Wenge Musica

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Wenge Musica est le groupe musical congolais, phare entre la fin des années 1980 et la fin des années 1990. Dix ans durant, il a fait danser l’Afrique entière et sa diaspora sur ce qui est appelé aujourd'hui le ndombolo.

Wenge Musica

Description de cette image, également commentée ci-après

Werrason et JB Mpiana à leurs débuts 1987/1988

Informations générales
Surnom BCBG kolo esthétique, 4x4 Tout Terrain, les Anges adorables
Pays d'origine Drapeau de la République démocratique du Congo République démocratique du Congo
Genre musical Ndombolo, rumba
Années actives 1981-1997
Composition du groupe
Anciens membres Didier Masela, JB Mpiana, Blaise Bula, Alain Makaba, Adolphe Dominguez, Werrason, Alain Mpelasi, Tutu Caludji, Titina Mbwinga, Manda Chante, Ferre Gola, Aimélia Lias, Marie-Paul Kambulu, Ricoco Bulambemba, Roberto Ekokota, Alain Mwanga, Aime Buanga, Maradona Lontomba, Patient Kusangila, Ficarré Mwamba, Japonais Maladji, Christian Mabanga, Evo Nsiona

Histoire[1][modifier | modifier le code]

Naissance[modifier | modifier le code]

1979, à Kinshasa (République démocratique du Congo), dans la commune de Bandalungwa (communément appelée Bandal), un groupe d’amis encore collégiens, réunis autour de Didier Masela Ndudi (bassiste), Aimé Bwanga (bassiste), Noel Ngiama (chanteur, percussions, guitare), Alain-Luc Mwanga (guitare) et Jean-Belis Luvutula monte un orchestre de quartier dénommé Célio Stars[2]. Cet ensemble d'abord confidentiel joue principalement pendant les vacances scolaires. De nombreuses arrivées commencent à gonfler l'effectif par le biais d'amitiés scolaires. C'est ainsi qu'arrivent Alain Makaba (guitare, percussions puis clavier) camarade de classe de Didier Masela, Christian Zitu (guitare), Blaise Bula (chant) et JB Mpiana (chant) ces deux derniers étudiant à l'Athénée de la Gombe.

En juillet 1981, Celio Stars est rebaptisé Wenge Musica. Ce nom, outre la référence au bois noir produit en Afrique centrale, est choisi par analogie avec une équipe de foot locale "Wenge" dont le talent réjouissait son quartier d'implantation, bien que les victoires ne fussent pas régulières. L’épithète "Musica" est tout simplement un hommage à leurs idoles musicales, Papa Wemba et Kester Emeneya respectivement leader et chanteur vedette de l'orchestre Viva la Musica. C'est JB Mpiana qui apportera plus tard le surnom BCBG (Bon Chic Bon Genre), en effet les jeunes de Wenge Musica ont toujours revendiqué être un orchestre de jeunes scolarisés avec une bonne éducation, contrairement à de nombreux groupes Kinois composés de "musiciens de la rue"[3].

Wenge Musica comprend dans les premières années, les chanteurs Werrason Ngiama (également animateur des parties dansantes), JB Mpiana, Machiro Kifaya, Dede Masolo "Deno Star", Blaise Bula Monga "Cielebu", Anicet Pandu "Anibo", Wes Koka. Adolphe Dominguez est au départ danseur, on le voit d'ailleurs souvent apparaître aux cotés de Defao, vedette de l'orchestre Choc Stars. La partie instrumentale est assurée par Aimé Bwanga (bassiste), Alain Mwanga "Zing-Zong" (guitariste solo), Alain Makaba (guitariste et claviériste), Christian Zitu (guitare rythmique),ou encore Evo Nsiona, joueur de tambour, Ladins Montana (le frère de Werrason) et Maradona Lotomba (tous deux drummeurs). A l'instar des orchestres professionnels, Wenge Musica nomme un président, en la personne de Jean-Belis Luvutula. Il sera remplacé par Vieux Mavo vers 1982, puis le jeune et charismatique JB Mpiana, qui assure notamment le lead chant, sera à son tour désigné, par ses collègues, président de l'orchestre, fonction qu'il occupera jusqu'à 1997.

Jusqu'aux années 1985-1986, le groupe n'est qu'un passe-temps vacancier pour des musiciens tous étudiants alors. Les va-et-vient sont donc légions, et très peu de membres espèrent faire de la musique un véritable gagne-pain. À partir de 1986, la montée grandissante de la réputation de Wenge Musica lui permet de jouer en lever de rideaux d'artistes et orchestres Zaïrois renommés à l'époque tels que Choc Stars (Defao sera d'une grande aide matérielle ayant notamment pris Adolphe Dominguez sous son aile) ou Langa-Langa Stars. Les jeunes musiciens entrent pour la première fois en studio à Brazzaville pour enregistrer certaines de leurs créations dont Kin é Bougé (version 1) de JB Mpiana, Bébé aké na yé de Zing-Zong, Laura[4] de Blaise Bula, Silvie d'Aimé Bwanga ou encore Ginette de Werrason sans que cela ne débouche sur un album.

Logiquement, l'ossature de l'orchestre évolue avec le départ de certains des membres originels comme Anicet Pandu ("Anibo Charme"), Dede Masolo, Christian Zitu, Alain Mwanga "Zing-Zong" ou Aimé Bwanga, pour poursuivre leurs études en France et en Belgique. Wes Koka, quant à lui se convertit à la musique chrétienne. C'est à ce moment qu'Adolphe Dominguez est totalement intronisé en tant que chanteur. Dans le même temps, les nouvelles arrivées sont soumises à des tests et de nouveaux visages apparaissent, le guitariste Djolina Mandudila puis, fin 1986, les chanteurs Ricoco Bulambemba (de l'orchestre rival "Il fallait kaka") et Alain Mpélasi. Pour anecdote, le recrutement de ce dernier s'est fait, en novembre 1986, au hasard d'une rencontre avec Werrason, à Kinshasa[5]. Le jeune homme de quinze ans à l'époque et résidant à Matete, passait ses vacances à Bandal. Un après-midi, pendant qu'il fredonnait une chanson de Victoria Eleison de Kester Emeneya, dans la rue bordant la maison de sa tante, Werrason en visite à proximité, le croise et intéressé par ce qu'il entend, l'aborde. Il le convainc ensuite de le suivre au siège de Wenge Musica et le présente au staff qui accepte aussitôt sa jeune voix. Il faut savoir que Victoria Eleison constitue une référence dans la rythmique et le son de Wenge Musica qui s'en est largement inspiré.

En 1987, Wenge Musica joue pour la première fois dans un concert télévisé, au Studio Maman Angebi de Kinshasa[6]. Après cette production, seront pris les clichés photographiques qui serviront à illustrer la pochette du premier album, Bouger-Bouger. Les jeunes musiciens augmentent leur popularité auprès des jeunes et fans de nouvelles sonorités. Grâce à l’abnégation d'Alain Makaba, JB Mpiana et Werrason, le groupe prend de l'ampleur. Le soliste, qui s'affirme de plus en plus comme le cerveau artistique du groupe, a en effet plusieurs entrées chez les producteurs grâce à ses collaborations avec Zaïko Langa-Langa pour qui il a joué du synthétiseur dans les albums entre 1987 et 1990 (notamment Longindo ya Kassapard de JP Buse[7] et Sentiment Bimi de Bimi Ombalé[8] ). Il profite également des studios modernes Bonbongo de Kinshasa pour travailler avec les meilleurs artistes Zairois de l'époque. C'est lui qui imprimera le cachet musical du groupe, un mélange de style dynamique, percutant et mélodieux. A ses côtés, JB Mpiana et Werrason façonnent le chant et les animations.

Par ailleurs, en cette année 1987 un nouveau chanteur talentueux s'ajoute à l'attaque de Wenge, Marie-Paul Kambulu ainsi que le mi-soliste Blaise Kombo (étudiant à l'ISC Gombe[9]) et un deuxième drummer, Pipo la Musica, en remplacement de Ladins Montana qui, n'ayant pu se convertir au chant, quitte l'orchestre. Fin 1987, le jeune ténor Manda Chante fait également son apparition.

C'est dans cette popularité croissante qu'ils enregistrent Bouger-Bouger, leur premier album.

Début du succès[modifier | modifier le code]

En 1988, paraît sous le label Next Music, Bouger-Bouger, album enregistré à Brazzaville, dont Mulolo[10] qui signifie « clameur », « nouvelle », est la chanson vedette. C'est une première réussite pour le groupe. Il constitue également l'une des premières querelles de l'orchestre, en raison de la paternité de la chanson sus-citée, JB Mpiana et Werrason se la disputant. Dans les faits, la structure de la chanson est de JB Mpiana qui la dédia à sa petite amie de l'époque Anne-Marie. Werrason ayant ajouté le refrain provenant d'un chant populaire de tradition Mbala de la région de Bandundu. Au Zaïre de l'époque, Mulolo est élue chanson de l’année et Wenge Musica révélation musicale. Par ailleurs, l'album comprend Nicky D de Werrason, La Fille de Roi et Bakolo Budget de JB Mpiana, Dodo la Rose de Blaise Bula et Fisol, la chanson fétiche d’Alain Makaba

Hors du giron clan langa-langa d’où proviennent les Zaïko de Nyoka Longo, Viva La Musica de Papa Wemba et Victoria Eleison de King Kester Emeneya, Wenge Musica récolte un succès prometteur[style à revoir]. A la sortie de l'album, les observateurs de la presse Kinoise sont surpris par le cachet musical de Wenge Musica s’inspirant clairement du rythme du King Kester Emeneya. Werrason est notamment identifié au leader de Victoria Eleison grâce à sa voix basse, il se surnomme d'ailleurs "émérite" comme son idole. De plus, l'album Bouger-Bouger est réalisé et arrangé avec des sonorités électroniques à l'instar de l'album Nzinzi[11] remix totalement arrangé par ordinateur et boite à rythme. Le groupe devient dès lors le modèle d’une nouvelle génération cultivant le BCBG et la sape[12].

À cette époque, l’ossature "administrative" définitive du groupe est figée : JB Mpiana, président de l'orchestre, Didier Masela, administrateur-fondateur, Werrason, directeur financier et Alain Makaba, directeur artistique. Ils sont entourés par des amis et mécènes tels que Mukubwa Adam, Mbuta Kis Kisolokele, Vieux Pepe, Fortis Navuangi (immortalisé dans la chanson Kolo Budget) ou encore Papy Kimbi "persona grata"

Sur le plan musical, l'« équipe type »[13], en phase concert, est la suivante : JB Mpiana, Werrason, Blaise Bula et Ricoco (pour l'attaque chant, Ricoco ayant remplacé Adolphe Dominguez alors résidant en Europe), Alain Makaba, Djolina, Blaise Kombo (aux guitares), Didier Masela à la basse, Maradona aux drums et Don Pierrot au tambour. À noter que Werrason a abandonné l'animation à l'atalaku (animateur) Full King et les nouveaux Roberto Wunda Ekokota et Kenndy Mbala tous deux arrivant de Bana Odéon (groupe folklorique congolais ayant donné parmi les grands atalaku congolais, tel que Nono Monzuluku et Bebe Atalaku de Zaïko, Ditutala de Choc Stars). De nouveaux guitaristes, le bassiste Delo Bass, le mi-soliste, Collégien, et le soliste, Alain Mwepu, sont incorporés à la même période.

Leurs titres comme Djino ou Dady Bitodi[14] animent les salles de spectacles et les boîtes de nuit de Kinshasa.

Les premières défections[modifier | modifier le code]

Le premier voyage en Europe[modifier | modifier le code]

1989, avec la reconnaissance croissante des mellomanes, leur premier voyage vers l'Europe est programmé par les producteurs messieurs Kibonge et Kokar. C'est notamment à Bruxelles via Paris que les musiciens de Wenge Musica doivent atterrir. Disposant de faux papiers, ils sont séparés afin de réussir à franchir les contrôles douaniers. Une partie est composée de Ricoco Bulabemba, du drummer Pipo, considérés comme « subalternes » du groupe, ils doivent jouer les « éclaireurs » avec les visas falsifiés. Chance, cela passe parfaitement pour eux. Quand arrive alors le tour des leaders, JB Mpiana, Masela, Werrason, Makaba, Blaise Bula...la supercherie est détectée et les jeunes hommes sont bloqués à Kinshasa.

Ricoco pense néanmoins que le groupe va pouvoir effectuer ses premiers concerts européens lorsque les soucis administratifs seront reglés. Dans l'attente, il est rejoint par Zing-Zong et Aimé Bwanga (déjà installés à Paris) pour continuer à répéter et jouer de la musique. Ils trouvent ensuite d'autres jeunes tels que Ya Yuyu, Jus d'été Molopwe, Boss Matuta, ancien bassiste de Viva la Musica et autres César, jeune chanteur. Adolphe Dominguez (qui avait quitté Kinshasa fin 1988 pour s'installer en Europe) se joint à eux, pour les premières répétitions, sans que l'on pense alors, qu'il s'agisse d'un nouveau groupe.

À Kinshasa, Wenge Musica s'organise. Mais un nouveau drame secoue l'orchestre, la mort du guitariste Blaise Kombo. Juillet 1990, un concert est donné à la cité Nsele, au soir de cette prestation, le mi-soliste meurt dans un accident de la circulation. Un épais mystère entretien ce tragique accident, notamment sur la volonté de têtes d'affiches de l'orchestre de sacrifier un des leurs afin d'asseoir leur succès en devenir. Les pratiques occultes de ce type, le kindoki, seraient courantes dans le milieu musical congolais[15]. Le jeune Patient Kusangila, arrivant de Flash Musica de Sam Tshintu, prend place à la guitare rythmique. Quelque temps après cet évènement dramatique, Maradona (devenu méfiant envers JB Mpiana et Werrason) et Delo Bass quittent à leur tour le groupe et s'envolent pour Paris, où ils retrouvent les anciens collègues, Ricoco, Zing-Zong et Aimé Bwanga. C'est Titina Mbwinga dit « Al Capone » qui, désormais, jouera des baguettes, en remplacement de Maradona.

La naissance de Wenge Musica Aile Paris[modifier | modifier le code]

Finalement fin 1990, JB Mpiana, Werrason, Alain Makaba, Didier Masela, Blaise Bula, Ekokota Roberto, Marie-Paul (qui a pris la place de Ricoco), Collégien Zola et Titina, le nouveau drummer, atterrissent à Bruxelles. Full King, Manda Chante et Alain Mpelasi (qui passait alors son diplôme d'État) ne sont pas du voyage. Le groupe est renforcé par Adolphe Dominguez puis par Ricoco, mais ce dernier qui a acquis une certaine notoriété à Paris, est finalement écarté et n'est plus admis à prester avec ses collègues, ce malgré l'intervention de Marie Paul en sa faveur.

A Bruxelles, Wenge Musica enregistre l'album Kin é Bougé en livrant quelques concerts. Au moment de rentrer à Kinshasa, Adolphe Dominguez est de la délégation, Alain Makaba décide de rester quelques temps en Europe afin de poursuivre ses études de Jazz. En revanche, Marie-Paul, pourtant brillant dans les chœurs de Kin é Bougé, se sent à l’étroit et mal à l'aise notamment en raison de la mise à l'écart de Ricoco. Il s'enfuit et retrouve ses amis restés dans la capitale française.

C'est à partir du départ de ce dernier que Wenge Musica aile Paris va réellement se mettre en place et naître une véritable haine entre ceux restés à Paris et les autres retournés à Kin la Belle.

À Paris, Marie-Paul constate que Ricoco, Zing-Zong et Aimé Bwanga ont déjà procédé à un recrutement avec César, Ya Yuyu, Jus d'été, Boss Matuta et Rento Vena, son ami d’enfance. D'autres jeunes garçons viendront quelque temps après il s'agit de Savanet Depitshou, José Kike, 3615 code Niawu. L'atalaku Kennedy Mbala "na ba Mputu" rejoint Aile Paris pendant la tournée européenne qu'il effectue avec Swede-Swede en 1990, orchestre tradi-moderne qu'il avait intégré après avoir quitté Wenge Musica. Wenge Musica Aile Paris s'effectue sous le patronage de Francis Kalombo, faisant office de manager. Beaucoup de vedettes zaïroises de l'époque telles que Lidjo Kwempa, Papa Wemba ou encore Kester Emeneya, ont donné un coup de pouce à Aile Paris en leur donnant quelques chansons. Joly Mubiala (le jeune frère de Kester Emeneya) et Djudju Ché (ancien drummer de Victoria Eleison) prenant même part aux premiers enregistrements du groupe.

Parmi les premières chansons destinées à un album, il y a Molangi ya Malasi. Une chanson de Ricoco, écrite alors qu'il prestait dans l'orchestre "Il Fallait Kaka". Lors de son intégration à Wenge Musica, il en partage les vocaux avec Werrason, JB et Blaise Bula. Wenge Musica Aile Paris sort coup sur coup deux très bons albums Molangi ya Malasi (en 1991) et Nganga Nzambe (en 1992), dont la chanson Fidélité sens unique, est une attaque non masquée contre la bande à JB Mpiana « la fidélité que je leur ai donnée était à sens unique, ils ont profité de la bienfaisance de mon cœur [...] les gens du monde sont mauvais »[16]. Ce dernier ne manque pas de répondre en sortant un nouveau remix de Kin é Bougé appelé Le monde est méchant où il fustige l'attitude de Marie Paul << ceux que nous avons montrés aux yeux du monde, se sont exilés [...] prenez le nom de notre enfant Wenge pour être reconnus dans la vie >>[17]. C'est la première grande rivalité de cette nouvelle génération. Alain Mpelasi ne manquant pas de rappeler que Marie-Paul ne doit sa participation au voyage de Bruxelles, qu'en raison de son absence pour cause d'examens universitaires. Par ailleurs, il serait l'auteur d'une chanson que Marie-Paul lui aurait subtilisée, Gainsi Alino[5].

1991, meilleur orchestre du Zaïre[modifier | modifier le code]

Dans le même temps à Kinshasa, Wenge Musica "aile Kinshasa" a fait paraître son nouvel opus, aujourd'hui un classique du groupe, Kin é Bougé. Enregistré à Bruxelles avant la défection de Marie Paul, il bénéficie d'une qualité de son largement supérieure à l'album précédent avec des modifications majeures : un tempo plus rapide et saccadé ainsi qu'une caisse claire acoustique en préférence à la batterie électronique. Cet album fait de Wenge Musica, le meilleur orchestre du Zaïre, en 1991. Il est composé de 5 titres Kin é Bougé (JB Mpiana), Ngoma Maguy (Robert Wunda), Princesse Pathy (Alain Makaba), Kaskin (Werrason) et Eve Sukali (Blaise Bula). Ce nouvel opus comporte une grande originalité, le proto-générique Ngoma Maguy, œuvre de l'atalaku Roberto Wunda Ekokota. Cela augure d'une nouvelle pratique initiée par Pépé Kallé puis Zaïko Langa-Langa au milieu des années 1980 (avec notamment l'album Nippon Banzai[18]), une réduction de la partie chantée pour se concentrer sur le sebene et les animations, la partie dansante. Au retour de la tournée Européenne, les mélomanes kinois découvrent deux nouveaux musiciens recrutés pour combler le vide temporaire laissé par Makaba. Il s'agit de Ficarre Mwamba, guitariste soliste, transfuge de l'orchestre Litonge Bouge et Désiré Kalala claviériste arrivant du Centre Culturel Français de Kinshasa où il joue avec un orchestre dénommé Exodus. Ces deux nouvelles arrivées seront un apport important pour le cachet sonore de Wenge Musica spécifiquement lors des deux nouveaux albums que Wenge enregistre en 1992 et 1993.

Le premier, appelé les Pleins Feux, est enrgistré en 1992, lors d'un nouveau voyage à Bruxelles. Au cours de cette tournée, Wenge Musica retrouve Alain Makaba et pose sur disque ses chansons déjà jouées à la fin des années 1980. Il s'agit de Djino (Werrason), Dady Bitodi (JB Mpiana), Fisol (2e version, Alain Makaba) et des inédits Tchatcho Mbala de Werrason, Avé Maria de Blaise Bula et Nazareth de JB Mpiana. Cet album est différent du précédent où la patte de Makaba (dont le surnom, "Ordinateur 48 mémoires", acquis dès les années 1980, est évocateur) se fait toujours ressentir dans le choix des nouvelles sonorités, les instruments électroniques ont encore la part belle, spécifiquement, le synthétiseur (avec le nouveau claviériste Désiré Kalala) et la batterie. Cet opus révèle le jeune Manda Chante grâce aux compositions de JB Mpiana et de Werrason[19] lui offrant l'occasion de briller. Toutefois, les Pleins Feux ne verront le jour qu'en 1996 notamment en raison d'une brouille avec le producteur. Lors de ce voyage Belge, Wenge Musica livre un concert, dans la salle bruxelloise de la Madeleine, qui constitue l'un de ses meilleurs lives[20],[21] .

Kala Yi Boeing[modifier | modifier le code]

Désormais habitué des prestations en Europe, le groupe se frotte lors d'un concert, à Paris en 1993, au mythique Zaïko Langa-Langa[22]. Au cours de cette production, Wenge Musica collabore pour la première fois avec des artistes non-congolais, les talentueux musiciens de Kassav, qui sont eux, déjà habitués des expériences interculturelles Afro-Caribéennes (Kassav à Kinshasa[23], Choc Stars[24]). L’album Kala Yi Boeing, est enregistré, toujours à Bruxelles, en 1993. Rythmé par la danse Boma Liwanza, il confirme les espoirs placés en ces jeunes artistes, avec des succès comme Cresois chanson du fondateur Didier Masela, Danico, Chouchou de Londres, Voyage, C’est trop tard Djenga… La composition de Werrason Kalayi Boeing[25] récolte un certain succès grâce à sa dimension folklorique forte et une brillante orchestration dont le guitariste Ficarré Mwamba est un grand artisan.

Malgré un solo vocal remarquable cette chanson, Kalayi Boeing, Manda Chante quitte à son tour le groupe pour rejoindre Wenge Aile Paris. L'ombre de JB Mpiana plane sur ce départ, les deux hommes ne s'appréciant pas spécialement. Manda Chante reproche de surcroît à ses anciens collègues de ne pas l'avoir soutenu lors de sa grave maladie au cours de l'année 1993, il reste toutefois évasif dans des interviews retraçant son parcours [2]

Pour remplacer sa voix aiguë aimée du public, plusieurs chanteurs ténors sont testés dont Aimélia Lias et Yombo Lumbu dit Tutu Caludji . Finalement, seul le premier sera lauréat, avec une attitude moins encline à gêner JB Mpiana. Il s'impose avec aisance notamment lors du premier concert de Wenge Musica au Bataclan de Paris, en 1994[26].Tutu Caludji pour sa part est conservé en tant qu’animateur sur idée de Werrason, en effet depuis 1993 et le départ de Full King pour Wenge aile Paris, Ekokota est le seul dépositaire de l'animation. En le soutenant, Tutu Caludji fera figure d'élément important, dans la réussite des albums à venir, grâce à un style d'animation beaucoup plus chantant que ses congénères. Dans le même temps, Burkina Faso Mboka Liya, le génial guitariste ancien de Choc Stars et Big Stars, est incorporé à l’équipe. Outre le départ de Manda Chante, cette année 1993 est marqué par la défection de Désiré Kalala et de Don Pierrot Monda, insatisfaits par la rémunération à l'issue de la tournée Européenne. Désiré Kalala s’établit alors en Suisse où il se convertit à la musique Chrétienne. Il faut savoir que la gestion des salaires est la cause de nombreuses disputes au sein de l'orchestre, notamment entre Makaba, Werrason et Didier Masela. Le premier a souvent menacé de quitter le groupe si les rétributions n’étaient mieux réparties. En 1993, c'est après des négociations tendues avec Didier Masela et versement de son salaire, qu'il rentre à Kinshasa avec le reste des musiciens.

En 1994, paraît le double album les Anges Adorables, ponctué par des chansons comme Hi Ho Ha, Tuna Tina Jack, Sourires des vendeurs, Tempête du désert, la Vie[27] ou Surprise Kapangala, assez réussi, dans la lignée de Kalayi Boeing, sans toutefois être révolutionnaire sur le plan artistique. Néanmoins, en cette année 1994, un fait divers mobilise Wenge Musica, l'agression de Blaise Bula, tabassé par un militaire Zaïrois, nouveau mari de Monique Kalala, son ex -compagne. Il perd quelques dents au cours de cet événement et manque un excellent concert au Grand Hôtel de Kinshasa. Au cours de celui-ci, JB Mpiana et Alain Mpelasi dénoncent cet acte dans la chanson Tempête du Désert (Dédiée à Kongolo Mobutu, fils du maréchal et...militaire) en lançant notamment lélo Blaise Bula na mbeto ya lopitalo, mpo basi ya mokili bozali mabé (Aujourd'hui Blaise Bula est hospitalisée, parce que les femmes de ce monde sont mauvaises)[28].

Un événement nouveau, plus léger mais marquant pour la suite de l'orchestre se produit en 1995, avec la sortie de Pile ou Face l'album solo d'Alain Makaba. Ce dernier va faire naître des volontés nouvelles d’émancipation des têtes d'affiches JB Mpiana et Werrason, souhaitant également réaliser des opus solos. La situation d'Alain Makaba est toutefois particulière, car le soliste et multi-instrumentiste est un membre hybride du groupe. Il poursuit, durant les années fastes de Wenge Musica, des études de jazz et de musicologie qui l'amènent à de nombreux voyages et séjours européens, laissant donc ses collègues travailler sans lui. En 1992, après une coupure de quelques mois, il réintègre l’équipe avant l'enregistrement de Kalayi Boeing, ce qui donne la possibilité à Ficarré de s'exprimer avec brio. Cela se reproduira par la suite en 1995, lorsqu'il compose son album solo, Burkina Faso Mboka Liya devenant le soliste titulaire. À son retour, en 1996, pour finaliser Pentagone puis les Feux de l'Amour, le transfuge de Station Japon[29], Japonais Maladji occupe la scène avec une certaine réussite et sera prépondérant dans le succès du générique Ndombolo.

Ces années 1995-1997 coïncident avec l'apogée du groupe.

Apogée et décadence[modifier | modifier le code]

Le modèle musical d'une génération[modifier | modifier le code]

Wenge Musica est désormais un orchestre phare du panorama musical Zaïrois, s'offrant, en 1995, une première production aux États-Unis[30] grâce à Papy Kimbi, expatrié depuis le début des années 1990. Ce voyage à Boston augure le futur album, Pentagone. Un signe révélateur de la popularité de Wenge Musica est la multiplication des orchestres calqués sur lui. L'un va particulièrement surfer sur la vague et devenir un véritable phénomène musical, Extra Musica[31] de Brazzaville. Fondé seulement en 1993, autour de Rogatien Ibambi, Quentin Moyascko, Espe Bass et Guyguy Fall, il s'impose en moins de 3 ans, comme le rival principal à l'orchestre fondé par Didier Masela. Au départ, il lui est reproché d'être un ersatz et ses musiciens des copies de Wenge Musica. Mais très vite, son style dynamique et percutant, avec l'atalaku Maziku Killa Mbongo, l'en démarque, obligeant Wenge Musica à hausser son niveau de création. Dans le même temps, Koffi Olomidé est un challenger de plus apportant à son style tchatcho, certaines des recettes du succès des Anges Adorables (rajeunissement de son effectif en recrutant la quasi-totalité de l'orchestre Flash Musica de Sam Tshintu avec notamment Willy Bula, le frère de Blaise Bula ou encore Geco Bouro Mpela, le frère d'Alain Mpela). Au cœur de cette polémique, Koffi Olomidé recrute un animateur, Beevans Rappason, dont le timbre de voix est identique à celui d'Ekokota[32]. L'un des slogans de Wenge Musica est to kendeki liboso mpé to komi (nous sommes partis et arrivés les premiers), auquel Koffi Olomidé rétorque ko kende liboso eza ko koma tsé (partir en premier n'est pas synonyme de victoire). En réponse à l'album Magie de Koffi Olomidé et son orchestre, dont les clips sont tournés à Washington, Wenge Musica entreprend son excursion Américaine.

L'album Pentagone[modifier | modifier le code]

C'est dans cette atmosphère concurrentielle que l'album Pentagone et son générique[33] du même nom œuvre de Roberto Ekokota paraît. Les talents de chanteurs, de musiciens et de compositeurs ne sont plus à présenter. JB Mpiana "maréchal mukulumpa", Werrason "Nkoyi, roi de la forêt", Didier Masela "le fondé", Alain Makaba "prince", Adolphe Dominguez "tata mobitch", Blaise Bula "ingénieur", Alain Mpela "attaquant de pointe", Aimélia "la voix qui cloche", Ficarré "maître", Kusangila, Titina, Ali Mbonda "la main de fer", Burkina Faso et Tutu Caludji "number one" sont rejoints par le bassiste Christian Mwepu qui jusqu'alors n’était qu'une doublure occasionnelle.

Ils présentent lors de leur tournée européenne les superbes chansons qui composent Pentagone, Dadet, Coco madimba, Heritier Itele, Etepe buengo, Dizoizo, No comment Shengen (qui reprend le refrain de la première version de Kin é Bougé), Djojo Ngonda, La vérité, Filandu, Comète de l’an 2000 et les danses Situtala, Likofi ya ngombe… L'élément marquant de cet opus est le générique (une chanson où la partie chantée est totalement couverte par la partie dansante, permettant aux animateurs de briller) qui ouvre l'album. Si Wenge Musica n'est pas l'instigateur de cette pratique, c'est lui qui la popularise grâce, entre autres, à des tenues militaires que les musiciens revêtiront durant la promotion de ce nouveau support[34]. En cette année 1996, une nouvelle flèche à l'arc chant arrive d'un petit orchestre Kinois "Rumba des Jeunes", il s'agit d'un jeune homme de 20 ans à la voix frêle et à l'excellent potentiel, Hervé Gola Batarigue dit « Ferré, le dernier fils du mouvement »[35]. Sous la protection de Werrason, il fait ses premières armes en tant qu'animateur lors de la présentation de Pentagone, en raison de la suspension du titulaire Tutu Caludji, pour cause d'indiscipline. Le soliste Japonais, le chanteur Ferré Gola, Théo Bidens qui prend la place de Désiré Kalala au synthé (converti à la musique chrétienne depuis 1993), le guitariste Fiston Zamuanganga Savimpi et le drummer Seguin Maniata, sont les dernières recrues officielles de l'histoire de Wenge Musica.

Il faut considérer Pentagone comme l'ultime album au crédit du groupe. En effet, le suivant, celui qui consacre Wenge Musica en tant que leader de la musique africaine, Feux de l’amour est issue de la plume de JB Mpiana Mukulumpa, accompagné par le parolier Pascal Poba, bien que bénéficiant de la participation de la majorité des musiciens de l'orchestre.

Feux de l'amour[modifier | modifier le code]

Ce nouvel album est enregistré au cours de la tournée Européenne de 1996-97 où Wenge Musica fait un clin d’œil au PSG, en jouant à l'Aquaboulevard de Paris, avec les maillots des champions d'Europe de football (victoire en 1996 en Coupes des Coupes)[36]

Avec Papa Wemba en guest-star, JB Mpiana obtient un disque d’or. La danse Ndombolo endiable les salles d’Afrique et d’Europe et donne son nom à la musique Zaïroise devenue congolaise avec la chute de Mobutu en 1997. Outre l'excellent générique Ndombolo[37], qui permet à Tutu Caludji d’accroître l'importance de l'atalaku, cet album offre à JB Mpiana, l'occasion de briller et montrer son savoir-faire. La chanson phare, la rumba des Feux de l'amour est accompagnée de superbes mélodies dont le duo avec Wemba, Cavalier Solitaire[38], Tabou Top Model, Masuwa, Papito, Bana Lunda, I Love You, Conseil Patcho, Recto verso

L'album met en réellement avant JB Mpiana, ce qu'Alain Makaba n'avait pas pu faire à la sortie de Pile Ou Face, et crée une grave crise au sein de l'orchestre.

La dislocation[modifier | modifier le code]

À l'instar du Zaïre, Wenge Musica se disloque en décembre 1997. Cela est le fruit de rancœurs nées quelques mois auparavant entre Werrason et JB Mpiana. La médiatisation de ce dernier suscitant de nombreuses disputes en coulisses et une crise de leadership s'ensuit. En effet, les 4 administrateurs, Makaba, JB Mpiana, Werrason et Didier Masela se sont entendus pour que chacun puissent réaliser un album solo. Seulement, JB Mpiana, grâce au succès de son opus, obtient plusieurs propositions pour en effectuer la promotion dont un contrat de 5 ans avec le producteur Monsieur Simon. Cela signifie que les prochaines productions scéniques et futurs voyages à l’étranger, seront effectués pour présenter l'album de JB Mpiana avec toutes les retombées financières pour ce dernier. Alain Makaba soutient cette démarche et veut l'imposer au reste de l'orchestre ce que Werrason et Didier Masela n'acceptent pas.

Au cours de la tournée 1997, le malaise est palpable et une interview de JB Mpiana qui se veut rassurante, ne masque pas les tensions[39]. Les derniers concerts particulièrement à Abidjan, bien que de très grande qualité, reflètent la situation du groupe. Une première prestation est livrée sans JB Mpiana, Blaise Bula mais avec le jeune Ferré[40], tandis que Werrason, Adolphe Dominguez et Didier Masela ne prennent pas part à la suivante[41]. Au retour de Côte d'Ivoire, les langues se délient et au cours du concert de présentation des Feux de l'Amour, au Grand Hôtel de Kinshasa[42], les anciens amis règlent leurs comptes sur scène, Blaise Bula s'en prenant à Werrason avec sarcasme lui disant: << mon ami, tu rêves, et dans tes rêves, tu aimerais être Blaise Bula, JB Mpiana, Alain Makaba...il est permis de rêver, mon frère>>, tandis que Werrason rétorque << qu'il n'a jamais souhaité de mal à ses collègues, et que l'orchestre appartient au fondateur, Didier Masela >>[43]. Cette confrontation se passe sous les yeux ébahis des spectateurs et de Papa Wemba. Ce dernier cristallise la séparation et est accusé d'en être l'instigateur, ce dont il se défend fort invoquant avoir aucun intérêt à mettre fin à Wenge Musica[44]. Néanmoins, le rôle de Papa Wemba est prépondérant car il a fortement influencé l’émancipation de JB en affirmant que Wenge Musica n'a qu'un seul leader et président.

Cette séparation rappelle ce qui a pu se passer pour Zaïko Langa-Langa, 20 ans auparavant mais surtout le conflit entre Papa Wemba et Kester Emeneya en 1982, lorsque ce dernier claqua la porte de Viva la Musica. Il faut savoir que ces deux artistes sont les idoles d'enfance respectives de Mpiana et Werrason. Malgré une tentative de conciliation d'artistes influents dont Tabu Ley et du ministre de la Culture de l'époque, la dislocation est entérinée.

Wenge BCBG vs Wenge Maison Mère[modifier | modifier le code]

L’ossature JB Mpiana, Alain Makaba, Blaise Bula, Alain Mpela, Aimélia, Ficarré, Kusangila, Titina, Fils Zamuangana, Théo Bidens, Burkina Mboka Liya, Ekokota, Tutu Caludji devient Wenge BCBG[45] et reprend ses répétitions à Bandal. En janvier 1998, Wenge BCBG s'envole pour Bruxelles puis Paris pour livrer des concerts notamment au Bataclan et enregistrer le nouvel album Titanic. JB Mpiana justifie cette dislocation sur le point artistique, Werrason n'aurait pas les mêmes ambitions en termes de création, de cachet, de sonorité. Il affirme toutefois être en bonne relation avec ses ex-collègues. Avec cette séparation, Wenge BCBG offre une chorale des très haut niveau recentrée autour de JB Mpiana se faisant désormais appeler « le seigneur de la terre »[45].

A Kinshasa, c'est une autre histoire, Werrason est moralement très abattu et se pose de nombreuses questions quant à son avenir. Il réfléchit même à s'installer au Canada et abandonner la musique. Didier Masela, lui, pense que le groupe va se reformer alors qu'il n'en est rien. Finalement, Werrason, Adolphe Dominguez et Masela vont être encouragés par les enfants de la rue à reprendre leurs activités. L'un sera prépondérant à la mise en place de Wenge Musica Maison Mère (qui s'appelle encore Wenge Musica BCBG à ce moment), Sankara de Kunta[46]. Il prend partie de Werrason en raison de l'affaiblissement de celui-ci et un certain sentiment d'injustice après cette dislocation. En décembre 1997, il provoque une marche de centaines de jeunes, en compagnie de Werra, ayant pour but d'impressionner JB Mpiana sur le lieu même des répétitions de Wenge BCBG[46]. Revigorés, Werrason et ses accolytes procèdent au recrutement de nouveaux musiciens. Au préalable, ils remobilisent les anciens de Wenge Musica qui ont été exclus par le nouveau staff de JB Mpiana, il s'agit d'Ali Mbonda, le percussionniste, et de Christian Mwepu Mabanga, bassiste qui sera chef d'orchestre. Comme Christian Mabanga, Ferré Gola pense, dans un premier temps, rejoindre JB Mpiana et Wenge BCBG mais sa demande n'est pas acceptée notamment par Blaise Bula et surtout Aimélia qui le voit comme un rival potentiel. Il frappe finalement à la porte de Werrason qui, après hésitation, le réintègre, sa présence au sein du groupe original ayant joué en sa faveur. Il est donc présent lors du recrutement de ses nouveaux collègues, et sera l'élément clé de l'attaque chant du groupe. L'ancien drummer Maradona compte lui aussi évoluer dans ce futur orchestre, il ne bénéficiera pas du même traitement de faveur que Ferré et ne sera pas retenu. Papy Kakol, transfuge de Kibinda Koyi, sera chargé des fûts et de la caisse claire. Puis arrivent JDT Mulopwé de Wenge Aile Paris alors résidant à Bruxelles, Baby Ndombé chanteur et fils de Ndombe Opetum de l'OK Jazz, qui au départ venait pour jouer de la basse, Serge Mabiala, Adjani Sesele (qui prendra la place d'Aimelia), Didier Lacoste (recruté par Adolphe Dominguez). Pour remplacer Alain Makaba, un jeune et prometteur guitariste est recruté, Flam Kapaya. Deux autres guitaristes sont retenus pour jour l'accompagnement, Guylain Mpungi et Aridjana, qui avait par le passé joué quelques mois dans Wenge Musica en tant que doublure. C'est en février 1998 que le créateur du rythme Ndombolo, Japonais Maladji, atterri à Kinshasa en provenance de Paris, où il résidait depuis 1997 et avait participé à l'album Succès Fou de King Kester Emeneya. Comptant prêter son talent à Werrason[47]; il est logiquement accepté parmi les musiciens. La partie folklorique et animation, si chère à Werrason, sera confiée à un énergique adolescent, Didier Kalonji baptisé "Bill Clinton", car c'est un avec T-shirt à l'effigie de l'ancien président américain, qu'il vint passer les tests. Pour l'accompagner, le jeune et calme, animateur Serge Mazami dit "Céléo Jean Schramme" est engagé. Deux autres chanteurs n'auront pas la chance de rester dans le groupe, Shu Lay, fils d'Evoloko Lay (ancienne vedette de Zaïko Langa-Langa), mais à la voix extrêmement chaotique[48] et Bob Lorenzo qui s’établira finalement dans le Wenge El Paris de Marie-Paul. Tout ce beau monde prend le chemin du maquis pour répéter et consolider les bases de l'orchestre.

C'est le début d'une guerre qui dépasse bêtement le cadre musical, au rythme des albums des deux camps. Les titres sont souvent des attaques de l'un envers l'autre. Titanic (BCBG) et Intervention Rapide (Maison Mère) sortent en 1998. L'affrontement est alors relativement deséquilibré, l'album de Wenge BCBG bénéficiant de musiciens d'une expérience affirmée avec une excellente qualité de son et de mixage. Toutefois quand, en décembre 1999, paraît Solola Bien (parle bien en lingala), le talent indéniable de la bande à Werra est révélé. D'autant plus que JB Mpiana perd au cours de cette année, Blaise Bula, Alain Makaba pour d’évidents problèmes de leadership et Patient Kusangila, qui préfère monnayer son talent chez Werrason. Au fur et à mesure le conflit ne concerne plus les deux groupes mais leurs chefs de file, qui personnalisent leurs orchestres respectifs. Ainsi, Werrason se sépare tour à tour de Didier Masela et d'Adolphe Dominguez durant l'année 2000, avant d'enregistrer son premier album solo, Kibuisa Mpimpa en 2001. En juin 2000, le deuxième album solo de JB Mpiana, baptisé TH, est mis sur le marché. Rebaptisé « souverain 1er, Binadam ou encore L'unité de mesure» JB Mpiana récolte alors un certain succès avec ce nouvel opus.

Il s'agit dès lors, pour les deux figures de proue du clan wenge, de prouver qui est le meilleur artiste Congolais en confrontant les albums et les prestations dans les plus grands stades du Congo tels que le Stade des Martyrs, ou les prestigieuses salles européennes. Paris devient un fief majeur des affrontements entre les deux groupes, dans des lieux mythiques comme l'Olympia, le Palais des Sports, Bercy[49], le Zenith[50] ou encore le Bataclan.

Au cours de la décennie 2000, de trois le nombre de Wenge est passé à une dizaine, en effet toutes les anciennes têtes d’affiche sont aux commandes d’un groupe, Wenge BCBG de JB Mpiana, Wenge Musica Maison Mère de Werrason, Wenge Tonya Tonya de Adolphe Dominguez, Wenge Musica 4x4 de Didier Masela, Wenge El Paris de Marie Paul, Wenge Kumbela d’Aimé Bwanga, Wenge Référence de Manda Chante, Pondération 8 de Blaise Bula, Génération A de Alain Mpela. Aussi, Les Marquis de Maison Mère sont nés du départ de JDT, Ferré, Kalonji, Japonais Maladji et Serge Mabiala de Wenge Maison Mère, en juin 2004. Après sa défection de BCBG et un album solo, en 2000, Aimélia a rejoint Werrason avant de se relancer, seul, en 2007. Tutu Calugi, longtemps élément majeur de l'orchestre de JB Mpiana vient également de s'en émanciper en sortant son premier album Paris Match en 2010.

Avec plus ou moins de succès chacun mène son navire, aujourd’hui le clan Wenge est au cœur de plusieurs polémiques faisant de la musique congolaise un cimetière d’éléphants. Elle subit notamment la très forte concurrence du Coupé-Decalé largement inspiré du Ndombolo. De plus, JB Mpiana et Werrason subissent les effets de la nouvelle génération de la musique congolaise dont leur ancien talentueux poulain Ferre Gola et surtout Fally Ipupa, duquel Wenge Musica fut un modèle dans son adolescence.

Fin 2010, grâce à un sponsor, le fournisseur téléphonique Airtel, une soirée privée a vu pour la première fois depuis 13 ans, la réunion des anciens de Wenge pour un unique concert[51]. Sur scène, étaient présents Werrason, Blaise Bula, Alain Makaba, Adolphe Tata Dominguez, Alain Mpelasi, Aimelia, Didier Masela et Titina Mbwinga le drummer, accompagnés de quelques musiciens locaux. JB Mpiana n'a pas pris part à cet événement, il se déplaçait alors à Paris pour des raisons professionnelles, et finaliser son nouvel opus, Soyons Sérieux. D'autres glorieux anciens manquaient à l'appel, ainsi on souligna l'absence de Tutu Caludji, Marie-Paul, Burkina Faso Mboka Liya, désormais résidant en Amérique du Nord, ou encore Manda Chante.

Anciens musiciens de Wenge Musica[modifier | modifier le code]

Les Fondateurs[modifier | modifier le code]

  • Didier Masela (basse/administrateur) 1981-1997 ; → Fondateur
  • Werrason Ngiama Makanda "Nkoyi de la forêt" (chanteur/administrateur) , 1981-1997 ; → Directeur-Financier (cofondateur)
  • Aimé Bwanga (basse), 1981-1986 ; (cofondateur)
  • Alain Mwanga "Docteur Zing" (solo, mi solo), 1981-1986 ; (cofondateur)
  • Jean-Belis Luvutula (cofondateur), 1981-1987 ; premier Président de l’orchestre (en 1981-1982) et chargé des relations publiques

Chanteurs[modifier | modifier le code]

  • JB Mpiana "Mukulumpa" (administrateur), 1981-1997 ; → Président en remplacement de Jean-Belis Luvutula puis de Vieux Mavo à partir de 1985-1986
  • Machiro Kifaya, 1981-1982
  • Dede Masolo "Deno Star", 1981-1986 ;
  • Anibo Panzu, 1981-1986 ;
  • Blaise Bula Monga "Inénieur Celebu", 1981-1997 ; → Chef d'Orchestre n°1
  • Adolphe Dominguez Ebodja (danseur puis chanteur à partir de 1985) , 1981-1997 ; → Chef d'Orchestre n°2
  • Bienvenue Wes Koka 1982-1985 ;
  • Ricoco Bulambemba "le fils de Mbulamatari", 1986-1991;
  • Alain Mpelasi Tshwakulenda, 1986-1997 ;
  • Marie Paul Kambulu "Atshisa Bélési", 1987-1991 ;
  • Manda Chante, 1987-1993 ;
  • Aimélia Lias Demingongo, 1993-1997 ;
  • Ferre Gola, 1995-1997.

Guitaristes et claviéristes[modifier | modifier le code]

  • Alain "Prince" Makaba (solo, mi solo, basse, synthétiseur, percussions/administrateur) 1981-1997 → Directeur-Artistique ;
  • Christian Zitu (accompagnement),1981-1985 ;
  • Djolina Mandudila (accompagnement), 1985-1992 ;
  • Eddy Kandimbo (basse), 1986-1989 ;
  • Blaise Kombo (dcd en Juillet 1990) (mi-solo), 1986-1990 ;
  • Alain Mwepu (solo, mi solo), 1988-1993 ;
  • Delo Basse (basse), 1989-1990 ;
  • Patient Kusangila Lutu (accompagnement, basse), 1989-1997 ;
  • Aridjana Solo (mi solo), 1984-1990
  • Collégien Zola (accompagnement), 1988-1992
  • Christian Mwepu Mabanga (basse), 1990-1997 ;
  • Maître Ficarré Mwamba (solo, mi solo), 1991-1997 ;
  • Désiré Kalala " Syntha-syntha" (Synthétiseur), 1991-1993 ;
  • Burkina Faso Mbokaliya (solo, mi solo), 1993-1997 ;
  • Japonais Kambuku Maladi (solo, mi solo, basse), 1996-1997.
  • Théo Kiavuanga Bidens (Synthétiseur), 1996-1997
  • Fiston Zamuangana Savimpi (accompagnement), 1996-1997 ;

Percussionnistes[modifier | modifier le code]

  • Ladins Montana, (drums) 1981-1987 ;
  • Evo Nsiona Adiataki, (tambour) 1981-1988 ;
  • Maradona Lontomba, (drums) 1981-1990 ;
  • Pipo la Musica, (drums) 1987-1989 ;
  • Titina Mbwinga "Al Capone", (drums) 1988-1997 ;
  • Don Pierrot Mbonda, (tambour/drums) 1988-1993 ;
  • Ali Mbonda, (tambour) 1993-1997
  • Seguin Mignon Bongongo, (tambour/drums) 1996-1997.

Animateurs[modifier | modifier le code]

  • Kennedy Mbala "na ba Mputu", 1988-1989 ;
  • Full King, 1986-1993 ;
  • Roberto Wunda Ekokota, 1988-1997 ;
  • Tutu Caludji, 1993-1997.

Danseuses[modifier | modifier le code]

  • Maman Rosa (danseuse) depuis 1990-1991
  • Nana Boanga, (danseuse/chanteuse) 1993-1996 ;
  • Carine Evoloko, (danseuse) 1993-1995 ;''

Groupes issus de Wenge Musica[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.mbokamosika.com/article-l-historique-de-wenge-musica-104525532.html
  2. http://www.eventsrdc.com/?tag=jean-belis-luvutula
  3. Wenge Live à Bandal, Kinshasa reportage BBC Under African Skies, 1988
  4. Laura Laura chanson de Blaise Bula Monga, 1986
  5. a et b Comment Alain Mpela est entré dans Wenge ? Interview de Gary Iwele, 2009
  6. Kin é Bougé live Wenge Musica au Studio Maman Angebi de Kinshasa,1987
  7. Longindo ya Kassapard JP Buse et Zaïko Lang-Langa, 1987
  8. Sentiment Bimi Bimi Ombalé et Zaïko Langa-Langa, 1988
  9. ISC Gombe Institut Supérieur de Commerce de Kinshasa
  10. Mulolo Mulolo, Album Bouger-Bouger, 1988
  11. http://www.rfimusique.com/actu-musique/musique%20africaine/rumba-congolaise/20140214-king-kester-emeneya-d%C3%A9c%C3%A8s
  12. Wenge Live à Bandal, Kinshasa reportage BBC "Under African Skies", 1988
  13. Wenge Musica, Djino Kota Live Wenge Musica en live, Kinshasa, 1989
  14. Dady Bitodi Manda Chante, Alain Mpelasi et Marie-Paul, Kinshasa, 1989
  15. Bob W. White, « La quête du  : rumeurs, réussite et malheur en République démocratique du Congo » in Sociologie et sociétés, vol. 39, n° 2, 2007, p. 61-77
  16. Fidélité sens unique, Marie-Paul "Atshisha Belesi" Album Nganga Nzambe, 1992
  17. Le monde est méchant Le monde est méchant, JB Mpiana, Blaise Bula, Werrason et Manda Chante, 1992
  18. Nippon Banzai Zaïko Langa-Langa in Nippon Banzai, medley, 1986
  19. Tchatcho Mbala Tchatcho Mbala, "Jugement par défaut", Werrason, JB Mpiana et Manda Chante, 1992
  20. Wenge Musica à Bruxelles, 1992 Avé Maria live, Bruxelles, 1992
  21. Wenge Musica à Bruxelles, 1992 Eve Sukali live, Bruxelles, 1992
  22. conflit entre les atalaku Nono Monzuluku et Roberto Wunda Zaïko vs Wenge Musica, Paris, 1993
  23. Syé Bwa Syé Bwa, Kinshasa, 1988
  24. Choc Stars Riana, Remix Mwen Malad'aw' Kinshasa, 1987
  25. Kalayi Boieng Kalayi Boeing, 1993
  26. Wenge au Bataclan Wenge Musica, Bataclan de Paris, 1994
  27. La Vie, Adolphe DominguezLa Vie, 1994
  28. Tempête du DésertTempête du désert live, Kinshasa, 1994
  29. Station Japon à Kinshasa Station Japon, Kinshasa, 1995
  30. Wenge à Boston Wenge Musica à Boston, E-U, 1995
  31. les débuts d'Extra-Musica Extra-Musica à Kinshasa, novembre 1995
  32. Magie, Koffi Olomidé et Quartier Latin Koffi Olomidé et Quartier Latin, Washington, 1994
  33. Wenge Musica, Pentagone, 1996 Wenge Musica, Pentagone, 1996
  34. Wenge Musica, Pentagone, 1996 Wenge Musica, Pentagone,Kinshasa, Studio Mama Angebi 1996
  35. Qui est Hervé Gola Batarigue? Ferré Gola, interview, 2009
  36. Wenge Musica et Papa Wemba, Paris, 1997 Wenge Musica et Papa Wemba, Aquaboulevard, Paris, 1997
  37. Wenge Musica et JB Mpiana dans Ndombolo, 1997 Wenge Musica et JB Mpiana, Feux de l'Amour, 1997
  38. Wenge Musica et JB Mpiana feat. Papa Wemba dans Cavalier Solitaire, 1997 Wenge Musica et JB Mpiana, Feux de l'Amour, 1997
  39. JB Mpiana avant la sortie des Feux de l'Amour, 1997 JB Mpiana, Saint-Denis, France, 1997
  40. Wenge Musica à Abidjan, 1997 Wenge Musica dans Djodjo Ngonda, Abidjan, 1997
  41. Wenge Musica à Abidjan, 1997 Wenge Musica dans Eve Sukali, Abidjan, 1997
  42. Wenge Musica, Grand Hôtel de Kinshasa, 1997 Wenge Musica dans Mon Ami Coboss, Kinshasa, 1997
  43. Wenge Musica, Grand Hôtel de Kinshasa, 1997 Wenge Musica dans Mon Ami Coboss, Kinshasa, 1997
  44. Papa Wemba a-t-il fait exploser Wenge? Papa Wemba, interview, Kinshasa, 1999
  45. a et b Wenge BCBG, Bataclan de Paris, 1998 Wenge BCBG, Paris, 1998
  46. a et b Comment est né Wenge Musica Maison Mère? Sankara de Kunta, interview, 2009
  47. L'arrivée de Japonais dans Wenge Maison Mère Kinshasa, la Zamba Playa, 1998
  48. Les débuts de Wenge Maison Mère Kinshasa, la Zamba Playa, 1998
  49. Wenge Musica Maison Mère à Bercy, 2000 Palais pmnisports de Paris Bercy, 2000
  50. Wenge BCBG au Zenith de Paris, 1999 Zenith de Paris, 1998
  51. les anciens de Wenge Musica rénuis à Kinshasa, 2010 Grand Hôtel de Kinshasa, 2010
  52. [1] Pondération 8 recrute, Article Afrique Actu, août 2010