Benjamin de Tudèle

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Benjamin de Tudèle dans le Sahara (Crédit : Dumouza, gravure du XIXe siècle)

Benjamin de Tudèle, (en hébreu: בִּנְיָמִין מִטּוּדֶלָה, prononcé [Binjamin mitudela]) est un rabbin espagnol, né à Tudela en Navarre au début du XIIe siècle, vers 1130, et mort en 1173. Ce voyageur juif médiéval a visité l'Europe, l'Asie et l'Afrique au XIIe siècle. Ses descriptions vivantes de l'Asie occidentale ont précédé celles de Marco Polo, d'une centaine d'années. Avec sa vaste formation large et sa bonne connaissance des langues, Benjamin de Tudela est une figure majeure de la géographie et l'histoire juive médiévale.

Le récit de ses voyages est un travail important concernant  :

  • la description des communautés juives de l'époque,
  • la géographie et l'ethnographie du Moyen Âge.

Son itinéraire, écrit en hébreu, traduit en latin, puis dans la plupart des principales langues européennes, a retenu l'attention des érudits de la Renaissance, au XVIe siècle, et celle des orientalistes français et anglais de la fin du 18ème et du début du 19ème.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il désire visiter toutes les synagogues connues du monde pour décrire les mœurs et les cérémonies de chacune. On sait de lui seulement ce qu'il relate dans son récit de voyage. Il quitte la Castille vers 1160 pour y revenir vers 1173. Il passe par la Grèce vers 1161-1162, Constantinople, la Syrie, la Palestine et la Mésopotamie. On pense qu'il devait avoir une formation de teinturier, voire qu'il avait exercé cette profession, étant donné l'intérêt particulier qu'il porte à cet artisanat dans les régions visitées. Son intérêt pour les pierres précieuses fait avancer une autre hypothèse : qu'il ait été marchand engagé dans le commerce international des pierres précieuses. Pour d'autres historiens, il aurait été envoyé par des communautés et/ou académies juives espagnoles en quête de secours matériels de la part de coreligionnaires. Il est enfin considéré comme un proto-sioniste, envoyé par les Juifs espagnols estimer les conditions d'un possible retour en Palestine. Aucune hypothèse n'est exclusive.

On a de lui une Relation de ses voyages, rédigée en hébreu en 1160, imprimée à Constantinople en 1543 ; traduite en latin, Leyde, 1633 et en français par Jean-Philippe Baratier, Amsterdam, 1734 et Paris, 1830. Son livre, traduit dans la plupart des langues européennes, a particulièrement été apprécié par les humanistes de la Renaissance, au XVIe siècle.

Itinéraire[modifier | modifier le code]

Les voyages de Benjamin de Tudèle

Il part du nord de l'Espagne vers 1165, dans ce qui peut avoir commencé comme un pèlerinage en Terre sainte. Les motivations peuvent avoir été variées :

  • voyage en Terre Sainte,
  • visite approfondie de toutes les communautés juives, pour établir
    • un guide des étapes de voyage, et d'hospitalité, pour les pèlerinages,
    • un réseau, commercial et/ou religieux,
    • les possibilités d'émigration, principalement en cas d'oppression ou d'expulsion...

Il prend le "long chemin", s'arrêtant fréquemment, pour rencontrer les gens, visiter les lieux, décrire les occupations, établir un décompte démographique des Juifs dans chaque ville et région.

Le voyage commence dans la ville de Saragosse, dans la basse vallée de l'Ebre, s'oriente au nord vers la France, puis le port de Marseille. Après la visite de Gênes, Lucques, Pise et Rome, c'est la Grèce et Constantinople. En Asie, il visite la Syrie, le Liban, la terre d'Israël, et le nord de la Mésopotamie (qu'il appelle Schinear) avant d'atteindre Bagdad. De là il se rend en Perse, puis coupe à travers la péninsule arabique vers l'Égypte et l'Afrique du Nord. Le retour en péninsule ibérique se réalise en 1173.

Sa visite aux ruines de Mossoul à l'extérieur de Bagdad est l'une des premières descriptions précises du site de l'ancienne Ninive. Il visite et évoque plus de 300 villes, dont beaucoup sont importantes dans l'histoire juive, comme Suse, Soura, et Poumbedita dans le sud de la Perse. En outre, il recueille des informations sur des domaines qui excèdent ses pérégrinations, dont la Chine et le Tibet ou par exemple les Hashishin, les fumeurs de chanvre.

Son récit, Les voyages de Benjamin (מסעות בנימין, Masa'ot Binyamin, aussi connu comme ספר המסעות, Sefer ha-Masa'ot, Le Livre de Voyages), décrit les pays visités, principalement les communautés juives, précisant leurs population totale et les noms des leaders de la communauté, les coutumes locales, des populations juives et non juives, surtout en ville. Il fournit des descriptions détaillées des sites, des monuments, des bâtiments importants, des marchés.

Benjamin cite ses sources, et les historiens le considèrent comme fiable. Certains de ses témoignages sont importants. Beaucoup furent utiles aux voyageurs qui lui succédèrent. Une partie de son récit, cependant, se base sur des récits qu'il recueuillit et certaines de ses informations sont incorrectes.

Commémoration[modifier | modifier le code]

Le nom de Benjamin de Tudela a été adopté par un voyageur milieu du XIXe siècle et auteur, connu sous le nom de Benjamin II.

Une des œuvres principales de Mendele Moïkher Sforim, important écrivain russe juif du XIXe siècle, est en 1878 le Massoes Benyomen Hashlishi (מסעות בנימין השלישי) (Les errances de Benjamin III), qui est considéré comme une sorte de Don Quichotte juif, et dont le titre est clairement inspiré du livre de Benjamin de Tudèle.

Une rue du quartier de Rehavia à Jérusalem est nommée en son honneur, tout comme une rue dans l'ancien quartier juif de sa ville natale de Tudela.

Le poète israélien Nathan Alterman a écrit un poème au sujet de Benjamin de Tudèle, qui a été mis en musique par Naomi Shemer et a souvent été diffusé à la radio israélienne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le texte fur recopié à la main pendant 2 siècles (parfois avec des variantes erronées du copiste).
  • La première édition du texte en hébreu parait à Constantinople en 1543.
  • Une édition italienne (Abraham Usque, éditeur à Ferrare) et plusieurs éditions de Fribourg-en-Brisgau et Bâle (éditeur, Sifroni) du texte en hébreu suivirent.
  • Une traduction en latin (la langue grâce à laquelle les érudits européens pouvaient échanger leurs informations et le résultat de leurs recherches) - traduction parfois erronée - par Montan (Arias Montanus) est publiée à Anvers en 1575 (Éditeur Christophe Plantin).
  • À Leyde, en 1633, parait la traduction annotée, en latin avec texte hébreu en regard (un livre bilingue) de Constantin Lempereur.Là aussi on trouve des erreurs qui seront plus tard attribuées à B. de T.!
  • Peter van der Aa publie à Leyde en 1729 un volume de voyages dont le premier texte est la traduction en français du texte de B. de T.
  • Une autre traduction française (à partir des travaux en latin de Montan) est publiée à La Haye en 1735 par Pierre Bergeron. Le volume contient d'autres récits de voyages et des cartes géographiques.(Disponible sur Gallica)
  • Une traduction en anglais par B. Gerrans parait à Londres en 1783.
  • En 1784 parait à Amsterdam une traduction française par J.P. Baratier, avec des commentaires du traducteur. Baratier, fils d'un pasteur, avait 11 ans lorsqu'il rédigea la traduction et ses notes. Plusieurs fois reprise dans les éditions postérieures, cette traduction présente des erreurs ainsi que les notes qui l'accompagnent. (Disponible sur Gallica)
  • En 1830, à Paris, "Imprimé aux frais du Gouvernement" parait un volume contenant divers récits de voyages  : Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173 (Il s'agit de la traduction de Baratier révisée avec celle de Montan) ; De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253. Depuis les travaux de Silvestre de Sacy (1778-1838) sur les langues orientales anciennes et modernes le pouvoir s'intéressait aux cultures et aux langues issues du Moyen Orient. (Disponible sur Gallica).
  • À New-York en 1840 parait une édition critique en anglais par A. Asher, The Itinerary of Benjamin of Tudela, en 2 volumes, erronée selon Carmoly mais avec une bibliographie intéressante. (Disponible sur Internet Archives)
  • En 1852 parait simultanément à Leipzig et à Bruxelles une Notice critique en français sur le texte de Benjamin de Tudèle. L'aspect historique est traité par Eliacin Carmoly et l'aspect géographique par J. Lelewel. Cette notice est d'un grand intérêt pour qui s'intéresse à notre auteur. Elle redresse beaucoup d'erreurs des précédents traducteurs. (Disponible sur Internet Archives et Google Books); Carmoly réfute (par des arguments de poids) à peu près touts les traductions existantes...
  • Une édition critique scientifiquement importante parait en hébreu et en anglais à Londres (puis à New-York en 1907) par Marcus Nathan Adler : The Itinerary of Benjamin of Tudela, Critical Text ; 18 fascicules (Disponibles en partie sur Internet Archives).
  • Même titre, même auteur : édition du texte anglais (présentation critique et traduction en 1907) New-York (Disponible sur Project Gutenberg EBook)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

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