Transparence orthographique

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La transparence orthographique désigne, pour une langue donnée, le degré de correspondance entre l'orthographe et la phonologie de la langue, c'est-à-dire la correspondance entre la façon dont on écrit la langue et dont on la prononce.

Degrés de transparence orthographique[modifier | modifier le code]

Une langue parfaitement transparente est une langue dans laquelle la correspondance entre graphèmes et phonèmes est univoque : à un phonème correspond un et un seul graphème, et réciproquement. On dit d'une telle langue qu'elle suit une orthographe phonétique.

Ainsi, le serbe et le croate sont considérés comme des langues ayant des orthographes transparentes (par exemple, il n’existe aucune lettre muette).

À l’inverse, le français est moyennement transparent : un même phonème, par exemple o peut s’écrire avec de multiples graphies (o, au, eau, ot, etc.) et il existe de nombreux cas de lettres muettes.

Enfin l’anglais est considéré comme très peu transparent ou orthographiquement opaque car la correspondance entre phonèmes et graphèmes est très variable (ainsi la suite de lettres ough peut se prononcer d’une dizaine de façon différentes[1]).

On parle aussi, improprement, « d’orthographe phonétique » (on devrait plutôt dire orthographe phonologique) pour désigner les fautes d’orthographe (volontaires ou non) commises par quelqu’un qui écrit en se basant uniquement ou essentiellement sur la phonologie qu’il connait de sa langue, au mépris de l’orthographe lexicale ou grammaticale. Le langage SMS est une forme « d’orthographe phonétique ».

La transparence orthographique peut se distinguer suivant la direction orthographe-phonologie versus phonologie-orthographe. La direction orthographe-phonologie fait référence au sens de la lecture, plus précisément du graphème au phonème. Un graphème donné comporte t-il un seul et même phonème correspondant ou plusieurs? À l'inverse, la direction phonologie-orthographe fait référence au sens de l'écriture, du phonème au graphème. Le cas du français est intéressant à ce sujet puisque le français peut être considéré relativement transparent dans le sens de la lecture, tandis qu'inconsistant ou opaque dans le sens de l'écriture. Par exemple, tandis que le phonème /o/ peut s'écrire de multiples graphèmes différents: "o", "au", "eau", "ot", "op", le graphème "eau" se prononce toujours /o/.

Transparence orthographique des transcriptions phonétiques[modifier | modifier le code]

Une orthographe réellement phonétique est plutôt désignée comme une « transcription phonétique » et n’obéit à aucune des règles phonologiques d’une langue particulière, mais emploie un alphabet ou système d’écriture particulier, conventionnel, normalement indépendant de celui utilisé dans la langue ainsi transcrite : par exemple l’alphabet phonétique international, qui peut aussi être utilisé (dans une forme simplifiée adaptée à la phonologie de la langue) pour produire une transparence orthographique dans des langues dont l’orthographe usuelle n’est pas du tout transparente (l’anglais par exemple) ou comprend de nombreuses exceptions (le français par exemple).

Selon le degré de précision phonétique, cette transcription peut varier d’un auteur à l’autre, et ne prend généralement pas en compte toutes les différences phonétiques régionales (accents) de cette langue, à moins que cela produit des exceptions à la phonologie usuelle (par exemple les différentes façons de prononcer un ‘r’ en français, ou la différenciation ou non, selon les accents régionaux, des ‘é’ et des ‘è’ pourtant souvent différenciés dans l'orthographe française).

En général cependant, lorsqu’on transcrit une langue phonétiquement avec un alphabet phonétique, on n’utilise qu'un jeu réduit de lettres correspondant à la phonologie (parfois théorique) de la langue dans toutes ses variantes, sauf si la transcription cherche à exprimer la phonétique en fonction de la langue du lecteur cherchant à lire une langue étrangère et à en reproduire correctement les sons pour qu’ils entrent correctement dans la phonologie de la langue étrangère étudiée, ou pour transcrire plus exactement les variétés phonologiques régionales (les « accents »).

Impact de la phonologie sur l’orthographe d’une langue[modifier | modifier le code]

Pour certaines langues plutôt transparentes orthographiquement telles que les nombreuses variantes de l’allemand, ou encore l’espagnol et le portugais entre leur variante standard européenne et leur variantes américaines ou africaines, ou enfin le coréen ou le vietnamien dont l’orthographe obéit à des règles très précises mais simples à appréhender pour leurs locuteurs, la transparence orthographique peut conduire à l’apparition de multiples variantes orthographiques régionales pour les mêmes mots à cause des différences phonologiques régionales afin de conserver la transparence orthographique. Ces langues sont aussi, en général, celles qui se sont souvent spécialisées le plus vite en langues séparées, avec des difficultés pour lire les orthographes anciennes ou les anciennes variétés (ce fut le cas des langues romanes, comme le français avant sa normalisation). Mais elles sont aussi celles qui évoluent le plus vite, à la fois oralement et dans leur expression écrite.

Au contraire, dans des langues pas du tout transparentes orthographiquement (comme l’anglais, les langues chinoises transcrites dans une écriture sinographique ou celles transcrites par des abjads sémitiques comme l’arabe, figées dans leur forme écrite pour des raisons culturelles ou religieuses), de telles évolutions orthographiques sont beaucoup plus rares car elles sont très perturbantes pour leur compréhension par les lecteurs qui doivent déjà faire face à de nombreuses autres difficultés de lecture d’une très ancienne orthographe héritée, alors qu’à l'inverse des différences très marquées dans la phonologie (comme la tonalité en anglais) ne sont pas transcrites du tout. Seul un long apprentissage de l’orthographe permet de s’affranchir des difficultés orthographiques.

Des variantes orthographiques peuvent toutefois parvenir à s'imposer dans certains pays, suite à de très lourds et coûteux efforts de normalisation (cas du chinois), avec des réformes très lentes dans leur adoption s’il n’y a pas de volonté politique très contraignante pour adopter les nouvelles graphies. Ainsi, si des variantes orthographiques apparaissent, elles seront très marquées régionalement ou conduiront très rapidement à une séparation des langues ou de leur alphabet de transcription (et plus exceptionnellement à un changement complet du système d’écriture), ou à de nouvelles difficultés d’intercompréhension de la langue écrite qui pourtant servait de véhicule commun pour l’échange entre des communautés phonologiquement séparées.

L’anglais a largement échappé à sa scission par l’adoption précoce historiquement d’un alphabet volontairement réduit pour ne pas prendre en compte un grand nombre de différences phonologiques régionales ou même devenues universelles, pourtant importantes sémantiquement, mais qui pourtant se sont imposées depuis longtemps, et par un conservatisme fort pour préserver et intégrer les orthographes régionales sans supprimer les anciennes graphies ; les lexicographes anglophones ont accepté le fait que l’orthographe usuelle ne soit plus transparente du tout et ne suive pratiquement plus non plus les règles grammaticales. Cela leur donne l’avantage de garder une littérature abondante historiquement et qui peut encore être lue par les différents locuteurs, la langue écrite étant pratiquement une langue séparée (mais stable et riche lexicalement) de la langue parlée vernaculaire, mais aussi une sémantique beaucoup plus variable des mots écrits.

Enfin dans les langues moyennement transparente orthographiquement (comme le français), cela conduit à des évolutions orthographiques régulières, mais souvent assez lentes dans leur introduction ou leur acceptation dans différentes régions ou par les locuteurs lettrés, selon leur âge et leur niveau d’apprentissage de l’orthographe. Ces langues sont celles qui font l’objet de normalisations orthographiques les plus fréquentes, mais pas toujours contraignantes à court terme, par des autorités linguistiques académiques (qui parfois coordonnent leurs travaux internationalement pour faire progressivement accepter les variantes orthographiques selon leur phonologie commune la mieux comprise).

Transparence orthographique et apprentissage de la lecture[modifier | modifier le code]

La transparence orthographique a un impact sur l'apprentissage de la lecture. En effet, les enfants devant apprendre une langue dite opaque, telle que l'anglais, ont plus de difficultés pour apprendre à lire, et prennent plus de retard. L'étude de Seymour, Aro & Erskine (2003) [2] a pour objet la comparaison des taux d'apprentissage de la lecture dans plusieurs pays européens et permet de confirmer l'influence de la transparence orthographique sur la facilité d'acquisition.

Le cas de l'anglais est particulièrement intéressant puisqu'il a été montré l'utilisation d'autres unités du langage dans la lecture, notamment la rime, pour compenser l'opacité des relations phonème-graphème. La transcription à l'écrit des rimes du langage oral anglais est en effet notamment plus aisée de par la forte consistante pour cette unité du langage des relations oral-écrit, par rapport à l'unité du phonème.

D'autres champs de recherche peuvent également confirmer cette observation. On a montré que les troubles de la lecture pour des enfants diagnostiqués de dyslexie développementale variaient en intensité/sévérité selon la transparence orthographique (Ziegler, Perry, Ma- Wyatt, Ladner, Schulte-Korne, 2003[3]).

Note[modifier | modifier le code]

  1. w:en:Ough_(orthography)
  2. Seymour, P. H. K., Aro, M., & Erskine, J. M. (2003). Foundation literacy acquisition in European orthographies. British Journal of Psychology, 94, 143–174
  3. Ziegler JC, Perry C, Ma-Wyatt A, Ladner D, Schulte-Korne G. (2003). Developmental dyslexia in different languages: language-specific or universal? Journal of Experimantal Child Psychology. 86(3), 169-93.

Articles en lien[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]