François L'Hermite

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dit Tristan L'Hermite

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François L'Hermite,
sieur du Solier
Description de cette image, également commentée ci-après
Tristan L'Hermite en 1648,
portrait gravé par Pierre Daret pour
l'édition originale des Vers héroïques
Nom de naissance François L'Hermite
Alias
Tristan L'Hermite
Naissance 1601
Janaillat, dans la Marche
Royaume de France Royaume de France
Décès
Hôtel de Guise, Paris
Royaume de France Royaume de France
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Baroque, précieux, mariniste
Genres
Adjectifs dérivés « tristanien, tristanienne »

Œuvres principales

Signature de François L'Hermite, sieur du Solier

François L'Hermite, sieur du Solier, dit Tristan L'Hermite, né en 1601 au château du Solier, près de Janaillat dans la Marche, et mort à Paris le , est un écrivain et gentilhomme français. D'abord page dans l'entourage de Henri de Bourbon-Verneuil, fils naturel du roi Henri IV, puis homme d'épée au service de Louis XIII et de son frère Gaston duc d'Orléans, il est passé à la postérité comme auteur polygraphe — s'étant illustré parmi ses contemporains en tant que poète, dramaturge et romancier.

Le surnom qu'il s'est choisi dès 1621 fait référence au grand maître de l'artillerie et prévôt des maréchaux Louis Tristan L'Hermite, qui avait servi les rois de France de Charles VI à Louis XI et que la tradition familiale considérait comme l'un de ses ancêtres, au même titre que le prédicateur Pierre l'Ermite qui prêcha la première croisade populaire au XIe siècle.

Auteur de cinq tragédies, d'une tragi-comédie, d'une comédie et d'une pastorale, de quatre ouvrages en vers, d'un roman et de Lettres mêlées, Tristan aborde tous les genres. La publication du recueil des Plaintes d'Acante, en 1633, le révèle comme le successeur de Malherbe et de Théophile de Viau dans le domaine de la poésie amoureuse, élégiaque et lyrique. Les succès remportés par ses pièces de théâtre dès 1636, où l'acteur Montdory fait sensation dans La Mariane, l'imposent comme l'un des meilleurs auteurs dramatiques autour de Corneille.

Membre de l'Académie française (fauteuil 17) à partir de 1649, Tristan accompagne les débuts de l'Illustre Théâtre de Molière et offre son plus grand rôle à Madeleine Béjart dans La Mort de Sénèque. Il protège également Quinault, dont il encourage la carrière en proposant les premiers éléments du droit d'auteur.

Son œuvre tombe dans l'oubli avec le triomphe du classicisme représenté par Boileau. Le XVIIIe siècle des Lumières de Voltaire et le XIXe siècle du romantisme entretiennent à son égard un silence dédaigneux. Des universitaires, des érudits et des poètes proches du mouvement symboliste redécouvrent Tristan, à partir de 1870, comme « un précurseur de Racine ». La thèse de Napoléon-Maurice Bernardin, soutenue en 1895, entraîne la réédition de son roman Le Page disgracié, ainsi que de nouvelles représentations de ses pièces.

En 1955, 300e anniversaire de la mort de l'écrivain, Amédée Carriat publie Tristan ou l'Éloge d'un poète et inaugure un courant d'études tristaniennes qui se développe bientôt en Italie, au Canada et aux États-Unis. La Mort de Sénèque est reprise à la Comédie-Française en 1984. Les œuvres complètes de Tristan L'Hermite sont publiées au début du XXIe siècle.

Son poème le plus célèbre, Le Promenoir des deux amants, a été mis en musique par Debussy sous la forme de trois mélodies, publiées sous le même titre en 1910.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et naissance de Tristan[modifier | modifier le code]

Légende dorée familiale[modifier | modifier le code]

Blason Blasonnement :
d'argent à trois chevrons de gueules[1].

La devise de sa maison était « Prier vaut à l'Hermite[2] ».

Descendant prétendument de Pierre l'Ermite, le prédicateur de la première croisade, sa famille est quasiment ruinée à l’époque de sa naissance.

Tristan L'Hermite emprunte son surnom à Louis Tristan L'Hermite, grand maître de l'artillerie, prévôt des maréchaux, qui avait servi les rois de France de Charles VI à Louis XI et que la tradition familiale considérait comme l'un de ses ancêtres, au même titre que le prédicateur Pierre l'Ermite qui prêcha la première croisade populaire au XIe siècle.

Dans un pamphlet publié durant la Révolution, Jacques-Antoine Dulaure admet la parenté des L'Hermite avec Pierre l'Ermite — qu'il assimile à un « fou prédicant[3] » — et le serviteur de Louis XI — à condition de n'y voir que l'« instrument des vengeances et des cruautés de ce méchant roi : il était son valet assassin, son valet bourreau. Quand ce roi lui commandait d'aller égorger quelqu'un, il le faisait avec un tel empressement, avec une telle joie que souvent il tuait toute autre personne que celle qui lui était désignée, et immolait deux victimes pour une[3] ». En 1841, Paul Lacroix entreprend une réfutation des thèses de Dulaure, qu'il juge sévèrement[4] : « Dulaure n'a pas manqué d'emprunter au journal de Henri IV par de L'Estoile une anecdote qui achève de flétrir le nom de Tristan L'Hermite, sans remarquer que la date même de ce fait (mars 1595) et la grâce accordée aux deux coupables, sur la prière du duc de La Force et du marquis de Praslin, témoignent assez qu'il s'agit d'un assassinat inspiré par le fanatisme protestant ou catholique, ligueur ou royaliste[5] ».

Sombre histoire familiale[modifier | modifier le code]

L'anecdote évoquée par Dulaure et Lacroix concerne le « prodigieux assassinat » pour lequel « deux descendants de cet homme abominable furent condamnés au supplice[6] » : en mai 1591, le corps de Jacques Voisin, vice-sénéchal de Guéret, est retiré d'un étang près de Pontarion, « tout botté, avec une pierre au cou et une autre aux jambes, la tête trouée d'un coup de pistolet[B 1] ». Les soupçons se portent bientôt sur Claude et Louis L'Hermite, qui sont condamnés puis emprisonnés avec leur neveu Pierre « l'espace de 22 mois[B 2] ». Pierre de L'Estoile note à cette occasion que le père du futur écrivain et ses oncles « étaient descendus de Tristan L'Hermite, et que de leur race il s'en trouvait vingt-six qui avaient tous passé par les mains des bourreaux[7] ».

Premières années[modifier | modifier le code]

François L'Hermite, sieur du Solier[note 1] est né en 1601, mais cette date « que l'on assigne d'ordinaire à la naissance de Tristan n'est donnée qu'approximativement[B 4] ». Divers indices sont présents pour la confirmer, dans les Lettres mêlées de l'écrivain et Le Page disgracié : « Parlant du petit duc de Verneuil, fils naturel d'Henri IV, né le 6 novembre 1601, Tristan dit : "Nous étions presque d'un âge et de même taille[P 1]"[B 5] ». Dans son édition (1729) de l'Histoire de l'Académie Françoise établie par Paul Pellisson, l'abbé d'Olivet mentionne que le poète est mort « âgé de cinquante-quatre ans, le 7 septembre 1655[14] ». Une lettre où il parle de la « noble étoile qui [l]'a vu naître[15] » peut faire supposer qu'« il est né sous le signe du Lion ou sous celui de la Balance, c'est-à-dire dans la seconde partie de l'année 1601[B 5] ».

Le lieu de sa naissance est « une des provinces les plus accidentées et les plus pittoresques, mais aussi les plus sauvages et les plus pauvres de la France[B 6] ». Édouard Fournier suggère que Scarron faisait allusion à son ami Tristan[16] dans un poème où il évoque

Le pauvre malheureux chétif
De Marche en famine natif[17].

L'écrivain semble avoir évoqué les souvenirs de sa petite enfance « en les résumant avec une discrétion inouïe dans le nom du pays natal, lorsqu'il écrivit Guéret au centre de la carte du monde imaginaire qu'il traça, avec des mots seuls, dans ses Éléments de Géographie[18]. Cette signature cachée définit la fidélité de Tristan pour sa terre du Limousin : ni possessive, ni ostentatoire, ni distante[19] ».

Un protecteur enfant : Henri de Bourbon[modifier | modifier le code]

Tristan est placé comme page chez Henri de Bourbon-Verneuil, fils illégitime d'Henri IV et de la marquise de Verneuil, en 1604. Il passe ensuite chez Scévole de Sainte-Marthe, trésorier de France, avant de devenir secrétaire du marquis de Villars-Montpezat. Ayant blessé successivement à coups d'épée un cuisinier qui avait eu le tort de lui jouer une mauvaise farce[P 2], puis, à Fontainebleau, un promeneur qui l’avait heurté par mégarde[P 3], il est obligé, en 1619, de s'exiler en Angleterre, après avoir tué un opposant en duel.

Un protecteur inconstant : Gaston d'Orléans[modifier | modifier le code]

En 1621, il participe aux campagnes de Louis XIII contre les huguenots dans le Sud-Ouest. En 1621, il entre au service de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII et participe à la création de plusieurs ballets de cour.

Un protecteur chimérique : Henri de Guise[modifier | modifier le code]

Définitivement congédié par Gaston d'Orléans vers 1642, et comprenant « trop amèrement qu'il a misé depuis vingt ans sur une mauvaise carte[E 1] », Tristan se tourne vers un nouveau protecteur important, en 1646, « en la personne du dernier des Guise, Henri de Lorraine[E 2] ». Le portrait qu'en propose Amédée Carriat tient en quelques mots : « Ce héros d'opéra-comique, cet excentrique un tant soit peu mégalomane, dans la vie duquel s'entremêlent les amours, les parjures, les duels, les complots, les mariages, sera à peine plus digne d'estime que Gaston d'Orléans[E 3] »

Du cardinal de Richelieu au chancelier Séguier[modifier | modifier le code]

Tristan est élu à l'Académie française (fauteuil 17) en 1648 ou 1649[note 2], succédant à François de Cauvigny de Colomby, l'un de ses membres fondateurs[C 1]. Dans son discours de réception, très bref[C 2], il rend hommage au chancelier Séguier qui avait favorisé son élection[C 3].

Malgré la célébrité que lui avaient apportée Les Plaintes d'Acante dès 1633 et La Mariane en 1636, Tristan n'avait pas été retenu par le cardinal de Richelieu, lors de l'établissement de l'Académie : « Vaugelas faisait métier de dénoncer les ennemis du ministre et de toucher sa part des confiscations ; Chapelain écrivait à la tâche le poème de La Pucelle. Le Cardinal sait qu'ils manquent de lustre et de talent, mais la plupart des autres lui sont suspects, car ils sont les amis ou au service des grands féodaux[21] ». Des poètes dans l'opposition ou « en dehors, indifférents à la politique et au pouvoir, comme Vion d'Alibray ou Tristan L'Hermite (« le seul homme libre que vous ayez », écrivait Cyrano), évitant les coteries et redoutant les honneurs, les hommes libres ne plaisent pas à Richelieu[22] ».

Maladie et mort de Tristan[modifier | modifier le code]

Tristan L'Hermite meurt le , dans son logement de l'hôtel de Guise. Amédée Carriat note qu'en dehors d'« un chroniqueur en vers à l'affût de l'événement, et de ces messieurs de la jeune Académie française, qui auraient à remplacer l'un des leurs, c'est à peine si l'on s'en aperçut. Indifférence étrangement prémonitoire[E 4] ! » En effet, « quatre jours plus tard, la Muse historique de Loret porte, en vers de mirliton, la nouvelle aux Parisiens[E 5] » :

Mardi, cet auteur de mérite
Que l'on nommait Tristan L'Hermite
Qui, faisant aux muses la cour,
Donnait aux vers un si beau tour,
Si vertueux, si gentilhomme,
Et qui d'être un fort honnête homme
Avait en tous lieux le renom,
Décéda d'un mal de poumon[23].

Le poète est inhumé à Saint-Jean-en-Grève. Adolphe van Bever a rappelé que « l'exquis Rémy Belleau, quelques vingt lustres auparavant, était mort dans ce même hôtel de Guise[V 1]. Mais si Belleau avait eu l'honneur d'être porté en terre par ses amis Ronsard, Baïf, Desportes et Jamyn, Tristan ne connut pas cette satisfaction suprême : morts depuis longtemps Théophile et Hardy, morts Maynard et Faret, morts depuis peu d'Alibray et Cyrano… Restaient Saint-Amant, Scarron, Quinault ; restaient aussi d'Assoucy, Chevreau, Chapelle, Boisrobert, qui furent peu ou prou ses familiers. Suivirent-ils sa dépouille ? On ne sait[E 6] ».

Œuvre[modifier | modifier le code]

Patronyme et pseudonyme[modifier | modifier le code]

Stances pour l'édition originale du Théâtre d'Alexandre Hardy (1624).

Le premier poème connu de Tristan L'Hermite est publié en tête de l'édition originale du premier volume du Théâtre d'Alexandre Hardy, en 1624[H 1] : « Sans doute » ce dernier « cherche-t-il à encourager le jeune poète, dont il reconnaît déjà les qualités[H 2] ». Sa première œuvre « imprimée seule ne date que de 1626 : il s'agit de vers de ballet composés pour le duc d'Orléans » sur une musique d'Antoine Boësset[H 3]. Après une participation à un recueil collectif, où il figure parmi Malherbe, Racan, Boisrobert et L'Estoile en 1627[H 4],[B 8], l'ode intitulée La Mer est sa première œuvre importante, publiée en 1628[H 5].

Tous ces poèmes sont signés de son seul prénom, Tristan. Ce surnom qu'il s'est choisi dès 1621[C 4] fait référence à son ancêtre supposé Louis Tristan L'Hermite[H 6]. Cependant, il crée un « lien implicitement établi avec Tristan et Iseut[H 7] » et « peut aussi faire écho aux Tristes d'Ovide, recueil qui se distingue par sa tonalité élégiaque[H 7] ». Le choix de ce pseudonyme, « héritage à la fois familial et poétique[H 8] », témoigne d'« une volonté de construire — au-delà de la réalité vécue — une certaine image de soi[H 7] ».

« Noble mais pauvre », le poète entretient ses relations « gravitant autour de Gaston d'Orléans : le comte de Modène (chambellan du prince), le comte de Saint-Aignan (son capitaine des gardes)[24] » : Tristan L'Hermite offre « l'exemple d'un comportement de fidélité à Gaston en tant que gentilhomme, tout en étant à la croisée de multiples réseaux nobiliaires. Dans cette situation, sa posture en tant qu'homme de lettres est assez hésitante : peut-il privilégier une stratégie de reconnaissance compatible avec son rang[25] ? » Entièrement motivé par « l'exigence de l'honneur[25] », le choix de ses dédicaces autorise que « le nom et les titres éventuels de l'auteur apparaissent à la suite du titre de l'ouvrage. S'il y a un privilège à l'auteur, un espace est possible pour présenter son statut social, auquel le roi accorde sa bienveillance et sa protection[25] ».

Romancier, poète et auteur dramatique, « notre gentilhomme ne cherche pas à faire une carrière d'homme de lettres. Tristan aime son art d'un libre amour, et sent tout ce que dérobent à cet art une vie aventureuse, un manque d'énergie et de patience, comme une santé misérable. Regarde-t-il son œuvre, il en voit les défaillances et les limites. Entre la retenue et l'abandon, entre une exquise minutie et un grand désir de liberté, d'étendue, de puissance, il hésite et se tourmente ; il reste insatisfait[A 1] ».

Œuvre poétique[modifier | modifier le code]

Dans ses œuvres, « Tristan a traité tous les sujets et abordé tous les genres, du plaisant au sévère, du facétieux au noble, du tendre au tragique ». Adolphe van Bever ne le trouve « jamais inférieur à lui-même, et peut-être apparaîtrait-il plus digne d'intérêt encore si nous pouvions lire ses ouvrages dans l'ordre où ils furent conçus. On trouve de tout dans ces recueils : stances, odes, sonnets, chansons, madrigaux, épigrammes, vers de ballet, prosopopées, tombeaux, prières, morceaux épiques, discours de circonstance s'y mêlent à plaisir. Malheureusement, le poète s'est peu soucié de l'ordonnance de ces derniers[V 2] ».

Les Plaintes d'Acante[modifier | modifier le code]

Les Plaintes d'Acante est un premier recueil, publié en 1633.

Les Amours[modifier | modifier le code]

Publié le et dédié « à Edme de La Châtre, comte de Nançay dont le cousin, Louis de La Châtre, est marié à une parente de Tristan, Elisabeth d'Etampes-Valençay[C 5] », le recueil des Amours se présente comme une « nouvelle édition, très augmentée, des Plaintes d'Acante[B 9] ».

Le poète devient « tout-à-fait célèbre, et plus que jamais recherché : l'hôtel de Rambouillet lui ouvre ses portes[26] », où « les beautés à la mode réclament des vers de Tristan. Toutes tiennent à pouvoir montrer un madrigal composé pour elles par le poète des Amours[B 10] ».

La Lyre[modifier | modifier le code]

La Lyre est publié en 1641.

Vers héroïques[modifier | modifier le code]

Tristan réunit ses poèmes « en hâte[B 11] » dans un dernier recueil, les Vers héroïques. L'ouvrage est publié le [B 12]. Les circonstances sont très défavorables : l'Arrêt d'Union décidé le 13 mai suivant par le parlement de Paris, la chambre des comptes, le Grand Conseil et la Cour des Aides donne le signal de la Fronde. Bien accueilli par les gens de lettres — Vion d'Alibray trouvant les Vers héroïques « vraiment magnifiques[B 13] » — la vente par ses libraires demeure « médiocre[B 14] » et le recueil obtient, « malgré des qualités de premier ordre, tout au plus ce qu'on appelle un succès d'estime[B 15] ».

Les Vers héroïques sont dédiés au « protecteur des Lettres[C 6] » François de Beauvilliers, comte de Saint-Aignan, capitaine des gardes de Monsieur, « ami et protecteur de Tristan[27] » à qui Racine devait dédier sa première tragédie, La Thébaïde en 1664[C 6] : « C'est à lui que songeait aussitôt un poète à court d'argent[B 11] ».

Autres poèmes[modifier | modifier le code]

Tristan publie souvent ses poèmes de manière séparée, avant qu'ils soient réunis ou ajoutés dans ses recueils de vers : La Mer (1628), l'Églogue maritime (1634) dédiée à la reine Henriette, épouse de Charles Ier d'Angleterre, et l'ode Au maréchal de Schomberg célébrant la victoire de Leucate (1637) prennent place dans les Vers héroïques en 1648. L'ode À monsieur de Chaudebonne, datée de 1625, est intégrée dans La Lyre en 1641. Celle adressée À monsieur le Grand, marquis de Cinq-Mars, est insérée par l'éditeur dans certains exemplaires de ce recueil[B 16]. Une dernière ode, La Renommée, dédiée au duc de Guise, est publiée en 1654.

L'Office de la sainte vierge, 1646, est un ouvrage composé sur le modèle d'un manuel de dévotion, en vers et en prose. Un second recueil d'Hymnes de toutes les fêtes solennelles est publié à titre posthume, en 1665.

Œuvre théâtrale[modifier | modifier le code]

Abraham Bosse, frontispice de la première édition de La Mariane.

Tristan L'Hermite est l'auteur de cinq tragédies, d'une tragi-comédie, d'une pastorale adaptée de Rotrou , et d'une comédie. Gustave Lanson en déduit un « tempérament tragique[28] ». Dans sa production littéraire, « les tragédies constituent le domaine qui l'a rendu célèbre au XVIIe siècle et qui a permis d'en conserver la mémoire dans les siècles suivants, notamment à travers sa première pièce, La Mariane, généralement la plus appréciée[29] ».

La Mariane[modifier | modifier le code]

La Mariane est représentée au théâtre du Marais au printemps de 1636[B 17] : « On peut croire, d'après les usages de l'époque, que la pièce fut représentée avant le carnaval de 1636[B 18] ». Elle remporte « un succès immédiat qui dura le restant du siècle[29] » : cette tragédie le fait considérer comme un rival de Corneille par ses contemporains[B 19]. Tristan la dédie à son protecteur Gaston d'Orléans, mais si celui-ci « se montre assez facilement ému, son émotion ne durait jamais longtemps[B 20] ».

L'œuvre fait date : avec La Mariane, « Tristan transformait son coup d'essai en coup de maître, alors que le genre tragique retrouvait en France un nouveau souffle, après quelques décennies de désaffection. Dès qu'elle fut présentée, la pièce connut un succès considérable[30] ». En 1746, dans leur Histoire du Théâtre français, les frères Claude et François Parfaict affirment qu'« aucun auteur n'avait débuté au théâtre d'une manière si brillante : quoiqu'elle ne soit que le premier ouvrage de Tristan, la pièce non seulement surpassa par son succès la tragédie de Médée de Corneille, mais sembla balancer celui du Cid, avec lequel elle parut en concurrence l'hiver suivant[31] ». En 1946, Marcel Arland y voit « la première tragédie française qui offre des lignes aussi simples, et la première qui fasse de l'étude d'une passion son objet essentiel[A 2] ».

Panthée[modifier | modifier le code]

Malgré « de bonnes scènes et des vers superbes, la Panthée est loin d'avoir eu la même vogue et d'avoir la même valeur que La Mariane[B 21] ». La pièce est représentée au cours de l'hiver de 1637 à 1638[32]. Montdory « ne paraissait plus sur le théâtre du Marais quand y fut représentée la Panthée de Tristan, dont le Privilège est du 23 février 1638[B 22] ». Gustave Lanson n'y voit qu'« un sujet manqué[28] ».

L'échec de sa seconde tragédie détourne Tristan du théâtre, pour un temps[C 7]. Il exprime son découragement[32] dans une ode adressée à une comédienne :

Je ne fais point ces vers de choix
Par quoi l'oreille est enchantée :
On enveloppe des anchois
De Mariane et de Panthée.

La Folie du sage[modifier | modifier le code]

La Folie du sage est représentée à l'Hôtel de Bourgogne dans le courant de 1644[C 8].

La Mort de Sénèque[modifier | modifier le code]

La Mort de Sénèque est représentée à la fin de l'année 1643[C 9] ou en janvier 1644[33] par la troupe de l'Illustre Théâtre animée par les Béjart et le jeune Jean-Baptiste Poquelin, futur Molière. Gustave Lanson, considérant les « défauts de structure » mais aussi le « dessin énergique des caractères » conclut : « C’est la plus belle tragédie romaine à côté de celles de Corneille et Racine[28] ».

Madeleine Béjart remporte un immense succès dans La Mort de Sénèque où, selon Tallemant des Réaux, « son chef-d'œuvre était le personnage d'Epicharis, à qui Néron venait de faire donner la question[34] ».

La Mort de Chrispe[modifier | modifier le code]

La Mort de Chrispe est représentée au printemps 1645 par la troupe de l'Illustre Théâtre[C 10] avec un « honnête succès[35] ». Le rapprochement avec la Phèdre de Racine s'impose, par la proximité du sujet : « Voici une reine qui s'éprend de son beau-fils. C'est un adolescent chaste et farouche, et la marâtre, peut-être, n'oserait pas avouer son amour ; mais elle apprend qu'elle a une rivale, et jeune, et heureuse. Elle se désespère ; tour à tour elle flatte et menace son beau-fils. La passion qui la tourmente n'est point née d'un caprice ; elle vient des "dieux conjurés" contre une femme ; elle l'entraîne, elle l'accable ; elle est "une soif brûlante" que seul le sang de la possédée "pourra désaltérer". La reine se déclare enfin dans un instant d'égarement. Repoussée, en proie à la honte et à la fureur, elle provoque à son insu la mort du jeune homme. Mais son crime la remplit d'horreur ; elle en fait l'aveu à son mari et meurt[A 3] ».

Tristan « a cherché l'intérêt dans le duel de deux femmes, fières et passionnées ». Gustave Lanson apprécie la « beauté émouvante et grandiose » du caractère de l'impératrice Fauste[36]. Marcel Arland admet qu'« il serait aisé de montrer les faiblesses de cette tragédie, très inégale, très imparfaite. Mais on est saisi par ses hautes visées, et l'on y surprend quelques-uns des plus beaux cris de passion que le théâtre français ait fait entendre avant Racine[A 4] » :

En un sang qui se glace ils conservent des flammes,
Leurs corps restent unis aussi bien que leurs âmes.
La Mort ne défait pas ce que l'amour a joint,
Ils quittent la lumière et ne se quittent point.

Osman[modifier | modifier le code]

Osman est une tragédie publiée à titre posthume, le [C 11], mais dont la création remonterait à la saison théâtrale 1646-1647[37]. Pour Gustave Lanson, « toute la tragédie est faite de la lutte d'un homme contre une foule[36] ».

Amaryllis[modifier | modifier le code]

Amaryllis, pastorale adaptée de Rotrou, est représentée au début de l'année 1652 et imprimée le [C 12].

Le Parasite[modifier | modifier le code]

Le Parasite, représentée en 1653 « à l'Hôtel de Bourgogne ou au Marais » et imprimée le [C 13], est l'unique comédie de Tristan L'Hermite.

La pièce est remarquable par ses vers « d'une belle verve, burlesque puisqu'il le fallait, mais où le poète lyrique et tragique se retrouve souvent tout entier[38] ». Tristan offre à une servante, dans la scène de réconciliation finale (acte V, scène VII), « cette réplique délicieuse tant par une sorte de mélancolie enjouée que grâce à son rythme et à son redoublement d'allitérations[38] » :

Hé ! de grâce, Monsieur, excusez ces paroles :
Les sages savent bien que les femmes sont folles[39].

Sans illusion sur les « défauts de structure et de style » du théâtre de Tristan, parfois si éloigné des règles classiques, Gustave Lanson reconnaît à Tristan sa « puissance d’imagination et d’expression : Il est poète. Il a la couleur et la fougue », dans son « mélange de grandeur et de passion, et de réalité familière ou triviale[36] ».

Œuvre en prose[modifier | modifier le code]

« Poète lyrique à l'inspiration bien personnelle, au souffle large et parfois superbe », Tristan L'Hermite se révèle « polygraphe intéressant dans ses Plaidoyers historiques et ses Lettres mêlées, conteur à la fois aimable et amusant dans sa curieuse autobiographie du Page disgracié, si instructive, en outre, sous le rapport des événements comme des mœurs de la période qu'elle embrasse[40] ».

Le Page disgracié [modifier | modifier le code]

Le Page disgracié, publié en 1643 est un récit à la première personne constitué de très courts chapitres contant l'histoire d'un page « disgracié » en ce qu'il a perdu la grâce du souverain qu'il servait et les avantages qui y étaient attachés. Les aventures qui suivent reprennent certains aspects du roman picaresque tout en conservant toujours au personnage une certaine noblesse. On a rattaché ce texte aux histoires comiques à la française, à l'autobiographie et au roman à clef du fait de l'édition complétée en 1667 par Jean-Baptiste L'Hermite, le frère de Tristan. Jacques Prévot souligne cependant que ces notes aveuglent surtout le lecteur sur la dimension fictionnelle et moraliste de l'œuvre[41]. En fait, « quand paraît le Page, il n'est pas de genre plus confus ni moins évolué que le roman[A 5] ».

En 1667, Charles Sorel, rend compte de la réussite et de l'apparent inachèvement du roman dans sa Bibliothèque Françoise : « Le sujet en était excellent. Les aventures d'un page pouvaient aussi bien fournir à une agréable histoire que celles d'un écolier, comme Francion les décrit pour sa jeunesse, mais il n'y a que deux petits tomes sans conclusion pour les aventures de ce page, l'auteur s'étant peut-être occupé à d'autres ouvrages qui lui étaient plus propres et plus utiles[42] ».

Le roman s'interrompt après une « évocation de la guerre et de la peste, sur cette soudaine présence de la mort. Mais déjà le ton n'était plus le même[A 6] ». Marcel Arland suggère que l'on pouvait pressentir cette ombre, « depuis longtemps déjà, dans les souvenirs les plus anciens, les plus légers, les plus heureux. Ce serait trop que de parler de mélancolie. Pourtant, à l'enjouement de ces premières scènes, je ne sais quelle réserve se mêle, et quel sourire qui n'est pas abusé, comme d'un homme qui songe : c'était le meilleur temps, ce temps n'est plus et ce temps n'était que cela[A 7] ».

Patrick Dandrey montre comment « la livrée perdue du page masque et révèle la page rencontrée du livre : la disgrâce du Page autorise la grâce du Texte, la mélancolie du proscrit s'est rédimée en inspiration de l'écrit[43] ».

Plutôt qu'une autobiographie, Marcel Arland y devine plutôt « l'esprit secret d'une vie et d'une œuvre. On avait rêvé d'une haute fortune, poursuivi l'amour, l'aventure, la faveur des grands et la gloire des Lettres. Mais la malchance, la faiblesse, la maladie, la pudeur aussi… Et tant de fièvre serait enfin restée vaine si le cœur même, ingénument et presque malgré soi, n'avait murmuré son chant essentiel, n'avait confié à l'œuvre quelques gouttes d'une essence assez pure pour que d'autres hommes, trois siècles plus tard, en soient encore émus[A 8] ».

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

En dehors du Page disgracié, Napoléon-Maurice Bernardin estime que « les écrits en prose de Tristan n'ont qu'une assez mince valeur[B 23] ».

Lettres mêlées[modifier | modifier le code]

Le recueil des Lettres mêlées, publié en 1642, est composé de « 7 épîtres dédicatoires (celles que Tristan a placées en tête de ses œuvres précédemment publiées), 4 lettres de consolation, 57 lettres amoureuses, 5 lettres héroïques et 37 lettres mêlées[C 14] ».

Plaidoyers historiques[modifier | modifier le code]

Les Plaidoyers historiques sont publiés en 1643[B 24]. La paternité de cet ouvrage est discutée : « Bien que la main de Tristan se reconnaisse d'un bout à l'autre de ce volume, qu'il a su habilement ajuster au goût du jour, il n'en est point l'auteur ; il n'en est guère, si nous osons parler ainsi, que l'arrangeur[B 25] ». Amédée Carriat l'attribue plutôt à Jean-Baptiste L'Hermite[A 9], « même si tous tenons pour absolument certain qu'ils ont été publiés par Tristan et non par son frère[B 26] ».

Principes de cosmographie[modifier | modifier le code]

Tristan L'Hermite est peut-être l'auteur de Principes de cosmographie, ensemble de traités à vocation scientifique rédigés à partir de manuscrits attribués à François Viète[C 1]. Cet ouvrage est dédié à la jeune fille de Henri de Beaumanoir, marquis de Lavardin[B 27]. Madeleine de Lavardin « avait seize ans à peine en 1635, mais sa beauté éclatante s'était vite épanouie[B 28] ». Napoléon-Maurice Bernardin s'interroge : « Tristan était-il l'auteur de ce livre ? Cela n'est pas certain : il pouvait dédier cet ouvrage sans l'avoir écrit[B 29] ». Cependant, il n'est « pas impossible » qu'il ait composé l'ouvrage, après s'être « appliqué aux études les plus diverses » auprès de Scévole de Sainte-Marthe[B 29].

Coromène et la Carte du royaume d'Amour[modifier | modifier le code]

Une Carte du royaume d'Amour, publiée dans le Recueil des pièces en prose les plus agréables de ce temps en 1659[44], est attribuée à Tristan L'Hermite[45]. Dans sa Bibliothèque Françoise de 1667, Charles Sorel renonce à en dater le texte : « Quoiqu'on assure qu'elle vient de M. Tristan, il serait malaisé de savoir en quel temps elle a été faite, si ce n'est au temps où ceci[46] était fort en vogue[47] ». Cependant, René Bray trouve cette Carte « satirique, mais non moins analytique et par surcroît spirituelle[48] ». Ainsi de Cœur, « la vraie Capitale du royaume : on l'appelle aussi Amour-céleste ou Sainteté-monastique. Cette ville est perchée sur une montagne dont le sommet se perd dans les nues. On y mange peu, on n'y dort guère, la police y est fort sévère. Et pourtant on y est très heureux, l'âme connaît le repos perpétuel, même quand le corps est en peine. Mais Tristan est-il sûr que cette demeure existe vraiment[49] ? »

La Carte du royaume d'Amour serait un fragment conservé de Coromène[B 30]. Ce projet de roman est évoqué par Paul Pellisson, dans son Histoire de l'Académie française en 1652[13]. S'il fut achevé, son auteur était « assez négligent, et malade » pour que l'édition en soit différée puis annulée, Augustin Courbé ayant vendu son fonds romanesque en 1658 ou 1659[B 30]. Présentant Le Page disgracié, Marcel Arland considère que « l'œuvre de Tristan nous paraîtrait moins insolite, si elle était un pur roman. Un pur roman, il semble que Tristan, après le Page, ait voulu s'y risquer. Ce vrai roman devait s'appeler Coromène, et Tristan, si l'on en croit un de ses éditeurs, avait choisi pour théâtre toute la mer orientale, et pour ses personnages les plus grands princes de l'Asie — cela nous fait un peu frémir[A 10] ».

Personnalité[modifier | modifier le code]

Portrait[modifier | modifier le code]

Portrait de Tristan L'Hermite, gravé par Pierre Daret en 1648.

Considérant le narrateur du Page disgracié, Jacques Prévot s'interroge : « Est-il grand ou petit, blond ou brun ? Aucun de ceux qu'il rencontre ne nous apporte de lumière sur sa personne physique. Il les regarde ; ils ne le regardent pas. À vrai dire, ils l'écoutent. Lorsqu'il les séduit — car il les séduit et provoque dans leur entourage bien des jalousies — c'est beaucoup moins par sa mine que par son art de la parole[50] ». De fait, Tristan est « homme de bonne compagnie, parfaitement honnête et capable de secret, beau et avenant, soigné de sa personne et de manières délicates ; il s'était distingué à la guerre et dans toutes les occasions où un gentilhomme avait à faire preuve de courage. Et il joignait à ces qualités la culture la plus complète, une conversation agréable et spirituelle, et l'art d'écrire le plus joliment du monde en prose et en vers[51] ».

Amédée Carriat mentionne la gravure réalisée par Pierre Daret en 1648 pour l'édition originale des Vers héroïques, d'après un dessin du miniaturiste Louis Du Guernier[B 31], comme le seul portrait authentique de Tristan, qui a servi de modèle pour deux autres portraits destinés à illustrer ses ouvrages, au XVIIIe siècle[B 32], où il est toujours représenté « en buste, de trois-quarts[C 15] ».

« Que savons nous encore de lui ? » s'interroge Marcel Arland. « On a prétendu qu'il s'était marié, qu'un fils lui était né et qu'il avait perdu sa femme et son enfant. On nous le montre, vers la fin de sa vie, dans son petit « hermitage » (c'est ainsi qu'il disait lui-même) de la rue Neuve-Saint-Claude, aux Marais du Temple ; pauvre logis mais où, parmi ses livres, devant sa table ou près d'un ami, il est un instant son maître. Nous savons surtout que cet inquiet avait une âme droite et un cœur sincère[A 11] ».

« Violent, énergique, généreux, homme de cœur en même temps que d'esprit », selon René Bray[52], Tristan est avant tout fidèle, « ce qui est à l'honneur de son caractère[53] »« fidèle envers ses maîtres, qui ne l'en récompensent pas toujours, comme envers ses amis, qu'il avait su choisir[C 16] » notamment « parmi les écrivains, Théophile et Hardy qui encouragèrent ses débuts, Faret et Saint-Amant qui furent ses compagnons de fête, Boisrobert qui le recommanda à Richelieu, Voiture qui le servit de ses bons offices, Conrart et Messieurs de l'Académie qui l'accueillirent si gentiment[53] ».

Si « sa place dans l'histoire de la poésie française est près de Théophile qu’il continue », Tristan est « un esprit original que rien ne saurait contraindre ni arrêter ». Adolphe van Bever le considère « digne de représenter l'idéal de son temps[V 3] ».

Parmi ses contemporains, Marcel Arland le distingue pour « cette souple aisance, ce cœur charmant et cette gentillesse. L'art de Tristan est à la fois savant et spontané : de là son prix. À l'instant où son poème va nous sembler trop bien conduit, surgit un caprice, un mouvement imprévu qui n'est plus, ou n'est plus seulement un mouvement de rhétorique, mais un soupir, un sourire, un abandon : l'homme est là, ce Tristan que nous cherchions, que nous commencions à entrevoir — un homme chez qui la subtilité n'a pas étouffé l'innocence, une âme ardente, sensible et modeste, qui sait trouver dans la nature une jouissance délicate[A 12] ».

Pseudonyme et patronyme[modifier | modifier le code]

Tristan est « peut-être, de tous les poètes du XVIIe siècle, le plus énigmatique et le plus déguisé », jouant « sur l'équivoque transparente de son nom : le poète, que son statut rend anonyme, ne se dévoile jamais tout en inscrivant chacun de ses vers dans le tissu même de sa propre vie[54] ». Les textes manuscrits et autographes de Tristan « sont d'une insigne rareté ». Amédée Carriat mentionne seulement trois documents, dont « deux reçus conservés à la Bibliothèque nationale de France, l'un du 26 août 1621, signé F. L'Hermite, l'autre du 7 septembre 1628 signé T. Ermite et donnant Tristan comme gentilhomme de Monsieur, frère du roi[C 15] ».

Dans Le Page disgracié, où « pseudonymat et anonymat sont la règle[55] », le héros se présente en Angleterre sous le nom d'Ariston (partie I, chapitre XXIV[P 4]) — « nom d'origine grecque, construit sur Aristos, le meilleur[55] » ou sur « Aristote croisant Platon dans ce mot-valise[56] » — et ce nom « peut être rapproché de celui de l'Ariste de La Folie du sage[57] ». Ainsi, « alors qu'il est censé raconter sa propre vie, Tristan se désigne par un prénom qui n'est pas le sien, mais qui en est presque l'anagramme (Ariston). Ce mode de désignation témoigne des relations complexes qui s'établissent dans l'ensemble de son œuvre entre fiction et réalité, si bien qu'Ariston n'est peut-être pas plus un double de Tristan qu'Ariste[58] » — surnom qui apparaît dès 1642 en signature de la dernière des Lettres mêlées de Tristan[59].

Cependant, « le héros de La Folie du sage est, comme Ariston, victime d'une « disgrâce ». Il semble, en outre, que l'auteur joue sur des effets de paronomase : Ariste fait écho à Ariston, Sage à Page — sans compter que, dans ses implications sémantiques, l'adjectif sage n'est pas sans évoquer le patronyme de l'écrivain : L'(H)ermite[60] ». Le nom propre du narrateur est « parasité par des cadres externes, et le contenu du roman vient lui offrir un nouvel emploi ni désignatif ni vocatif : Ariston et Tristan s'effacent au profit d'une identité portée par une antonomase de nom commun, L'Étranger[61] », dans un contexte où « son champ sémantique expose un sens sociologique — la réputation (se faire un nom), l'origine sociale noble (avoir un nom) et son identité (porter un nom)[62] ».

Dans Le Page disgracié, « Tristan met déjà en place le dispositif qui rendra bientôt possible la création de La Folie du sage. Aussi le Page manifeste-t-il en général un intérêt marqué pour tout ce qui touche au théâtre, au jeu, à la comédie : lorsqu'il ne se déguise pas, il se fait metteur en scène[63] ». L'auteur lui-même « transforme donc progressivement sa passion pour le jeu en une passion pour le théâtre, trouvant là aussi le moyen de masquer l'identité du Je[64] » : « Je, par conséquent, et Pas-Je » comme le souligne Jacques Prévot[41].

Enfin, « il est possible de faire de La Folie du sage comme du Page disgracié une lecture strictement politique : alors que les relations avec son maître se révèlent parfois difficiles, Tristan porte sur le pouvoir en général un regard critique, et il semble bien que dans ce domaine ses personnages fassent écho à ses propres préoccupations[65] ».

Dans les pièces de théâtre composées « au moment précis où Corneille a inventé des héros forts qui se définissent dans la proclamation et l'accomplissement de leur moi, le romancier du Page disgracié peint un moi irrésolu, poussé de-ci de-là par tous les vents, ose un romanesque sans héroïsme[66] » et fait prononcer presque le même vers par les héros de La Folie du sage, de La Mort de Sénèque et d'Osman :

Ariste

Je me cherche moi-même & ne me trouve plus[67].
(Acte III, scène II)

Sénèque

Mon jugement s'égare en ces biens superflus,
Je m'y cherche moi-même & ne m'y trouve plus[68].
(Acte I, scène II)

Osman

Je ne puis démêler un nœud si fort confus,
Je m'y vois, je m'y cherche, et ne m'y trouve plus[69].
(Acte V, scène I)

Ainsi « Tristan fait entendre une voix différente et se distingue par ses dissonances de ceux qui dogmatisent en tout et n'ont à la bouche que le mot de vérité ». Jacques Prévot y voit, « aujourd'hui, la preuve de sa modernité. N'est-ce pas cela, être libertin au XVIIe siècle[66] ? »

Tristan libertin[modifier | modifier le code]

Comme le héros du Page disgracié, « la rencontre d'une beauté l'embrase. Ce n'est point la seule passion de Tristan : il est aussi, il est d'abord la proie du jeu. Et toutes ces faiblesses, ces inconséquences, ces servitudes, il en mesure le cours funeste ; mais il y assiste dans l'impuissance[A 11] ».

Dans la société française du XVIIe siècle, « le jeu est inséparable de la luxure[70] » et témoigne de « l'indifférence au salut ». Ces thèmes sont illustrés ensemble dans deux tableaux contemporains de l'écriture du Page et des voyages de Tristan en Lorraine, Le Tricheur à l'as de carreau et Le Reniement de saint Pierre de Georges de La Tour[70], où « les soldats toujours présents, qui s'en remettent au sort quand s'accomplit le pire péché, celui qui consiste à miser sur les biens terrestres, la vie pour Pierre, le désir d'inverser la fortune pour le Page qui croit que la disgrâce n'est que conjoncturelle[71] » sont également condamnés par les Évangiles[72] :

« Ils le crucifièrent et se partagèrent ses vêtements en tirant au sort (Mc 15,24) »

« Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort (Mt 27,35) »

« Ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort (Lc 23,34) »

« Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré au sort ma tunique. Voilà ce que firent les soldats (Jn 19,34) »

Marcel Arland s'interroge : Tristan est-il « un esprit fort ? Ami de Théophile, de Saint-Amant, de Scarron et de Cyrano de Bergerac, qui l'appelait un héros, il a pu donner quelque peu dans ce libertinage où se rejoignaient quelques-uns des meilleurs esprits du temps. Mais il n'y trouve pas une assise, pas même une attitude. Et sa clairvoyance, qui le détourne des cris, des gestes ou des protestations passionnées, ne sert enfin qu'à lui faire mieux sentir son échec[A 11] ».

Toute son œuvre montre combien « l'écriture, chez Tristan, est évidemment sublimation, même si le sentiment de l'échec existentiel persiste. Il faut comprendre ainsi pourquoi, peu de temps après avoir renoncé à prolonger le roman de sa vie, dans un élan de sensibilité blessée, il s'est tourné vers les recours spirituels en écrivant L'Office de la sainte vierge[73] ». Ce recueil est le seul « qu'il signe, sans doute par signe d'humilité, en reprenant son nom d'état civil : François L'Hermite[74] ».

Tristan catholique[modifier | modifier le code]

« Poète religieux », Tristan « n'a pas l'ampleur de Corneille, l'éloquence de Godeau ou les trouvailles de Martial de Brive ; mais il ne manque ni de sincérité ni d'aisance[A 13] ».

Le manteau de Tristan[modifier | modifier le code]

Tristan exprime à plusieurs reprises son mépris de « l'argent pour l'argent. Il est sincère à coup sûr lorsqu'il écrit à son ami Chaudebonne », en 1625[E 7] :

Jamais le désir des richesses
Ne troublera mes sentiments ;
La Nature et les éléments
Me feront assez de largesses.
L'or éclatant dont le soleil
Vient couronner à son réveil
Le front orgueilleux des montagnes
Et l'argent qui s'en va coulant
Sur l'émail fleuri des campagnes
Me rendront assez opulent[75].

et, sur le ton d'un madrigal « spirituel et charmant[76] », dans la Plainte à la belle banquière :

Encore qu'à bien compter
Je ne puisse me vanter
Que de mille francs de rente,
Je me trouve plus content
Qu'un avare qui se vante
De plus de vingt fois autant.

Mes désirs sont limités,
Je n'ai point les vanités
D'aller ni suivi, ni brave :
Nul soin ne me va chargeant,
Et je ne me rends esclave
Des hommes ni de l'argent[77].

dans sa correspondance enfin, dans une lettre à Antoine de Bourbon, comte de Moret[78] :

« Jamais je n'ai fait dessein d'acquérir du bien, pour ce que je n'ai jamais fondé de bonheur sur les richesses. J'ai toujours considéré l'ambition comme un démon capable de me faire perdre des avantages effectifs en me proposant des prospérités imaginaires. Grâce à Dieu, sa chaude vapeur ne m'a point altéré le sens et mis des empêchements aux libres fonctions de mon âme. Je tiens toujours pour terre ce qui n'est que terre, et ne compte point entre les choses précieuses celles qui contiennent les éléments ou qui relèvent de la Fortune. Je sais bien que c'est une sorte de simplicité qui n'est pas à l'usage de tout le monde, mais elle n'est condamnée que par des gens dont je n'approuverais pas la vie[79]. »

Avec Vion d'Alibray, Tristan est « l'un des rares poètes de son époque à chérir à ce point la liberté, à refuser toute chaîne[E 8] ».

Servitude et grandeur[modifier | modifier le code]

La relation d'un poète à son protecteur est simple : « Les Condé, les Montmorency, les Guise ne sont pas des mécènes. Ils n'aident pas les poètes : ils les achètent. En retour se justifie, s'impose presque, l'utilité des poètes. Les odes, les satires, les épigrammes sont utiles au pouvoir. Ils agitent, ils font et ils défont l'opinion publique[80] ».

Caractéristiques de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Selon Adolphe van Bever, les ouvrages en prose ou en vers de Tristan « ne valent pas seulement par l'agrément qu'ils nous procurent. Ils nous renseignent sur les sentiments d'une société polie, et ce n'est point trop dire qu'indépendamment de leur qualité rythmique ses vers offrent un sûr témoignage de la sensibilité d'une époque[V 4] ».

Maniérisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sonnets pour la Belle matineuse.

Baroque[modifier | modifier le code]

Marcel Arland admet que la poésie de Tristan peut « tourner à la mignardise, à l'afféterie, et lasser par l'abus des pointes et des métaphores. Mais sous la parure même il garde sa franchise et son naturel. Son vers, qui doit quelque peu à Théophile et à Marin, est bien, dans sa trame subtile, le vers de Tristan. Le poète des Amours sait donner à l'image précieuse, parfois baroque, une fraîcheur inattendue et souvent une mystérieuse résonance[A 14] ».

Préciosité[modifier | modifier le code]

Jean Rousset note que l'« on a vu plus d'une fois le Baroque et la Préciosité se rencontrer. On a vu aussi qu'ils ne se confondent pas[81] » : « Quand le Baroque et le Précieux utilisent la même matière, miroir, neige ou eau, ils n'en font pas le même emploi. L'eau d'un poète baroque est l'image des métamorphoses, du flux et du reflux, du monde en mouvement. L'eau d'un poète précieux est du cristal ou de l'argent potable ; la neige est pour Bussières un tourbillon, une danse de papillons et de fantômes volants, elle est pour Tristan le grain d'une peau, la glace d'un cœur, la blancheur d'une main[82] ».

René Bray trouve Tristan « précieux par la moins bonne partie de son œuvre lyrique. Il a consacré une part de sa vie à écrire des madrigaux ; à l'envi de Malleville et de Voiture, il a traité le thème de la Belle matineuse ; il s'est amusé à composer un sonnet galant sur La Belle esclave more[83] ». En fait, la plupart des poètes du XVIIe siècle « ne sont pas nés précieux, Sarrasin pas plus que Tristan, Godeau ou Scudéry. Le premier est fait pour l'élégie — en dehors de ses tragédies — le second pour le psaume, le troisième pour le vers héroïque ; Sarrasin a le talent épigrammatique ou satirique[84] » et « Tristan vaut mieux que cela, beaucoup mieux[85] ».

Réalisme[modifier | modifier le code]

La Mort de Sénèque surprend par « deux de ses aspects les plus réalistes et les plus actuels : l'argent et la police. C'est parce que Sénèque est immensément riche qu'il est menacé et perdu. L'aristocratique conspiration de Pison groupe des gens riches, et leur chute est causée par des pauvres, Épicaris, Procule, Milicus. L'argent est véritablement au centre de la pièce, ce qui est exceptionnel au XVIIe siècle, surtout dans la tragédie[86] ». Dans « les soupçons, les enquêtes, les interrogatoires, les tortures, les aveux, les pièges, les trahisons » qui entourent Néron, « c'est par leur parole et au moment où ils la profèrent que ceux qui sont interrogés décident de leur vie ou de leur mort. Et c'est de cette extrême tension du langage que naît la poésie théâtrale. Jamais la tragédie n'est davantage discours qu'en présence d'une police redoutable[87] ».

Préclassicisme[modifier | modifier le code]

Marcel Arland montre comme Tristan « n'est pas toujours précieux ; il sait parler une langue harmonieuse et simple, telle qu'on la rencontrera chez La Fontaine ou chez Racine[A 14] ».

Adolphe van Bever admire cette langue « pure, d'un éclat recherché, mais sobre et d'une forme tellement classique que peu de lecteurs s'apercevront que son texte a subi de légères modifications orthographiques » dans les éditions parues au XXe siècle[V 4].

Postérité[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Tristan « n'est d'aucune école, d'aucune époque précise. Son lyrisme, asservi à des idées, à des sentiments naturels et simples, mérite d'être entendu de tous temps[V 5] ». Adolphe van Bever lui accorde « l'universalité du génie, quoiqu'il ne connaisse pas les grands élans de l'âme et que le sublime ne l'ait guère pénétré. Sa strophe un peu essoufflée, mais d'un tour agréable, nous réserve de délicieuses surprises[V 6] ».

Jugements contemporains[modifier | modifier le code]

Dès 1639[88], trois ans après ses premières représentations, La Mariane a « l'honneur peu fréquent de recevoir une suite, sous la forme d'une pièce d'un contemporain dont le titre même lui était un hommage, La Mort des enfants d'Hérode ou la Suite de la Mariane de La Calprenède[89] ».

Dans la première partie de son Roman comique, publiée en 1651, « Scarron décrit, au chapitre II[90], une représentation de La Mariane donnée au Mans par une troupe itinérante, pauvre mais ingénieuse, où trois comédiens parviennent à interpréter les seize personnages[91] ».

Portrait de Scarron (anonyme)
Musée de Tessé.

Dans une épître en vers adressée au comte de Saint-Aignan, Scarron rend un double hommage à son ami et à son protecteur :

Adieu, comte partout vanté,
Et par Tristan si bien chanté,
Tristan qui chante comme un ange
Quand il entonne une louange,
Et qui, pour bien éterniser,
Ne va point chez autrui puiser[92].

Dans une autre longue Épître chagrine ou Satire[93] évoquant divers poètes infortunés de son temps, malgré la protection du chancelier Séguier[94], Scarron déplore que

Notre ami Tristan, gentilhomme
Autant qu'un Dictateur de Rome,
Qui fait des vers si noblement
Et dont le tour est si charmant,
Attend encor que la Fortune
Contre lui n'ait plus de rancune[95].

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Portrait de Boileau par Jean-Baptiste Santerre (vers 1678).

Le classicisme instauré avec le règne personnel de Louis XIV fait tomber les poètes de la génération précédente dans le silence, puis l'oubli. Ainsi, « Tristan L'Hermite n'a pas été placé assez haut dans l'estime de la postérité ». Selon Émile Faguet, « cela tient à ce que Boileau ne l'a pas nommé. Ceux qu'il a le plus méprisés sont au moins signalés, quand il les nomme, à la postérité, qui est ainsi amenée à contrôler et parfois à réviser son jugement. Le silence de Boileau pour un auteur du XVIIe siècle est presque un arrêt de mort. Tristan était extrêmement loin de le mériter[96] ».

Amédée Carriat déplore que « le XVIIe siècle s'écoule là-dessus, et le froid XVIIIe siècle. Les décrets de l'anti-poète Nicolas Boileau ont réussi dans leur propos : jeter sur les poètes de cette première moitié du siècle, Tristan en particulier, le voile du parfait oubli[E 9] ».

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Avec la fin du règne de Louis XIV, « le silence quasi général qui entoure le nom de Tristan dès la seconde moitié du XVIIe siècle et jusqu'à la fin du XIXe siècle est particulièrement accablant. Plus exactement, la réputation de Tristan, auteur dramatique — ou plutôt auteur de La Mariane, seule pièce qui jouit d'un durable succès — semble avoir occulté longtemps celle du poète lyrique[97] ».

Marcel Arland trouve la pièce de Voltaire « fort inférieure à celle de notre poète[A 15] ».

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1834[H 9], dans une Réponse à un acte d'accusation — intégrée dans le premier livre des Contemplations, en 1856 — Victor Hugo ne voit en Tristan qu'un académicien, au même titre que Boileau :

La langue était en ordre, auguste, époussetée,
Fleur de lys d'or, Tristan et Boileau, plafond bleu,
Les quarante fauteuils et le trône au milieu[98].

Hugo, académicien lui-même en 1841, « associe donc Tristan à l'un de ceux qui symbolisent le plus ce classicisme que les romantiques rejettent presque unanimement[H 10] ». Théodore de Banville cite ce poème — en y relevant une faute de prosodie, puisqu'il n'est « rien d'implacable comme un écolier qui prend son maître en faute[99] ! » — mais ne mentionne pas Tristan dans son Petit traité de poésie française, où il attaque les « règles absurdes, sottes et mortelles » de L'Art poétique de Boileau, « écrit dans le mauvais français dont il avait le secret dès qu'il parlait en vers[100] ». Banville considère seulement Corneille comme « le premier poëte français qui véritablement composa des tragédies » après Jodelle, Garnier et Hardy[101].

Victor Fournel n'admet pas davantage « qu'on puisse opposer aux tragiques grecs », Eschyle, Sophocle et Euripide, des auteurs modernes comme « Mairet, Tristan, Garnier et Hardy, quand on a Corneille et Racine[102] ». Selon lui, « Perrault a raison de croire que les modernes peuvent lutter avec les anciens », mais « il a tort de choisir ses modernes parmi les Tristan, les Sarasin et les Voiture[103] ».

Non moins critique envers « le régent Boileau[104] », Théophile Gautier ignore Tristan[W 1] dans les articles qu'il consacre pourtant à des poètes de son entourage, et réunit en volume sous le titre Les Grotesques, publié en 1844 — à commencer par Théophile de Viau, pour lequel il voue une véritable vénération[105], mais aussi Saint-Amant[106] et Cyrano de Bergerac[107] parmi les libertins, Chapelain[108] parmi les académiciens, Scarron[109] et Scudéry[110] parmi les précieux. Il est vrai que, pour la plupart d'entre eux, Gautier s'applique à en accuser les ridicules[111],[112].

Tout de même, Émile Henriot regrette l'absence de Tristan dans Les Grotesques : « c'est un tort[113] ». On ne trouve pas un mot pour ou contre Tristan sous la plume de Sainte-Beuve[E 9], qui évoque La Mariane pour illustrer seulement une « époque de transition » dans l'histoire du théâtre français, marquée par une « poétique un peu équivoque[114] ». Viollet-le-Duc est donc l'un des rares à s'exprimer, en 1843, sur les vers de Tristan qu'il juge « correctement faits. Sa pensée ne manque pas de noblesse et d'élévation ; mais c'est un poëte tendu, sans charmes, et qu'on n'est pas tenté de relire[115] ».

Rétrospectivement, Jean Tortel analyse « deux vers qui, voulant dire la même chose — unir en une seule réalité la nuit et la femme désirée — partent de pôles inversés, et la pensée est totalement renversée dans le renversement de la figure », de telle sorte que « Tristan et Baudelaire disent le contraire en disant la même chose[116] » :

Douce et paisible Nuit, déité secourable
                                          (L'Amant secret)

Bizarre déité, brune comme les nuits
                 (Les Fleurs du mal, « Sed non satiata »)

De tels rapprochements autorisent Émile Faguet à présenter Tristan comme « le plus romantique des précieux, et le plus précieux des romantiques[117] ».

Dans une émission du pour la RTF, Jean de Beer présente Tristan L'Hermite comme « un symboliste sous Louis XIII[C 17] ». Adolphe van Bever confirme que « quelques-uns de nos récents rimeurs lui doivent une direction, une discipline littéraire. Le Romantisme, le Parnasse, le Symbolisme même, pour ne citer que ces écoles, ont passé tour à tour sur son œuvre sans la rendre caduque et l'on ne sait qui a le plus gagné, de l'art de Tristan ou de celui du XIXe siècle, à être soumis à un tel rapprochement[V 7] ».

Dès 1895, Émile Faguet présente Tristan L'Hermite comme un précurseur du symbolisme[H 11] : « Voilà un homme qui rêve devant une fontaine. Cette fontaine prend ses sentiments, elle rêve à son tour et le poète peut écrire les songes de l'eau qui sommeille[118] ». Pierre Camo confirme que l'« époque ne s'y est pas trompée, qui s'est mise à l'aimer et à l'admirer[119] » : « Les symbolistes pourraient presque le revendiquer pour l'un des leurs, et tel sonnet à forme obscure de Mallarmé ne perdrait rien à la comparaison avec tel sonnet à forme précieuse et contournée du premier recueil de Tristan[120] ».

Marcel Arland s'étonne devant « cet Embarquement pour Cythère que Tristan a nommé Le Promenoir des deux amants, une Cythère plus proche de Corot peut-être que de Watteau, sinon du Watteau que rêva Verlaine, mais plus limpide encore et plus vive[A 16] ». Amédée Carriat signale également plusieurs poèmes où Tristan « use de l'heptamètre, cet impair si cher à Verlaine[E 10] » :

Le soleil se va perdant ;
La splendeur dont il éclate
Peint là-bas dans l'Occident
Un grand fleuve d'écarlate.
Le jour est prêt à finir.
Déjà mon âme est saisie,
En voyant la nuit venir,
De cette paralysie
Qui trouble ma fantaisie,
Et confond mon souvenir.
                 (Les Terreurs nocturnes[E 11])

D'autre part, « la profusion inventive d'Alfred Jarry trouve un assez étonnant précédent dans le brio du Parasite, lequel, relu après Ubu, prend une saveur toute nouvelle[C 18] ». Jarry pouvait avoir lu la comédie de Tristan dans la collection des Contemporains de Molière éditée par Victor Fournel en 1875[121], et bien des vers « ubuesques » y sont remarquables[C 19] :

De même que l'on coupe un petit brin d'osier,
Je m'en vais lui trancher la nuque et le gosier.
                         (Acte III, scène VI)

As-tu fini ? Moi je commence : torsion du nez, arrachement des cheveux, pénétration du petit bout de bois dans les oneilles, extraction de la cervelle par les talons…
                         (Ubu roi, Acte V, scène I)

Tout va bien, tout va bien. Nous avons acheté
Un bel habit d'esclave.
                         (Acte III, scène I)

Allez nous préparer notre tablier d'esclave, et notre balai d'esclave, et notre crochet d'esclave, et notre boîte à cirer d'esclave…
                         (Ubu enchaîné, Acte I, scène I)

Le sonnet de Tristan intitulé Le Navire peut être lu comme « un Bateau ivre du Grand Siècle en miniature[122] ». Dans les deux poèmes, le « bateau-poète[123] » se libère, par sa métamorphose, des contraintes humaines comme des éléments[123], chantant une liberté toujours menacée[124] :

Le Navire

Je suis comme un jouet en ses volages doigts,
Et les quatre éléments me font toujours la guerre.

Le Bateau ivre

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots.

La bibliothèque de Charleville conserve toujours les éditions originales de toute l'œuvre dramatique de Tristan[125], et ses vers ont pu inspirer l'adolescent Rimbaud, lecteur insatiable et « étudiant passionné de littérature française[126] ». De fait, longtemps avant le poète des Illuminations, Tristan s'était consacré à « un type de poésie qui touche d'autres domaines de l'imagination, qui répond au rêve des hommes de son temps, un rêve qui n'est pas seulement de puissance, mais aussi de liberté et d'émerveillement. Sa poésie suggère alors un univers de fête, un univers enchanté[127] ».

XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1909, Adolphe van Bever s'indigne de ce que « Tristan demeure un des rares poètes méconnus de son siècle. Les anthologies ignorent à peu près son nom[V 4] ». Étant données « les vertus de ce personnage singulier qui fut un poète, un dramaturge, un épistolier, un romancier, un « confesseur de soi-même », sans cesser d'être un gentilhomme attaché à son passé, fier de ses origines, éloigné des habituels rimeurs de cour, cultivant les Muses sans pédanterie et sans morgue, ce n'est point l'exemple d'un mort que nous proposons, mais d'un « vivant » en qui nous découvrons un peu de ce qui constitue l'idéal du XXe siècle[V 8] ».

Patrick Dandrey soutient que le « modèle épanoui » du Page disgracié tristanien est « la Recherche proustienne, fiction à clef dont le narrateur se prénomme Marcel. Leur parcours se croise sur le fond des mêmes déceptions : amitié, amour, projets de vie valeureux, carrière et, à la fin, née de la désillusion même, la naissance de la vocation et le projet d'écriture comme rédemption illusoire. Au terme d'À la recherche du temps perdu, le narrateur annonce la rédaction du livre qu'il vient de donner à lire. La suite à son Page disgracié qu'annonce Tristan en conclusion de son volume, c'est le livre qu'il vient de nous donner, qu'il nous convie à relire comme une fiction de vie contant la manière dont une vie entre en fiction[128] ».

À la Méditation sur le « Memento Homo » de L'Office de la sainte vierge répond, « comme en écho, deux siècles et demi plus tard, Apollinaire, qui s'est fait lui aussi une raison[E 12] » :

Souviens-toi de l'heure dernière
Et de l'horreur du monument,
Où ta dépouille prisonnière
Ne sera plus rien que poussière
Et n'aura plus de sentiment.

Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement
Tu pleureras l'heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures

En 1923, Valery Larbaud publie « trois histoires d'amour douces-amères, auxquelles il a donné pour titres les incipit de trois pièces empruntées à trois poètes du XVIIe siècle qu'il aimait entre tous » : Malherbe (Beauté, mon beau souci…, début de « Dessein de quitter une dame[129] », La Fontaine (Amants, heureux amants…, début de l'épilogue de la fable des « Deux Pigeons[130] ») et Tristan (coup d'archet initial du sonnet intitulé « Les Agréables pensées[131] » : Mon plus secret conseil…[132]).

Amédée Carriat rend hommage au goût de Larbaud pour « ce cœur secret, cet intimiste qui se replie sur lui-même pour s'enchanter de son mal amoureux et le chanter en des vers qu'un Valéry n'eût point rougi de commettre[E 13] ». En 1960, il propose un rapprochement significatif entre La Mer et le Le Cimetière marin : « Ne serait-ce pas Valéry qui parle lorsque la mer fait étinceler mille pointes de diamants[C 18] ? » Une étude détaillée a été réalisée en 1995, dans le cadre des Cahiers Tristan L'Hermite, autour des « possibles parentés entre les vingt-cinq dizains d'octosyllabes qui constituent l'ode de Tristan et le poème de vingt-quatre sizains de décasyllabes que Valéry nomme aussi ode[133] », mais aussi des contrastes remarquables, puisqu'« il est seulement midi dans le poème de Valéry, et c'est la seule heure qui ne soit pas représentée dans l'ode de Tristan[134] ».

Premières rééditions[modifier | modifier le code]

Certaines éditions sont particulièrement éloquentes : « lorsque, sous l'occupation, Max-Pol Fouchet se donne d'Alger la mission de "prolonger la parole, non pas des absents, mais de ces présents dont la voix lointaine ne nous parvient plus", à la suite de Poésie et vérité et de France écoute, il réédite Le Promenoir des deux amants. Éluard, Aragon, Tristan : l'insolite voisinage… Mais quel honneur pour un poète, de qui l'on s'était si longuement déshabitué, de symboliser soudain, à l'heure où, contre l'esprit, les forces mauvaises se sont conjurées, l'indépendance, la fantaisie, la grâce, la calme beauté du monde[E 14] ».

Ces rééditions modernes aboutissent aux travaux d'Amédée Carriat, qui devient le « principal artisan[135] » de la redécouverte d'« un écrivain creusois, sans doute le plus grand, qui reste un inconnu[136] ». La mémoire de Tristan se trouve progressivement entourée de « véritables amis, que la Fortune ingrate lui avait refusé de son vivant — non sous la forme d'un protecteur, mais d'un lecteur complice, effacé et présent comme savent l'être les vrais lecteurs, ceux qui ne lisent ni pour censurer, ni pour expliciter, ni pour théoriser, mais pour l'amour des livres et par fidélité à l'esprit des poètes[137] » — répondant au souhait, exprimé dès 1625, dans l'ode À monsieur de Chaudebonne :

Partout où ce n'est point un crime
Que d'aimer la fidélité,
Partout où la sincérité
Peut trouver tant soit peu d'estime,
Que je traverse autant de mers,
Que j'aborde autant de déserts
Qu'Ulysse ou que le fils d'Anchise,
Je sais que le Ciel m'a promis
Que mon esprit et ma franchise
M'y feront trouver des amis[138].

Redécouvertes[modifier | modifier le code]

En 1936, à l'occasion d'une reprise du Parasite au Théâtre des Arts[C 20], Henry Bidou présente La Mort de Chrispe comme « l'aveu de Phèdre sans l'aveu ». Le critique du Temps devine « entre le génie de Tristan L'Hermite et celui de Racine une affinité qui donne à rêver : C'en est peut-être assez pour tirer un instant la pièce de l'oubli[139] ».

La Mort de Sénèque a fait l'objet d'une reprise à la Comédie-Française le , dans une mise en scène de Jean-Marie Villégier, avec Richard Fontana dans le rôle de Néron et Hubert Gignoux dans le rôle de Sénèque[87].

Tristan L'Hermite, « héritier et précurseur »[modifier | modifier le code]

Héritages[modifier | modifier le code]

Références classiques : érudition et assimilation[modifier | modifier le code]

La « crise de folie[140] » du personnage d'Ariste, dans La Folie du sage, offre à Tristan l'occasion de se lancer dans une énumération délirante de noms d'auteurs classiques[141] :

Ah ! voici ces Docteurs de qui l'erreur nous flatte :
Aristote, Platon, Solon, Bias, Socrate,
Pittaque, Périandre et le vieux Samien,
Xénophane et Denys le Babylonien.
Revisitons un peu cette troupe savante,
Cnide, Eudoxe, Épicharme, Alcidame et Cléanthe,
Démocrite, Thalès d'un immortel renom,
Possidoine, Callippe, Antisthène et Zénon ;
Consultons Xénocrate, et consultons encore
Phérécyde, Ariston, Timée, Anaxagore,
Chrysippe, Polémon, le docte Agrigentin,
Clitomaque, Archytas, Anaxarque et Plotin.
Reconfrontons encor tous ces auteurs de marque,
Aristippe, Sénèque, Épictète et Plutarque[142].

Jacques Madeleine s'amuse du « plus curieux de l'affaire, c'est que de tous ces auteurs, si ce n'est des plus grands ou des moins anciens, aucune œuvre, autant dire, n'a survécu et que, de celles qui ont échappé au désastre, un bien petit nombre avait été imprimé à l'époque où Tristan écrivit La Folie du sage. Comment donc Ariste avait-il pu composer cette si riche bibliothèque[143] ? »

Références modernes : de Pétrarque au cavalier Marin[modifier | modifier le code]

Adolphe van Bever reconnaît que « les Latins l'ont beaucoup influencé, les Italiens aussi : Ovide et Marino en particulier. Du premier, il a le goût de l'invention, de la fable ; du second la préciosité, la pointe, le concetto. Il a en outre une façon charmante d'exprimer la nature. C'est un poète soucieux d'être entendu de ses contemporains[V 9] ».

René Bray présente le marinisme comme « un nouvel avatar du pétrarquisme » : « Des pétrarquistes de 1500 au Tasse, du Tasse à Marino, une tradition s'établit, où dominent de plus en plus le goût de l'effet et la recherche verbale. Ce qui n'était qu'un défaut du Tasse est un principe poétique chez son successeur et prend une énorme extension sous l'influence d'une imagination dévergondée[144] ». Jean Rousset montre comment, « de l'oiseau, Marino fait à la fois un atome résonant, une voix empennée, un son volant, un souffle vêtu de plumes, un plumage sonore, un chant ailé ; il se surajoute ici un raffinement de pointe et de jeu d'esprit conçu comme un hiéroglyphe intellectuel, comme une sorte de rébus qu'on donnerait à deviner[145] ». Ainsi, Urbain Chevreau témoigne que « notre Tristan, qui admirait toutes les visions du Marin, n'a pas cru que celle-ci lui dût échapper dans les quatre premiers vers d'un sonnet[146] » :

Aux rayons du soleil, le paon audacieux,
Cet avril animé, ce firmament volage,
Étale avec orgueil dans son riche plumage
Et les fleurs du printemps et les astres des cieux.

Si « la querelle des Anciens et des Modernes l'eût laissé indifférent[V 10] », Le Page disgracié (partie II, chapitre XLVI) montre une dispute entre son héros et un écolier pour décider « lequel l'emportait, pour la magnificence et la beauté du style héroïque, de Virgile ou du Torquato Tasso[P 5] » :

« Il y eut en la compagnie un grand garçon, fort bien fait, qui dit avec un souris dédaigneux qu'il n'y avait nulle comparaison à faire de ces deux génies, assurant que le Mantouan surpassait l'autre infiniment. L'audace dont il soutint cette opinion me piqua, je me rangeai soudain de l'autre parti et, bien que je n'ignorasse pas que l'Énéide est un parfait modèle du poème héroïque, je mis la Jérusalem beaucoup au-dessus de Troie et de Carthage. »

Cette querelle aboutit à un duel[P 6], tout en annonçant précisément deux vers de la Satire IX de Boileau[147] :

À Malherbe, à Racan, préférer Théophile
Et le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile.

que Théophile Gautier, en retour, juge « ridicules » dans son étude des Grotesques[148].

Théâtre : vers le classicisme[modifier | modifier le code]

Marcel Arland s'amuse de ce « travers étrange que d'exalter un auteur en niant sa dépendance, s'agissant surtout, comme ici, d'un esprit qui n'est pas essentiellement créateur. La dette de Tristan envers Hardy, pour sa Mariane, semble de même importance que celle de Racine, pour sa Phèdre, envers Euripide, Virgile et Sénèque[A 17] ».

Cependant, « la première Mariamne, dans sa violence fumeuse, reste rudimentaire : le vers en est maladroit, empêtré dans une lourde rhétorique, et l'expression souvent plate, brutale parfois. La pièce de Hardy n'est point l'œuvre d'un artiste, encore qu'elle soit par instants l'œuvre d'un poète ; elle peut frapper, mais elle ne séduit pas ; elle propose une illustre fable, mais elle ne nous laisse pas y participer. Avec La Mariane de Tristan, une autre époque apparaît, un autre esprit, un art véritable[A 18] ».

Pour Marcel Arland, « il va de soi que l'œuvre de Tristan n'a ni la puissance, ni la souveraine beauté de la grande œuvre classique. Elle n'en assume ni le sens tragique ni l'obsession. Elle n'a pas sa profonde unité. Presque toute entière, elle semble faite d'essais, de tentatives, de coups d'audace plus ou moins heureux. Ce sont des membres épars, qui laissent rêver d'un corps parfait[A 19] ».

Lyrisme : Malherbe ou Théophile[modifier | modifier le code]

Amédée Carriat distingue entre Malherbe, « homme soucieux des règles et des lois », et Tristan « soucieux avant tout de librement épancher son cœur, d'obéir à la seule inspiration. Certes, de Malherbe, Tristan a tiré parti : sa forme irréprochable le démontre. Mais vouloir lui prêter des idées concertées sur la création poétique serait entreprise illusoire[E 10] ». Tristan « salue en ces termes la mémoire de Malherbe[E 15] » dans La Lyre, après les grands maîtres de l'Antiquité, Homère, Pindare, Virgile, Horace et Ovide[149] :

Malherbe qui fut sans pareil
A trouvé le dernier sommeil
À la fin de ses doctes veilles,
Lui dont les écrits en nos jours
Sont des plus savantes oreilles
Les délices et les amours.

Ayant « beaucoup retenu de la leçon de Malherbe[150] », le poète des Amours « trouve des accents tendres et voilés que l'on chercherait en vain dans le marbre dur des strophes malherbiennes[151] ». Jean Tortel considère cependant que « l'attitude de Tristan n'est pas, malgré les apparences, différente de celle de Malherbe. Tous deux savent qu'il est une ressource de l'esprit qui ne manquera pas tant qu'ils voudront s'y reporter. La raison que Tristan appelle prudente et forte, céleste flambeau — est-il permis de voir se profiler dans le lointain celle qu'Apollinaire appellera la raison ardente ? — reste pour lui comme pour Malherbe l'appel unique, le suprême recours[152] ».

Une correspondance entre les deux poètes, réduite à deux lettres échangées entre le 1er septembre et le 12 novembre 1625[153], est conservée dans le recueil des Lettres mêlées. Théophile, ayant lu l'ode À monsieur de Chaudebonne, adresse ses louanges à son jeune confrère[154] :

« Votre excellent génie ne démentira pas les prédictions que j'en ai faites. Au reste, ne mêlez point de soucis étrangers à votre mélancolie naturelle, et ne soyez triste que de nom[155]. »

L'étude des formes strophiques « prouve non seulement que Tristan a parfaitement assimilé l'enseignement malherbien mais qu'il manifeste une exceptionnelle invention rythmique[156] ». Philippe Martinon lui attribue la paternité de « douzains que le huitain aab cbccb termine. Ils ne sont pas parfaits, le huitain ne l'étant pas non plus, mais c'est que le XVIIe siècle a fait de mieux en ce genre[157] ». Tristan l'emploie dans trois combinaisons différentes, dont la plus satisfaisante compose l'ode adressée Au maréchal de Schomberg[158], pour célébrer la victoire de Leucate en 1637 :

Cependant on a pris l'alarme
Et par mille cris répandus,
L'ennemi s'est défait du charme
Qui tenait ses sens suspendus.
De tous côtés la charge sonne,
Avec toi, tout le monde donne ;
La flamme prend, l'acier reluit,
Les chevaux et l'infanterie
Font naître un effroyable bruit
D'une épouvantable furie,
Et le jour de l'artillerie
Fait peur aux ombres de la nuit.

Le « Shakespeare français »[modifier | modifier le code]

Influences[modifier | modifier le code]

Adolphe van Bever considère que « l'œuvre de Tristan eut une action lente, mais incontestable, sur les hommes de sa génération et sur ceux qui lui succédèrent[V 11] ».

Corneille et Racine[modifier | modifier le code]

Molière[modifier | modifier le code]

Dans bien des cas, « c'est tout un vers où l'on est obligé de reconnaître une certaine parenté[159] » :

Le Parasite
Je m'en allais la voir, cette belle assassine.
(Acte I, scène V)

Et Dieu sait quels seront ses transports de colère.
(Acte II, scène II)

On dit qu'il bat le fer dans les meilleures salles.
(Acte II, scène II)

Non, je vous dis encor que je le ferai pendre.
(Acte V, scène VI)
L'Étourdi
Que dit-elle de moi, cette gente assassine[160] ?
(Acte I, scène V)

Dieu sait quelle tempête alors éclatera[161].
(Acte I, scène II)

Et j'ai battu le fer en mainte et mainte salle[162].
(Acte IV, scène II)

Quoi qu'il puisse coûter, je veux le faire pendre[163].
(Acte II, scène IV)

La Fontaine[modifier | modifier le code]

Amédée Carriat estime que « La Fontaine doit à Tristan beaucoup plus qu'on ne pense », trouvant « chez l'un et l'autre une même nature accueillante et aimable, propre avant tout à fournir le cadre d'un bonheur naturel, à favoriser la méditation solitaire, à raviver la tendresse amoureuse[E 16] ». Selon lui, par exemple, il ne fait « aucun doute que La Fontaine s'est souvenu du sixain suivant dans Le Lion et le Moucheron[C 21] » :

On arme pour les deux cabales ;
On n'entend plus rien que Timbales,
Que Trompettes et que Clairons :
Car avec Tambour et Trompette,
Les Bourdons et les Moucherons
Sonnent la charge et la retraite.
                 (La Comédie des fleurs)

Quinault[modifier | modifier le code]

Édouard Fournier, dans « l'incroyable notice qu'il a consacrée à Tristan[B 33] », conclut sur cette anecdote : « Les droits d'auteur n'ont pas d'autre origine. Ce service et le talent de Quinault sont, sans contredit, ce que nous devons de mieux à Tristan L'Hermite[164] ».

Cet « élève de Tristan » ne semble pas avoir été « sans reproches sous le rapport de la modestie et de la probité littéraire[E 6] ». Furetière oppose louanges et blâmes dans l'un de ses Factums adressé à Quinault :

« Ce n'est pas un petit honneur pour Monsieur Quinault d'avoir servi l'illustre Monsieur Tristan, chez qui il a fait son apprentissage de poëte. […] Cet élève a eu bien de l'avantage par-dessus son maître, car si d'un côté il n'a pas su faire des vers aussi bien que lui, de l'autre il a su mieux faire sa fortune[165]. »

Pour Adolphe van Bever, « un écrivain ne saurait être médiocre lorsqu'il servit à créer des grands hommes. N'aurait-il eu que ce mérite d’être un initiateur qu'il aurait droit à notre admiration. Mais il n'y a pas seulement un précurseur en Tristan L'Hermite ; il y a un homme du XVIIe siècle, qui vit sa vie, sans s'inquiéter du jugement de la postérité, et un artiste qui renoue la tradition[V 11] ».

Esthétique[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Tristan L'Hermite montre une grande cohérence thématique : « Tout avec Tristan nous ramène à l'amour, la nature végétale, la nuit, les eaux[E 17] ».

Amours[modifier | modifier le code]

Marcel Arland présente Tristan comme le vrai poète de l'amour : « Il suffit de rapprocher ses poèmes amoureux de ceux de Voiture ou de Malleville pour en surprendre l'accent personnel et l'intime expérience. À peine, de l'un aux autres, l'écart est-il moins grand que des Maximes ou des Caractères aux remarques ou aux portraits de salons[A 20] ». Le critique reconnaît volontiers qu'« il y témoigne de plus de grâce que de force, et de plus de finesse que de nouveauté. Du moins cette grâce et cette finesse ne sont-elles points communes[A 21] ».

Jean Tortel insiste sur le caractère sensuel de ce « poète de l'amour réel, dont les voluptés se voilent d'une exquise mélancolie[166] » : « la femme de Théophile et de Tristan, surprise à la toilette, au réveil, au bain[167] »,

Ses yeux que le sommeil abandonnait encore,
Ses cheveux autour d'elle errant confusément
Ne lièrent mon cœur que plus étroitement,
Ne firent qu'augmenter le feu qui me dévore.
                                    (La Négligence avantageuse[168])

Tel poème « nous fait participer à l'intimité quotidienne des amants[167] », ou aux « regrets sur une absence[169] » :

Le soleil en venant de naître
S'est introduit par ma fenêtre
Afin d'en chasser mon espoir.
Déjà sa lumière importune
Monte dessus mon lit pour voir
Si j'ai quelque bonne fortune,
Et rit de voir qu'avec les bras
Je la cherche en vain dans mes draps.
                                    (Les vains plaisirs[170])

L'expression « passe sans cesse du plan de l'érotisme à celui de l'Amour, mais on ne délaisse pas l'un en abordant l'autre. Un va-et-vient de la pensée est nécessaire. Les poètes lyriques du préclassicisme ne cessent d'être en contradiction avec eux-mêmes ou, si l'on veut, de se laisser surpasser par leur chant. Le cas de Tristan est peut-être le plus significatif[171] ».

Nocturnes[modifier | modifier le code]

Jean Tortel admire le poète qui « se soulève hors de lui-même » lorsque « son poème part soudain à la rencontre, il ne sait peut-être pas de quoi. Tristan s'avance et rencontre la Nuit[166] » qui lui donne « un accent unique. C'est qu'elle l'a entouré, elle a pénétré en lui. Il en a perçu les souffles, il les a retenus. Il s'est baigné aux sources nocturnes. Il est illuminé des lumières de la Nuit. Le grand Tristan, encore méconnu car il ne le cède en rien aux plus grands lyriques de tous les temps, est ainsi caché à l'intérieur de lui-même. Il est à lui-même sa propre nuit. Il s'ignorait peut-être ; ou peut-être a-t-il su, peut-être a-t-il été ébloui[172] » par cette « vision claire et lumineuse, par la nuit animée qui avait le visage d'une femme. Peut-être a-t-il réellement identifié l'amour à la grande Nuit… S'il en est ainsi, sa poésie est l'héritière authentique du lyrisme scévien[173] »

Les nocturnes sont nombreux dans son œuvre : « sa poésie est une sorte de rivière souterraine qui apparaît par places où elle contient tout le ciel. Fragments. Instants parfaits[173] » que l'on peut saisir dans Les Amours, La Lyre et les Vers héroïques pour « reconstituer un hymne perdu, une sorte de chant cosmique où le cristal nocturne vibre comme sous un archet, une cadence dont les mouvements s'accordent au cours muet de la nuit[173] » :

Que vous avez d'appas, belle nuit animée !
Que vous nous apportez de merveille et d'amour.
Il faut bien confesser que vous êtes formée
Pour donner de l'envie et de la honte au jour.
                                    (La Belle en deuil[174])

Douce et paisible Nuit, déité secourable
      Dont l'empire est si favorable
À ceux qui sont lassés des longs travaux du jour,
Chacun dort maintenant sous tes humides voiles,
Mais, malgré tes pavots, les épines d'Amour
M'obligent de veiller avecque tes étoiles.

Tandis qu'un bruit confus règne avec la lumière,
      Ma passion est prisonnière ;
Je crains d'être aperçu, j'ai peur d'être écouté ;
Il faut que je me taise et que je dissimule,
Mais sous ton cours muet, je prends la liberté
D'entretenir tes feux de celui qui me brûle.
                                    (L'Amant secret[175])

Nuit fraîche, sombre et solitaire,
         Sainte dépositaire
De tous les grands secrets, ou de guerre ou d'amour ;
Nuit, mère du repos et nourrice des veilles
      Qui produisent tant de merveilles,
Donne-moi des conseils qui soient dignes du jour.
                                    (La Servitude[176])

Ces vers « sont de grandes vagues heureuses poussées par une main inconnue, mais qui viennent battre nos rivages. Le poète s'y déploie, il nage loin dans la mer ; à aucun moment il ne s'effare. Il ne coule pas. Il n'appelle pas. S'il perd pied, on ne s'en aperçoit pas, tant le mouvement est aisé et totale la certitude de retrouver la terre[177] ».

Marines[modifier | modifier le code]

Dès 1892, Pierre Quillard s'émerveille de « la passion en lui quand Tristan parle de La Mer : il l'a contemplée à toutes les heures du jour, il en a saisi le mystère, la force et la douceur[178] ». Il est « significatif que deux de ses pièces de jeunesse s'intitulent La Mer et Églogue maritime. Il est vrai que Saint-Amant est passé par là, qui dut influer sur ces premiers essais. Mais, original ou non, un fait est là : Tristan aime la mer[E 17] ».

Tristan se montre attentif au miroir d'« eau qui sommeille du Promenoir des deux amants, à la paresse profonde et la molle oisiveté des Plaintes d'Acante ; le seul essor qu'il lui prête est celui des fontaines et des grottes où l'eau fait tourner de petits personnages et jaillit sur le promeneur[179] ».

Rêves[modifier | modifier le code]

Jean Rousset interroge, dans la sensibilité baroque, « la nature de ce rêve au sein du paysage, de cette rêverie liée à l'eau » dans les œuvres de Madeleine de Scudéry comme de La Fontaine[179]. Ainsi, dans sa première ode publiée, en 1628, Tristan accorde son rêve à « la majesté de la mer[180] ».

Jean Tortel analyse ainsi « la permission qui lui est accordée de se replier en lui-même, pour se retrouver, de se promener, de se mirer un moment dans les eaux calmes pour se joindre aux songes de l'eau qui sommeille. Si Tristan invoque Narcisse dans son Promenoir, c'est pour éviter de tomber où le héros mourut autrefois, car la mort amoureuse est préférable[181] ».

Présences de Tristan L'Hermite[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Cyrano de Bergerac, qui « admire Tristan L'Hermite[182] », lui rend hommage dans un passage de l'Histoire comique des États et Empires de la Lune répondant au chapitre XIX de la première partie du Page disgracié[183],[184]. Le démon de Socrate[185] évoque pour le narrateur les rares « grands personnages[186] » qu'il a pu rencontrer sur Terre :

« Il est tout esprit, il est tout cœur, et si donner à quelqu'un toutes ces deux qualités dont une jadis suffisait à marquer un héros n'était dire Tristan L'Hermite, je me serais bien gardé de le nommer, car je suis assuré qu'il ne me pardonnera point cette méprise […] Enfin je ne puis rien ajouter à l'éloge de ce grand homme, si ce n'est que c'est le seul poète, le seul philosophe et le seul homme libre que vous ayez[187]. »

Musique[modifier | modifier le code]

Airs de cour et de ballet[modifier | modifier le code]

« Monarque le plus glorieux », air pour le Ballet de Mademoiselle, ou Ballet des Quatre monarchies chrétiennes d'Estienne Moulinié (1635).

Roland-Manuel rend hommage à Tristan L'Hermite et aux poètes de sa génération, « chantres et peintres de la solitude et du mystère » au même titre que « Georges de La Tour qui pénètre sans effraction, une chandelle à la main, dans les châteaux de l'âme et qui éclaire, à la dérobée, l'énigme des choses sans visages[188] » : cette génération « lyrique, romanesque et précieuse, sensible à toutes les voix de la nature, n'imagine point encore de séparer la musique de la poésie », attentive à recueillir

Le bruit des ailes du silence
Qui vole dans l'obscurité.
                    (Saint-Amant[188])

Avec trois autres poètes du « Parnasse libertin » — Théophile de Viau, Saint-Amant et Boisrobert — Tristan « tient une place honorable dans les collections musicales contemporaines. Pour autant, ses poésies mises en musique se limitent majoritairement à des pièces fournies pour des ballets de cour[189] ». Les musicologues ont recensé quatorze titres d'airs composés sur des poèmes de Tristan, mais seulement « neuf dont on a réellement recueilli la musique[190] ». À cet égard, « la plus lourde perte est sans doute celle des récits composés pour le Ballet du Triomphe de la beauté dansé en 1640[191] (repris dans La Lyre, pièces LXI à LXIX, et les Vers héroïques, pièce LXXVI) dont on ne connaît plus que la musique instrumentale[192] ».

Les airs de cour et de ballet mis en musique « par Antoine Boësset, Étienne Moulinié, Nicolas Métru et Michel Lambert constituent comme un microcosme littéraire et musical » autour de cette œuvre qui a également inspiré Joseph Chabanceau de La Barre et Sébastien Le Camus[190].

La première participation du poète aux ballets donnés son maître par Gaston d'Orléans est, en 1626, « le Ballet de Monsieur dit aussi le Ballet des Dandins[193]. On pouvait y entendre cinq textes de Tristan[194] » : Récit pour les Dandins, Récit pour les Filoux, Récit pour le curé de Mosle, Récit pour la Perronnelle et Récit pour les Espagnols[195]. La musique de Boësset ajoute « l'attrait de la variété à ces récits pittoresques[196] ».

Le Promenoir des deux amants[modifier | modifier le code]

Le Promenoir des deux amants, « le poème le plus célèbre de Tristan[C 22] », a été mis en musique à plusieurs reprises : Jean-Baptiste Weckerlin en retient six quatrains, en 1868, sous le titre La Promenade pour chant et piano[C 23]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Georges Dandelot reprend une partie du poème dans le no 4 de ses Cinq poèmes précieux, publié en 1942[C 23].

L'adaptation la plus remarquable est celle de Claude Debussy, avec trois mélodies composées en 1904[197] (no 1 « Auprès de cette grotte sombre », reprenant les strophes 1, 2 et 4) et 1910[198] en ajoutant les strophes 14 à 16 (no 2 « Crois mon conseil, chère Climène ») et 22 à 24 (no 3 « Je tremble en voyant ton visage »)[198] publiées sous le même titre que le poème de Tristan — « insurpassable chef-d'œuvre d'une concision parfaite, qui parvient à traduire toutes les nuances de clair-obscur du poème par de surprenantes échappées harmoniques dans le cadre modal[199] ». Louis Beydts en a réalisé une version pour chant et orchestre[C 17].

Autres mélodies[modifier | modifier le code]

Louis Beydts reprend trois poèmes de La Lyre et un poème des Amours dans son recueil de mélodies intitulé La Lyre et les Amours, publié en 1939[C 17].

En 1953, Vernon Duke compose Six mélodies sur les paroles de Tristan L'Hermite[200] , reprenant notamment le sonnet consacré à La belle en deuil[174], le madrigal intitulé Le soupir ambigu[201] et l'Épitaphe d'un petit chien[202] du recueil des Amours.

Hommages[modifier | modifier le code]

Les communes d'Aubusson et de La Souterraine ont nommé une « rue Tristan l'Hermite[203] » et une « école primaire Tristan l'Hermite[204] », en hommage à l'écrivain creusois.

Une « journée Tristan L'Hermite » est organisée le à Janaillat, où une plaque commémorative est apposée pour célébrer le lieu de naissance du poète[205]. Des célébrations associant conférences, concerts de musique baroque[194], mises en scène et lectures d'œuvres de Tristan, « mais aussi ces petites lumières portées dans la nuit par tout un bourg en fête[206] » ont été renouvelées en 1994 et 2001[207].

Le quatre-centième anniversaire de la naissance de Tristan L'Hermite a fait l'objet d'un important colloque international intitulé « Actualités de Tristan », du 22 au 24 novembre 2001, organisé par l'Université Paris-Nanterre[208].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Éditions modernes[modifier | modifier le code]

Éditions historiques[modifier | modifier le code]

Choix de pages[modifier | modifier le code]
Poésie[modifier | modifier le code]
Prose[modifier | modifier le code]
Théâtre[modifier | modifier le code]
Vers de Ballet[modifier | modifier le code]
  • Paul Lacroix, dit le Bibliophile Jacob, Ballets et mascarades de cour de Henri III à Louis XIV (1624-1627), t. 3, Paris, Slatkine, (1re éd. 1868), 344 p. (lire en ligne), p. 115-117
  • Paul Lacroix, Ballets et mascarades de cour de Henri III à Louis XIV (1627-1633), t. 4, Paris, Slatkine, (1re éd. 1869), 338 p. (lire en ligne), p. 17-28
  • Paul Lacroix, Ballets et mascarades de cour de Henri III à Louis XIV (1629-1640), t. 5, Paris, Slatkine, (1re éd. 1870), 360 p. (lire en ligne), p. 181-197

Œuvres complètes[modifier | modifier le code]

  • Tristan L'Hermite et Jean Serroy (dir.), Œuvres complètes, tome I : Prose, Paris, Éditions Honoré Champion, coll. « Sources classiques » (no 20), , 448 p. (ISBN 978-2-745-30154-3)
  • Tristan L'Hermite et Jean-Pierre Chauveau (dir.), Œuvres complètes, tome II : Poésie I, Paris, Éditions Honoré Champion, coll. « Sources classiques » (no 41), , 576 p. (ISBN 978-2-745-30606-7)
  • Tristan L'Hermite et Jean-Pierre Chauveau (dir.), Œuvres complètes, tome III : Poésie II, Paris, Éditions Honoré Champion, coll. « Sources classiques » (no 42), , 736 p. (ISBN 978-2-745-30607-4)
  • Tristan L'Hermite et Roger Guichemerre (dir.), Œuvres complètes, tome IV : Les Tragédies, Paris, Éditions Honoré Champion, coll. « Sources classiques » (no 31), , 560 p. (ISBN 978-2-745-30384-4)
  • Tristan L'Hermite et Roger Guichemerre (dir.), Œuvres complètes, tome V : Théâtre (suite) et Plaidoyers historiques, Paris, Éditions Honoré Champion, coll. « Sources classiques » (no 19), , 512 p. (ISBN 978-2-745-30152-9)

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

Cette réédition du roman reprend l'introduction, la présentation et les notes de l'édition Folio Classique de 1994[209].

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Études et monographies[modifier | modifier le code]

  • Antoine Adam, Théophile de Viau et la libre pensée française en 1620, Paris, Slatkine, (1re éd. 1935), 473 p. (ISBN 978-2-051-02067-1)
  • Anonyme, Vie de Tristan L'Hermite : pièce liminaire en tête de La Mariane, nouvelle édition, Paris, François Flahault, , 88 p., in-8° (lire en ligne), p. IX-XIX
  • Napoléon-Maurice Bernardin, Un Précurseur de Racine : Tristan L'Hermite, sieur du Solier (1601-1655), sa famille, sa vie, ses œuvres, Paris, Alphonse Picard, , XI-632 p. (lire en ligne)
  • Sandrine Berrégard, Tristan L'Hermite, « héritier » et « précurseur » : Imitation et innovation dans la carrière de Tristan L'Hermite, Tübingen, Narr, , 480 p. (ISBN 3-8233-6151-1)
  • Tankut Bingol, Le Rôle social et politique de la fatalité et du destin dans l'œuvre tragique de Tristan L'Hermite, Laval, Faculté de lettres de l'Université de Laval, , 142 p. (lire en ligne)
  • Joë Bousquet, Tableau de la littérature française. De Rutebeuf à Descartes : Tristan L'Hermite, Paris, Gallimard, , p. 566-582
  • (en) Thomas James Braga, Baroque imagery and themes in the theater of Tristan L'Hermite, Houston, Rice University, , 255 p. (lire en ligne)
  • Amédée Carriat, Tristan, ou L'éloge d'un poète, Limoges, Éditions Rougerie, , 146 p.
    Émile Henriot, Préface, p. 9-16
  • (it) Daniela Dalla Valle, Il Teatro di Tristan L'Hermite : Saggio storico e critico, Turin, Giappichelli, , 340 p.
  • (en) Lucy Broyles Golsan, Christian and Pagan Elements in the Works of Tristan L'Hermite, University of Florida, , 302 p. (lire en ligne)
  • Doris Guillumette, La libre pensée dans l'œuvre de Tristan L'Hermite, Paris, Nizet, , 205 p.
  • Nahed Mohamed Ismail, Tristan L'Hermite et le lyrisme au dix-septième siècle, Baton Rouge, Université de Louisiane, , 111 p. (lire en ligne)
  • Frédéric Lachèvre, Tristan L'Hermite, sieur du Solier, poète chrétien et catholique : Une réparation posthume due au « précurseur de Racine », Paris, Librairie historique Margraff, , 90 p. (lire en ligne)
  • Edward Lockspeiser et Harry Halbreich, Claude Debussy : Analyse de l'œuvre, Paris, Fayard, , 823 p. (ISBN 2-213-00921-X), p. 533-748
  • Kenneth C. Wright, Tristan l'Hermite et l'évolution de la poésie lyrique française entre 1620 et 1650, Université d'Édimbourg, , III-445 p. (lire en ligne)
  • (ru) Antonina Sergueievna Maximov, Творчество Владимира Дукельского – Вернона Дюка в контексте музыкальной культуры США первой половины ХХ века [L'Œuvre de Vladimir Dukelsky (Vernon Duke) dans le contexte de la culture musicale des États-Unis de la première moitié du XXe siècle], Petrozavodsk, Thèse de doctorat en histoire de l'art,‎ , 323 p. (lire en ligne)

Articles et analyses[modifier | modifier le code]

  • Véronique Adam, « L'usage du nom propre dans Le Page disgracié de Tristan L'Hermite : un désignateur de fiction », Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne, coll. « Bibliothèque des styles » (no 13), , 228 p. (ISBN 978-2-84050-915-8), p. 99-114
  • Napoléon-Maurice Bernardin, Conférences faites aux matinées classiques du Théâtre national de l'Odéon : « Avant la représentation de La Mariane », t. IX, Paris, A. Crémieux, , 268 p. (lire en ligne), p. 125-156
  • Henry Bidou, « Chronique théâtrale », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  • (en) William H. Bryant, « Rimbaud, disciple of Tristan L'Hermite ? », Romance Notes, University of North Carolina Press, vol. 22, no 3,‎ , p. 295-301
  • Jean-Pierre Chauveau, « Tristan l'Hermite et la célébration des héros », Baroque,‎ , p. 14 (lire en ligne)
  • Patrick Dandrey, « Le Page disgracié de Tristan L'Hermite ou le "roman de sa vie" », Revue d'histoire littéraire de la France (no 114), (ISSN 0035-2411), p. 169-181
  • Claire-Éliane Engel, « Tristan et Shakespeare », Revue de Littérature Comparée, no 33,‎ , p. 234-238
  • Émile Faguet, Tristan L'Hermitte : I. « Sa vie et ses idées générales », Paris, Revue hebdomadaire des cours et conférences (no 28), (lire en ligne), p. 488-497
  • Émile Faguet, Tristan L'Hermitte : II. « Ses Œuvres », Paris, Revue hebdomadaire des cours et conférences (no 30), (lire en ligne), p. 577-586
  • Russell J. Ganim, L'Excitation insolite : la perversité amoureuse chez Tristan, Lincoln, University of Nebraska, (lire en ligne), p. 167-178
  • René Lacôte, « Tristan L'Hermite et sa façade poétique », Les Lettres françaises, no 584,‎
  • Gustave Larroumet, « Tristan L'Hermite », Revue des cours et conférences,‎ , p. 350-359 (lire en ligne)
  • Raymond Lebègue, « Tristan était-il à Amsterdam en décembre 1612 ? », Revue d'histoire littéraire de la France, no 44,‎ , p. 390-395 (lire en ligne)
  • René Pintard, « L'autre Tristan L'Hermite », Revue d'histoire littéraire de la France, no 55,‎ , p. 492-495
  • Pierre Quillard, « Les poètes hétéroclites : François Tristan L'Hermitte de Soliers », t. V, Paris, Mercure de France, , 370 p. (lire en ligne), p. 317-333
  • Eugène Rigal, « L'Étourdi de Molière et Le Parasite de Tristan », Revue universitaire, Paris,‎
    Article inclus dans De Jodelle à Molière : Tragédie, comédie, tragi-comédie, Paris, Hachette, , 302 p. (lire en ligne), p. 291-302
  • Henri Rousseau, Un poète marchois en Poitou : Tristan L'Hermite et les Sainte-Marthe, Poitiers, Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest, , 766 p. (lire en ligne), p. 15-44
  • Ernest Serret, « Un précurseur de Racine : Tristan L'Hermite », Le Correspondant, no LXXXII,‎ , p. 334-354 (lire en ligne)
  • Jean-Louis Vaudoyer, « Propos et promenades : 1633-1933 », Les Nouvelles littéraires, Paris,‎ (lire en ligne)
  • Jean-Louis Vaudoyer, « Le Théâtre : Tristan L'Hermite », Les Nouvelles littéraires, Paris,‎ (lire en ligne)
  • (en) Philip A. Wadsworth, « Artifice and Sincerity in the Poetry of Tristan l'Hermite », Modern Language Notes, Johns Hopkins University Press, vol. 74, no 5,‎ , p. 422-430
  • A. E. Williams, « Le mythe du Shakespeare français », Revue de Littérature Comparée, no 43,‎ , p. 98-107

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

  • Patrick Dandrey, « « Portrait de Tristan L'Hermite en page mélancolique » », XVIIe siècle, Paris, no 266,‎ , p. 139-156 (ISSN 0012-4273)
  • Stéphane Macé, « Le Théâtre de la cruauté : À propos de deux poèmes de Tristan L'Hermite », XVIIe siècle, no 188,‎ , p. 447-456 (lire en ligne)

Cahiers Tristan L'Hermite[modifier | modifier le code]

  • Cahiers Tristan L'Hermite, Questions de poétique, Limoges, Éditions Rougerie (no XIV), , 78 p.
    Jean-Pierre Chauveau, Ouvertures…, p. 12–15
    Françoise Graziani, L'art de dissimuler, p. 18–27
    Alain Génetiot, « De petites herbes parmi les fleurs » : Tristan, poète mondain ?, p. 35–44
    Richard Crescenzo, Une poétique de la galerie ? Sur quelques pièces de La Lyre, p. 46–62
    Stéphan Bouttet, Tristan et le lyrisme religieux : Une poétique de la variation, p. 63–71
  • Cahiers Tristan L'Hermite, Les Fortunes de Tristan, Limoges, Éditions Rougerie (no XVII), , 72 p.
    Gisèle Mathieu-Castellani, Tristan ou la négligence avantageuse, p. 19–26
    Frédéric Briot, Phyllis, Chloris, Sylvie et les autres : le promenoir du poète, p. 27–35
    Thérèse Lassalle, De Tristan à Valéry : images de la mer, p. 36–49
    François Lesure, Claude Debussy et Le promenoir des deux amants, p. 50–53
  • Cahiers Tristan L'Hermite, Dédié à Amédée Carriat, Limoges, Éditions Rougerie (no XXV), , 112 p. (ISBN 2-8566-8099-2)
    René Rougerie, Éloge d'un poète, p. 10–12
    Claude Kurt Abraham, Tristan outre-Atlantique, p. 18–27
    Jean Serroy, Tristan/Bernard : Le Tristan de Jean-Marc Bernard, p. 46–54
    Doris Guillumette, Tristan et la fable, p. 64–66
    Rémy Landy, Sur quelques airs de Tristan, p. 80–86
    Jean-Pierre Chauveau, Quand Tristan inspirait les musiciens, p. 87–94
  • Cahiers Tristan L'Hermite, Tristan et la musique de son temps, Limoges, Éditions Rougerie (no XXXIII), , 125 p. (ISBN 978-2-8124-0355-2)
    Georgie Durosoir, De Gaston à Philomèle : Histoire d'une poésie de Tristan, p. 35–48
    Thomas Leconte, De l'influence des libertins sur le divertissement mondain : Le répertoire des « Chansons à boire » publié par Ballard, p. 49–96
    Pierre Gatulle, Les identités d'auteur et de compositeur de Tristan et Moulinié par la publication : la dignité et l'honorabilité, p. 97–107
    Sophie Landy-Cluzet, La Lyre de Tristan, p. 108–111
  • Cahiers Tristan L'Hermite, Sur Le Page disgracié, Limoges, Classiques Garnier (no II à XXXIV, extraits), , 270 p. (ISBN 978-2-8124-1162-5)
    Véronique Adam, Introduction, p. 7–17
    Jacques Prévot, Le Je de cache-cache, p. 23–25
    Laurence Rauline, Le Page disgracié ou la nostalgie de l'esprit d'enfance, p. 33-42
    Felicita Robello, Structures narratives et réflexion critique dans Le Page disgracié, p. 43-49
    Catherine Thiollet, Variations sur la disgrâce dans Le Page disgracié, p. 75-83
    Sandrine Berrégard, La Folie du page ou le Sage disgracié, p. 195–210

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'orthographe du XVIIe siècle présente des variantes pour le nom de famille de l'écrivain : Tristan-L'Hermite[8], Tristan L'Hermite[9], l'Hermite[10], L'Hermitte[11] — et son titre : du Solier[B 3], de Soliers[12], de Souliers[13]etc.
  2. L'année de l'élection de Tristan à l'Académie française a fait l'objet de débats : Le Discours de réception est daté de 1648 dans le Recueil des harangues publié en 1698, mais Pierre Bayle[9] et Claude-Pierre Goujet[20] proposent 1649. Napoléon-Maurice Bernardin relève que l'élection de Tristan « suivit, selon Pellisson, celle de Montereul ; or Montereul succéda à Sirmond en 1649. Cette incertitude tient au mauvais état des Registres de l'Académie entre 1647 et 1651[B 7] ».
  3. Disque 78 tours, La voix de son maître DA 1475-1476, premier enregistrement mondial[C 17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. p. 28
  2. p. 56
  3. p. 59
  4. p. 85
  5. p. 242-243
  6. p. 243-244
  1. p. 40-41
  2. p. 19
  3. p. 22
  4. p. 22-23
  5. p. 30
  6. p. 38
  7. p. 39-39
  8. p. 44
  9. p. 25
  10. p. 32-33
  11. a b et c p. 41
  12. p. 13-14
  13. p. 8
  14. a et b p. 12
  15. p. 16
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  17. p. 16-17
  18. p. 17
  19. p. 25-26
  20. p. 11
  21. p. 11-12
  1. p. 30
  2. p. 31
  3. p. 2
  4. p. 43
  5. a et b p. 44
  6. p. 1
  7. p. 277
  8. p. 594-596
  9. p. 201
  10. p. 208
  11. a et b p. 269
  12. p. 270
  13. p. 271-272
  14. p. 271
  15. p. 272
  16. p. 222
  17. p. 180
  18. p. 190
  19. p. 191
  20. p. 181
  21. p. 369
  22. p. 199
  23. p. 571
  24. p. 229
  25. p. 566
  26. p. 565
  27. p. 182
  28. p. 183
  29. a et b p. 184
  30. a et b p. 301
  31. p. 270
  32. p. 271
  33. p. 300
  • Sandrine Berrégard, Tristan L'Hermite, « héritier » et « précurseur », Narr, 2006 :
  1. p. 186-187
  2. p. 187
  3. p. 188
  4. p. 201-202
  5. p. 204
  6. p. 182-183
  7. a b et c p. 182
  8. p. 183
  9. p. 94
  10. p. 95
  11. p. 100
  1. p. 41
  2. p. 41-42
  3. p. 42
  4. p. 19
  5. p. 46
  6. a et b p. 47
  7. p. 55
  8. p. 67
  9. a et b p. 85
  10. a et b p. 88
  11. p. 133
  12. p. 123
  13. p. 98
  14. p. 128-129
  15. p. 125
  16. p. 100
  17. a et b p. 109
  • Amédée Carriat, Choix de pages, Rougerie, 1960 :
  1. a et b p. 253
  2. p. 227-228
  3. p. 254
  4. p. 19
  5. p. 235
  6. a et b p. 238
  7. p. 243
  8. p. 244
  9. p. 245
  10. p. 246
  11. p. 249
  12. p. 247
  13. p. 248
  14. p. 250
  15. a et b p. 264
  16. p. 9
  17. a b c et d p. 263
  18. a et b p. 16
  19. p. 232
  20. p. 260-261
  21. p. 239
  22. p. 234
  23. a et b p. 262
  • Doris Guillumette, La libre pensée dans l'œuvre de Tristan L'Hermite, Nizet, 1972 :
  1. p. 5
  2. p. 13
  3. p. 8
  4. a b et c p. 9
  5. p. 9-10
  6. p. 10
  7. p. 10-11
  8. p. 17
  9. p. 13-14
  10. p. 14
  11. a et b p. 16
  • Kenneth C. Wright, Tristan l'Hermite et l'évolution de la poésie lyrique française entre 1620 et 1650, Université d'Édimbourg, 1957 :
  1. p. I
  • Autres sources :
  1. Rietstap 1884, p. 936.
  2. Olivier 1898, p. 145.
  3. a et b Dulaure 1790, p. 5.
  4. Lacroix 1841, p. 23.
  5. Lacroix 1841, p. 80-81.
  6. Dulaure 1790, p. 5-6.
  7. L'Étoile 1741, p. 198.
  8. Loret 1655, p. 15.
  9. a et b Bayle 1734, p. 398.
  10. Rousseau 1934, p. 15.
  11. Faguet, I 1896, p. 488.
  12. Quillard 1892, p. 317.
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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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