions[modifier | modifier le code]

Le mémorial du millénaire à Kołobrzeg.

Otton III meurt prématurément en 1002, sans avoir le temps de réaliser tous ses projets politiques. Henri II, lui succède et inverse les politiques de l'empire. Boleslas soutient le rival d'Henri, margrave de Ekkehard Ier de Misnie, a élargi le domaine polonais dans la Marche de Lusace, et s'empare également du duché de Bohême. Lors d'une rencontre avec Henri II à Mersebourg, Boleslas est attaqué par les hommes de l'empereur et échappe de peu à la mort. Les excellentes relations entre l'Empire et la Pologne marquées par le congrès de Gniezno fait place à un état d'hostilité qui se traduit dans une guerre germano-polonaise qui va durer 16 ans, jusqu'à la paix de Bautzen en 1018.

Ce n'est qu'à la mort d'Henri II, en 1024, que Boleslas acquiert le consentement du pape pour son couronnement comme roi de Pologne. Le diocèse de Poméranie de Colberg, fondé à la suite du congrès de Gniezno, est renversé par une révolte païenne autour de 1007. L'évêque Reinbern est forcé de retourner à la cour de Boleslas.

La création de l'archidiocèse de Gniezno, dépendant directement du Saint-Siège plutôt que d'un archidiocèse allemand, préfigure l'indépendance de la Pologne vis-à-vis du Saint-Empire. Autour de 1075 l'évêché de Poznań devient un diocèse suffragant de l'archidiocèse de Gniezno qui commande désormais le royaume des Piast, comme le confirme la bulle de Gniezno en 1136.

En 2000, le conseil municipal de Kołobrzeg commande Le Monument du Millénaire pour commémorer les 1000 ans de christianisme en Poméranie, la célébration de la réunion du roi Boleslas Ier de Pologne et de l'empereur Otton III du Saint-Empire et rendre hommage à la réconciliation germano-polonaise.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Janine Boßmann, Otto III. Und der Akt von Gnesen, 2007, p. 9-10, (ISBN 3-638-85343-8), (ISBN 978-3-638-85343-9)
  2. Nora Berend, Christianization and the Rise of Christian Monarchy: Scandinavia, Central Europe and Rus' C. 900-1200, 2007, p. 281-182, (ISBN 0-521-87616-8), (ISBN 978-0-521-87616-2)
  3. Uta-Renate Blumenthal, "The Investiture Controversy: Church and Monarchy from the Ninth to the Twelfth Century", University of Pennsylvania Press, 1991, pg. 38

Sources[modifier | modifier le code]