Iván Böszörményi-Nagy

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Iván Böszörményi-Nagy, né le 19 mai 1920, à Budapest (Hongrie) et mort le 28 janvier 2007, à Glenside (Pennsylvanie) (en) (États-Unis), est un psychiatre américain. Il est connu, dès la fin des années cinquante, pour son travail de pionnier dans le domaine de la thérapie familiale et de la psychogénéalogie. Son œuvre, considérable, a eu un impact qui continue de s'étendre aujourd'hui.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ivan émigre aux États-Unis où il travaille, d'abord à Chicago, puis à Philadelphie. Il est professeur de psychiatrie à l'Université Hahnemann de Philadelphie. Le début de sa carrière est marqué par la préoccupation constante de trouver une manière efficace de venir en aide aux patients psychotiques. À cet égard, il faut voir en lui un clinicien accompli.

Les travaux et l'apport d'Ivan Boszormenyi-Nagy[modifier | modifier le code]

Son approche thérapeutique encouragea de nombreux thérapeutes de famille du monde entier - et particulièrement en Europe - à intégrer des concepts psychanalytiques à la thérapie familiale.

Nagy est certainement surtout connu pour avoir développé une approche contextuelle. D'un point de vue théorique, cette approche est au croisement de la systémique et de la psychanalyse. Elle intègre un paradigme nouveau qui repose sur l'éthique relationnelle, à savoir la juste répartition des mérites, des bénéfices et des obligations dans les relations interpersonnelles. En effet, Nagy considère la confiance, la loyauté, et le support mutuel comme les clefs qui caractérisent les relations intrafamiliales et maintiennent la famille unifiée.

Bien qu'inspirée, à la base, par le modèle psychodynamique, la thérapie contextuelle a toutefois la particularité de mettre l'accent sur la nécessité d'intégrer les principes éthiques au processus thérapeutique lui-même. Le rôle du thérapeute est alors d'aider la famille à travailler sur la prévention des conflits émotionnels ainsi que sur le développement d'un sens de l'équitabilité parmi ses membres.

L'éthique relationnelle est une notion qui place les questions de justice et d'injustice au centre des préoccupations du thérapeute. Dans le cadre de son travail avec des patients psychotiques, Nagy a observé que malgré la détérioration parfois sévère de leur capacité de jugement et de communication, certains d'entre eux restent lucides dans leur rapport aux questions liées à la confiance, à la fiabilité et à l'équité dans les relations avec les membres de leur famille. Le concept de livre des comptes correspond alors au « solde de la balance éthique entre la somme des mérites et des dettes chez chacun des partenaires de la relation »[1],[2]

Nagy insiste sur le fait qu'avoir été le débiteur de notre partenaire appelle une forme de réciprocité directe ou indirecte. Pour autant, il ne s'agit pas pour lui de croire qu'un équilibre se trouve là où les sujets impliqués dans une relation donnent et reçoivent de façon égalitaire, mais plutôt de façon équitable - chacun donne ce qu'il peut donner - et ce, dans un certain contexte.

Plusieurs concepts de base peuvent être abordés : le contexte, la confiance, la loyauté, les conflits de loyauté, la loyauté clivée, la balance de justice, la parentification, la légitimité constructive, la légitimité destructive, l'éthique.

Le contexte[modifier | modifier le code]

Par contexte, Nagy veut signifier le tissu relationnel qui existe entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent et qui crée à la fois une interdépendance et un réseau de confiance. Cette interdépendance n'a de sens que parce que l'existence même des personnes vaut l'intérêt des autres.

L'autre devient alors une contrepartie essentielle du Soi et c'est par elle que l'individuation est possible. Pour Nagy, la différence entre sa définition du contexte et une définition plus générale découle de la considération qu'il porte à la responsabilité des conséquences relationnelles entre soi-même et les autres. Toutes les personnes impliquées dans une relation sont donc responsables de celle-ci.

L'objectif de l'intervention contextuelle est fondée sur deux postulats : premièrement, "les conséquences des décisions et des actions d'une seule personne peuvent influencer la vie de toutes les personnes qui y sont liées." Deuxièmement, "la vie relationnelle d'une personne reste solidaire des responsabilités des personnes ayant participé à sa réalisation." À partir de ces postulats - et à travers la thérapie contextuelle - Nagy questionne la fiabilité des relations, l'évitement des conflits et le dénouement des sentiments de dette afin de restituer au sujet la possibilité d'accéder à une liberté personnelle. Selon lui, la différenciation entre Soi et non-Soi est nécessaire à toute autre motivation psychologique. La projection et le transfert sont donc avant tout des choix relationnels. Dès lors, un symptôme apparaît comme une tentative mobilisée afin de délimiter ou différencier ce qui est de l'ordre du Soi de ce qui est de l'ordre du non-Soi.

Nagy propose six modes relationnels de démarcation Soi-Autre :

1. La frontière intrasubjective : elle permet d'éviter la dépersonnalisation. Une partie du Soi observe l'autre partie comme objet.
2. Le dialogue interne : le Soi est confronté à d'autres Soi intériorisés.
3. La fusion : elle joue le rôle d'un nœud d'identifications sans démarcation entre le sujet et l'objet.
4. Être l'objet : une personne assigne un rôle à une autre, laquelle accepte de jouer ce rôle.
5. Être le sujet : les autres sont rendus objet dans un dénigrement total de leur existence autonome.
6. Le dialogue : c'est-à-dire un processus où la personne est à la fois sujet et objet.

Dans un contexte, au sens où l'entend Nagy, l'intériorisation des réseaux transactionnels familiaux peut être transférée de façon symbolique par une personne hors de son contexte relationnel propre (ce qui se joue dans la famille peut être transposé dans une institution). Dans la perspective de Nagy, le thérapeute familial doit avant tout rechercher l'autre, le miroir du Soi, pour ensuite être en mesure de le voir comme une partie d'un système de transaction. L'auto-démarcation Soi-autre, thérapeute-autre est réciproque. Nagy parle de "Surmoi anti-autonome" de la famille pour expliquer comment chacun peut posséder l'autre en tant que témoin libre de sa propre existence et non comme esclave de celle-ci.

Bateson appelle double-lien les messages contradictoires issus de ce mode relationnel.

La confiance[modifier | modifier le code]

La confiance nécessite un dialogue ou l'échange de donner et de recevoir sont présents et renforcent cette même confiance. Elle s'inscrit dans une dimension de réalités relationnelles.

Selon Nagy il y a quatre dimensions de réalités relationnelles :

- La dimension factuelle, qui renvoie à des éléments du Destin (identités ethniques, déterminants biologiques etc.)

- La dimension de la psychologie individuelle, elle englobe les besoins élémentaires de reconnaissance, de pouvoir, d'amour, de défenses, de transfert…

- La dimension de communication interpersonnelle sujette aux théories systémiques.

- La dimension de l'éthique relationnelle, défini par Nagy comme une justice des relations, une balance des mérites acquis et des redevances présents dans les systèmes de loyautés

Pour Nagy la justice est une notion existentielle. C'est en voyant de façon responsable la conséquence de ses actes qu'une personne peut envisager d'autres options. C'est ainsi qu'elle accède à la dimension éthique.

La loyauté[modifier | modifier le code]

La loyauté est une force régulatrice des systèmes. Pour Nagy, l'enfant, par la filiation éprouve d'emblée un devoir éthique de loyauté envers ses propres parents dont il veut s'acquitter. C'est une loyauté existentielle. Elle implique au moins trois protagonistes : celui qui doit faire un choix, celui qui est préféré, et celui qui ne l'est pas.

Chaque individu reçoit un héritage avant même sa naissance, une tâche, un mandat, une attente… Ce leg va lui permettre de constituer un patrimoine pour créer quelque chose de nouveau à partir du passé. Ce qui est reçu devient alors un devoir éthique de le restituer.

Les conflits de loyauté[modifier | modifier le code]

Les conflits de loyauté sont inhérents à la vie car les attentes transmises par les familles sont forcément différentes. La famille peut toutefois aider à résoudre les contradictions ou considérer la prise de choix comme une trahison.

Si les attentes sont floues, la loyauté se manifestera sous une forme invisible et ces liens s'exprimeront de façon indirecte (ex: une jeune mère cède son enfant à sa mère pour balancer les loyautés entre les générations…)

La loyauté clivée[modifier | modifier le code]

C'est lorsqu'une personne ne peut être loyale qu'en étant déloyale à une autre. La loyauté est alors imposée.

La balance de justice[modifier | modifier le code]

Selon Nagy, l'histoire montre une évolution intéressante concernant le concept même de justice. La justice par la loi du talion glisse à celle rendue par le divin. Cette nouvelle instance dispense alors la collectivité de régler les différents. Pour Nagy, il existe dans les familles une sorte de registre qui comptabilise les dettes et les mérites accumulés par les protagonistes. Il permet de dresser une balance entre ce qui a été donné et reçu. C'est pourquoi certaines générations peuvent se sentir investies du devoir de rééquilibrer ce qui a été déséquilibré dans la génération précédente. C'est aussi parce qu'on se soucie suffisamment de détecter et de réparer l'injustice qu'on peut sauvegarder la fiabilité de la relation.

Pourtant Nagy insiste sur le fait que la relation Parent/enfant sera toujours asymétrique. L'enfant ne sera jamais en mesure de pouvoir rendre ce qu'il a reçu du parent.

Pour Nagy la justice dans les relations se décline sous deux axes :

- La justice distributive: elle s'exprime par une balance à équilibrer par l'ensemble des membres de la famille car personne ne peut être tenu responsable de ce qui a entraîné un déséquilibre. (exemple : maladie congénitale, héréditaire..)

- La justice retributive. La faute du déséquilibre peut-être attribuée et/ou endossée par une victime innocente. La personne ne peut s'en prendre directement à l'auteur du déséquilibre en raison de sa loyauté.

La parentification[modifier | modifier le code]

La parentification est un processus par lequel un enfant devient parent de ses propres parents. "Jusqu'à un certain niveau c'est un processus normal" qui peut favoriser l'apprentissage de la responsabilité.

La parentification peut peser lourdement sur un enfant lorsque les exigences imposées dépassent son degré de développement.

C'est par la reconnaissance de ses efforts que l'on peut évaluer la nocivité de la parentification et déterminer le côté destructif ou constructif du processus.

En assurant des actes de loyauté constructifs ou destructifs envers sa famille, l'enfant la protège. Ainsi entamer une thérapie ou guérir pourrait lui signifier qu'il est déloyal à sa famille

La légitimité constructive[modifier | modifier le code]

La légitimité d'agir en tant "qu'action pour les autres et pour nous-même" s'acquiert dans le fondement même de la solidarité transgénérationnelle. Selon Nagy, la justice de l'espèce humaine exige que toute personne apporte sa contribution à la race humaine et qu'il reçoive sa part en retour.

La légitimation d'autrui et de soi peut donc également s'acquérir en prenant soin de la génération suivante et de la génération précédente.

Même si pour certains, la génération qui précède a failli, pour Nagy l'exonération de la faute apporte une legitimation supplémentaire.

L'exonération par une génération, contrairement au pardon, est permise par l'appréciation du processus ayant conduit une autre génération à faillir.

La légitimité destructive[modifier | modifier le code]

L'être humain peut tout autant acquérir le droit à la construction qu'à la destruction, à la revanche à la vengeance…

Les négligences sur enfants, abus de loyauté, la parentification et exploitations physiques ou relationnelles en tous genre sont des facteurs de construction d'une légitimité destructive chez ces enfants. Par ailleurs les enfants incapables de recevoir peuvent empêcher leurs enfants de recevoir en donnant.

Souvent la légitimité destructive laisse apparaître un tableau familial dans lequel les parents ne se sentent pas coupables de ce qu'ils infligent aux enfants et n'éprouvent aucune culpabilité pour leur comportement destructif car leur propre parents ont pu être légitimés dans leur propre comportement destructif.

L'objectif de la thérapie revient alors à aider les membres d'une famille à se légitimer par le principe de "l'ardoise pivotante", une sorte de photographie permettant à chacun d'accéder à l'exonération des fautes de l'autre.

L'éthique[modifier | modifier le code]

Pour Nagy, les familles sont pleines de ressources mais aussi pleines de sources d'exploitations et c'est précisément la loyauté qui rend vulnérable. L'éthique renvoie à la responsabilité existentielle que chaque personne a envers autrui. Elle implique des conflits entre les personnes pour rééquilibrer la balance relationnelle des équités. Le besoin et le droit de chacun à vouloir rééquilibrer cette balance doivent être considérés comme normal et non pathologique. Lorsque celle-ci est ignorée, l'apparition d'un symptôme peut être l'expression d'une stagnation dans le rééquilibrage de l'équité et/ou un appel à une résolution du problème.

L'Éthique pourrait se résumer ainsi :

"Je sais que tu sais que je tiendrai compte de ta demande, c'est pourquoi je puis t'adresser ma demande"

La valorisation d'une personne est en lien avec la balance du donner et du recevoir. La négation de l'autre est en effet souvent le résultat d'un sentiment d'avoir donné plus que reçu. L'éthique revient à chercher justice et équité tout en sélectionnant ce qui est bon pour la survie de la postérité. Pour déterminer cet objectif Nagy préconise de tenir compte des patrimoines et des conséquences de leur impact sur les générations à venir.

En Conclusion, La dimension éthique des relations reste la construction d'une certaine réalité qui appartient au thérapeute. Il fait le choix de s'y attacher ou non. Ce texte se termine sur deux questionnements:

- L'éthique relationnelle existe-t-elle parce qu'on l'observe et l'observe -t-on parce qu'on présume qu'elle existe ?

- Comment construisons-nous alors ce que nous pensons connaître ?

Nagy y répond en plaidant en faveur d'une prise de position claire du thérapeute.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Van Heusden, A. et Van den Eerenbeemt, Thérapie familiale et générations. Aperçu sur l’œuvre de Ivan Boszormenyi-Nagy, éd. PUF (1994), Nodules, Paris, p. 115
  2. Site d'Actupsy

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Boszormenyi-Nagy et Framo, Psychothérapies familiales, Paris, Puf, 1980
  • Boszormenyi-Nagy, Thérapie contextuelle et unité des approches thérapeutiques, revue Dialogue no 111, 1991
  • Boszormenyi-Nagy et Krasner, La confiance comme base thérapeutique : la méthode contextuelle, revue Dialogue no 111, 1991
  • Boszormenyi-Nagy et Krasner, Glossaire de thérapie contextuelle, revue Dialogue no 111, 1991
  • Catherine Ducommun-Nagy, L'agenda invisible : le couple. Perspective contextuelle, Autrement, Paris (1989)
  • C I., Fundation of contextual therapy, New York, Brunner Mazel, 1987
  • Le Goff, J.F. (2001). Boszormenyi-Nagy and Contextual Therapy: An Overview, ANZJFT, 22:3 (Sept); 147–157.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Ducommun-Nagy, L'agenda invisible: le couple. Perspective contextuelle, Autrement, Paris, 1989
  • Anne Ancelin Schützenberger, Aïe, mes aïeux !, éd. Desclée de Brouwer, 1993; 17e. éd. complétée, 2004
  • Anne Schützenberger, Psychogénéalogie guérir les blessures familiales et se retrouver soi, Paris, Payot,‎ 2012, 2e éd. (1re éd. 2007) (ISBN 9782228907194)
  • Anne Schützenberger, Exercices pratiques de psychogénéalogie pour découvrir ses secrets de famille, être fidèle aux ancêtres, choisir sa propre vie, Paris, Payot,‎ 2011 (ISBN 9782228905015)

Liens internes[modifier | modifier le code]

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