Orthographe française
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La fixation de l'orthographe française fut la conséquence de la promotion du français au statut de langue officielle sous le règne de François Ier, même s'il est probable qu'il y ait eu déjà auparavant des réflexions sur les normes qu'il fallait adopter. Or, auparavant (et a posteriori) , c'est Jean de Joinville qui créa la première norme orthographique du français (en 1230). Au XVIIe siècle, en créant l'Académie française, chargée de rédiger le dictionnaire de référence, la monarchie centralisatrice a cherché à créer une sorte d'« orthographe d'État ». Au XIXe siècle, l'école publique et laïque a fait de l'orthographe strictement normalisée sinon sa principale règle du moins l'une des premières. Des mouvements dissidents tels qu'Ortograf et Ortofasil lui reprochent sa très grande complexité et proposent des orthographes phonétiques à l'instar de l'italien et de l'espagnol.
Sommaire |
Histoire [modifier]
L'orthographe du français s'est fixée à partir du XIe siècle. Dès cette époque on constate en effet une cohérence dans les manuscrits écrits en langue d'oïl[1]. Cette orthographe a les caractéristiques suivantes :
- Les consonnes finales se prononcent ;
- [ɲ] est noté ign (gaaignier « gagner ») ;
- [s] intervocalique est parfois noté s (au lieu de ss) ;
- [k] est parfois noté k (au lieu de c ou qu) ;
- us final est abrégé en x (voir Abréviation#X (-us)) ;
- Il y a peu de lettres muettes et de lettres doubles ;
- [e] est noté ez ou es ;
- [ɛ] est noté es ou e suivi d'une consonne double[2].
À partir du XIIIe siècle, l'orthographe française connaît des bouleversements importants, qui font notamment suite à l'évolution de la langue (passage de l'ancien français au moyen français)[3]. Elle s'éloigne alors du phonétisme et devient plus « idéographique ». C'est à cette époque qu'apparaît le s long, le point sur le i, le j.
Au début du XVIe siècle, l'orthographe commence à avoir un impact sur la prononciation. Des consonnes initialement muettes, introduites en suivant l'étymologie, commencent à être prononcées (le b de subtil par exemple). Sous l'impulsion d'imprimeurs et d'écrivains (notamment Ronsard), apparaît une orthographe réformée, plus proche de la prononciation : introduction des accents, suppression des lettres « grecques » (ph, th, rh, y), du y notant [i], du ez notant [e], du x final muet, remplacement de en prononcé [ɑ̃] par an. Mais le Dictionnaire francoislatin (1549) de Robert Estienne va marquer le retour à une orthographe ancienne (y notant [i], es notant [e] ou [ɛ], rétablissement des lettres grecques, suppression de la plupart des accents)[4].
En août 1539, François Ier édicte l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui remplace le latin par le français comme langue officielle des documents juridiques et administratifs. Ce texte est d'ailleurs lui-même rédigé en français sous le titre « Ordonnan du Roy sur le faid de justice ». Cette décision favorisera l'homogénéisation de l'orthographe sur la base de l'étymologie latine. François Ier, qui fut surnommé le Père des Lettres, contribuera encore à l'établissement de la langue écrite par la création de l'Imprimerie nationale, du dépôt légal, du Collège royal (le futur Collège de France).
La deuxième moitié du XVIIe siècle sera cependant marquée par une certaine renaissance de l'orthographe « moderniste » suivant le principe que l’usage détermine la règle. En 1635, le cardinal de Richelieu crée l’Académie française dans le but de normaliser et de perfectionner la langue française. Dès lors, l’Académie sera le lieu où s'édicteront les règles de la langue écrite officielle mais aussi savante. La rédaction d'un Dictionnaire de l'Académie française sera l'occasion de définir une orthographe lexicale qui tienne compte à la fois de l'usage, de l'étymologie et des contraintes phonétiques. L'Académie française choisit d'utiliser dans la première édition de son Dictionnaire (1694) l'orthographe des greffes royaux, c'est-à-dire une orthographe archaïsante, proche de celle préconisée au siècle précédent par Robert Estienne.
En 1718, avec sa seconde édition, le Dictionnaire introduit de façon systématique les lettres j et v en remplacement des lettres muettes qui permettaient jusqu'alors de distinguer les mots homonymes écrits respectivement avec les lettres i et u (ainsi « apuril » devient « avril »). Par ailleurs, certaines lettres étymologiques sont supprimées, de même que certains « s » muets internes... Dans le même temps, d'autres lettres muettes font leur apparition, souvent pour rappeler l'étymologie latine (le g de doigt en référence à digitus) des mots, parfois pour d'autres raisons (le h introduit dans huile ou le l ajouté à ennuyeulx n'ont rien d'étymologique [5]). En 1740, avec la troisième édition, un tiers des mots change d’orthographe et les accents apparaissent (par exemple, « throne, escrire, fiebvre » deviennent « trône, écrire, fièvre, etc. »). En 1836, pour la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie impose que les terminaisons en « ois » qui se prononcent « è » s’écrivent désormais avec « ais » (« français », « j’étais »…).
Au début du XIXe siècle, l'orthographe se fixe et, contrairement aux autres pays romans, c'est le courant étymologiste qui prévaut et non pas phonétique.
L'orthographe a ainsi évolué au fil des décisions de l'Académie mais aussi sous l'influence des linguistes, lexicographes, grammairiens et autres savants qui produisent nombre de dictionnaires et encyclopédies (Diderot et d'Alembert, Pierre Larousse). Les imprimeurs forment une autre source d'influence sur l'orthographe. Et parallèlement, l'institution scolaire jouera un grand rôle dans les évolutions de l'orthographe tant dans l'émergence de nouvelles pratiques que dans la résistance à certaines réformes (celle de 1990, par exemple).
Principes et règles [modifier]
- Orthographe lexicale :
- Exemple de l'accent circonflexe
- Exemple du pluriel des mots en 'ou'
- Orthographe syntaxique :
- Exemple de l'accord du participe passé
Réformes et tentatives de réformes [modifier]
- Propositions de 1562 : Pierre de La Ramée propose la distinction du U et du V, du I et J, ainsi que les trois E : e, é, è.
- Réforme de 1718 : plusieurs simplifications sont adoptées, par exemple le es est écrit ê selon la prononciation[6],[7].
- Réforme de 1798 : continuation des simplifications et ajout de termes révolutionnaires[11],[9].
- Réforme de 1835 : un quart des mots voit son orthographe modifiée, le t est désormais rétabli au pluriel dans les mots du type enfans et les terminaisons verbales en oi passent à ai (étoit devient était)[12].
- Réforme de 1878 : introduction de quelques tolérances[13].
- Proposition d’Émile Faguet, adoptée par l’Académie française mais inutilisée dans son dictionnaire en 1935[9],[14].
- Réforme de 1935 : suppression de doubles graphies introduites en 1878[15].
- Propositions de Joseph Hanse, dont certaines acceptées par l’Académie française en 1976[16], mais celle-ci y renonce en 1986[9].
- Rapport de 1990 sur les rectifications orthographiques du Conseil supérieur de la langue française, approuvé à l'unanimité par l'Académie française[17].
Notes et références [modifier]
- Nina Catach, L'orthographe, PUF, Paris, 1988, p. 10-11.
- Nina Catach, op. cit., p. 12-13.
- Nina Catach, op. cit., p. 16.
- Nina Catach, op. cit., p. 26-30.
- Nina Catach, op. cit., p. 21-22.
- 2e édition du Dictionnaire de l’Académie française
- Émile Faguet, 1905. Simplification simple de l’orthographe.
- 3e et 4e éditions du Dictionnaire de l’Académie française
- Luce Petitjean, Maurice Tournier. Repères pour une histoire des réformes orthographiques. Dans Mots, septembre 1991, No28. Orthographe et société. pp. 108-112. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mots_0243-6450_1991_num_28_1_2040
- Service de la langue française, Orthographe, Communauté française de Belgique. [consulté en ligne le 3 septembre 2008]
- 5e édition du Dictionnaire de l’Académie française
- 6e édition du Dictionnaire de l’Académie française
- 7e édition du Dictionnaire de l’Académie française
- Renée Honvault-Ducrocq, 2006. L'orthographe en questions Publication Université de Rouen, Havre. ISBN 2-87775-414-6
- 8e édition du Dictionnaire de l’Académie française
- Tolérances grammaticales et orthographiques, arrêté du 28 décembre 1976 (Journal officiel de la République française du 9 février 1977) [1]
- Académie française, « Transformations et "réformes" de l'orthographe »
Articles connexes [modifier]
- Francisation
- Orthographes alternatives
- Grand dictionnaire terminologique
- Trésor de la langue française informatisé
- Arrêté du 28 décembre 1976