Théorème des restes chinois
Le théorème des restes chinois est un résultat d'arithmétique modulaire traitant de résolution de systèmes de congruences. Ce résultat, établi initialement pour ℤ/nℤ, se généralise en théorie des anneaux. Ce théorème est utilisé en théorie des nombres.
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Fragments d'histoire [modifier]
La forme originale du théorème apparait sous forme de problème dans le livre de Sun Zi, le Sunzi suanjing datant du IIIe siècle[1]. Il est repris dans un livre du mathématicien chinois Qin Jiushao publié en 1247. Le résultat concerne les systèmes de congruences (voir arithmétique modulaire).
- Soient des objets en nombre inconnu. Si on les range par 3 il en reste 2. Si on les range par 5, il en reste 3 et si on les range par 7, il en reste 2. Combien a-t-on d'objets?
Cette énigme est parfois associée au général Han Xin (en) comptant son armée[2]
La résolution proposée par Sun Zi pour ce problème est la suivante:
- Multiplie le reste de la division par 3, c’est-à-dire 2, par 70, ajoute lui le produit du reste de la division par 5, c’est-à-dire 3, avec 21 puis ajoute le produit du reste de la division par 7, c'est-à-dire 2 par 15. Tant que le nombre est plus grand que 105, retire 105.
Mais la solution n'explique qu'imparfaitement la méthode utilisée. On peut cependant remarquer que,
- 70 a pour reste 1 dans la division par 3 et pour reste 0 dans les divisions par 5 et 7
- 21 a pour reste 1 dans la division par 5 et pour reste 0 dans les divisions par 3 et 7
- 15 a pour reste 1 dans la division par 7 et pour 0 dans les divisions par 3 et 5
Le nombre 2 × 70 + 3 × 21 + 2 × 15 a bien alors pour restes respectifs 2, 3 et 2 dans les divisions par 3, 5 et 7. Enfin comme 105 a pour reste 0 dans les trois types de division, on peut l’ôter ou l'ajouter autant de fois que l'on veut sans changer les valeurs des restes. La plus petite valeur pour le nombre d'objets est alors de 23.
On retrouve ce problème presque à l'identique dans le Liber Abbaci de Fibonacci[3] dans le chapitre XII qui concerne les problèmes et énigmes où l'on trouve également le problème des lapins de la suite de Fibonacci.
Selon Ulrich Libbrecht[4] la motivation de ce type de calcul serait l'astronomie. On peut en effet penser que les Chinois, férus de calculs astronomiques, puissent être intéressés par des concordances de calendrier et qu'ils aient été amenés très tôt à s'intéresser à des questions du type :
- Dans combien de jours la pleine lune tombera-t-elle au solstice d'hiver ?
Si la question se pose alors qu'il reste 6 jours avant le solstice d'hiver et 3 jours avant la pleine lune, la question se traduit par :
- Existe-t-il un entier x tel que le reste de la division de x par 365 donne 6 et le reste de la division de x par 28 donne 3 ?
Mais selon Daumas et al.[5] il s'agirait plus probablement de devinettes associées à des comptages par paquets
Enfin, il serait dommage de ne pas présenter ce problème concernant des pirates et un trésor, très fréquemment cité pour illustrer le théorème des restes chinois :
- Une bande de 17 pirates possède un trésor constitué de pièces d'or d'égale valeur. Ils projettent de se les partager également, et de donner le reste au cuisinier chinois. Celui-ci recevrait alors 3 pièces. Mais les pirates se querellent, et six d'entre eux sont tués. Un nouveau partage donnerait au cuisinier 4 pièces. Dans un naufrage ultérieur, seuls le trésor, six pirates et le cuisinier sont sauvés, et le partage donnerait alors 5 pièces d'or à ce dernier. Quelle est la fortune minimale que peut espérer le cuisinier s'il décide d'empoisonner le reste des pirates ?
L'arithmétique modulaire a rendu ce type de problème plus facile à résoudre.
Système de congruences d'entiers [modifier]
Théorème [modifier]
Soient
, ...,
des entiers deux à deux premiers entre eux (ce qui veut dire pgcd (ni , nj) = 1 lorsque i ≠ j). Alors pour tous entiers
, ...,
, il existe un entier
, unique modulo
et tel que

Une solution x peut être trouvée comme suit:
Pour chaque i, les entiers
et
sont premiers entre eux, et d'après le théorème de Bachet-Bézout on peut trouver (en utilisant par exemple l'algorithme d'Euclide étendu) des entiers
et
tels que
. Si on pose
, alors nous avons
et
pour j ≠ i.
Une solution particulière de ce système de congruences est par conséquent
et les autres solutions sont les entiers congrus à ce
modulo le produit
.
Exemple [modifier]
Le problème des soldats se réduit à
on obtient alors

et
, or
donc 
et
, or
donc 
et
, or
donc 
une solution pour x est alors 
et les solutions sont tous les entiers congrus à 233 modulo 105, c'est-à-dire à 23 modulo 105.
Généralisation à des nombres non premiers entre eux [modifier]
Quelquefois, les systèmes de congruences peuvent être résolus même si les
ne sont pas premiers entre eux deux à deux. Le critère précis est le suivant : une solution x existe si et seulement si
pour tous i et j. Toutes les solutions x sont congrues modulo le PPCM des ni .
Exemple : résoudre le système
équivaut à résoudre le système
équivaut au système
et
, or
donc 
et
, or
donc 
Une solution est donc
ou tout autre nombre congru à 11 modulo 12.
La méthode des substitutions successives peut souvent fournir les solutions des systèmes de congruences, même lorsque les modules ne sont pas premiers entre eux deux à deux.
Une méthode générale pour résoudre le problème avec deux variables consiste à utiliser l'algorithme d'Euclide étendu pour résoudre l'équation diophantienne linéaire
. Le reste peut alors être dérivé de
. Cette méthode peut s'appliquer itérativement pour résoudre le problème avec plus de deux variables.
Interprétation mécanique [modifier]
La résolution du système suivant :

d'inconnue
passe par le calcul du PPCM de
et
.
Ce problème mathématique est une modélisation d'un problème sur des engrenages: une roue dentée comportant
dents s'engrène dans une tringle horizontale. Combien de dents doivent passer pour que sa
-ième dent vienne en coïncidence avec la
-ième dent d'une autre roue dentée comportant elle
dents ?
Le PPCM des deux nombres
et
est ce qui permet de comprendre le comportement périodique de ce système : c'est le nombre de dents séparant deux contacts de même congruence. On peut donc trouver la solution, s'il y en a une, dans l'intervalle
. Il y a une solution si PGCD(a , b) divise r - s.
On peut comprendre simplement pourquoi le calcul sur des roues dentées fait intervenir de l'arithmétique modulaire, en remarquant que l'ensemble des dents d'une roue en comptant n peut être paramétré par l'ensemble des racines nèmes de l'unité, qui a une structure de groupe naturellement isomorphe à celle de Z/nZ.
Résultat pour les anneaux [modifier]
Dans les anneaux Z/nZ [modifier]
Le théorème chinois a également une version plus abstraite : si
, ...,
sont deux à deux premiers entre eux alors, en notant
le produit des
, l'application (à valeurs dans l'anneau produit)
![\begin{matrix}
\phi:&\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} &\longrightarrow& \mathbb{Z}/n_1\mathbb{Z}\times\cdots\times\mathbb{Z}/n_k\mathbb{Z}\\
&\alpha[n] &\longmapsto& (\alpha[n_1],\dots,\alpha[n_k])
\end{matrix}](http://upload.wikimedia.org/math/b/d/c/bdc89da7a8c6741a40f9b02cd6627c40.png)
est un isomorphisme d'anneaux.
Pour le montrer, on remarque d'abord que les deux ensembles
et
ont le même nombre d'éléments. Comme
est un morphisme d'anneaux, il suffit donc de démontrer qu'il est injectif pour en déduire que c'est un isomorphisme. Pour cela, il suffit de montrer que son noyau est réduit à 0 : si
pour
, c’est-à-dire si
est un multiple de chaque
, alors
, c’est-à-dire
est un multiple du produit
. Ceci résulte de l'hypothèse que les
sont premiers entre eux deux à deux.
Dans le cas où les
ne sont pas premiers entre eux, n est leur ppcm et le morphisme ci-dessus n'est qu'injectif. Il existe une solution au problème initial si et seulement si les données sont dans l'image, c'est-à-dire que le pgcd de
et
divise
pour tout couple i,j.
Dans un anneau principal [modifier]
Pour un anneau principal R, le théorème des restes chinois prend la forme suivante : Si r1, ..., rk sont des éléments de R qui sont premiers entre eux deux à deux, et r désigne le produit r1...rk, alors le morphisme d'anneaux

est un isomorphisme.
L'isomorphisme inverse peut être construit comme ceci. Pour chaque i, les éléments ri et r / ri sont premiers entre eux et par conséquent, il existe des éléments ui et vi dans R tels que
Fixons ei = vi r / ri. On a :
pour j ≠ i.
Alors l'inverse de
est le morphisme construit à l'aide des idempotents ei (mod r) :

Exemple des polynômes [modifier]
Un cas fréquent illustrant le paragraphe précédent est donné par l'anneau euclidien
des polynômes sur un corps
. Si x0, x1, ..., xn sont n+1 éléments de
distincts deux à deux, alors on peut prendre Ri = X - xi . Les polynômes Ri sont premiers entre eux deux à deux, et le théorème des restes chinois s'applique. On prend pour Ei les polynômes interpolateurs de Lagrange, définis par :
.
Pour j différent de i, Ei est divisible par Rj, de sorte que Ei ≡ 0 modulo Rj. Par ailleurs, modulo Ri, X ≡ xi, de sorte que Ei ≡ 1 modulo Ri.
Dire qu'un polynôme P est tel que P(xi) = yi pour tout i, est équivalent à dire que P ≡ yi modulo Ri. Un tel polynôme P est donné par
, ce qu'on peut vérifier par un calcul direct.
Résultat pour les anneaux généraux [modifier]
Si R est un anneau et I1, ..., Ik des idéaux bilatères de R deux à deux premiers entre eux (ce qui signife que Ii + Ij = R lorsque i ≠ j), on démontre (par récurrence sur k)[6] que le morphisme

est un isomorphisme et que l'idéal intersection de ces idéaux est égal à la somme de tous leurs produits dans n'importe quel ordre :

Si l'anneau est commutatif, tous ces produits sont égaux et l'intersection des Ii est simplement égale à leur produit. Mais s'il ne l'est pas, pour deux idéaux bilatères I et J premiers entre eux, en général[7]
, et on a seulement
, d'où l'expression ci-dessus, avec une somme indexée par le groupe symétrique.
Utilisations [modifier]
Le théorème des restes chinois est utilisé en particulier dans l'algorithme RSA en cryptographie, il intervient aussi dans L'algorithme de Silver-Pohlig-Hellman pour le calcul du logarithme discret.
Il permet de représenter de grands nombres entiers comme n-uplets de restes de divisions euclidiennes. Sous cette forme, des opérations comme l'addition ou la multiplication peuvent se faire en parallèle en temps constant (pas de propagation de retenue). Par contre, la comparaison ou la division ne sont pas triviales.
Notes et références [modifier]
- Selon A. Zachariou, le théorème des restes chinois aurait été découvert antérieurement par les Grecs (Paulo Ribenboim, Nombres premiers et records, page 24, Presses Universitaires de france, 1ere édition, 1994)
- Man-Keung SIU,Algorithmic mathématics ans Dialectics mathématics, p. 6
- (la) Leonardus «Pisanus» Liber Abbaci, Tipogr. delle Scienze Matematiche e Fisiche, 1857, p. 304 S. 311
- Ulrich Libbrecht, Chinese Mathematics in the Thirteenth Century, 1973
- D. Daumas, M. Guillemot, O. Keller, R. Mizrahi, M. Spiesser, Le problème des restes chinois : Questions sur ses origines, sur le site CultureMath de l'ENS
- Bourbaki, Éléments de mathématique, Algèbre, Chapitres 1 à 3, Springer, 2007 (ISBN 978-3-540-33849-9) p. A I.105 et 103
- Un contre-exemple dans l'anneau des matrices triangulaires supérieures de taille 2 est proposé en exercice dans Bourbaki, op. cit., p. A I.151.
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
Liens externes [modifier]
- (en) Chinese Remainder Theorem sur cut-the-knot
- Denis Daumas, Michel Guillemot, Olivier Keller, Raphaël Mizrahi, Maryvonne Spiesser, Le théorème des restes chinois, Textes, commentaires et activités pour l’arithmétique au lycée, sur le site CultureMath de l'ENS.

pour j ≠ i.




et
, or
donc 
et
, or
donc 
et
, or
donc 



et
, or
donc 
et
, or
donc 


