Bertrand Badie

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Bertrand Badie, né le à Paris, est un politiste français spécialiste des relations internationales[1],[2]. Il est professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

D'origine iranienne, Bertrand Badie est diplômé en science politique de l'institut d'études politiques de Paris, de l'INALCO et titulaire d'une licence en Droit de l'université Paris I - Panthéon-Sorbonne. Il soutient une thèse de science politique en 1975 sur Stratégie de la grève, Pour une approche fonctionnaliste du Parti communiste français, avant de réaliser un DEA en histoire du XXe siècle à Sciences Po en 1977. Il est de 1974 à 1977 assistant, puis jusqu’en 1982 maître-assistant à l’université Paris I – Panthéon-Sorbonne. Agrégé de Science politique en 1982, il devient professeur à l’université d’Auvergne – Clermont I jusqu'en 1990[4].

Depuis octobre 1990, il est professeur des universités à l’Institut d'études politiques de Paris, et en octobre 1999 directeur du Cycle supérieur de relations internationales de l’IEP de Paris, transformé en septembre 2004 en mention « Relations internationales » du master recherche. Il a été de 1994 à 2003 directeur des Presses de Sciences Po.

Il a été également, de février 2002 à juin 2006, directeur du Centre Rotary d’études internationales sur la paix et la résolution des conflits, et depuis 2003 membre du Conseil de l’Association française de science politique et du Comité exécutif de l’Association internationale de science politique, puis Vice-Président de l'Association internationale de Science politique (2006-2009). Il a présidé le jury du concours national d'agrégation de l'enseignement supérieur en science politique (2012-2013).

Il dirige avec Dominique Vidal la collection « L'état du monde » aux éditions de La Découverte ; ils publient chaque année, depuis 2010, un ouvrage collectif sur l'état du monde actuel. Il est co-éditeur de l’International Encyclopedia of Political Science, 8 volumes, publiée chez Sage (Los Angeles).

Œuvre[modifier | modifier le code]

Bertrand Badie transpose en relations internationales des cadres d'analyse hérités de la sociologie durkheimienne. Il aborde les conflits et crises internationales comme des pathologies sociales, héritées d'un système international producteur d'anomie (situation de perte de repères), d'exclusion ou d'humiliation. La solution repose, selon lui, sur la notion d'intégration sociale internationale (pour les États comme pour les sociétés), à travers notamment la mise en œuvre d'un multilatéralisme inclusif.

Son ouvrage Nous ne sommes plus seuls au monde (2016) propose, à rebours de l'idée selon laquelle le monde serait « indéchiffrable », des clés de lecture destinées à transformer les logiques de polarisation de la politique mondiale. Il invite ainsi à se départir des catégories d'analyse issues de la guerre froide, pour placer au cœur de l'analyse et des politiques étrangères non seulement les sociétés, mais le respect de l'altérité, ce qui implique l'abandon des interventions unilatérales, qui confondent « l'acte de régulation et l'acte de puissance ». Engagé, l'ouvrage dénonce le « tournant néoconservateur » suivi par la politique étrangère française depuis 2003, qui procède, selon l'auteur, d'une vision hiérarchique des cultures justifiant les interventions militaires. D'après le magazine Les Inrocks, Bertrand Badie prône la réactivation de la « puissance d'imagination et d'écoute » de la diplomatie. Selon Badie, la diplomatie est là « pour faire vivre la négociation qu’on voit s’atrophier au fil du temps et dont on s’est même étonné de la voir renaître à la faveur de l’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien »[5].

Dans Le temps des humiliés (2014), il développe une perspective historique et sociologique sur la banalisation de l'humiliation en relations internationales[6],[7], ses causes (héritage de la décolonisation, dérégulation de la puissance, structure institutionnelle) et ses conséquences en termes d'exclusion et d'instabilité du système mondial. Il établit en particulier une typologie des formes d'humiliation (rabaissement ; déni d'égalité ; relégation ; stigmatisation), démontrant que ces dernières produisent des types spécifiques de diplomatie (revancharde ; souverainiste ; contestataire ; déviante) qui pèsent sur la qualité de la coopération internationale.

La diplomatie de connivence (2011) revient sur la manière dont le système international contemporain, en tentant de reconstituer la « diplomatie de concert » héritée du Congrès de Vienne de 1815, suscite la contestation et parfois le conflit. La « diplomatie de clubs » exercée à travers les directoires que sont le G8 ou le G20, sous couvert d'efficacité ou de représentativité démocratique, crée un système international à plusieurs vitesses reflétant la prétention des « grands » à piloter le monde[8]. Ce système produit la contestation des États exclus des processus décisionnels (Venezuela, Iran) mais aussi le rejet des opinions publiques qui ne se sentent pas représentées dans ces instances oligarchiques.

Le diplomate et l'intrus (2008) s'intéresse à l'irruption de demandes des sociétés (concernant les inégalités, l'environnement...) dans l'arène internationale mondialisée, qui vient troubler la grammaire de relations internationales classiquement définies comme le jeu du diplomate et du soldat (Aron). L'entrée des sociétés, en redéfinissant les enjeux et en restructurant les conflits, incite à déplacer l'analyse des échanges interétatiques vers les interactions transnationales. Elle requiert le passage d'une lecture stratégique vers une approche sociologique, et plaide pour une gouvernance favorisant l'intégration sociale au niveau mondial[9].

Dans L'impuissance de la puissance (2004), Bertrand Badie théorise l'évolution du concept de puissance dans les relations internationales, soulignant que l'accumulation de ressources matérielles (militaires et économiques, en particulier) ne suffit plus à maîtriser un jeu international caractérisé par la multiplication des acteurs. L'idée d'unipolarité, populaire au lendemain de la guerre froide, est donc illusoire dans un système marqué par les conflits asymétriques, les flux ou réseaux transnationaux et l'émergence d'acteurs dont la capacité de nuisance suffit à bouleverser le jeu international.

La fin des territoires (1995) montre que la référence des relations internationales contemporaines qu'est le territoire a perdu de sa pertinence, à la suite de trois évolutions : la mondialisation, la fin de la guerre froide et de la bipolarité qui se fondait sur une vision territorialisée du monde, et la crise des États (financement, indépendances des banques centrales, fin de l'État-providence). On observe ainsi la multiplication des espaces dans lesquels l'État n'intervient plus et sur lesquels son contrôle disparaît (guerres civiles, États faillis comme la Somalie, zones militarisées comme en Colombie), mais aussi à l'émergence d'États dont le poids international est lié à la capacité à s'organiser en réseaux plus qu'à leur contrôle territorial (Singapour, le Qatar). L'État est, en outre, concurrencé par des acteurs ou organisations non-étatiques (ONG, multinationales, flux transnationaux) susceptibles d'influencer les relations internationales et de susciter des allégeances concurrençant celles des individus aux États-nations.

L'État importé (1992) montre comment l'État-nation territorialisé s'est généralisé comme forme politique dominante et unité de référence des relations internationales, notamment au cours du processus de décolonisation.

Le retournement du monde (1992), co-écrit avec Marie-Claude Smouts, constate que les identités sont de plus en plus culturelles et de moins en moins universelles, que les relations transnationales sont un mode particulier d'inscription dans l'espace et que les relations sont construites en dehors des espaces nationaux et de leur prise en compte. Mais c’est aussi la négation progressive de la capacité de contrôle de l’État et de sa légitimité. On assiste ainsi à une multiplication des espaces de références (Église, mafias, allégeances subnationales), qui conduisent à remettre en cause l’allégeance à l’État.

Enseignement[modifier | modifier le code]

Depuis l'année 2000, Bertrand Badie assure le cours d'Espace Mondial en deuxième année du collège universitaire de Sciences Po. En 2014 et 2015, ce cours a été diffusé sous forme de MOOC en accès libre sur la plate-forme France université numérique.

Sa version anglaise est également diffusée en 2015 sur la plate-forme Coursera[10], et des traductions en plusieurs autres langues sont prévues pour 2016.

Publications (sélection)[modifier | modifier le code]

  • Stratégie de la grève, Pour une approche fonctionnaliste du Parti communiste français, Paris, Presses de Sciences Po, 1976
  • Sociologie de l'État (avec Pierre Birnbaum), Paris, Grasset, 1979
  • Les Deux États : pouvoir et société en Occident et en terre d'islam, Paris, Fayard, 1987 ; rééd. Seuil, coll. « Points Essais », Paris, 1997
  • L'État importé : essai sur l'occidentalisation de l'ordre politique, Paris, Fayard, 1992
  • Le Retournement du monde : sociologie de la scène internationale, avec Marie-Claude Smouts, Presses de Sciences Po / Dalloz (coll. « Amphithéâtre »), Paris, 1999, 3e éd. [présentation en ligne]
  • Le Défi migratoire : questions de relations internationales, avec Catherine Wihtol de Wenden, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1994
  • La Fin des territoires, Paris, Fayard, 1995
  • Un monde sans souveraineté, Paris, Fayard, 1999
  • La Diplomatie des droits de l’Homme : entre éthique et volonté de puissance, Paris, Fayard, 2002
  • L'Impuissance de la puissance ; essai sur les incertitudes et les espoirs des nouvelles relations internationales, Paris, Fayard, 2004
  • Le Multilatéralisme (avec Guillaume Devin), La Découverte, 2007
  • L'État du monde (dir. avec Sandrine Tolotti), La Découverte, 2007, réed. 2008
  • Le Diplomate et l'Intrus, Paris, Fayard, 2008
  • Le Grand Tournant - L'état du monde 2010 (avec Dominique Vidal), La Découverte, 2009
  • International Encyclopedia of Political Science (ed. avec D. Berg-Schlosser et L. Morlino), Sage, 2011, 8 vol.
  • Nouveaux acteurs, nouvelle donne - L’état du monde 2012 (avec Dominique Vidal), La Découverte, 2011
  • La Diplomatie de connivence, La Découverte, 2011
  • La Cassure - L’état du monde 2013 (dir. avec Dominique Vidal), La Découverte, 2012
  • Puissances d'hier et de demain - L’état du monde 2014 (dir. avec Dominique Vidal), La Découverte, 2013
  • Quand l'Histoire commence, éditions du CNRS, 2013
  • Nouvelles guerres - L’état du monde 2015 (dir. avec Dominique Vidal), La Découverte, 2014
  • Le Temps des humiliés. Pathologie des relations internationales, Odile Jacob, 2014
  • Nous ne sommes plus seuls au monde, La Découverte, 2016
  • Political Science: A Global Perspective, with L.Morlino and D.Berg-Shlosser, Sage, 2016
  • Vers un monde néo-national ? (avec Michel Foucher), CNRS éditions, 2017
  • Quand le Sud réinvente le monde. Essai sur la puissance de la faiblesse, Paris, La Découverte, 2018

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Bertrand Badie : « Les frontières et les Etats nations ne sont pas éternelles » », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  2. « Bertrand Badie : «Notre nouvel adversaire n’est pas un Etat» », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  3. « Bertrand Badie : biographie, actualités et émissions France Culture », sur France Culture (consulté le 6 mai 2018)
  4. « Biographie et actualités de Bertrand Badie France Inter », sur France Inter (consulté le 15 mai 2018)
  5. « Pour Bertrand Badie, il est urgent de "remettre notre diplomatie sur les rails" », Les Inrocks,‎ (lire en ligne)
  6. « Bertrand Badie, penseur de l’humiliation », Slate.fr,‎ (lire en ligne)
  7. Laurence Difélix, « Bertrand Badie: le temps des humiliés », Le grand entretien, sur www.rts.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 24 mai 2018).
  8. « La Diplomatie de connivence, de Bertrand Badie », sur Le Monde.fr (consulté le 16 mai 2018)
  9. « Le Diplomate et l'Intrus », Alternatives Economiques,‎ (lire en ligne)
  10. « Espace Mondial - Mooc en anglais » (consulté le 16 mai 2015)

Liens externes[modifier | modifier le code]