Maladie osseuse de Paget

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Maladie osseuse de Paget
(ou
« osteitis deformans »
aujourd'hui remplacé
par
« osteodystrophia deformans »)
Classification et ressources externes
Pagets skull.jpg
« Ce patient (homme, 92 ans) présentait une hémiparésie. Un épaississement de la boîte crânienne a été incidemment découvert, faisant évoquer la maladie osseuse de Paget »
CIM-10 M88
CIM-9 731.0
OMIM 602080
DiseasesDB 9479
MedlinePlus 000414
eMedicine med/2998  radio/514 pmr/98
MeSH D010001
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La maladie osseuse de Paget est une maladie osseuse chronique et localisée (à un ou plusieurs os), caractérisée par un remodelage osseux anormal et excessif, aboutissant à d'importantes anomalies de la microarchitecture osseuse, avec hyperactivité des cellules osseuses, progressive ayant pour conséquence des structures osseuses peu résistantes et hypertrophiques[1].

C'est une affection fréquente, mais souvent discrète, qui n'affecte que quelques os (à la différence de l'ostéoporose), et qui se manifeste surtout chez l'adulte. Les formes asymptomatiques sont les plus fréquentes, mais méritent d'être dépistées en raisons de possibles complications (éventuellement graves)[1].

Historique[modifier | modifier le code]

« Vieille Femme grotesque ».
Cette duchesse pourrait selon le rhumatologue Jan Dequeker avoir souffert d'une des formes de la maladie osseuse de Paget
(portrait réalisé par Quentin Matsys (1513).

Cette maladie a été décrite en 1877 par James Paget[2].

La déformation osseuse que la maladie implique étant bien reconnaissable, elle permet ainsi de dépister la maladie chez des squelettes anciens.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

La maladie affecte près de 2 % des adultes de race blanche de plus de 55 ans[3]. Sa prévalence s'accroit avec l'âge mais il existe d'importantes disparités régionales, la maladie étant beaucoup plus rare, en particulier, en Asie[3]. Elle semble décroître en Grande-Bretagne[4] mais ce n'est pas le cas dans d'autres pays[5].

Causes[modifier | modifier le code]

Cette ostéopathie déformante reste sans cause certaine.

Une augmentation de l'activité des ostéoclastes induisant la destruction de l'os est typique, avec, en contrepartie, l'augmentation de l'activité des ostéoblastes (cellules constructrices des os). Ces cellules présentent certaines particularités dont une sur-expression de certains gènes (interleukines)[6].

Facteurs génétiques[modifier | modifier le code]

Un facteur génétique est probable car il existe des formes familiales de cette maladie[7]. Plusieurs gènes sont en cause, dont le plus important est le sequestosome 1 (SQSTM1)[8].
D'autres mutations sont présentes chez des formes familiales rares, associant à l'atteinte osseuse d'autres anomalies.

Hypothèse virale[modifier | modifier le code]

Suite à la découverte ultrastructurale d'inclusions microcylindriques dans le noyau et le cytoplasme des ostéoclastes de malades, attribuables à plusieurs virus d'une même famille, l'hypothèse - dominante depuis la fin des années 1980[9],[10] - est celle d'une infection virale persistante, due à un ou plusieurs « virus lents » pouvant déclencher et entretenir cette maladie, éventuellement ou probablement sur un terrain génétiquement prédisposé. La famille virale la plus soupçonnée et étudié est celle des paramyxovirus (responsables, entre autres, de la rougeole), mais une relation de cause à effet entre l'information virale trouvée dans les cellules osseuses malades et la maladie osseuse de Paget elle-même reste à prouver et à comprendre. Elle reste en tous cas controversée, notamment car des virus actifs n'ont pas été retrouvés ailleurs chez le patient et ne semblent pas se reproduire dans les cellules osseuses[3] ou parce que la PCR ne confirme pas ce qui a été trouvé ou suspecté par d'autres méthodes[11]. Le virus pourrait être présent depuis des années, avant que les symptômes n'apparaissent. La rougeole[12],[13]pourrait être associée à cette maladie, mais cela reste discuté, les traces du virus étant retrouvées de manière inconstante[14], [15].

De l'ARN de virus (canin) de la maladie de Carré[16] a été retrouvé (fin des années 1980) dans les cellules osseuses de patients victimes de la maladie de Paget osseuse, évoquant - au moins dans certains cas, une possible implication de ce virus[17]. D' autres études ont confirmé un lien possible avec la maladie de Carré[18],[19]. Ceci confirme que le virus de la maladie de Carré peut infecter un humain. Reste à prouver qu'il s'agit d'un agent causal de la maladie, ou qu'il est simplement favorisé par celle-ci[19]. Cette dernière hypothèse semble probable car le virus de la maladie de Carré s'est montré également impliqué dans une « ostéopathie canine[20],[21] ».

Description[modifier | modifier le code]

Elle est caractérisée par l'hypertrophie et la déformation de certaines pièces osseuses, principalement le bassin (près des 3/4 des atteintes), le crâne (40 % des atteintes), le rachis lombaire (près de la moitié des atteintes) et les os longs[3]. On peut retrouver des signes vasomoteurs, tels qu'une chaleur, une rougeur de la peau sus-jacente.

Elle peut se manifester, selon les pièces osseuses atteintes, de douleurs, d'arthrose, de fractures, etc.

Complications[modifier | modifier le code]

C'est une maladie le plus souvent bénigne.

Elle peut parfois se compliquer de compressions de structures adjacentes à l'os atteint : surdité par atteinte crânienne, atteintes nerveuses diverses (nerfs crânien, canal lombaire étroit...). La transformation en sarcome, cancer osseux, est rare mais possible.

Plus rarement, elle peut se manifester par un tableau de déshydratation secondaire à une hypercalcémie (augmentation du taux de calcium sanguin, favorisée par une immobilisation de la personne malade). Il peut également exister un tableau d'insuffisance cardiaque, dit « à débit élevé », secondaire à l'hypervascularisation osseuse.

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Maladie de Paget, os coxal droit. Homme de 80 ans.

En règle générale, la radiographie et l'élévation des phosphatases alcalines suffisent pour porter le diagnostic de maladie de Paget.

Dans de rares cas, une biopsie (prélèvement et analyse d'un échantillon osseux) peut être utile.

Imagerie[modifier | modifier le code]

L'aspect radiologique est typique avec une déformation des os comprenant des zones déminéralisées et des zones de condensation.

La scintigraphie osseuse est utile afin d'évaluer l'extension de la maladie.

Biologie[modifier | modifier le code]

On retrouve biologiquement une augmentation des phosphatases alcalines dans presque la totalité des cas[22]. Le dosage de l'ostéocalcine et de l'hydroxyprolinurie est abandonné.

Traitement[modifier | modifier le code]

Le choix de traiter ou non est parfois difficile, pour deux raisons :

  1. il n'y a pas deux patients touchées exactement de la même manière par la maladie ;
  2. il est souvent difficile de prédire si une personne atteinte de la maladie de Paget, qui ne montre aucun signe de la maladie développera plus tard des symptômes graves ou des complications (douleurs, fracture).

Il n'existe pas de remède à la maladie, mais des traitements réduisent le turn-over osseux[23] et permettent la cicatrisation des lésions[24]. Ils normalisent, s'ils sont efficaces, le taux sanguin de phosphatases alcalines.

Le traitement moderne[modifier | modifier le code]

Il se fait avec :

  • des biphosphonates (tiludronate ; Skelid®, ou mieux du risédronate, Actonel®), administrés quotidiennement par voie orale durant au moins 2 mois ;
  • l'acide zolédronique (Aclasta®), en perfusion unique (5 mg en 15 minutes) ; par rapport au risédronate, il agit plus vite, avec une durée de réponse plus longue, et un meilleur du taux de répondeurs (à 6 mois, les phosphatases alcalines étaient normalisées chez 89 % des patients ayant reçu l’acide zolédronique contre 58 % des patients du groupe risédronate), mais avec comme effet secondaire un syndrome pseudo-grippal chez 10 % des patients[25].

Une supplémentation en calcium et en vitamine D peut éviter une chute du taux de calcium sanguin (hypocalcémie) qui peut résulter d'un traitement par biphosphonates[3].

Des antalgiques, voire des anti-inflammatoires non stéroïdiens, peuvent être donnés pour diminuer les douleurs.

L'utilisation de la calcitonine a été abandonnée.

Le traitement chirurgical des complications peut être nécessaire : fixation des fractures, décompressions nerveuses...

Quand et qui traiter ?[modifier | modifier le code]

Masque de Beethoven moulé en 1812 par le sculpteur Franz Klein pour le buste réalisé la même année (Beethoven Haus de Bonn).

Le traitement médicamenteux est recommandé en cas de  :

  • douleurs osseuses, maux de tête, maux de dos, ou symptômes nerveux connexes ;
  • taux élevés de phosphatase alcaline sérique (ASP) dans le sang ;
  • preuve de fracture osseuse  ;
  • pré-traitement pour des os touchés en cas de nécessité d'intervention chirurgicale ;
  • symptômes actifs dans le crâne, les os longs, ou les vertèbres (colonne vertébrale);
  • os affectés à proximité d'articulations importantes, les exposant au risque de développer une arthrose ;
  • hypercalcémie constatée chez un patient immobilisé ayant plusieurs os touchés par la maladie osseuse de Paget et un haut niveau de sérum phosphtase alcaline.

Le cas Beethoven[modifier | modifier le code]

Bien que cette hypothèse soit controversée[26], Beethoven pourrait avoir été atteint de la maladie de Paget selon une autopsie post-mortem faite à Vienne le 27 Mars 1827 par Karl Rokitansky qui a décrit une voûte crânienne uniformément dense et épaisse et des nerfs auditifs semblant anormaux[27].

Il souffrait de déformations compatibles avec la maladie osseuse de Paget : sa tête semble avoir continué à grandir à l'âge adulte (à la fin de sa vie, il ne rentrait plus dans son chapeau, ni dans ses chaussures), son front est devenu proéminent, sa mâchoire était grande et son menton saillant. Il est possible et probable qu'une compression de certains nerfs crâniens, notamment le nerf auditif (huitième nerf crânien) ait affecté son ouïe. C'est l'une des hypothèses rétrospectivement apportée pour expliquer son humeur et sa surdité (qui a débuté vers 28 ans et était totale à 44 ans)[27] ; l'autre, qui n'est pas exclusive de la première, étant le saturnisme, sur la base de mesures du plomb contenu dans des mèches de cheveux qui ont été conservées. Ce serait cependant une cirrhose du foie d'origine alcoolique qui l'aurait tué.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Medinfos, Rhumatologie Maladie osseuse de Paget, consulté le 20 novembre 2012
  2. (en) J. Paget « On a form of chronic inflammation of bones (osteitis deformans) » Trans Med-Chir Soc. 1877;60(37):63
  3. a, b, c, d et e (en) Ralston SH, Langston AL, Reid IR, « Pathogenesis and management of Paget's disease of bone » Lancet 2008;372:155-63.
  4. (en) Cooper C, Schafheutle K, Dennison E, Kellingray S, Guyer P, Barker D, « « The epidemiology of Paget's disease in Britain: is the prevalence decreasing? » » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30 J Bone Miner Res. 1999; 14: 192-7.
  5. (en) Rendina D, Gennari L, De Filippo G et al. « « Evidence for increased clinical severity of familial and sporadic Paget's disease of bone in Campania, southern Italy » » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30 J Bone Miner Res. 2006;21:1828-35.
  6. (en) Naot D, Bava U, Matthews B et al. « « Differential gene expression in cultured osteoblasts and bone marrow stromal cells from patients with Paget's disease of bone » » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30 J Bone Miner Res. 2007;22:298-309
  7. (en) Siris ES, Ottman R, Flaster E, Kelsey JL. « Familial aggregation of Paget's disease of bone » J Bone Miner Res. 1991;6:495-500. PMID 2068956
  8. (en) Layfield R, Hocking LJ, « SQSTM1 and Paget's disease of bone » Calcif Tissue Int. 2004;75:347-57.
  9. (en) Baslé MF, Rebel A, Fournier JG, Russell WC, Malkani K. « On the trail of paramyxoviruses in Paget's disease of bone » Clin Orthop Relat Res. avril 1987; (217):9-15. (résumé)
  10. (en) Rebel A, Basle M, Pouplard A, Malkani K, Filmon R, Lepatezour A. « Towards a viral etiology for Paget's disease of bone » Metab Bone Dis Relat Res. 1981; 3(4-5):235-8 (résumé)
  11. (en) Helfrich MH, Hobson RP, Grabowski PS, Zurbriggen A, Cosby SL, Dickson GR, Fraser WD, Ooi CG, Selby PL, Crisp AJ et al. « A negative search for a paramyxoviral etiology of Paget's disease of bone: molecular, immunological, and ultrastructural studies in UK patients » J Bone Miner Res. 2000 déc;15(12):2315-29
  12. (en) Friedrichs WE, Reddy SV, Bruder JM, Tim Cundy, Jillian Cornish, Frederick R. Singer et G. David Roodman, « Sequence analysis of measles virus nucleocapsid transcripts in patients with Paget's disease », J. Bone Miner. Res., vol. 17, no 1,‎ janvier 2002, p. 145–51 (PMID 11771661, DOI 10.1359/jbmr.2002.17.1.145)
  13. (en) Baslé MF, Fournier JG, Rozenblatt S, Rebel A, Bouteille M, « Measles virus RNA detected in Paget disease bone tissue by in situ hybridization », J Gen Virol., vol. 67, no 5,‎ mai 1986, p. 907–13 (PMID 3701300, DOI 10.1099/0022-1317-67-5-907, lire en ligne)
  14. (en) Matthews BG, Afzal MA, Minor PD, U. Bava, K. E. Callon, R. P. Pitto, T. Cundy, J. Cornish et I. R. Reid, « Failure to detect measles virus ribonucleic acid in bone cells from patients with Paget's disease », J Clin Endocrinol Metab., vol. 93, no 4,‎ avril 2008, p. 1398–401 (PMID 18230662, DOI 10.1210/jc.2007-1978, lire en ligne)
  15. (en) Ralston SH, Digiovine FS, Gallacher SJ, Boyle IT, Duff GW. « Failure to detect paramyxovirus sequences in Paget's disease of bone using the polymerase chain reaction » J Bone Miner Res. novembre 1991;6(11):1243-8. (résumé)
  16. (en) Hoyland JA, Dixon JA, Berry JL, Davies M, Selby PL, Mee AP, « A comparison of in situ hybridisation, reverse transcriptase-polymerase chain reaction (RT-PCR) and in situ-RT-PCR for the detection of canine distemper virus RNA in Paget disease », J Virol Methods, vol. 109, no 2,‎ mai 2003, p. 253–9 (PMID 12711070, DOI 10.1016/S0166-0934(03)00079-X, lire en ligne)
  17. (en) Gordon MT, Anderson DC, Sharpe PT, « Canine distemper virus localised in bone cells of patients with Paget disease », Bone, vol. 12, no 3,‎ 1991, p. 195–201 (PMID 1910961, DOI 10.1016/8756-3282(91)90042-H)
  18. (en) Gordon MT, Mee AP, Anderson DC, Sharpe PT. « Canine distemper virus transcripts sequenced from pagetic bone » Bone Miner. novembre 1992;19(2):159-74.
  19. a et b (en) Cartwright EJ, Gordon MT, Freemont AJ, Anderson DC, Sharpe PT. « Paramyxoviruses and Paget's disease » J Med Virol. juin 1993;40(2):133-41.
  20. (en) Mee AP, Gordon MT, May C, Bennett D, Anderson DC, Sharpe PT. « Canine distemper virus transcripts detected in the bone cells of dogs with metaphyseal osteopathy » Bone 1993;14(1):59-67.
  21. (en) Mee AP, Webber DM, May C, Bennett D, Sharpe PT, Anderson DC. « Detection of canine distemper virus in bone cells in the metaphyses of distemper-infected dogs » J Bone Miner Res. 1992 Jul; 7(7):829-34.
  22. (en) Harinck HIJ, Bijvoet OLM, Vellenga CJLR, Blanksma HJ, Frijlink WB, « Relation between signs and symptoms in Paget's disease of bone » Q J Med. 1986;58:133-151
  23. (en) Reid IR, Davidson JS, Wattie D et al. « Comparative responses of bone turnover markers to bisphosphonate therapy in Paget's disease of bone » Bone 2004;35:224-230
  24. (en) Reid IR, Nicholson GC, Weinstein RS et al. « Biochemical and radiologic improvement in Paget's disease of bone treated with alendronate: a randomized, placebo-controlled trial » Am. J. Med. 1996;101:341-348
  25. J.J. Body et J. Sternon « Le traitement de la maladie osseuse de Paget par l’acide zolédronique [Treatment of Paget’s disease of bone with zoledronic acid] » Revue Médicale de Bruxelles 2005
  26. (en) Jesserer H, Bankl H. « Was Beethoven's deafness caused by Paget's disease? Report of findings and study of skull fragments of Ludwig van Beethoven » Laryngol Rhinol Otol. (Stuttg) 1986 Oct; 65(10):592-7 (résumé)
  27. a et b (en) Paul Wolf « Creativity and chronic disease Ludwig van Beethoven (1770-1827) » West J Med. novembre 2001;175(5):298.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]