Wladimir Guettée

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Wladimir Guettée

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Wladimir Guettée en 1889

Nom de naissance René François Guettée
Naissance 1er décembre 1816
Blois
Décès 22 mars 1892 (à 76 ans)
Luxembourg
Nationalité française puis russe
Pays de résidence France, Russie, Luxembourg, Belgique
Profession Prêtre catholique puis archimandrite orthodoxe
Autres activités
Écrivain
Signature de Wladimir Guettée

Wladimir Guettée, né René François Guettée, est un prêtre catholique converti à l'orthodoxie. Il est né en 1816 et mort en 1892. Il a écrit de nombreux ouvrages d'histoire religieuse qui ont, de son vivant, suscité la polémique au sein de l’Église catholique de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

René François Guettée est né le à Blois, dans une famille profondément croyante. La famille Guettée est assez aisée. Entre un père “honnête homme”, croyant mais hostile aux jésuites, et une mère pieuse et distinguée, morte assez jeune, l’enfant “naturellement religieux”, s’était orienté de lui-même vers des études ecclésiastiques[1].

La région était déjà fortement déchristianisée. Le siège épiscopal de Blois, détaché de Chartres à la fin du XVIIe siècle, venait d’être occupé, à la naissance de Guettée, par deux fortes personnalités : Mgr de Thémines, évêque d'ancien régime gallican, et Henri Grégoire. Ces deux fortes personnalités avaient marqué le diocèse et leur ombre, gallicane et janséniste, pèse sur la vie du futur abbé Guettée.

La riche bibliothèque de Mgr de Thémines (72 000 volumes) devient municipale à la Révolution et Guettée, alors lorsqu'il est séminariste, y puise souvent des ouvrages. L’abbé Guettée est frappé par l’ignorance et les mesquineries de ses confrères. Ceux-ci ne l’aiment pas non plus : L'intelligence, l’indépendance, le goût de l’étude et l’absence de bigoterie étaient pour eux péché mortel et impardonnable. Guettée est outré également par le ralliement massif à l’ultramontanisme des clercs. À cette époque, le besoin de prêtres est très important. Les vocations ont chuté à cause de la Révolution, et la reprise religieuse de la Restauration demande beaucoup de prêtres. La sélection à l'entrée des séminaires est assez faible. L'Église, échaudée par la Révolution et l'Empire, a tendance également à se tourner vers Rome plus que vers un pouvoir politique qui a abandonné sa position traditionnellement gallicane[2].

L'abbé Guettée est tenté un moment d’entrer chez les Jésuites mais il est rebuté par ce qu'il appelle la « suffisance » de la Compagnie et par son « mépris » pour le clergé séculier. Il est ordonné prêtre le par Mgr de Sausin. Il est mal noté par ses supérieurs et envoyé comme vicaire à Saint-Aignan-sur-Cher, où le curé est « malveillant et débauché »[3]». Il est ensuite nommé curé de Fresnes, un village situé à 20 km de Blois. Il se met à travailler à son Histoire de l’Église de France. L’évêque (Mgr Fabre des Essarts) le remarque, le fait se rapprocher de Blois. Il achève le premier tome de son ouvrage qui est très apprécié, sauf des jésuites. Il paraît en 1847.

La IIe République n’enthousiasme pas vraiment Guettée, contrairement à ses confrères[4]. Il est pourtant choisi comme rédacteur en chef du Républicain du Loir-et-Cher, journal local né après la révolution de 1848.

René François Guettée se fait ensuite incorporer au diocèse de Paris. Il est bien reçu par Monseigneur Sibour ainsi que par l’abbé Darboy, son vicaire général. Il rencontre alors Montalembert, Lamartine ainsi que d'autres grands noms du catholicisme libéral de l'époque.

Il est d'abord professeur au collège des Ternes puis aumônier de l'hôpital Saint-Louis.

En 1851, six volumes de son Histoire de l’Église de France sont déjà parus, avec l'approbation de cinquante évêques. Mais les ultramontains en prennent ombrage et lui proposent de renoncer à ses idées en échange d’un siège épiscopal. Guettée refuse. Son œuvre est mise à l’Index le , sans que Guettée ni son évêque, Mgr Sibour, ne soient avertis. Sibour fait appel comme d’abus et est violemment attaqué par Louis Veuillot, le rédacteur du journal ultramontain L'Univers.

En 1854, Mgr Sibour change de bord et devient ultramontain. Guettée craint de perdre son poste d'aumônier qui le fait vivre. Il est transféré à l'hôpital de la Pitié, où il subit des vexations, puis perd sa place et fait tout auprès de Mgr Sibour pour la retrouver. Mais Mgr Sibour meurt assassiné le par un prêtre qu'il avait fait interdire, l'abbé Verger. L'abbé Guettée ayant été un temps le protecteur de l'abbé Verger, sa réputation n'en sort pas grandie.

Guettée lutte ensuite contre l'uniformisation des rites, décidée par le pape[5]. Pour faire une guerre plus vive aux ultramontains, il fonde en 1855 l’Observateur catholique, journal violemment gallican et anti-romain, que Rome met à l’Index dès le premier numéro. Au moment de la définition du dogme de l’Immaculée Conception, en 1854, il se soucie de l’opinion des orthodoxes sur cette question : c'est un premier contact, qui se poursuit avec une quête du catholicisme authentique qui le conduit à lire les théologiens orthodoxes. Il fait preuve de provocation quand il s'oppose à la « mariolâtrie » ou la « cardiolâtrie » de son temps (dévotion à son sens outrée à la Vierge et au Sacré-Cœur)[6].

Son éditeur, Didot, refuse de publier son Histoire des jésuites, qu’il édite alors à ses frais et vend à 2 000 exemplaires. Il est soutenu un moment par Antoine-Isaac Silvestre de Sacy du Journal des débats, et prouve que Bossuet avait approuvé les Réflexions morales de Pasquier Quesnel, ce qui est une pierre de plus dans le jardin des ultramontains et des gallicans « modérés », qui admirent Bossuet mais refusent d'intégrer le jansénisme dans l'histoire de l'Église gallicane.

Dès lors, l’abbé Guettée est placé dans une posture d’opposition systématique qui ne peut que le faire interdire par ses supérieurs.

Guettée interdit par son évêque[modifier | modifier le code]

Suite à ces controverses, Guettée se voit refuser la permission de célébrer la messe dans le diocèse de Paris par le successeur de Mgr Sibour, Mrg Morlot. Il réfute également le cours contre le jansénisme de l’abbé Lavigerie à la Sorbonne dans son journal, l' Observateur catholique, qu’il tient avec les membres du réseau janséniste parisien.

Le Concile Vatican I signe l’arrêt de mort du gallicanisme et Guettée regrette que le gallicanisme du XIXe siècle ne soit plus qu’un gallicanisme de regret, qui déplore la fin des temps anciens mais se réduit à du sentimentalisme sans avoir plus aucune envie de changer le cours de l’histoire de l’Église.
Il propose alors, pour revenir aux sources de la Tradition, d’observer l’Église apostolique arménienne, séparée des Églises occidentales et orientales depuis le concile de Chalcédoine en 451.

Le père Guettée fonde un nouveau périodique, l’Union chrétienne, qui, sous l’influence d’Alexis Khomiakiov, devient peu à peu pro-orthodoxe. Guettée se brouille peu à peu avec les « jansénistes » : L’Observateur catholique me fit d’autres ennemis, sur lesquels je ne comptais pas, c'est-à-dire ceux que les Jésuites et consorts appellent jansénistes. Lorsque je faisais l’éloge de Port-Royal, ils battaient des mains et m’exaltaient, mais dès qu’ils me virent réduire la papauté à ses proportions orthodoxes, ils m’adressèrent des observations. Qui l’aurait cru ?

L’ecclésiologie d’Utrecht étant gallicane, elle reconnaît le pape et espérait que celui-ci ou un concile général reconnaîtrait ses droits. Elle ne peut donc entrer dans l’orthodoxie de Guettée. Guettée pensait, lui, que ces petites Églises ne « pouvaient trouver leur plénitude ecclésiale qu’en s’unissant à la catholicité authentique, préservée et vécue par l’Église d’Orient. *» Il perd alors tout espoir en l’Église d’Utrecht. Il assiste aux déchirements de l’abbé Alphonse Gratry (1805-1872). Lorsque celui-ci renie son combat anti-infaillibiliste, il perd ses dernières espérances.

Conversion à l’orthodoxie[modifier | modifier le code]

L’abbé Guettée fait, lors de l'inauguration de la première église orthodoxe à Paris, la connaissance de l’archiprêtre Joseph Wassilieff, aumônier de l’ambassade russe de Paris, qui est un lecteur de l’Observateur catholique. Il explique à Guettée qu’il ne serait pas plus orthodoxe s’il avait fait ses études à Moscou. De là le projet de publier l’Union chrétienne, « le premier journal orthodoxe qui parut en Occident », dans lequel « viendrait se fondre mon Observateur Catholique qui verrait ainsi s’agrandir le cercle de son action. * » Ainsi, dans son no 46 de septembre 1861, Guettée décrit la consécration de la nouvelle église russe de Paris, rue Daru, à laquelle il a assisté : Il n’y a rien, dans ce culte, qui soit mesquin, dénué de sens, ou qui soit d’invention moderne. Il a été conservé tel qu’il fut établi dans les premiers siècles de l’Église. Les vêtements sacerdotaux eux-mêmes n’ont pas été modifiés ; en voyant Mgr Léonce officier avec tant de dignité et de piété, faisant les mêmes cérémonies que Saint Basile ou Saint Jean Chrysostome, revêtu d’ornements semblables à ceux que portaient ces grands évêques, organisateurs du culte de l’Église orientale, nous ressentions une profonde émotion. (l’Union chrétienne, no 46, 15 septembre 1861).

Après la consécration, il est invité au dîner et placé à côté de l’évêque à qui il demande : tout mon désir, dis-je à Monseigneur, c’est d’appartenir à l’Église orthodoxe de Russie, mais je ne sais pas le russe et je ne pourrai par conséquent me rendre utile. Il est quand même accepté rapidement. Ses ennemis sont surpris car ils croyaient plutôt qu’il passerait au protestantisme, qu’il détestait. Il est très bien accueilli par les orthodoxes, surtout lorsqu’il publie La Papauté schismatique, ouvrage aussitôt mis à l’Index. Il est élevé au titre de docteur en Théologie par le métropolite de Moscou Philarète Drozdov et décoré par le tsar Alexandre II.

Le père Guettée, qui a pris le prénom de Wladimir, voyage en Russie en 1865, où il est reçu par toutes les autorités religieuses et par le Tsar. Il apprend le russe et est abondamment traduit en langues slaves mais aussi en anglais, en arabe…

L’abbé Guettée et la politique[modifier | modifier le code]

Les sympathies politiques de Guettée encore jeune prêtre catholique vont plutôt aux légitimistes, souvent gallicans. D’autant plus que le chef de file de l’Union monarchique, journal légitimiste, Laurentie, est un ami de Guettée et s’intéresse à la Russie et à la doctrine d’Ouvarov : « Orthodoxie, autocratie et nationalisme ». Mais le légitimisme vire à l'ultramontanisme et au providentialisme avec Louis Veuillot, donc Guettée s’en écarte. Il déteste la monarchie de Juillet et, comme beaucoup de prêtres, cherche à christianiser la révolution de 1848 : La révolution de 1830 avait été voltairienne et maçonnique, celle de 1848 se faisait au nom du Christ des Béatitudes. Il n’apprécie pas l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte, encore moins le coup d’État du 2 décembre 1851. Il le traite de « triste sire » et d’« empereur d’occasion ». Mais Napoléon III demande un mémoire à Guettée sur l’Église Gallicane et se range alors parmi les gallicans et les adversaires de l’infaillibilité.

Guettée admire beaucoup Cavour, « l’ennemi de la papauté considérée comme type de l’intolérance et de la confusion des deux pouvoirs. » (Union chrétienne du 23 juin 1861, sur la mort de Cavour). Il déteste la Commune et la IIIe République, ère des catholiques libéraux. Pour échapper aux attaques, il prend la nationalité russe avant 1881. Il s’installe au Luxembourg pour terminer son Histoire de l’Église et dirige jusqu’en 1891 l’Union chrétienne, installée à Bruxelles depuis 1871. Il meurt le et est enterré au cimetière des Batignolles, après un service funèbre à l’église russe de la rue Daru.

Sur sa pierre tombale on peut lire :

« Docteur Wladimir Guettée
Prêtre de l’Église orthodoxe
Né le 1er décembre 1816 – décédé le 22 mars 1892 »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Histoire de l'Église de France, composée sur les documents originaux et authentiques, par l'abbé Guettée. Paris, V. Masson ( J. Renouard, etc. ), 1847-1856. 12 volumes in-8°.
  • Histoire de l'Église, depuis la naissance de N. - S. Jésus-Christ jusqu'à nos jours, composée sur les documents originaux et authentiques, par Wladimir Guettée, 7 volumes, parus Paris, Cherbuliez, Sandoz et Fischbacher (1869). In-8°.
  • La Papauté schismatique, ou Rome dans ses rapports avec l'Église orientale (Orthodoxe), par M. l'abbé Guettée. Paris, librairie de l'Union chrétienne, 1863. In-8°, XV – 398 p.
  • La Papauté hérétique, exposé des hérésies, erreurs et innovations de l'Église romaine depuis la séparation de l'Église catholique au IXe siècle, par Wladimir Guettée. Paris, Sandoz et Fischbacher, 1874. In-8°, XII – 376 p.
  • La Papauté moderne condamnée par Saint Grégoire-le-Grand, extraits des ouvrages de Saint Grégoire-le-Grand traduits et commentés par l'abbé Guettée. Paris, Dentu, 1861. In-8°, 61 p.
  • Histoire des Jésuites, composée sur les documents authentiques en partie inédits, par l'abbé Guettée. Paris, Huet, 1858 - 1859. 3 vol. In-8°. 2e édition – Paris, A. Sagnier, 1872.
  • Jansénisme et jésuitisme ou Examen des accusations de jansénisme soulevées par M. Lequeux… contre M. l'abbé Guettée…, Paris, Huet, 1857, 118 p.
  • Souvenirs d'un prêtre romain devenu orthodoxe, Paris, Fischbacher, 1889
  • Vie de Henri Arnauld, évêque d'Angers par Jérome Besoigne…; nouvelle édition, accompagnée d'une introduction par M. l'abbé Guettée, Angers, J. Lemesle, 1863
  • Mémoires pour servir à l’histoire de l’Église de France pendant le XIXe siècle, Paris, Fischbacher, 1881, 481 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les citations en italique sont tirées de Jean Paul Besse, Un précurseur. Wladimir Guettée, du gallicanisme à l’orthodoxie.
  2. On peut rapprocher ce que René François Guettée vit au séminaire du portrait que fait Stendhal du séminaire de Besançon dans Le Rouge et le Noir
  3. Ce sont les mots que Guettée emploie dans ses Mémoires
  4. Le clergé a globalement bien accueilli la Révolution de 1848, par dégoût de la monarchie de Juillet
  5. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, chaque diocèse avait son propre rite religieux, parfois fort différent d'un diocèse à l'autre. L'uniformisation, demandée par Rome, s'est faite avec bien des heurts et a donné naissance au rite tridentin classique en vigueur jusqu'au Concile Vatican II. Le processus d'uniformisation a donné lieu a de vives querelles entre gallicans et ultramontains. Le diocèse de Paris a été l'un des derniers à accepter de prendre le rite romain. Voir les travaux de Philippe Boutry à ce sujet.
  6. En ce sens, il met ses pas dans ceux de l'abbé Grégoire, qui dénonçait les mêmes pratiques, avec le même vocabulaire, dans son Histoire des sectes religieuses parue en 1808.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Chroniques de Port-Royal, 59. Port-Royal et la tradition chrétienne d'Orient, Paris, Bibliothèque Mazarine, 2010, 310 p.
  • Wladimir Guettée, De la papauté, textes choisis et présentés par Patric Ranson, collection « La lumière du Thabor », L’Âge d’Homme, Lausanne, 1990, 248 p.
  • Jean-Paul Besse, Un précurseur. Wladimir Guettée, du gallicanisme à l’orthodoxie, monastère orthodoxe Saint-Michel, 1992, 175 pages
  • Thérèse Monthéard, Père Wladimir Guettée et Port-Royal, SKit du Saint Esprit, Le Mesnil Saint Denis, 1992, 126 pages ISBN 2-9507360-0-9
  • Jean-Pierre Chantin (dir.), Les Marges du christianisme, tome X du Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine (Jean-Marie Mayeur dir.), Beauchesne, 2001.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]