Pendus de Minsk

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les pendus de Minsk sont des résistants biélorusses de la Seconde Guerre mondiale exécutés par les soldats de la 707e division d’infanterie allemande le 26 octobre 1941 à Minsk.

Exécutions[modifier | modifier le code]

Le 26 octobre 1941, dix partisans biélorusses furent pendus au centre de Minsk, par les soldats de la 707e division d’infanterie. Il s'agissait du début d'une série d'exécutions destinée à servir d'exemple. Les nazis interdirent de dépendre les corps des victimes pendant 10 jours, jusqu'à ce qu'ils soient en décomposition avancée.

Les photos prises par les bourreaux sont restées célèbres.

Responsabilité des exécutions[modifier | modifier le code]

L'Einsatzgruppe B, plus particulièrement le Sonderkommando 7B, arriva à Minsk le 5 juillet 1941 et y séjourna cinq semaines[1]. La responsabilité de la Wehrmacht et plus particulièrement de celle de la 6e armée allemande est clairement mise en cause :

« L'ordre du jour adressé le 10 octobre 1941 par Reichenau à la Sixième armée et approuvé par Rundstedt fait clairement partager au commandement de la Wehrmacht la responsabilité des atrocités commises contre les juifs et les civils... »

— Antony Beevor, voir Bibliographie [2].

Les pendus[modifier | modifier le code]

Macha Brouskina[modifier | modifier le code]

Macha Brouskina avec ses compagnons partisans (dont Volodia Chtcherbatsevitch, à sa droite) avant sa pendaison à Minsk, 26 octobre 1941

Maria « Macha » Brouskina (en biélorusse : Марыя Барысаўна Брускіна, Marya Baryssawna Brouskina ; en russe : Мария Борисовна Брускина, Maria Borissovna Brouskina), née en 1924, était une partisane soviétique et infirmière volontaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Objectivement, on sait très peu de choses sur elle. Elle est née dans une famille juive et son enfance est mal connue[3]. Ça n’est qu’à la fin des années 1960 qu’elle a été identifiée, avant que son nom ne soit rendu public en 1996. Une photo de son exécution fut publiée dans une revue historique française, sans mention de son nom.

À l'arrivée de la Wehrmacht en juillet 1941, elle est forcée de vivre dans le ghetto de Minsk avec sa mère.

Engagement militaire[modifier | modifier le code]

Bien qu'âgée de 17 ans, Macha Brouskina est une ardente militante du parti communiste. Elle rejoint le mouvement de résistance de Minsk. Elle se porte volontaire comme infirmière à l'hôpital de l'Institut polytechnique, qui a été mis en place pour soigner les blessés de l'Armée rouge capturés par la Wehrmacht. De là, elle participe à un trafic de documents et d’armes, afin de permettre aux partisans d’attaquer les patrouilles allemandes. Tout en soignant les soldats soviétiques, elle les aide à s'évader en introduisant dans l'hôpital des vêtements civils et de faux papiers d'identité.

Arrestation[modifier | modifier le code]

Elle est arrêtée le 14 octobre 1941 par les membres de la 707e Division d'infanterie et du 2e « Schutzmannschaft Battalion »[4], de troupes auxiliaires lituaniennes sous le commandement du Major Antanas Impulevičius. Elle avait été dénoncée, avec deux autres membres de la résistance, Volodia Chtcherbatsevitch, âgé de 16 ans, et le vétéran de la Première Guerre mondiale Kiril Trus. La mère de Volodia, Olga Chtcherbatsevitch, avait été exécutée le même jour, pendue à une traverse en face de l'Académie des Sciences du Belarus. Macha Brouskina avait été dénoncée par un évadé repris et torturé.

Après son arrestation, Macha Brouskina écrivit une lettre à sa mère le 20 octobre 1941 :

« Je suis tourmentée par la pensée que je t’ai causé de grands soucis. Pardonne moi. Rien de mauvais ne m’est arrivé. Je te jure que vous n’aurez pas de désagréments supplémentaires à cause de moi. Si tu peux, fais-moi parvenir ma robe, ma blouse verte, et des chaussettes blanches. Je veux partir d’ici en uniforme scolaire... »

— Macha Brouskina

Avant d'être pendue, elle fut promenée dans les rues de Minsk portant au cou une pancarte rédigée à la fois en allemand et en russe : « Nous sommes des partisans et nous avons tiré sur les troupes allemandes. ». Les membres de la résistance étaient contraints de porter ce genre de signes même s'ils n'avaient pas tiré sur des troupes allemandes.

Exécution[modifier | modifier le code]

Macha et ses deux compagnons furent pendus en public le dimanche 26 octobre 1941, en face de l'établissement « Minsk Kristall », une brasserie et une distillerie rue Nijne-Liahovskaïa (15, rue Oktiabrskaïa de nos jours). Les Allemands laissèrent les corps pendus pendant trois journées entières avant d'autoriser à couper les cordes pour les dépendre et les inhumer décemment.

Quant à la mère de Macha Brouskina, elle fut tuée par les nazis dans le ghetto de Minsk, seulement un mois après sa fille.

Témoignages[modifier | modifier le code]

Témoignage de Piotr Pavlovitch Borissenko :

« Quand on la mit sur le tabouret, la « fille » tourna la tête vers le mur. Les bourreaux voulaient qu’elle tourne le visage vers la foule, mais elle se détournait toujours et restait ainsi. Peu importe combien de fois ils tentèrent de la tourner vers eux, elle tournait toujours le dos au groupe. Enfin, ils abandonnèrent et donnèrent un coup de pied dans le tabouret afin de le pousser sous elle. »

— Piotr Pavlovitch Borissenko [5].

Volodia Chtcherbatsevitch[modifier | modifier le code]

Le jeune Volodia Chtcherbatsevitch (en russe : Володя Щербацевич), né en 1925, a été pendu comme partisan au motif d'avoir tiré sur des soldats allemands. Il est âgé de 16 ans quand il est promené dans les rues de Minsk avec ses deux compagnons d'infortune, Macha Brouskina et le vétéran de la Première Guerre mondiale Kiril Trus, avant d'être pendu.

L'exécution eut lieu devant le « Minsk Kristall », une brasserie et distillerie sur la rue Nijne-Liahovskaïa (aujourd'hui 15, rue Oktiabrskaïa)[6].

Avant d'être pendu, Volodia Chtcherbatsevitch nargua ses bourreaux en leur déclarant que d'autres le suivraient qui le vengeraient.

Olga Chtcherbatsevitch[modifier | modifier le code]

Olga Chtcherbatsevitch (en russe : Ольга Щербацевич), mère de Volodia Chtcherbatsevitch, fut pendue à une traverse de jardin public en face du bâtiment de l'Académie des Sciences en compagnie de deux hommes dont l'un n'a pas été identifié, l'autre étant Nikolai Kouznetsov (en russe : Николай Кузнецов).

Elena Ostrovskaïa[modifier | modifier le code]

Elena Ostrovskaïa (en russe : Елена Островская) fut pendue dans le square de Komarovskaïa, à Minsk, en compagnie de deux hommes (l'un était juif) non identifiés à ce jour.

Elena Ostrovskaïa était couturière et vivait à Minsk. Il semble qu'elle ait tenté de cacher un des hommes exécutés avec elle et qu'elle fut arrêtée pour cet acte.

Nadejda Ianouchkevitch[modifier | modifier le code]

Nadejda Ianouchkevitch (en russe : Надежда Янушкевич) fut pendue à un arbre, rue Karl Marx, en compagnie de son mari Petr Ianouchkevitch (en russe : Перт Янушкевич) et d'un militaire, le commissaire politique soviétique Zorine (Зорин).

Postérité[modifier | modifier le code]

L'identification de la jeune suppliciée, fut effective en 1968, mais ne fut pas révélée au grand public par les autorités soviétiques. Deux historiens, Nechama Tec et Daniel Weiss, qui étudièrent[7] le cas de Maria Brouskina, accusèrent les autorités soviétiques d'avoir caché le nom de la jeune fille à cause de sa judéité[8]. Une citoyenne soviétique de confession juive ne pouvait être une héroïne de la Grande Guerre patriotique dont le modèle était la Russe Zoïa Kosmodemianskaïa. Une plaque honorant sa mémoire, en 2009, à Minsk, sur les lieux de son exécution, rappelle le martyre de la jeune femme. Volodia Chtcherbatsevitch ainsi que Kiril Trus semblent avoir été oubliés sur cette plaque.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir le parcours du SK 7B.
  2. Antony Beevor, Stalingrad, 1999, p. 88.
  3. Selon le site Spartacus educational
  4. (en)USA v KAZYS CIURINSKAS
  5. Spartacus Educational : Maria Bruskina
  6. Exécution publique à Minsk, 26 octobre 1941
  7. A Historical Injustice: The Case of Masha Bruskina, (Holocaust Genocide Studies 1997, 11:3)
  8. http://www.executedtoday.com/2009/10/26/1941-masha-bruskina-kiril-trus-and-volodia-shcherbatsevich-partisans/

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]