Albert Séverin Roche

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Albert Roche
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Surnom Le premier soldat de France
Naissance 5 mars 1895
Réauville (Drôme)
Décès 14 avril 1939 (à 44 ans)
Avignon (Vaucluse)
Origine Flag of France.svg Française
Allégeance Flag of France.svg Armée française
Arme Chasseurs alpins
Grade 2e classe
Années de service 1914-1925
Conflits Première Guerre mondiale
Faits d'armes 1 180 prisonniers
Distinctions Officier de la Légion d'honneur
Croix de guerre 1914-1918

Albert Séverin Roche, « le premier soldat de France » selon le maréchal Ferdinand Foch lui-même, est un héros français de la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Il naît à Réauville[1] dans la Drôme le 5 mars 1895, troisième fils dans une modeste famille nombreuse de cultivateurs.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1914, à 19 ans, lors de la mobilisation, le conseil de révision le refuse car l’estimant trop chétif pour servir, à la grande joie de son père : on a besoin de bras pour faire tourner la ferme. Albert veut cependant coûte que coûte se battre. Devant l’opposition de son père, il fait son sac et se sauve. Il se présente au camp d’instruction d’Alban qui l’affecte au 30e Bataillon de Chasseurs. Cependant son incorporation se passe mal : mal noté, mal-aimé, il s’énerve et s’enfuit. Aussitôt rattrapé, il est envoyé en prison pour désertion.

Insigne du 27e BCA. Devise : « Vivre libre ou mourir », devise du bataillon des Glières et « Toujours à l'affût ».

Il se défend en ces termes : « Les mauvais soldats, on les expédie là-haut, et moi je veux aller où l’on se bat. »

Il est alors envoyé le 3 juillet 1915 au 27e bataillon de Chasseurs Alpins engagé dans l’Aisne, bataillon surnommé « diables bleus » par les Allemands.

Il se porte volontaire pour aller détruire un nid de mitrailleuses. Rampant jusqu’aux tranchées ennemies, il parvient à proximité de la cible, atteint le tuyau de cheminée du poêle autour duquel se pressent les Allemands pour se chauffer et y fait tomber une poignée de grenades. La position est neutralisée : il y a plusieurs morts et les survivants se rendent, croyant être attaqués pas un bataillon entier. Albert revient à sa base avec les mitrailleuses et 8 prisonniers[2],[3].

Régulièrement en première ligne, il se retrouve un jour être le seul survivant de sa position, une tranchée à Sudel en Alsace, tous ses camarades ayant été tués. Il positionne alors tous les fusils des morts avec lesquels il tire alternativement faisant croire à l’ennemi à la résistance d’une garnison, mettant ceux-ci en déroute[2],[3].

Régulièrement volontaire pour des missions de reconnaissance, il est un jour fait prisonnier avec son lieutenant blessé. Isolé dans une casemate lors d’un interrogatoire, il parvient à maîtriser et tuer son interrogateur à qui il a subtilisé le pistolet. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il ramène 42 nouveaux prisonniers et son lieutenant blessé sur son dos[2].

Lors d’une offensive de la bataille du Chemin des Dames, son capitaine est grièvement blessé et gît entre les lignes. Il rampe alors sous le feu au péril de sa vie pendant six heures pour le rejoindre, puis encore quatre heures pour le ramener avant de le confier aux brancardiers. Epuisé, il s’endort dans un trou de guetteur. Il est réveillé par une patrouille qui le prend pour un déserteur. « Abandon de poste sous le feu, fusillé dans les 24 heures ». Malgré ses dénégations, sans témoin et en période de mutinerie, il est envoyé au cachot en attente de l’application de la sentence. Il écrit alors à son père « Dans une heure je serai fusillé, mais je t’assure que je suis innocent. ». Il est emmené au peloton d’exécution qui s’apprête à faire sa besogne lorsqu’une estafette l’interrompt : le capitaine est sorti juste à temps de son coma et apporte son témoignage disculpant Albert[2],[3].

L’après-guerre[modifier | modifier le code]

Cérémonie du choix du soldat inconnu destiné à reposer sous l'Arc de Triomphe ; citadelle souterraine de Verdun. Reconstitution.

Au cours du conflit, il est blessé neuf fois, fait 1 180 prisonniers à lui tout seul. À la fin du conflit, à 23 ans, il est toujours deuxième classe.

Le 27 novembre 1918, il est présenté au balcon de l’hôtel de ville de Strasbourg par le généralissime Foch devant une immense foule en liesse en ces termes : « Alsaciens, je vous présente votre libérateur Albert Roche. C’est le premier soldat de France ! ». Peu de temps auparavant, Foch avait découvert avec étonnement les états de service d’Albert devant lesquels il s’était écrié : « Il a fait tout cela, et il n’a pas le moindre galon de laine ! ».

Il reçoit la croix de la Légion d'honneur des mains du commandant de l'armée des Vosges, le général de Maud'huy. Il est invité à la table du général Mangin.

En 1920, il fait partie des 11 soldats désignés pour choisir le Soldat Inconnu puis porte avec sept de ses camarades le cercueil de celui-ci lors de la cérémonie à l’Arc de Triomphe.

Il fait ensuite partie de la délégation française conduite à Londres en 1925 par le général Gouraud pour assister aux obsèques du Field Marshall Lord French. Il est convié à la table du roi George V avec cinq représentants de l’Armée.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Il retourne ensuite chez lui à Valréas dans le Vaucluse où il travaille modestement comme cantonnier. Il y épouse une fille de Colonzelle de la Drôme voisine.

Il est affecté comme pompier à la poudrière de Sorgues. En avril 1939, il est renversé à Sorgues par une voiture à sa descente d'autocar. Transporté à l'hôpital Sainte-Marthe d'Avignon, il y décède le 14 avril (à "cinq heures" précise son acte de décès), à l'âge de 44 ans.

Édouard Daladier demanda que les honneurs militaires lui soient rendus lors des obsèques.

En 1971, la municipalité de Réauville fait ériger une stèle à sa mémoire devant sa maison natale.

D'abord inhumé à Sorgues, le corps d'Albert Roche est transféré le 22 septembre 1967 au cimetière Saint-Véran d'Avignon, où il repose toujours (carré 40, rangée Nord, tombe 15).

Décorations[modifier | modifier le code]

  • Il est également titulaire de douze citations dont quatre à l’ordre de l’Armée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Bourquard, « À Albert Roche, la patrie si peu reconnaissante… », Le Dauphiné libéré,‎ (lire en ligne)
  • Maurice Bourdon, « Première Guerre mondiale : Albert Roche, premier soldat de France », suite101,‎ (lire en ligne)
  • « Albert Roche », Le Bleuet, no 97,‎
  • Michel Merckel, « Albert Séverin Roche : l’anti-héros », L'Express,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]