Monastère de Kirti

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

32° 54′ N 101° 42′ E / 32.9, 101.7

Le grand Chörten au Monastère de Kirti, Nagba, Amdo

Les Monastères de Kirti de l'école Gelugpa du bouddhisme tibétain sont situés à Taktsang Lhamo et à Ngaba dans la préfecture autonome tibétaine et qiang de Ngawa, dans la province du Sichuan, ainsi qu'à Dharamsala, en Inde.

Histoire des monastères[modifier | modifier le code]

Fondation des deux principaux monastères[modifier | modifier le code]

Le premier monastère de Kirti fondé par Kirti Rinpoché se trouvait à Gyelrang. Les deux principaux monastères de Kirti connus de nos jours sont Taktsang Lhamo à Dzoge fondé par le 5e Kirti Rinpoché[1] et à Ngaba, dans le Sichuan (l'Amdo). Taktsang Lhamo fut entièrement détruit durant le révolution culturelle, était en cours de reconstruction en 1991[2], et est maintenant reconstruit. Disséminés dans la région, approximativement 30-40 monastères plus petits sont affiliés aux monastères de Kirti.

Fondation d'un monastère en Inde par des Tibétains en exil[modifier | modifier le code]

Kirti Rinpoché lors d'une manifestation à Washington en 2011

Lobsang Tenzin Jigme Yeshi Gyantso, l'actuel Kirti Rinpoché a fondé un Monastère de Kirti à Dharamsala, en Inde, en avril 1990[3].

Fermeture d'une école affiliée au monastère en 1998[modifier | modifier le code]

Une école affiliée au monastère de Kirti fut fermée en 1998. Cette école servait d'école primaire pour environ 500 jeunes moines du monastère. Elle était financée à la fois par le monastère et par le gouvernement. En août 1998, les autorités prirent le contrôle de l'école et y appliquèrent de nouvelles règles : enseignement en chinois sauf pour le cours de tibétain, uniforme scolaire au lieu de la toge de moine, suppression des contacts avec l'étranger, fin des subventions privées, stage de formation des instituteurs à l'histoire et la culture chinoises. Cette politique, qui visait les écoles financées par des associations caritatives étrangères ou par des abbés, fut appliquée dans toute la région[4].

Arrestations des moines et mauvais traitements et fortes tensions en 2008-2009[modifier | modifier le code]

Tapey à terre, entouré de policiers de la police armée du peuple, Ngaba, 27 février 2009.

Selon le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD), en 2008, des manifestants tibétains pacifiques furent touchés par des tirs sans discernement de troupes armées, et au moins 8 morts furent apportés au Monastère de Kirti de Ngaba[5].

Selon Warren W. Smith Jr, le 16 mars 2008, des moines du monastère de Lhamo Kirti manifestèrent en brandissant des drapeaux tibétains et en criant des slogans réclamant l'indépendance, la liberté et le retour du dalaï-lama. Ils furent rejoints par des civils avec lesquels ils brûlèrent 24 magasins et 81 véhicules. On estima le chiffre des dégâts équivalent à la totalité des rentrées fiscales du comté sur les dix dernières années. Des habitants affirmèrent que 18 Tibétains avaient été tués par les forces de sécurité chinoises à Ngaba : des photos des cadavres en furent envoyées à la presse étrangère à titre de preuve. La Chine n'y vit rien de concluant[6].

Selon Bruno Philip, journaliste au Monde qui a interrogé des sources locales à Ngaba (ch. Aba) en décembre 2008, le 16 mars, des moines du monastère de Kirti, ont manifesté. Plusieurs milliers de personnes se sont jointes et ont attaqué les boutiques chinoises et les policiers qui en retour ont tiré, tuant entre 8 et 20 personnes. Les cadavres de 7 ou 8 personnes portant des impacts de balles ont été portés par les manifestants au monastère de Kirti. Plusieurs centaines de moines ont été interpellés par la police puis relâchés[7].

Selon Free Tibet Campaign, fin septembre 2008, 50 moines de ce monastère ont été sévèrement battus par la police armée chinoise[8],[9].

Selon International Campaign for Tibet, le 27 février 2009, les autorités ont bloqué l'entrée des moines, et l'un d'entre eux portant un drapeau tibétain et la photo du Dalaï Lama s'est immolé avec de l'essence, et se serait effondré après que la police armée du peuple[10] eut tiré des coups de feu[11].

Selon l’agence Chine nouvelle, un moine tibétain du monastère aurait avoué avoir inventé et propagé des rumeurs selon lesquelles la police locale avait abattu le moine qui s’était immolé par le feu. Il a admis qu'il avait menti pour « aggraver les troubles dans le but d'attirer l'attention de l'étranger ». Le lama qui a tenté de s'immoler par le feu est en traitement à l'hôpital[12].

Des photos ont été publiées sur Internet montrant le moine à terre entouré de policiers armés[13]. De plus, selon le TCHRD, il a été demandé au moine de subir une amputation des deux jambes, probablement pour supprimer les preuves des coups de feu[14].

Manifestations et immolations de 2011[modifier | modifier le code]

La journaliste Ursula Gauthier indique qu'un jeune moine, Rigzen Phuntsog, s'est immolé par le feu le 16 mars 2011 pour « protester contre l'occupation chinoise ». Selon des sources tibétaines « des policiers auraient éteint les flammes tout en le rouant de coups de pieds, ce qui aurait précipité sa mort ». Par contre Pékin accuse « une action criminelle soigneusement organisée dans le but de déclencher des troubles ». À la suite de cette immolation, la ville de Kirti a « été le théâtre d'une révolte désespérée et d'une violente répression », deux personnes ont été tuées pour s'être opposées à des déplacements de camions emportant 300 moines vers une destination inconnue[15].

La police du comté de Aba (province du Sichuan) a déclaré que l'auto-immolation de Rigzin Puntsog était une affaire criminelle, méticuleusement préparée et visant à provoquer des troubles. Le 15 mars au soir, l'adolescent de 16 ans, accompagné d'un autre moine, avait acheté trois bouteilles d'essence et, le 16 au matin, annoncé qu'il allait s'immoler le jour même. Après le passage à l'acte, des moines le ramenèrent au monastère et l'y gardèrent pendant près de 11 heures si bien que, lorsqu'ils acceptèrent, après négociation, qu'on l'emmène à l'hôpital du comté, il mourut d'arrêt cardio-respiratoire. Le directeur de l'hôpital déclara que Rizgen Phuntsog était bien mort de ses brûlures et qu'aucune blessure due à une arme n'avait été décelée sur son corps, ajoutant qu'il aurait pu être sauvé s'il était arrivé plus tôt[16]. Plusieurs bouddhas vivants, dont Jampel Gyabmotso, du monastère de Gomang, ont condamné le refus par le groupe de moines de laisser soigner la victime, le qualifiant de contraire à la doctrine bouddhiste, pour qui toute vie est sacrée[17].

Le 18 octobre 2011, le « bouddha vivant » Gyalton, vice-président de l'association bouddhiste de la province du Sichuan, a dénoncé la série d'immolations comme manifestation d'extrémisme nuisible au développement du bouddhisme. Il a qualifié le suicide de grave déviation par rapport aux principes du bouddhisme, et l'auto-immolation d'acte contre nature. Ces immolations causent, selon lui, effroi et répulsion et risquent d'amener petit à petit la population à perdre la foi[18].

En novembre 2011, le 14e dalaï-lama a dénoncé le génocide culturel au Tibet mené par la Chine comme étant à l'origine de la vague d'immolations de Tibétains[19].

Affirmation du contrôle de l'État et menace de disparition du monastère[modifier | modifier le code]

La journaliste Ursula Gauthier indique que le monastère de Kirti est « l'épicentre du mouvement »[20]. Tsering Woeser affirme que ce monastère est menacé de disparition. Le 16 mars après l'immolation du moine Rigzen Phuntsog, 1 000 policiers ont encerclé les lieux. Les 2 500 moines du monastère devaient être soumis à une éducation patriotique. Les moines qui refusent de se soumettre à celle-ci disparaissent[21]. Selon le journaliste Peter Lee, le gouvernement a implanté dans le monastère de Kirti un « comité de gestion démocratique » dépendant du bureau des affaires religieuses, afin d'y affirmer la suprématie du gouvernement sur l'establishment religieux tibétain bouddhiste, rompre les liens entre le monastère et son rinpoché en exil à Dharamsala et contrôler les rapports entre le monastère et ses trente succursales monastiques dans la région[22].

Selon Samuel Ivor, le 6 mai 2011, des responsables chinois des affaires religieuses au sein du United Front Work Department de Ngaba vinrent au monastère et déclarèrent que plus de 1 200 membres de la communauté monastique de Kirti allaient être expulsés. Une liste des moines habitant ou fréquentant le monastère avait été préparée à cet effet. Plusieurs moines devaient partir le jour même d'après la liste placardée sur les murs. Répondant pacifiquement, les moines firent valoir que le monastère était leur chez-eux[23].

Selon Peter Lee, il semblerait que les effectifs du monastère soient passés de 2 500 à un millier en novembre 2011. Le gouvernement chinois proposerait des sommes d'argent aux moines expulsés de Kirti pour qu'ils se défroquent et renoncent à leurs vœux[24]. Le journaliste Arnaud de La Grange estime pour sa part le nombre des moines restant à 600, nombre d'entre eux étant envoyés en « rééducation patriotique »[25]. Harriet Beaumont, la porte parole de l'ONG Free Tibet confirme que les autorités chinoises imposent « un programme de rééducation patriotique » aux religieux. Ces derniers doivent alors « prêter serment d'allégeance à la République Populaire de Chine et renier le dalaï-lama »[26].

Selon Kirti Rinpoché, l'abbé du monastère, depuis le départ en camion militaire de 300 moines vers une destination inconnue le 21 avril 2011, de nouvelles règles ont été imposées au monastère comme l'interdiction de recruter de jeunes garçons pour en faire des moines et l'instauration d'un numerus clausus pour les moines, le tout sous la menace que la survie de l'établissement était entre les mains des moines[27].

Selon le journaliste Michael Bristow (BBC News, 4 octobre 2011), les deux communautés monastiques sœurs de Kirti, celle de la Chine et celle de l'Inde, sont en contact au moyen du téléphone portable. Des rapports émanant du monastère du Sichuan, sous surveillance policière et militaire, sont parvenus par le biais de ce réseau officieux existant entre les deux monastères. Cependant, le gouvernement en exil déclare avoir appris l'immolation de Kelsang Wangchuk en octobre 2011 par la presse, ce qui indique le caractère irrégulier de cette liaison[28].

En octobre 2011, deux journalistes de l'AFP réussirent à accéder à proximité du monastère. Ils constatèrent la présence de soldats « portant des fusils automatiques, des barres de fer affûtées et des extincteurs, ainsi que des véhicules de transport de troupes blindés quadrillaient ses rues ». La police confisqua une caméra et effaça des photographies des forces de l'ordre[29].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Two Tibetan monks die of self-immolation protest, 25 avr. 2013
  2. Marc Moniez, Christian Deweirdt, Monique Masse, Le Tibet, 1991, (ISBN 2-907629-46-8), p. 513
  3. (en) Kirti Monastery.
  4. (en) Tibet Justice Center Reports - A Generation in Peril - II. Education.
  5. 16 March 2008.
  6. (en) Warren W. Smith Jr, Tibet's last stand? The Tibetan uprising of 2008 and China's response, Rowan & Littelfield, 2010, 299 p., pp. 14-15 : « In the Ngaba (Ch. Aba) area of Sichuan, monks of the large Lhamo Kirti monastery demonstrated with Tibetan flags, shouting slogans for independence, freedom, and the return of the Dalai Lama. Monks were joined by laypeople and together they burned twenty-four shops and eighty-one vehicles. Damage was estimated as equivalent to the county's total revenues for the past ten years.8 Local Tibetans claimed that as many as eighteen Tibetans were killed by Chinese security forces in Ngaba, and they sent photos of the dead bodies to the international press to prove it. China dismissed the evidence as inconclusive. » (note 8 à la p. 38 : "Sichuan Officials Brief Press on Management of Urest in Aba Prefecture", Beijing, Zhongguo Wang in Chinese, 3 April 2008, in OSC CCP20080404584003).
  7. Echos du Tibet, Reportage, Le Monde, 12 décembre 2008, Bruno Philip
  8. (en) Chinese armed police used spades and meat choppers to beat Tibetan monks
  9. Des moines auraient été battus par la police chinoise au Tibet
  10. (en) New protest today in Ngaba after officials ban prayer ceremony
  11. Chine : la police tire sur un moine tibétain.
  12. Un moine tibétain avoue avoir fait circuler des rumeurs contre la police, 6 mars 2009.
  13. Vous ne verrez pas cette photo sur le Net chinois
  14. (en) Monk who set himself on fire asked to amputate legs.
  15. "Chine : la grande répression." par Ursula Gauthier Le Nouvel Observateu du 28 avril au 4 mai 2011.
  16. (en) Lhama's self-immolation carefully planned (1) et Lhama's self-immolation carefully planned (2), China Tibet Online, 26 avril 2011.
  17. (en) Living Buddhas: refusing to help a dying man is against Buddhist principles, China Tibet Online, 25 mai 2011.
  18. (en) Monk decries extremism in Tibetan Buddhism, People's Daily Online, 18 octobre 2011.
  19. (en) Dalai Lama blames Tibetan burning protests on cultural genocide, The Guardian, 7 novembre 2011.
  20. Tibet : L'immolation des moines entraîne des troubles inquiétants, Ursula Gauthier, 24 janvier 2012.
  21. Le Monastère Kirti menacé de destruction, Tsering Woeser, 16 janvier 2012.
  22. (en) Peter Lee, Will Aba be the CCP's Waterloo, Asia Times Online, November 11, 2011, p. 1 of 2 : « The Chinese government has also inserted a "Democratic Management Committee" (DMC) answering the government's Bureau of religious affairs [...] into Kirti, in ordre to assert government supremacy over the Tibetan Buddhist religious establishment, disrupt the relationship between the monastery and its exiled Rinpoché in Dharamsala, and control the once-influential monastery links to about 30 satellite monasteries in the region. »
  23. (en) Samuel Ivor, Over 1200 Monks expelled from the Kirti Monastery - Tibet, The Tibet Post International, 29 juin 2011 : « Chinese officials have declared over 1200 members of Tibet's Kirti Monastery to be expelled . [...] on the 6th of May this year, a group of authorities from religious department of the ‘United Front Work Department' (a branch of the Chinese Communist Party), Ngaba, came to Kirti Monastery to make an announcement. According to sources from the monastery, in a specially prepared register, listing around 1200-1300 monks, that those on the list are to be expelled from Kirti monastery, as of that day (6th May 2011). The list consists of Tibetan monks who live at, and attend the monastery. The Chinese authorities also announced several monks' names on the list, which they posted on the walls of the monastery, stating: ‘you have to leave the monastery [immediately]'. [...] In a peaceful response to the Chinese authorities, the Tibetan monks denied the Chinese announcement, highlighting that the monastery is their home. »
  24. Peter Lee, op. cit., p. 2 of 2 : « Reportedly, the population of Kirti has shrunk to about 1 000 monks. According to the International Campaign for Tibet, the Chinese government is offering cash rewards to expelled Kirti monks who agree to disrobe and renounce their Buddhist vows. »
  25. Pékin face aux immolations de moines tibétains , Arnaud de La Grange, Le Figaro, octobre 2011
  26. Quand l'immolation devient le seul moyen de se faire entendre, Marie-Yemta Moussanang, Le Monde des Religions, novembre 2011.
  27. (en) Testimony of Kirt Rinpoche, Chief Abbot of Kirti Monastery to the Tom Lantos Human Rights Commission on the grim human rights situation in Tibet as reflected by manys cases of self-immolation, November 3, 2011 : « On the night of 21 April 2011, a large contingent of army swooped down on the monastery and arrested more than 300 monks in military trucks and were detained in an unspecified location. Since then, many new rules have been imposed such as banning young boys to become monks, setting limit to the number of monks in the monastery, and threatening that the survival of the monastery was in the hands of the monks. »
  28. (en) Michael Bristow, Self-immolation 'trend' at restive Tibetan monastery, BBC, 4 octobre 2011 : « Kirti has a sister monastery in Dharamsala, and the two sets of monks keep in touch using mobile phones. "It seems the monastery is under heavy police and military surveillance," said Thubten Samphel, adding that reports had come from this informal network between the two monasteries. But, in an indication of just how patchy those links can be, he said the government-in-exile learnt about this latest self-immolation only through international news reports. »
  29. Immolations au Tibet : un ancien moine bouddhiste succombe à ses blessures, Le Monde fr., 9 décembre 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]