Maladie de Carré

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La maladie de Carré, parfois appelée maladie du jeune chiot, est une maladie virale contagieuse due à un paramyxovirus proche de l'agent de la rougeole humaine et de celui de la peste bovine. Elle affecte habituellement les canidés (loup, chien, renard), certains mustelidés (vison, furet), et peut toucher de nombreux autres carnivores terrestres et marins (phoque). La symptomatologie associe des manifestations fébriles, des écoulements oculaires et nasaux, une atteinte respiratoire, gastro-intestinale et parfois neurologique. Autrefois extrêmement fréquente, la maladie de Carré est aujourd'hui beaucoup plus rare dans les pays où les propriétaires de chiens domestiques ont adopté la prévention vaccinale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Chien atteint de la maladie de Carré : décharge nasale purulente et hyperkératose de la truffe.

La maladie, décrite en 1905 par le vétérinaire Henri Carré, est caractérisée par des symptômes connus depuis des siècles chez le chien.

Agent pathogène[modifier | modifier le code]

Le virus de la maladie de Carré est un paramyxovirus de grande taille appartenant à la même famille que le virus de la rougeole et celui de la peste bovine. Le virus ne présente qu'un seul type antigénique, mais il peut être plus ou moins pathogène. Relativement fragile, il ne survit pas facilement dans l’environnement. Il est détruit par les désinfectants usuels, ce qui permet une désinfection aisée des locaux contaminés[1], mais résiste à la congélation[2].

Transmission[modifier | modifier le code]

L’infection se produit principalement par contact rapproché, dit « nez-à-nez », et par l'exposition des muqueuses nasales, buccales et oculaires à un aérosol de gouttelettes contenant des particules infectantes. Transporté par les macrophages à l'intérieur desquels il se réplique, le virus colonise la rate, le thymus et la moelle osseuse. En l'absence de protection immunitaire le virus colonise l'épithélium des organes respiratoires, digestifs et nerveux, déclenchant une symptomatologie caractéristique et un taux de mortalité élevé, surtout si d'autres agents opportunistes (bactériens, viraux, parasitaires) viennent compliquer l'infection[2].

Législation[modifier | modifier le code]

En France, la loi du 22 juin 1989 classe la maladie de Carré parmi les vices rédhibitoires chez le chien[1].

Symptômes[modifier | modifier le code]

Lésions pulmonaires chez un chien africain atteint de maladie de Carré.
A : occlusion bronchiolique, cellules inflammatoires et débris cellulaires.
B : détail de A. Inclusions virales éosinophiles intracytoplasmiques (flèches) dans l'épithélium bronchiolique (coloration hématoxyline-éosine).

La maladie de Carré peut provoquer des signes cliniques peu marqués chez certains chiens, mais être mortelle chez d’autres, en particulier chez les chiots. Après une période d’incubation qui peut durer de 3 à 10 jours, la maladie débute — en l'absence de réaction immunitaire — par une poussée de fièvre qui dure de 24 à 48 heures. Après un retour à la normale qui peut durer de un à quatre jours, la température corporelle remonte et les symptômes caractéristiques apparaissent, ainsi que des surinfections associées[2],[1].

L'état général se détériore et on observe parfois une kératite, une rétinite ou un épaississement cutané au niveau de la truffe et des coussinets (hyperkératose)[2],[1].

L'animal infecté peut vaincre la maladie, dont les symptômes disparaissent alors après une évolution discrète. Si la maladie se prolonge, des symptômes neurologiques peuvent apparaître, variables selon la partie du système nerveux atteinte. De ce fait, les animaux qui survivent présentent parfois des séquelles neurologiques[3],[2],[1].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

La maladie de Carré peut être soupçonnée, chez un jeune chien (de 4-5 mois à un an), au vu d'un historique vaccinal lacunaire associé aux symptômes caractéristiques de la maladie. L'automne et l'hiver sont des saisons plus propices. Du fait d'un tableau clinique très varié et d'une expression parfois atypique, des analyses de laboratoire (PCR[1]) sont souvent nécessaires pour confirmer le diagnostic[2].

Traitement[modifier | modifier le code]

Même si des antibiotiques, un traitement symptomatique et des perfusions peuvent être utiles pour lutter contre les surinfections et compenser les pertes dues aux vomissements et aux diarrhées, il n’existe pas de traitement spécifique pour la maladie de Carré ; la meilleure protection contre le virus reste la vaccination[2],[1].

Vaccination[modifier | modifier le code]

Campagne de promotion de la vaccination contre la maladie de Carré au Royaume-Uni (1926). Save your dog, the field distemper fund, laboratoire Wellcome.

La maladie de Carré est une maladie virale très contagieuse. Dans certains pays, comme en Finlande, elle tue encore de nombreux chiens. Il existe pourtant un vaccin efficace qui induit une réponse immunitaire adaptative et une mémoire immunitaire. La vaccination a permis de réduire considérablement l’incidence de la maladie, mais il existe toujours des zones ou l’infection persiste, en particulier dans les grandes villes, où les chiens non vaccinés sont nombreux. Les chiots nés de mère vaccinée disposent d’anticorps d’origine maternelle qui les protègent de l’infection pendant les premières semaines de vie. Le danger survient lorsque le niveau d’anticorps maternels diminue. A ce moment-là le chiot doit être vacciné.

Le protocole requiert une primo-vaccination comprenant deux injections effectuées à un mois d'intervalle, la première sur le chiot âgé de 7 à 8 semaines. Un rappel annuel ou biennal est ensuite recommandé[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Moraillon et al., 2010.
  2. a, b, c, d, e, f et g Lane, 1994.
  3. Chorée (caractéristique), crises convulsives, épilepsie, parésie postérieure.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • D.R. Lane, Guide des auxiliaires spécialisées vétérinaires, Maisons-Alfort, Point Vétérinaire,‎ (ISBN 2-86326-116-9) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Robert Moraillon, Yves Legeay, Didier Boussarie et Odile Sénécat, Dictionnaire pratique de thérapeutique. Chien, chat et NAC, Issy-les-Moulineaux, Elsevier Masson,‎ (ISBN 978-2-294-70533-5) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • C. Leprêtre, La vaccination des carnivores domestiques en 2008, École vétérinaire de Maisons-Alfort,‎ .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]