Shahr-e Sokhteh

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Shahr-e Sokhteh
(fa) شهر سوخته
Coupe animée au bouquetin, IIIe millénaire av. J.-C., musée national d'Iran
Coupe animée au bouquetin, IIIe millénaire av. J.-C., musée national d'Iran
Localisation
Pays Drapeau de l'Iran Iran
Province Sistān et Balūchestān
Coordonnées 30° 38′ 50″ N 61° 24′ 20″ E / 30.647337, 61.40567830° 38′ 50″ Nord 61° 24′ 20″ Est / 30.647337, 61.405678  
Superficie 151 hectares

Géolocalisation sur la carte : Iran

(Voir situation sur carte : Iran)
Shahr-e Sokhteh
Shahr-e Sokhteh

Shahr-e Sokhteh ou Shahr-e Sokhta (en persan ; شهر سوخته, littéralement « ville brûlée », translittération française: Chahr-e Sokhteh) est un site archéologique datant de l'âge du bronze situé dans le sud-est de l'Iran, au Sistan. La ville est située sur une rive de la rivière Helmand et au bord de la route reliant Zahedan à Zabol à 56 km au sud de Zabol. Les premières traces de peuplement de ce site datent de 3 200 ans av. J.-C. Il s'agit du site préhistorique le plus important d'Iran[1].

Le site a été d'abord fouillé par Aurel Stein[2] au début du XXe siècle, mais il n'a été systématiquement fouillé qu'à partir de 1967 par des équipes iraniennes et italiennes de l'Istituto italiano per l'Africa e l'Oriente dirigées par Maurizio Tosi. Les équipes italiennes y sont demeurées en plusieurs campagnes jusqu'en 1978[3],[4],[5]. C'est là qu'ont été trouvés ce qui serait le plus vieux jeu de jacquet, ou plutôt un jeu royal des vingt carrés (avec soixante pièces de turquoise et d'agathe et un plateau d'ébène rectangulaire, sans doute importé d'Inde), les plus vieilles graines de carvi en plus de nombreuses autres découvertes d'objets en métal ou de poterie.

Après une interruption due à la révolution islamique de 1979 et à la guerre Iran-Irak, les fouilles sont menées depuis la fin des années 1990 de manière irrégulières par des équipes iraniennes[6] de l'Organisation iranienne du patrimoine et du tourisme.

Site[modifier | modifier le code]

Le site archéologique s'étend sur une aire d'environ 151 hectares, ce qui en fait une cité antique parmi les plus grandes du monde, pour cette époque. Elle s'est en effet développée vers 3200 ans av. J.-C.

La séquence chronologique de la Cité Brûlée est divisée en quatre périodes et douze phases:

Période Datation (av.J.-C.) Phase Extension
I 3200-2800 10-9-8 10-20 ha
II 2800-2500 7-6-5a-5b 45 ha
III 2500-2200 4-3-2 100 ha
IV 2200-1800 1-0 incendiée

Elle a subi au cours de son histoire au moins trois incendies majeurs, avant d'être totalement abandonnée en 1800 av. J.-C.. La Cité Brûlée est systématiquement fouillée depuis 1967 par des campagnes archéologiques italiennes dirigées au début par Maurizio Tosi, dans le cadre de l'Istituto Italiano per il Medio ed Estremo Oriente (aujourd'hui Istituto Italiano per l'Africa e l'Oriente).

Les fouilles sont menées actuellement par des équipes iraniennes (avec la collaboration d'archéologues italiens et français) afin de localiser les villages environnants qui dépendaient de la Cité Brûlée. Elles s'étendent dans un rayon de 12 kilomètres sur 300 000 hectares. La Cité Brûlée « gouvernait » ainsi environ trois cents villages.

Découvertes[modifier | modifier le code]

L'archéologue iranien Mansour Sadjjadi qui dirige alors les fouilles y a découvert avec son équipe en décembre 2006 ce qui est considéré comme la prothèse oculaire la plus ancienne du monde datant du IIIe millénaire av. J.-C. De forme hémisphérique, elle a un diamètre de 2,5 cm et elle est faite en pâte dérivée du bitume. La surface de l'œil artificiel est recouverte d'une fine couche d'or au centre de laquelle est gravé un cercle figurant l'iris et des rayons fins de lignes d'or. Le squelette de la femme qui portait cet œil artificiel que l'on a trouvé mesure 1,82 mètres, ce qui est plus élevé que la moyenne et peut être daté entre 2900 et 2800 av. J.-C. Des deux côtés de l'orbite oculaire du crâne, l'on remarque de fines traces d'or, ainsi que deux minuscules trous prouvant que cette femme portait cet œil artificiel à l'aide sans doute d'un minuscule fil d'or. Cette femme d'une trentaine d'années avait le front haut, le menton pointu et le teint basané, ce qui selon l'archéologue Lorenzo Costantini, dirigeant l'équipe italienne invitée en campagne de fouilles, laisserait penser qu'elle aurait été d'origine arabe. L'anthropologue iranien Farad Forouzanfar est du même avis, déclarant que la taille et la structure crâniale africanoïde de la femme suggèrent qu'elle venait bien de la péninsule Arabique. Elle vivait à l'époque où la cité, carrefour commercial, était florissante, avant d'être totalement détruite vers l'an 2000 av. J.-C[7]. Costantini suggère qu'elle aurait pu grâce à cet œil spectaculaire être prophétesse ou bien devineresse.

D'autres objets découverts comprennent un crâne humain avec des traces de chirurgie du cerveau, ainsi qu'une coupe de terre cuite du IIIe millénaire av. J.-C., considérée comme une tentative d'animation, grâce au bouquetin bondissant qui y est figuré en cinq vignettes. Elle est aujourd'hui conservée au musée national d'Iran de Téhéran.

Les paléontologues du Centre de recherche d'archéologie d'Iran ont découvert dans les fouilles de la nécropole de la Cité Brûlée une quarantaine de dents - aussi bien d'hommes que de femmes - dont les lésions caractéristiques prouvent qu'elles servaient d'outils pour confectionner des objets de vannerie (boîtes, tapis, chaussures, etc.). La vannerie était une activité importante de la ville. Les recherches aujourd'hui sont poursuivies par le Centre de recherche d'archéologie d'Iran et l'université de Newcastle.

Particularités culturelles[modifier | modifier le code]

Les raisons de l'apparition et de la disparition de la cité sont inexpliquées, mais il est remarquable que le niveau civilisationnel de Shahr-e Sokhteh était différent de celui d'autres zones de peuplement de la région et indépendant de la civilisation mésopotamienne de l'époque. Les habitants étaient essentiellement agriculteurs ou artisans. On n'y a trouvé aucune arme; ce qui prouve leur vulnérabilité.[réf. nécessaire]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Giuseppe Tucci, La Città bruciata del deserto salato, Erizzo, Venise, 1977.
  • (en) Maurizio Tosi, Prehistoric Sistan, vol. 1, Rome, 1983.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Article du 21 novembre 2006 du Payvand Iran News
  2. (en) Aurel Stein, Innermost Asia. Detailed Report of explorations in Central Asia, Kansu and Eastern Iran, Clarendon Press, 1928
  3. (en) Maurizio Tosi, Excavations at Shahr-i Sokhta. Preliminary Report on the Second Campaign, September–December 1968, East and West, vol. 19/3-4, pp. 283-386, 1969
  4. (en) Maurizio Tosi, Excavations at Shahr-i Sokhta, a Chalcolithic Settlement in the Iranian Sistan. Preliminary Report on the First Campaign, East and West, vol. 18, pp. 9-66, 1968
  5. (en) P. Amiet et M. Tosi, Phase 10 at Shahr-i Sokhta: Excavations in Square XDV and the Late 4th Millennium B.C. Assemblage of Sistan, East and West, vol. 28, pp. 9-31, 1978
  6. (en) S. M. S. Sajjadi et al., Excavations at Shahr-i Sokhta. First Preliminary Report on the Excavations of the Graveyard, 1997-2000, Iran, vol. 41, pp. 21-97, 2003
  7. (en) Article du 20 février 2007 du London Times

Liens externes[modifier | modifier le code]