Fanatisme

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Les fanatiques de Tangier d'Eugène Delacroix, Minneapolis Institute of Arts.

Le terme fanatique désigne aussi la personne qui, au nom d'une foi en une idéologie estime qu'il n'y a aucune limite dans les actions qu'il est légitime d'entreprendre pour la faire triompher.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Des auteurs et personnalités célèbres traitent du fanatisme.

Pour Voltaire, qui soutient que la philosophie est le seul remède au fanatisme : « Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste >>; celui qui soutient sa folie par le meurtre, est un fanatique. Le plus grand exemple selon lui serait « celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélémy, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe. »[réf. nécessaire]

Pour Victor Hugo : « rien n'égale la puissance de surdité volontaire des fanatismes »[1].

Albert Brie définit avec humour le fanatique comme « Héros qui, pour le triomphe de ses préjugés, est prêt à faire le sacrifice de votre vie ». [réf. nécessaire]

Churchill estime qu'« un fanatique est quelqu'un qui ne veut pas changer d'avis et qui ne veut pas changer de sujet. »[réf. nécessaire]

« Plus simplement ! Le fanatisme est un comportement extrême qui relève de la passion mais surtout dans lequel le détachement et la pondération n'ont plus de place. »[réf. nécessaire]

Description[modifier | modifier le code]

Plutôt qu’un enthousiasme excessif, c’est-à-dire le débordement d’un comportement qui resterait par ailleurs normal (comme l’ivresse alcoolique par rapport à une consommation modérée), le fanatisme peut être considéré comme une véritable déviation mentale en un sens pathologique. Pathologique au même titre qu’un tueur en série, un tortionnaire, ou quelqu’un qui se prend pour la réincarnation d’un personnage historique, religieux ou extra-terrestre, peut être qualifié. Le caractère groupal du fanatisme quand il agrège un certain nombre de ses contemporains, n’est pas une garantie de vérité (références inexactes au corpus idéologique, contradictions entre le discours et les actes, etc.) encore moins de « normalité » (même si le groupe se fait fort d’édicter force normes et obligations) ; normalité au sens de comportements favorisant une vie sociale diversifiée et respectueuse des identités et de la latitude à conduire sa propre vie. La dimension numérique (qui va du petit groupe à des pays entiers) lui donne simplement une « légitimité » qui n’est issue que du groupe et qui n’est donc qu’une justification, comme le bonimenteur justifie ses arguments illusoires.

C’est en mettant en rapport de ce qu’il promeut comme libertés et ce qu’il contraint en termes de comportements que se dévoile le caractère d’aliénation de tout fanatisme. Le fanatisme (malgré son étymologie, fanum temple) n’est pas que religieux, il peut tout aussi bien être politique (dictature des colonels argentins, grecs, etc.), s’accompagner d’une idéologie (communisme, nazisme, régime de Pol Pot, etc.), ou simplement moral comme les « intégrismes » qui en montrent le processus en train de se constituer comme prise de pouvoir sur la personne. Le discours du fanatique masque sous des allégations morales, religieuses ou politiques, la simple validation de son propre comportement. C’est celui-ci qu’il convient de juger à ses manifestations en fonction de valeurs reconnues, universelles telles que le droit d’opinion, d’expression, de culte, etc.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le fanatisme peut être défini par la conjonction de quatre caractéristiques essentielles. Mais, prises isolément, elles ne sont que gênantes et ne ressortissent que des variations de la personnalité ; c’est leur réunion, leur étayage réciproque qui en décuple le caractère dangereux pour la-les société(s) et pas seulement pour la personne qui en est le siège et qui s’autodétruit lentement :

  • Clivage : barrière étanche que met l’individu entre ce à quoi il se réfère (par ex. « Au nom du dieu miséricordieux ») et l’acte : tuer. Ou entre ce qu’il déclare « libération-bonheur de l’humanité » et ce qu’il met en œuvre « dictature du prolétariat », goulags, etc. Le clivage ou schize se retrouve pareillement dans les distinctions qu’opère le militant entre lui et l’extérieur, (l’aryen et le non-aryen, le fidèle et l’infidèle, etc.)
  • Négation : Nier un type d’individus considérés comme « déviants » (par rapport aux normes religieuses, sexuelles, ethniques, du fanatique.), une catégorie sociale (les capitalistes), ou une population (les arméniens, juifs, arabes, noirs, etc.) dote le fanatique d’un ennemi dans une dynamique de bouc émissaire. Ce « être contre » cimente le groupe en désignant un négatif commode. Le clivage allié à la négation permet d’aller facilement jusqu’au génocide comme l’histoire l’a montré abondamment.
  • Hyper-référent : le fanatisme se crée un corpus idéologique qui vient légitimer ses négations en actes. On peut faire l’hypothèse que cette propension provient d’une éducation qui a été violente au plan symbolique et souvent au plan physique également (comme l’était l’éducation à la prussienne pour les nazis) ; elle pousse l’ancien enfant ayant subi cette contention mentale, à la justifier (identification à l’agresseur) et à la reproduire en la généralisant à tout membre de la société, afin qu’il n’y ait pas d’en-dehors de cette souffrance. Avec l’espoir que si tout le monde est dans le même cas, elle ne serait plus intolérable puisque tolérée-subie par tout le monde. D’où le côté forcément prosélyte et totalitaire de tout fanatisme. Ce corpus idéologique-moral se cristallise sur la figure d’un personnage historique ou actuel. Celui-ci, par son charisme propre (souvent sa propre pathologie) légitime et génère en écho la dérive fanatique du groupe. Il est magnifié soit par l’Histoire, soit par la simple dévotion du groupe, dévotion d’autant plus automatique que les actes commis rendent impossible tout retour en arrière dans la « normalité » sociale courante dont se sont affranchis les fanatiques par leurs actes. Bien sûr, le-les Dieu(x) sont des cibles de choix à cette fonction d’hyper-référent puisqu’ils sont fort discrets et que l’homme a toujours su trouver les moyens de les faire parler.
  • Croyance : la croyance n’est pas une adhésion rationnelle à un corpus d’idées métaphysiques ou idéologiques en tant que telles mais l'exaltation d’une idée, motivation, image ou corpus imaginaire auquel s'identifie l'individu ou s'agrège le groupe. Elle valorise un ego (pas forcément le sien propre) étendu, aux capacités décuplées et reconnues universellement. La croyance colmate l’angoisse de mort et permet de ne plus se poser de questions. L’amour, ou investissement affectif intense, auquel on[Qui ?] se voue (ou se contraint) donne une « existence » quasi réelle ou plus que réelle (religieuse) à l’« image » ainsi constituée : idéologique (« communisme-avenir de l’homme »), ou sportive (OM/PSG, coupe du monde de football, etc.), d’un personnage (X libérateur de l’humanité, Génie des Carpathes, Guide-lumière du monde, etc.), ou extrapolation mythique de soi (Prolétaire-nouveau genre humain), etc.

Apparaît ce qui pourrait être appelé un « fanum habitus » schéma mental de sacralisation qui caractérise la croyance en tant que phénomène psychologique, indépendant de l’existence des dieux, puisqu’on l’a vu à l’œuvre dans les processus fanatiques nazis et communistes. La croyance (quel qu’en soit l’objet) crée au sein de l’individu une sorte sinon de chimère, du moins de figure composite à l’aide de trois des principaux soubassements étayant la personnalité :

Une idée (corpus doctrinal, référent parental, groupal, sentiment d’appartenance), une entité hiérarchique (niveau supérieur de l’organisation, sorte d’ectoplasme mixte de rationnel et d’imaginaire doté d’une sorte d’existence en soi, Le Parti, i.e. le communisme, l’Église-Corps du Christ, etc.), se concrétisant par une identité (le militant, le nouveau baptisé, le supporter, prennent noms, rites, couleurs de leur affiliation totémique). Au confluent de ces trois strates de la dynamique d’affiliation, le fanatique doté de ce qui pourrait être appelée une « identité » devient effectivement un autre homme, formaté, malléable, obéissant, ayant abandonné tout libre-arbitre, n’étant plus soumis au principe de non-contradiction rationnelle. Cet aboutissement parfait d’emprise sur l’homme est également celui auquel on uniformise les soldats pour ce qui peut être appelé un fanatisme maîtrisé dans ses aires d’application, canalisé dans ses buts et actions, et limité dans le temps.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. William Shakespeare (Victor Hugo)/III/I/3, cf. wikisource

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Mais… Comment peut-on être fanatique ? » livre papier ou e-book de Jacques Laffitte L’Arbre aux Signes Éditions 2012 http://arbreauxsignes.com/
    • Du même auteur sur le Fanatisme dans les mythes : « Caïn, l’énigme du premier criminel », « Le péché de Gomorrhe ou la tentation intégriste », « Gorgone Méduse, la fascination du délire ». Voir site personnel http://www.spiritualite-libre.com/