WTFPL

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La WTFPL ou Do What The Fuck you want to Public License (littéralement « licence publique foutez-en ce que vous voulez ») est une licence libre non-copyleft. Elle permet en effet la libre redistribution et modification de l’œuvre sans aucune restriction.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'une des icônes de Kemiyatorn, la première œuvre a être placée sous licence WTFPL.

Contexte d'apparition[modifier | modifier le code]

La WTFPL a été créée en mars 2000 par Banlu Kemiyatorn, un graphiste thaïlandais connu pour les icônes qu'il a dessinées pour la version 0.62.0 de Window Maker[1],[2].

Lors de la création de la WTFPL en mars 2000, l'écosystème des licences étaient beaucoup moins prodigue qu'aujourd'hui. Deux licences majeures existaient: la licence GPL et la licence BSD.

Ces deux licences ont des propriétés distinctes :

  • la GPL est une licence copyleft ou contaminante : toute œuvre dérivée d'une œuvre sous licence GPL doit également être sous licence GPL ;
  • la BSD est une licence libérale, mais demandant des formalités en matière de crédit des auteurs.

Les partisans de la licence GPL et ceux de la licence BSD s’échangent alors des arguments de façon vives, parfois frisant le fanatisme religieux, à tel point que ces échanges sont qualifiés de « guerre de religion ». Ce phénomène n'est pas spécifique à la question des licences, puisque d'autres occurrences existent, comme la « guerre d'éditeurs » entre partisans de Vi(m) ou d'Emacs[3].

Un des points de cette querelle est l'inexistence d'une licence réellement libre, non frappée de restrictions ; c'est à ce moment et dans le but d'en proposer une, tout en insistant sur l'exaspération provoquée par ces guerres de religion que sort la WTFPL[4].

D'autres licences poursuivent une finalité similaire. Dans un premier temps sortent des licences spécialisées pour les logiciels, comme la licence MIT en 1988, et les nouvelles licences BSD retirant les clauses jugées problématiques pour les logiciels[5].

En décembre 2007, l'organisation Creative Commons crée une licence plus adaptée aux autres œuvres protégées par le droit d'auteur, la Licence CC0, qui vise à offrir dans un texte long des effets identiques à la WTFPL et à la dédication dans le domaine public, avec maintes précautions pour en assurer la validité devant l'ensemble des juridictions[6].

Historique[modifier | modifier le code]

Version Auteur Date
Version 1 Banlu Kemiyatorn Mars 2000
Version 2 Samuel Hocevar Décembre 2004

Validité et reconnaissance[modifier | modifier le code]

La licence offre les droits les plus larges en matière de réutilisation de l'œuvre, autorisant toute exploitation patrimoniale à toutes fins.

En cela, l'utilisation d'une œuvre sous WTFPL est similaire à celle d'une œuvre dans le domaine public.

La licence, bien que formulée d'une façon pouvant être considérée comme humoristique, est un contrat légalement valide entre l'auteur et le preneur de licence[7].

En 2002, Bradley M. Kuhn, à cette époque directeur exécutif de la Free Software Foundation (FSF), indique qu'un code sous WTFPL peut être incorporé dans un programme GPL[8]. Le projet GNU la mentionne ainsi dans une liste de licences de logiciels libres compatibles avec la GPL[9].

De même, le projet Fedora, distribution Linux upstream pour RedHat et CentOS, la reconnaît compatible avec les versions 2 et 3 de la GPL, et la classe parmi les « Good Licenses », pouvant être utilisées dans le projet[10],[11].

Toutefois, l'Open Source Initiative (OSI), qui compile et publie une liste des licences open source, considère que la licence est trop proche d'une mise volontaire de l'œuvre par l'auteur dans le domaine public, possibilité qui existe aux États-Unis, mais pas en Europe. Lors de la réunion du board du 4 mars 2009, une recommandation, par la suite suivie, de rejet de la licence est émise[12].

Lorsqu'utilisée pour un logiciel, La licence n'offre pas de disclaimer sur la non adéquation du logiciel à un usage particulier, ce que d'autres licences open source, mais pas toutes, proposent, sous la forme d'une clause de non garantie. La FAQ de la licence suggère à ceux le souhaitant de rajouter une telle clause, et en fourni un exemple[13]. Il n'est pas établi en 2014 si une telle clause est nécessaire ou non pour se garantir contre des dommages que peuvent provoquer un logiciel.

Un critère apprécié de certains réutilisateurs de licence est la réponse juridique : les tribunaux reconnaissent-ils comme valide la licence et en appliquent-ils tous les effets comme mentionné dans le texte ? En juillet 2014, aucun cas impliquant la licence WTFPL ne s'est retrouvé devant les tribunaux. Cette situation s'explique par deux facteurs[réf. souhaitée] : d'une part le faible nombre de programmes l'utilisant, d'autre part le fait que les débats juridiques où une licence entre en jeu portent généralement sur la violation d'une clause de la licence, comme l'obligation de diffusion du code source pour la GPL ; or, la WTFPL autorisant tout, il n'est guère possible de violer la licence.

Utilisation[modifier | modifier le code]

La WTFPL est moins utilisées que d'autres licences open source. Des sites web de publication de code source comme Freshmeat[14] et CodingTeam.net[15] intègrent une catégorie pour les travaux sous WTFPL. En octobre 2008, Freshmeat recensait 9 projets (dont 4 par Samuel Hocevar : libcaca, TOIlet, zzuf et Monsterz), et 14 projets en novembre 2009.

L'éditeur en ligne du projet OpenStreetMap, Potlatch, ainsi que son équivalent plus moderne iD, sont publiés sous cette licence[16],[17].

Elle a également été utilisée par Google lors d'un poisson d'avril en 2008 : les licences de tous les projets du Summer of Code ont été temporairement remplacées par la WTFPL[18]. Les sources du Martine cover generator ont été publiées sous cette licence[19].

En 2013, une communication suite à un symposium sur l'open data en Norvège cite la WTFPL comme licence utilisée par un logiciel météorologique exploitant des données en open data[20].

Réception[modifier | modifier le code]

La terminologie de la licence frappe par son caractère irrévencieux. Aux États-Unis, le terme « fuck » est dénommé le f-word et n'est pas considéré acceptable dans un langage soutenu, ou dans certains sociolectes, à la portée de jeunes enfants.

Le terme a soulevé des questions ponctuelles, tantôt sur l'opportunité de la licence, comme sur la médiathèque Wikimedia Commons[21], tantôt sur l'opportunité de l'inclusion du terme en toutes lettres dans l'interface, comme sur le projet Ubuntu[22].

Les auteurs de la licence avaient prévu ce problème, puisque la FAQ de la licence adresse le problème, en proposant d'appliquer la clause Do the fuck you want à la terminologie à utiliser[13].

Sam Hocevar répond à ces objections en insistant sur la liberté, son importance, aussi bien pour des travaux artistiques et scientifiques que pour les libertés civiques fondamentales, et en questionnant fermement les priorités de personnes choquées par la « simple existence du mot fuck »[Note 1],[13].

Texte[modifier | modifier le code]

Version 1[modifier | modifier le code]

do What The Fuck you want to Public License

Version 1.0, March 2000
Copyright (C) 2000 Banlu Kemiyatorn (]d).
136 Nives 7 Jangwattana 14 Laksi Bangkok
Everyone is permitted to copy and distribute verbatim copies
of this license document, but changing it is not allowed.

Ok, the purpose of this license is simple
and you just

DO WHAT THE FUCK YOU WANT TO.

Version 2[modifier | modifier le code]

           DO WHAT THE FUCK YOU WANT TO PUBLIC LICENSE
                   Version 2, December 2004
 
Copyright (C) 2004 Sam Hocevar <sam@hocevar.net>
 
Everyone is permitted to copy and distribute verbatim or modified
copies of this license document, and changing it is allowed as long
as the name is changed.
 
           DO WHAT THE FUCK YOU WANT TO PUBLIC LICENSE
  TERMS AND CONDITIONS FOR COPYING, DISTRIBUTION AND MODIFICATION
 
 0. You just DO WHAT THE FUCK YOU WANT TO.

Traduction française officielle de la version 2[modifier | modifier le code]

En mars 2009, la WTFPL version 2 est traduite en français par Samuel Hocevar, sous le nom de Licence Publique Rien À Branler (LPRAB) version 1, par allusion à une fausse pub réalisée par Les Nuls[23].

               LICENCE PUBLIQUE RIEN À BRANLER
                     Version 1, Mars 2009

Copyright (C) 2009 Sam Hocevar
 14 rue de Plaisance, 75014 Paris, France

La copie et la distribution de copies exactes de cette licence sont
autorisées, et toute modification est permise à condition de changer
le nom de la licence. 

        CONDITIONS DE COPIE, DISTRIBUTON ET MODIFICATION
              DE LA LICENCE PUBLIQUE RIEN À BRANLER

 0. Faites ce que vous voulez, j’en ai RIEN À BRANLER.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Citation originale : « You know what? Fuck your stance on profanity. Fuck your priorities in life. The WTFPL is about fucking freedom and we mean it. Freedom means freedom to copy and modify and share works of art and science with the rest of mankind, but also freedom to be gay and marry and have crazy gay sex, freedom to have tattoos, freedom to say there is no God, freedom to take the pill, freedom to have an abortion. People die for being gay or atheists. Don’t tell me that there is something sacred enough that it must be protected from the mere existence of the word “fuck”. If the F in WTFPL offends you, then fuck you and your beliefs. Triple fuck you. »
Références
  1. (en) WindowMaker-0.62.0/README, sur Google Recherche de code : « The icons listed in COPYING.WTFPL and are distributed in this program and were made by Banlu Kemiyatorn (]d), are licensed through the "do What The Fuck you want to Public License". Read the COPYING.WTFPL file for the complete license. »
  2. (en) WindowMaker-0.62.0/COPYING.WTFPL, sur Google Recherche de code.
  3. « guerre de religion », sur Le Jargon Français (consulté le 29 juillet 2014)
  4. « About the WTFPL », sur WTFPL – Do What the Fuck You Want to Public License (consulté le 29 juillet 2014)
  5. Rowan Wilson, « The Modified BSD License - An Overview », sur OSS Watch,‎ 10 novembre 2005 (consulté le 29 juillet 2014)
  6. « Creative Commons Launches CC0 and CC+ Programs - », sur Creative Commons,‎ 17 décembre 2007 (consulté le 29 juillet 2014)
  7. (en) Robert Gobeille (HP), « The FOSSology Project » dans International Conference on Software Engineering : Proceedings of the 2008 International Working Conference on Mining Software Repositories, Leipzig, Germany, May 10-11, 2008, ACM (ISBN 978-1-60558-024-1), p. 47-50.
  8. (en) Cité par Nick Moffitt sur la liste de diffusion debian-legal du projet Debian : « Re: one liner license, sufficient for DFSG? », 3 septembre 2002.
  9. « Various Licenses and Comments about Them », sur GNU (consulté le 29 juillet 2014)
  10. (en) Tom 'spot' Callaway, « Licensing: Good Licenses », sur le wiki du projet Fedora, 30 mai 2007, révision 1.46 du 8 juillet 2009. Consulté le 20 juillet 2009.
  11. (en) Van Lindberg, Intellectual Property and Open Source : A Practical Guide to Protecting Code, Sebastopol (Californie), O'Reilly Media,‎ 2008, 390 p. (ISBN 978-0-596-51796-0, présentation en ligne), chap. Appendice D (« Fedora License List and GPL Compatibility - License Approved for Use with Fedora »), p. 290.
  12. « OSI Board Meeting Minutes, Wednesday, March 4, 2009 », sur Open Source Initiative,‎ 4 mars 2009 (consulté le 29 juillet 2014)
  13. a, b et c « Frequently Asked Questions », sur WTFPL – Do What the Fuck You Want to Public License (consulté le 29 juillet 2014)
  14. (en) « Browse Projects by Tag :: WTFPL », sur Freshmeat.
  15. (fr) Catégorie WTFPL sur CodingTeam.net.
  16. (en) « Texte de licence de Potlatch 2 sur le dépôt GitHub » (consulté le 15 mai 2013)
  17. (en) « Texte de licence de iD sur le dépôt GitHub » (consulté le 15 mai 2013)
  18. (en) « WTF Public License Version 2 », sur MyAprilFools.com
  19. (fr) Martine cover generator : à propos.
  20. Simen Heggestøyl, Daniel Rødskog, Openness of Norwegian Public Data in Wolfgang Leister, Nils Christophersen (éditeurs), INF5780 Compendium Autumn 2013: Open Source, Open Collaboration and Innovation, DART/08/2013, Norsk Regnesentral, 22 août 2013, p. 137.
  21. « Commons:Deletion requests/Do What the Fuck You Want to Public License », sur Wikimedia Commons,‎ 2014 (consulté le 29 juillet 2014)
  22. « [SOLVED] monsterz why the f-word in a kids game? », sur Ubuntu forums,‎ 2008 (consulté le 29 juillet 2014)
  23. (fr) « LPRAB - Licence Publique Rien À Branler », sur le site de Sam Hocevar.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]