Charles Coypeau d'Assoucy

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Charles Coypeau d'Assoucy
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Charles Coypeau d'Assoucy, par Michel Lasne

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Charles Coypeau, dit d’Assoucy [d’Assouci, Dassoucy], né le à Paris où il est mort le , est un écrivain, luthiste et compositeur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

D’Assoucy est le fils d’un avocat et d’une musicienne qui lui enseigna la musique. Sa formation musicale achevée, il compose des chansons et est présenté à Louis XIII, par l’intermédiaire de Claude de Rouvroy de Saint-Simon, puis à Mazarin et Louis XIV. Il est nommé maître de Louis XIV par Louis XIII, qui admire ses talents musicaux. Il travaille à la cour comme luthiste et compositeur. Durant son séjour parisien, qui dure jusqu’en 1653, d’Assoucy se lie avec les milieux libertins : Tristan l’Hermite, François de La Mothe Le Vayer, Cyrano de Bergerac, Jean de La Chapelle nou Paul Scarron. Il se rapproche aussi du chanteur Pierre de Niert (protégé de Claude de Rouvroy de Saint-Simon) et de Luigi Rossi. Il compose les intermèdes musicaux de la tragédie à machines Andromède de Corneille, jouée en 1650 au Petit-Bourbon, avec des machines et des décors de Torelli. La même année, il fait jouer sa pastorale Les Amours d’Apollon et de Daphné. Ces deux œuvres ont eu une réelle importance dans le développement de la musique dramatique en France.

Vers 1640, il devient prétendument l’amant de Cyrano de Bergerac qui vit chez lui et rédige une préface burlesque, intitulée Au sot lecteur, pour son Jugement de Pâris, 1648. Cyrano rédige également une satire intitulée Pour Soucidas[1], contre un partisan qui avait refusé de lui prêter de l’argent qui prend sa défense contre un financier peu prêteur de son naturel. En 1653, à la suite de leur rupture, probablement pour une histoire de jalousies amoureuses et aux menaces de mort que lui adresse Cyrano, il fuit prudemment Paris où il ne reviendra qu’une fois Cyrano mort. Celui-ci le poursuit de sa vindicte sur le papier avec sa satire Contre Soucidas où il l’accuse de n’être « qu’un clou aux fesses de la nature » et Contre un ingrat qu’il signe : « Votre Partie, votre Juge, et votre Bourreau ». Cyrano y dénonce l’athéisme ainsi que les penchants pédérastes de Dassoucy, qui lui ont valu d’être chassé de la cour, puis de la société des poètes. D’Assoucy réplique avec le Combat de Cyrano de Bergerac avec le singe de Brioché au bout du Pont-Neuf qui raconte sur le mode burlesque comment Cyrano tua le singe d’un bateleur du Pont Neuf.

Souvent emprisonné pour grivèlerie, dettes de jeu ou propos outrageants, d’Assoucy voyage en province ; il rencontre Molière et voyage avec lui entre Avignon et Montpellier. Là, il est arrêté en 1655, où la mise en évidence de ses mœurs manque de le conduire au bûcher : « Les femmes m’appelaient hérétique, non pas en fait de religion mais en fait d’amour »[2]. Il est emprisonné pour sodomie en 1652, 1655 et 1673. Il voyage ensuite à Turin, où il est engagé par Christine de Savoie (la sœur de Louis XIII), puis à Mantoue[3], Modène, Florence et Rome, il devient protégé du duc de Chaulnes, ambassadeur de France. Il encore emprisonné pour athéisme à Rome (ce qu’il relate dans ses Aventures d'Italie . Après quinze mois de prison, il sort au début de 1669 et quitte Rome, muni d’une médaille en or à son effigie offerte par le pape Clément IX.

Il retourne alors à Paris vers 1670. Vers 1671, lorsque Molière se brouille irréparablement avec Lully, il songe d'abord à d'Assoucy pour le remplacer, ce qui vient à ses oreilles. Quand le choix de Molière se porte sur le jeune Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), le vieux musicien-poète manifeste à Molière sa colère sous la forme d'une lettre, qui a été publiée et nous est parvenue. Il y affirme entre autres que Charpentier a eu besoin de lui « dans Rome » (Charpentier y avait séjourné) et termine en affirmant à Molière qu'« il s'en faut d'une paire d'échasses que sa musique soit à la hauteur de vos vers ».

En 1673, d’Assoucy annonce une suite de nouvelles œuvres, appelées « Concerts chromatiques », qui sont perdues. D’Assoucy est à nouveau emprisonné quelques mois à Paris, en 1673, mais il a le temps de procéder à la publication de plusieurs ouvrages avant de mourir.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

D’Assoucy raconte ses errances en compagnie de ses deux pages dans les Avantures burlesques de Dassoucy, ouvrage qui était terminé en 1669 mais ne fut publié, après retouches, qu’en 1677. L’auteur y répond aux accusations de sodomie formulées par Jean Loret dans sa Muse historique et par Chapelle et Bachaumont dans leur Voyage curieux, historique et galant, contenant plusieurs particularités très considérables (1663). Parlant de son page Pierrotin, ils écrivent :

Ce petit garçon qui vous suit,
Et qui derrière vous se glisse,
Que sait-il ? En quel exercice,
En quel art l’avez-vous instruit ?
— Il sait tout, dit-il. S’il vous suit
Il est bien à votre service
Nous le remerciâmes bien civilement, ainsi que vous eussiez fait, et ne lui répondîmes autre chose
Qu’adieu, bonsoir et bonne nuit.
De votre page qui vous suit,
Et qui derrière vous se glisse,
Et de tout ce qu’il sait aussi,
Grand merci, Monsieur d’Assoucy !
D’un si bel offre de service,
Monsieur d’Assoucy, grand merci !

Dans ses Avantures burlesques D’Assoucy navigue de formules équivoques en provocations et met les rieurs de son côté. Ainsi, parlant de son ancien ami Chapelle, il écrit :

[…] il me cedoit fort librement la moitié de son lit. C'est pourquoy, après avoir eu de si longue preuve de la qualité de mes desirs et m'avoir bien daigné honnorer plusieurs fois de sa couche, il me semble que c'estoit plutôt à luy à me justifier qu'à Messieurs du Presidial de Montpellier, avec lesquels je n'ay jamais couché[4].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Inversion de d’Assouci.
  2. Aventures burlesques de Dassoucy.
  3. Séduit par la voix de son page Pierrotin, le duc de Mantoue l’enleva à d’Assoucy pour en faire un castrat.
  4. p. 198-199. Cité par Guy Catusse, « D'un bon usage de l’équivoque : les avantures de Dassoucy ».

Œuvres littéraires principales[modifier | modifier le code]

Frontispice du Jugement de Pâris en vers burlesques, 1648.
  • Le Jugement de Pâris en vers burlesques. Paris : T. Quinet, 1648.
  • L’Ovide en belle humeur, enrichy de figures burlesques. Paris : Ch. de Sercy, 1650. Sur Gallica.
Seconde édition : Paris : Antoine de Sommaville, 1653. Sur Gallica.
Réédition en 1659.
  • Poësies et lettres de M. Dassoucy, contenant diverses pièces héroïques, satiriques et burlesques. Paris, J.-B. Loyson, 1653. Réédité sous le titre de Nouveau recueil de poésies héroïques, satyriques et burlesques.
  • Le Ravissement de Proserpine, poème burlesque enrichi de toutes les figures. Paris, Pierre David et Edme Pepingué, 1653. Sur Gallica.
  • Les Rimes redoublées de M. Dassoucy. Paris : Claude Nego, 1671. Sur Gallica.
  • La prison de M. Dassoucy, dédiée au roy. Paris : 1676.
  • Les pensées de M. Dassoucy dans le Saint Office de Rome. Paris : 1676. Sur Gallica.
  • Avantures [burlesques] de M. D’Assoucy. Paris : 1677, 2 vol. Sur Gallica.
Aussi publié sous le titre de : Les Avantures d’Italie. Paris : Antoine de Rafflé, 1677. Sur Gallica.
Edition par Emile Colombey : Paris, 1858 (sur Gallica) puis 1876 (sur Internet archive.
Rééd. dans Les Libertins du XVIIe siècle, t. 1. Paris : Gallimard, 1998 (coll. La Pléiade), (ISBN 978-2-07011-360-6).

Outre ces œuvres, se trouvent des œuvres de moindre importance, occasionnelles ou encomiastiques.

Œuvres musicales[modifier | modifier le code]

Page de titre des Airs de 1653.
  • Les Amours d’Apollon et de Daphné, comédie en musique dédiée au roy. Paris : 1650. [livret]
  • Les Biberons (ballet, perdu).
  • Les Enseignes des cabarets de Paris (ballet, perdu).
  • Airs à quatre parties. Paris : Robert III Ballard, 1653. 4 vol. 8° obl. RISM D 1081, Guillo 2003 n° 1653-F.
Seules les trois parties de haute-contre, taille et basse-contre sont connues. Elles peuvent maintenant être complétées avec une copie manuscrite du recueil récemment donnée à la Bibliothèque de l’Arsenal par M. Jean-Robert Henry, directeur de recherche émérite au CNRS.
Deux airs proviennent de la tragédie d’Andromède de Corneille. Les airs de 1653 sont aussi cités plusieurs fois dans les œuvres d’Assoucy.
  • D’autres chansons se trouvent dans le manuscrit Paris BNF (Mus.) : VM7-275.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Bertrand (éd.), Avez-vous lu Dassoucy ?. Clermont-Ferrand : Presses de l'Université Blaise Pascal, 2005, 411 p., (ISBN 978-2-84516-277-8).
  • Jean-Marie Besset, Le Banquet d'Auteuil. Saint-Martin-de-Londres : éd. H&O, 2014, 122 p., (ISBN 978-2-84547-293-8).
  • Pierre Brun, Autour du dix-septième siècle : les Libertins, Mayard, Dassoucy, Desmarets... Grenoble : 1901.
  • Laurent Guillo : Pierre I Ballard et Robert III Ballard : imprimeurs du roy pour la musique (1599–1673). Liège : Mardaga et Versailles : CMBV, 2003. 2 vol. (ISBN 2-87009-810-3).
  • Jean-Luc Hennig, Dassoucy et les garçons. Paris : Arthème Fayard, 2011, 1119 p., (ISBN 978-2-21365-579-6).
  • Paul Lacroix, Les hauts faits de Charles d'Assoucy : une famille de musiciens. Paris : 1889.
  • Georges Mongrédien, « Bibliographie des œuvres de d’Assoucy », Revue d’histoire littéraire de la France 39 (1935) p. 100-110.
  • Henri Prunières, « Les aventures de Ch. Dassoucy », Revue de Paris 6 (1922), p. 105-10
  • Henri Prunières, « Les singulières aventures de M. Dassoucy, musicien et poète burlesque », Revue musicale n° 175-179 (1937), p. 209-216, n° 180-184 (1938) p. 14-31, 86-97 et 273-281, n° 185-187 (1938) p. 23-31 et n° 188-191 (1939), p. 190-202.
  • Kilien Stengel, Poètes du vin, poètes divins, préf. Jean-Robert Pitte. Paris : Éditions de l'Archipel, 2012 (coll. Écriture).

Liens internes[modifier | modifier le code]

Littérature française du XVIIe siècle

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