Bertrand Badie

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Bertrand Badie

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Bertrand Badie en 2012

Naissance (65 ans)
Paris (France)
Profession
Professeur des Universités
Formation

Bertrand Badie, né le à Paris, est un politiste français spécialiste des relations internationales. Il est professeur des Universités à l’Institut d’études politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).

Diplômes universitaires[modifier | modifier le code]

Carrière[modifier | modifier le code]

Il est de 1974 à 1977 assistant, puis jusqu’en 1982 maître-assistant à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne, et de 1982 à 1990 professeur à l’Université d’Auvergne – Clermont I.

Il devient en octobre 1990 professeur des Universités à l’Institut d'études politiques de Paris, et en octobre 1999 directeur du Cycle supérieur de relations internationales de l’IEP de Paris, transformé en septembre 2004 en mention « Relations internationales » du master recherche. Il a été de 1994 à 2003 directeur des Presses de Sciences Po.

Il a été également, de février 2002 à juin 2006, directeur du Centre Rotary d’études internationales sur la paix et la résolution des conflits, et depuis 2003 membre du Conseil de l’Association française de science politique et du Comité exécutif de l’Association internationale de science politique, puis Vice-Président de l'Association internationale de Science politique (2006-2009). Il a présidé le jury du concours national d'agrégation de l'enseignement supérieur en science politique (2012-2013).

Il dirige avec Dominique Vidal la collection "L'état du monde" aux éditions de "La Découverte". Ils publient chaque année depuis 2010 un ouvrage collectif sur l'état du monde actuel. Il est co-éditeur de l'International Encyclopedia of Political Science, 8 volumes, publiée chez Sage (Los Angeles).

Théories[modifier | modifier le code]

Bertrand Badie transpose en relations internationales des cadres d'analyse hérités de la sociologie durkheimienne. Il aborde les conflits et crises internationales comme des pathologies sociales, héritées d'un système international producteur d'anomie (situation de perte de repères), d'exclusion ou d'humiliation. La solution repose selon lui sur la notion d'intégration sociale internationale (pour les États comme pour les sociétés), à travers notamment la mise en œuvre d'un multilatéralisme inclusif.

Dans Le temps des humiliés, il développe une perspective historique et sociologique sur la banalisation de l'humiliation en relations internationales, ses causes (héritage de la décolonisation, dérégulation de la puissance, structure institutionnelle) et ses conséquences en termes d'exclusion et d'instabilité du système mondial. Il établit en particulier une typologie des formes d'humiliation (rabaissement; déni d'égalité; relégalion; stigmatisation), démontrant que ces dernières produisent des types spécifiques de diplomatie (revancharde; souverainiste; contestataire; déviante) qui pèsent sur la qualité de la coopération internationale.

La diplomatie de connivence revient sur la manière dont le système international contemporain, en tentant de reconstituer la "diplomatie de concert" héritée du Congrès de Vienne de 1815, suscite la contestation et parfois le conflit. La "diplomatie de clubs" exercée à travers les directoires que sont leG8 ou le G20, sous couvert d'efficacité ou de représentativité démocratique, crée un système international à plusieurs vitesses reflétant la prétention des "grands" à piloter le monde. Ce système produit la contestation des États exclus des processus décisionnels (Venezuela, Iran) mais aussi le rejet des opinions publiques qui ne se sentent pas représentées dans ces instances oligarchiques.

Le diplomate et l'intrus s'intéresse à l'irruption des sociétés dans l'arène internationale mondialisée, qui vient troubler la grammaire de relations internationales classiquement définies comme le jeu du diplomate et du soldat (Aron). L'entrée des sociétés, en redéfinissant les enjeux et en restructurant les conflits, incite à déplacer l'analyse des échanges interétatiques vers les interactions transnationales. Elle requière le passage d'une lecture stratégique vers une approche sociologique, et plaide pour une gouvernance favorisant l'intégration sociale au niveau mondial.

Dans L'impuissance de la puissance, Bertrad Badie théorise l'évolution du concept de puissance dans les relations internationales, soulignant que l'accumulation de ressources matérielles (militaires et économiques, en particulier) ne suffit plus à maîtriser un jeu international caractérisé par la multipication des acteurs. L'idée d'unipolarité, populaire au lendemain de la guerre froide, est donc illusoire dans un système marqué par les conflits asymétriques, les flux ou réseaux transnationaux et l'émergence d'acteurs dont la capacité de nuisance suffit à bouleverser le jeu international.

La fin des territoires montre que la référence des relations internationales contemporaines qu'est le territoire a perdu de sa pertinence, à la suite de trois évolutions : la mondialisation, la fin de la Guerre froide et de la bipolarité qui se fondait sur une vision territorialisée du monde, et la crise des États (financement, indépendances des banques centrales, fin de l'État providence). On observe ainsi la multiplication des espaces dans lesquels l'État n'intervient plus et sur lesquels son contrôle disparaît (guerres civiles, États faillis comme la Somalie, zones militarisées comme en Colombie), mais aussi à l'émergence d'États dont le poids international est lié à la capacité à s'organiser en réseaux plus qu'à leur contrôle territorial (Singapour, le Qatar). L'État est en outre concurrencé par des acteurs ou organisations non-étatiques (ONG, multinationales, flux transnationaux) susceptibles d'influencer les relations internationales et de susciter des allégeances concurrençant celles des individus aux États-nations.

L'État importé montre comment l'État nation territorialisé s'est généralisé comme forme politique dominante et unité de référence des relations internationales, notamment au cours du processus de décolonisation.

Le retournement du monde, co-écrit avec Marie-Claude Smouts, constate que les identités sont de plus en plus culturelles et de moins en moins universelles, que les relations transnationales sont un mode particulier d'inscription dans l'espace et que les relations sont construites en dehors des espaces nationaux et de leur prise en compte. Mais c’est aussi la négation progressive de la capacité de contrôle de l’État et de sa légitimité. On assiste ainsi à une multiplication des espaces de références (Église, mafias, allégeances subnationales), qui conduisent à remettre en cause l’allégeance à l’État.

Enseignement[modifier | modifier le code]

Depuis l'année 2000, Bertrand Badie assure le cours d'Espace Mondial en deuxième année du collège universitaire de Sciences Po. En 2014 et 2015, ce cours a été diffusé sous forme de MOOC en accès libre sur la plate-forme France Université Numérique.

Sa version anglaise est également diffusée en 2015 sur la plate-forme Coursera[1], et des traductions en plusieurs autres langues sont prévues pour 2016.

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

  • Les deux États : pouvoir et société en Occident et en terre d'islam, Paris, Fayard, 1987 ; rééd. Seuil (coll. Points Essais), Paris, 1997.
  • L'État importé : essai sur l'occidentalisation de l'ordre politique, Paris, Fayard, 1992.
  • Le retournement du monde : sociologie de la scène internationale, avec Marie-Claude Smouts, Presses de Sciences Po / Dalloz (coll. Amphithéâtre), Paris, 1999, 3e éd.
  • Le défi migratoire : questions de relations internationales, avec Catherine Wihtol de Wenden, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1994.
  • La fin des territoires, Paris, Fayard, 1995.
  • Un monde sans souveraineté, Paris, Fayard, 1999.
  • La diplomatie des droits de l’Homme : entre éthique et volonté de puissance, Paris, Fayard, 2002.
  • L'impuissance de la puissance ; essai sur les incertitudes et les espoirs des nouvelles relations internationales, Paris, Fayard, 2004.
  • Le multilatéralisme (avec Guillaume Devin), La Découverte, 2007.
  • L'état du monde (dir. avec Sandrine Tolotti), La Découverte, 2007, réed. 2008.
  • Le Diplomate et l'Intrus, Paris, Fayard, 2008.
  • Le grand tournant - L'état du monde 2010 (avec Dominique Vidal), La Découverte, 2009.
  • Nouveaux acteurs, nouvelle donne - L’état du monde 2012 (avec Dominique Vidal), La Découverte, 2011.
  • La diplomatie de connivence, La Découverte, 2011.
  • La cassure - L’état du monde 2013 (dir. avec Dominique Vidal), La Découverte, 2012.
  • Puissances d'hier et de demain - L’état du monde 2014 (dir. avec Dominique Vidal), La Découverte, 2013.
  • Quand l'Histoire commence, éditions du CNRS, 2013.
  • Nouvelles guerres - L’état du monde 2015 (dir. avec Dominique Vidal), La Découverte, 2014.
  • Le Temps des Humiliés. Pathologie des relations internationales, Odile Jacob, 2014.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Espace Mondial - Mooc en anglais » (consulté le 16 mai 2015)

Liens externes et références[modifier | modifier le code]