André Kaggwa

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André Kaggwa
Painful memory.jpg
Le sanctuaire avec la statue de saint André Kaggwa attaché au poteau, le bras coupé.
Biographie
Naissance
Décès
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Munyonyo (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
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Autres informations
Étape de canonisation
St. Andrew Kaggwa place of martydoom.jpg
plaque commémorative

André Kaggwa, né vers 1856 au Buganda, mort le à Munyonyo (en), est un des vingt-deux martyrs de l'Ouganda.

Capturé jeune comme esclave, il est offert au roi du Buganda dont il devient un page, puis chef des tambours, responsable de la fanfare, chef de la milice et chef de Kigowa. Converti au christianisme, il enseigne le catéchisme et convertit à son tour de nombreux membres de la cour.

Sur l'ordre du chancelier royal hostile à son activité de chrétien, il est amputé puis tué. Mort pour sa foi, il est reconnu martyr, béatifié par Benoît XV, canonisé par Paul VI. Saint André Kaggwa est fêté le 26 mai, jour de sa mort, et le 3 juin avec les autres martyrs de l'Ouganda.

Biographie[modifier | modifier le code]

Kaggwa, né vers 1856, est originaire de la tribu des Nyoro[1].

Esclave puis page[modifier | modifier le code]

Capturé comme esclave, sa beauté le fait offrir au roi du Buganda, Muteesa Ier, dont il devient l'un des pages. Sa gaieté et sa gentillesse lui valent d'être un des pages les plus appréciés[1].

Maître des tambours du roi[modifier | modifier le code]

Quand l'explorateur Henry M. Stanley visite le royaume de Buganda en 1875, il apporte des tambours qui intéressent vivement le roi Muteesa. Celui-ci en achète douze, et envoie le page Kaggwa apprendre à jouer de cet instrument, auprès de Toli, un musulman de Madagascar[1] ; Kaggwa aussi est musulman à cette époque[1],[2]. Son apprentissage terminé, il est nommé maître des tambours du roi à vingt-cinq ans, vers 1881 et dirige une quinzaine d'autres tambours[1].

Très apprécié comme maître des tambours, André Kaggwa est nommé chef de la fanfare et responsable de l'ensemble des musiciens de la cour royale, il dirige donc aussi les trompettistes et les joueurs de cymbales[1].

Conversion au christianisme[modifier | modifier le code]

Après avoir été musulman, puis en contact avec des missionnaires anglicans et catholiques, Kaggwa s'inscrit au catéchisme catholique en [1]. Il se marie avec Clara Batudde, reçoit en cadeau du roi un terrain à Natete, à proximité de la capitale, et s'y construit une maison où il s'installe avec sa femme[1]. Pratiquant l'apostolat, il accueille chez lui d'autres chrétiens pour des soirées de prière[3]. Il est baptisé le [1], sous le nom d'André (Anderea).

En 1884, la peste bubonique fait des ravages dans la capitale, André Kaggwa prend soin des malades et des mourants ; il enseigne à tous ceux qu'il reçoit chez lui, et les instruit dans la religion chrétienne. Comme il n'y a plus alors de missionnaire catholique présent en Ouganda, il célèbre les baptêmes et les enterrements, et d'autres chrétiens l'imitent[1].

Sous le roi Mwanga, responsabilités accrues[modifier | modifier le code]

Lorsque Mwanga II succède à son père en octobre 1884, Kaggwa est confirmé dans sa responsabilité de chef de la fanfare, et est nommé en plus « Mugowa », c'est-à-dire responsable de la milice où sont recrutés les membres de la fanfare[1]. Il gagne la confiance du nouveau roi en l'avertissant d'un complot tramé contre lui[4].

Kaggwa reçoit aussi en cadeau une chefferie et devient ainsi le chef traditionnel de Kigowa, sur la colline de Kiwatule[1],[5].

Il est le conseiller préféré du nouveau roi Mwanga II, et participe à toutes ses expéditions et voyages. Il suscite de nombreuses conversions au christianisme au sein de la cour. Plusieurs de ses convertis seront martyrs[1].

Persécutions[modifier | modifier le code]

Représentation en couleurs des vingt-deux martyrs avec les instruments de leur supplice et des signes reconnaissables, un tambour pour André Kaggwa.
Les 22 martyrs ; en bas à droite, André Kaggwa et son tambour.

Après l'exécution de Joseph Mkasa Balikuddembé en novembre 1885, André Kaggwa devient le chef officieux des chrétiens[6].

Le roi Mwanga, sensible à d'autres conseillers qui lui recommandent de se débarrasser des chrétiens qui seraient un obstacle à son pouvoir[7], reprend le 25 mai 1886 les persécutions contre les chrétiens, en condamne plusieurs à mort, et refuse leur grâce au P. Siméon Lourdel, revenu pour demander leur sursis[1].

Sachant sa vie menacée à brève échéance, André Kaggwa met sa famille à l'abri le 25 mai, puis communie dans la nuit du 25 au 26[8]. Le matin du 26 mai, il met son plus bel habit, un vêtement blanc[8], puis se rend à son service à Munyonyo, enclos royal dominant le lac Victoria[1].

Accusation[modifier | modifier le code]

Le Katikkiro Mukasa, chancelier du roi, reproche au roi que Kaggwa soit encore libre. Le roi Mwanga ne veut pas perdre son tambour, mais Mukasa insiste en affirmant que Kaggwa est le principal enseignant des pages, et refuse de manger tant que Kaggwa ne lui est pas livré[1]. Mwanga accepte finalement, sans oser en parler lui-même à Kaggwa[1].

Les messagers de Mukasa, dépêchés auprès de Kaggwa, lui demandent de lui livrer les chrétiens. Il répond qu'il n'y en a qu'un, lui-même[1]. Traduit devant le chancelier, Kaggwa s'entend reprocher d'être chrétien, d'enseigner le catéchisme jusqu'aux enfants de Mukasa[1], de prier, et de vouloir apprendre à tout le royaume à prier[9].

Exécution[modifier | modifier le code]

Mukasa ordonne à ses gardes de l'emmener, de le tuer, et de lui apporter son bras comme preuve de leur besogne. Les gardes emmènent alors Kaggwa, mais veulent temporiser dans l'espoir d'un sursis royal[1]. Kagwa les incite plutôt à obéir rapidement à leur chef, à lui apporter son bras et à le tuer, il leur demande seulement de ne pas le mettre tout nu, ce qu'ils acceptent[1].

Ils le jettent à terre, lui coupent le bras avec un couteau ; Kaggwa crie juste : « Mon Dieu »[1]. Ils le décapitent ensuite, et coupent son corps en morceaux[1]. André Kwagga est ainsi tué dans l'après-midi du [10]. Les chrétiens l'ensevelissent avec respect, à l'endroit même où il a été tué[1].

Béatification et canonisation[modifier | modifier le code]

André Kaggwa est reconnu martyr. Le pape Benoît XV le béatifie le , avec les autres membres du groupe des martyrs de l'Ouganda.

Il est ensuite canonisé par le pape Paul VI à Rome le . Saint André Kaggwa est fêté localement le 26 mai[11], et universellement le 3 juin avec le groupe des martyrs de l'Ouganda.

André Kaggwa est le saint patron des catéchistes, des enseignants, des familles[10].

Hommages[modifier | modifier le code]

Photo nocturne d'une église en forme de cône large et aplati, surmontée d'une haute croix, derrière une statue représentant André Kaggwa mutilé.
Église moderne sur le lieu du martyre de saint André Kaggwa.

À l'endroit de son martyre il n'y a eu longtemps qu'une simple dalle avec une croix[1]. Depuis la fin du XXe siècle, s'y élèvent un mausolée, où une plaque commémorative indique l'endroit précis de son martyre, une église moderne, une statue le représentant avec le bas coupé, et un amphithéâtre en plein air pour les assemblées nombreuses.

Le pape François est venu se recueillir en 2015 sur le lieu du martyre d'André Kwagga[12].

Un des vingt-deux piliers de la basilique des Martyrs de l'Ouganda est en son honneur[13]. À l'intérieur de la basilique, un vitrail le représente, comme chacun des autres martyrs[14].

Le séminaire de philosophie de l'archidiocèse de Kinshasa porte son nom : « Grand séminaire de philosophie Saint André Kaggwa »[15].

Portent également son nom :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x et y (en) Aylward Shorter, « Kaggwa, Andrew », sur dacb.org, Dictionnaire biographique des chrétiens d'Afrique, (consulté le 11 mai 2019).
  2. Laurand 1966, p. 44.
  3. Laurand 1966, p. 87.
  4. Laurand 1966, p. 59.
  5. (en) « Saint Andrew Kaggwa » / (en) « Martyrs of Uganda », sur britannica.com, Encyclopædia Britannica.
  6. Henri Médard, Le royaume du Buganda au XIXe siècle, Karthala, , 664 p. (ISBN 2811141456 et 9782811141455), p. 512.
  7. (en) Charles Lwanga Mubiru, The Uganda Martyrs and the Need for Appropriate Role Models in Adolescents' Moral Formation: As Seen from the Traditional African Education, Zurich et Berlin, LIT Verlag, , 322 p. (ISBN 3643901429 et 9783643901422), p. 114.
  8. a et b Les Martyrs de l'Ouganda 1984, p. 42.
  9. Laurand 1966, p. 119.
  10. a et b « Andrew Kaggwa », sur ugandamartyrsshrine.org.ug (consulté le 11 mai 2019).
  11. « Saint André Kogwa [[[sic]]] », sur nominis.cef.fr
  12. « Le pape François en Ouganda et Centrafrique : les temps forts », sur radionotredame.net, Radio Notre-Dame, (consulté le 12 mai 2019).
  13. « Basilique de Namugongo », sur lavigerie.be, (consulté le 8 mai 2019).
  14. Loup Besmond, « Le sanctuaire de Namugongo en Ouganda, emblème du catholicisme est-africain », sur la-croix.com, La Croix (consulté le 8 mai 2019).
  15. « Séminaire Saint Kaggwa », sur seminairestkaggwa, 2012-2013 (consulté le 11 mai 2019).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Aylward Shorter, « Kaggwa, Andrew », sur dacb.org, Dictionnaire biographique des chrétiens d'Afrique, (consulté le 11 mai 2019).
  • (en) « Saint Andrew Kaggwa », sur britannica.com (consulté le 11 mai 2019) / (en) « Martyrs of Uganda », sur britannica.com, Encyclopædia Britannica (consulté le 11 mai 2019).
  • « Le troisième martyr : André Kaggwa, la voie douloureuse », dans Marie André, Les martyrs noirs de l'Ouganda, Toulouse et Paris, [lire en ligne].
  • (en) « Andrew Kaggwa », sur ugandamartyrsshrine.org.ug (consulté le 11 mai 2019).
  • Les Martyrs de l'Ouganda: des jeunes comme nous, des jeunes de chez nous, Kinshasa, Editions Saint Paul Afrique, , p. 41-42, 51.
  • Luce Laurand, Une semence de chrétiens en terre africaine: les martyrs de l'Ouganda, Éditions Marie-Médiatrice, , 173 p., p. 44, 59, 60, 87, 119, 123.
  • « Saint André Kogwa », sur nominis.cef.fr (consulté le 11 mai 2019) – Contient l'extrait du martyrologe romain concernant André Kaggwa.
  • La Documentation Catholique, 1964, col. 1345-1352.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]