Coriolan

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Veturia aux pieds de Coriolan par Gaspare Landi
Photo courtesy of The VRoma Project.

Caius Marcius Coriolanus est une figure semi-légendaire de la République romaine archaïque. Il appartient à la gens romaine patricienne des Marcii, descendants d'Ancus Marcius, quatrième roi de Rome. Plutarque ajoute que son père est mort alors qu'il est en bas-âge et qu'il est élevé par sa mère Volumnia[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Toujours selon l'auteur, il participa à la bataille du lac Régille menée par le dictateur romain Aulus Postumius Albus contre les Latins d'Octavius Mamilius et Tarquin le Superbe. Il s'y distingue, en protégeant un de ses camarades blessés qui allait être achevé, et reçoit une couronne de chêne des mains du dictateur pour sa bravoure et avoir sauvé un citoyen[2], et il en est ainsi à chaque bataille à laquelle il participe[3].

Lors de la première sécession de la plèbe,en 495 av. J-C, il soutient Appius Claudius Sabinus et s'oppose au dictateur Manius Valerius Volusus Maximus, qui souhaitait faire un geste envers la plèbe mais qui abdiqua suite au refus de sa proposition[4]. S'ensuivit l'insurrection du mont Sacré[5],[6] et la création des tribuns de la plèbe[7],[8].

Il reçoit le surnom de Coriolanus pour avoir pris la cité volsque de Corioles en 493 av. J.-C.. Le consul Postumius Cominius Auruncus, après avoir vaincu et repoussé plusieurs armées volsques et pris plusieurs villes ennemies, butait sur leur capitale, Corioles. Les Volsques d'Antium vinrent au secours des assiégés, qui tentèrent une sortie. Le jeune patricien, avec une petite troupe, réussit à repousser ceux qui tentaient la sortie, à les poursuivre jusqu'aux portes et à s'emparer des remparts, provoquant le trouble parmi l'armée de secours. C'est ainsi que Corioles tomba dans le giron de la République romaine[7],[9]. Le consul lui offrit comme récompense beaucoup d’argent et un grand nombre de prisonniers mais il refusa tout, à l’exception d’une couronne et d’un cheval de guerre : quant aux prisonniers, il n’en demanda qu’un seul, qui était son ami, et lui rendit la liberté[10],[11],[12]

Il se présente ensuite au consulat, mais le peuple craint qu'il ne lui retire tous ses droits nouvellement acquis, d'autant plus qu'il est largement soutenu par le Sénat romain et les patriciens, et il échoue[13],[14].

En 492 av. J.-C., une disette frappe Rome car les champs n'ont pas été cultivés pendant les troubles internes, et l'année suivante une grande quantité de blé arrive de Sicile. Plusieurs sénateurs, avec à leur tête Coriolan, blessé par son échec récent au consulat, pensent que c'est le moment de recouvrer certains droits perdus lors de l'insurrection du Mont Sacré trois ans plus tôt, et s'opposent ainsi vivement aux tribuns de la plèbe nouvellement créés[12],[15],[16]. Ces derniers, profitant de la fureur de la plèbe affamée, citent le patricien en jugement, qui est condamné par contumace, et qui s'exile chez les Volsques[12],[17],[18].

Nicolas Poussin, Coriolan supplié par les siens (Musée des Andelys)

Plutarque raconte que Coriolan, méconnaissable sous un déguisement, s’introduit dans la demeure d’un riche aristocrate volsque nommé Attius Tullius Aufidius, et le supplie d’accorder son aide à un fugitif. Il est accueilli avec bienveillance car il est vu comme un allié potentiel contre les Romains, malgré le fait qu'il ait pris et saccagé quelques années plus tôt la ville de Corioles[17]. Il conçoit un plan pour que les Volsques, démoralisés par leur récente défaite et décimés par la peste, reprennent les armes. Attius Tullius Aufidius se rend à Rome durant des Jeux et convainc les consuls de bannir les Volsques de la ville[19],[20]. Une fois fait, il discourt pour les encourager et se venger de l'affront subi, et rapidement tous les Volsques se soulèvent contre Rome[21],[22]. Aufidius est, avec l'exilé romain Coriolan, nommé général. Très vite, Circeii, colonie romaine et plusieurs villes récemment conquises par les Romains tombent entre les mains de l'exilé. En 488 av. J.-C., Coriolan, haïssant Rome et surtout ses tribuns, refuse toute négociation et marche sur Rome[12],[23],[24],[25], mais Coriolan cède aux prières de sa mère et de sa femme, et se retire[12],[26],[27],[28].

Il existe plusieurs versions sur sa mort, dont la plus répandue est qu'il fut mis en accusation par les Volsques et assassiné avant son procès[12],[29]. Mais Tite-Live signale que Fabius donne une autre version : Coriolan aurait vécu jusqu'à un âge avancé et répétait à la fin de sa vie : « L'exil est bien plus pénible pour un vieillard »[26]. Enfin, Cicéron affirme qu'il se serait suicidé, ne pouvant accepter l'impuissance causée par son isolement[30].

Similitudes avec Thémistocle et Alcibiade[modifier | modifier le code]

Le récit de la rencontre de Coriolan et Aufidius est semblable à un épisode de la vie de Thémistocle, qui est contemporain de Coriolan. Exilé d’Athènes, Thémistocle se rend chez le roi des Molosses Admète, son ennemi personnel. Thémistocle se présente déguisé chez Admetus et appelle son aide comme fugitif, exactement comme Coriolan chez Aufidius. Néanmoins Thémistocle ne se retourne pas contre Athènes.

Plutarque, quant à lui, dans ses Vies des hommes illustres, l'oppose à Alcibiade.

Coriolan et Fortuna[modifier | modifier le code]

L'un des leitmotive de la geste de Coriolan est celui de la fortune (Fortuna) dont il est le favori, et qui l'abandonne à la fin. Il s'oppose clairement au grand Camille, qui fut fidèlement protégé par Mater Matuta (l'Aurore). Les deux personnages sont analysés chez Dumézil[31].

Stratagèmes

FRONTIN

Collection des auteurs latins publiés sous la direction de M. Nisard

1869

Livre I, Livre II, Livre III, Livre IV.

PRÉFACE POUR LES TROIS PREMIERS LIVRES.

Après avoir contribué, pour ma part, à fixer les principes de la science militaire, à l'exemple de ceux qui la professent, et m'être, à ce qu'il me semble, acquitté de cette tâche avec tout le soin dont je suis capable, je crois devoir ajouter à ce travail un complément nécessaire, en recueillant, dans de rapides commentaires, les ruses de guerre que les Grecs ont désignées sous le seul nom de Stratagèmes. Les généraux auront ainsi sous la main des exemples d'adresse et de prudence qui leur serviront à imaginer et à faire, dans l'occasion, de pareilles choses. Un autre avantage, c'est que l'auteur d'un stratagème n'en redoutera pas l'issue, s'il le compare à l'expérience qui en aura été faite avec succès. Je n'ignore pas (et je suis loin de le regretter) que les écrivains les plus soigneux ont fait aussi entrer ces détails dans leurs ouvrages, et que certains auteurs nous ont transmis des exemples de ce qu'il y a de plus remarquable en quelque genre que ce soit. Mais on doit, je pense, ménager, à force de brièveté, le temps de ceux qui ont des affaires. Il serait, en effet, trop long de rechercherc chacun des exemples épars dans l'immense corps des histoires et ceux qui en ont extrait les plus notables ont comme accablé le lecteur sous l'amas de leurs matériaux. Le but auquel tendent nos efforts, c'est que chaque fait réponde, pour ainsi dire, à la demande et au besoin du lecteur. Ainsi, après avoir examiné à combien de chefs se peuvent rapporter les stratagèmes, j'en ai choisi des exemples qui viennent à propos donner conseil et, afin de disposer tant d'exemples divers dans un ordre plus commode, j'ai divisé ce recueil en trois livres. J'ai rangé dans le premier les exemples de ce qui peut se faire avant la bataille; dans le second, ceux qui regardent la bataille et l'entière soumission de l'ennemi. Le troisième contiendra les opérations stratégiques relatives à l'attaque et à la défense des places. J'ai, en outre, assigné à ces différents chefs des chapitres distincts. J'ai quelque droit de réclamer l'indulgence pour ce travail, et d'espérer qu'on ne m'accusera pas de négligence si l'on trouve que j'ai omis quelque exemple. Qui pourrait, en effet, compulser tous les monuments qui nous ont été transmis dans l'une et l'autre langue? Si donc je me suis permis de passer beaucoup de choses, on en verra la raison en lisant les livres de ceux qui ont traité le même sujet. Il sera d'ailleurs facile de les restituer aux chapitres qui les concernent. Ayant entrepris cet ouvrage, ainsi que les précédents, plutôt pour l'utilité des autres que dans l'intérêt de ma renommée, je ne craindrai pas le reproche d'être aidé de ceux qui pourront y ajouter quelque chose. S'il en est que ces volumes intéressent, ils devront distinguer, malgré l'analogie naturelle de ces deux choses, les stratagèmes d'avec la stratégie. Car tout ce que la prévoyance, l'habileté, la grandeur d'âme, la constance, peuvent inspirer à un général, forme la matière de la stratégie en général et tout fait particulier qui pourra être rangé sous un des chefs sera un stratagème. C'est proprement dans l'art et dans l'adresse que réside et éclate le mérite des stratagèmes, soit qu'il faille éviter l'ennemi ou l'accabler. Les paroles même ayant pour cet effet des résultats aussi remarquables que les actions, nous avons cité aussi des exemples de paroles. Suivent les chapitres des choses que le général doit faire avant la bataille.

LIVRE I.

CHAPITRE PREMIER.

Comment on cache ses desseins à l'ennemi.

EXEMPLE I. Marcus Porcius Caton était persuadé que les villes dont il s'était rendu maître en Espagne n'attendaient qu'une occasion pour se révolter, confiantes dans leurs murailles. Il écrivit donc à chaque ville séparément d'avoir à détruire ses remparts, les menaçant de la guerre si elles n'obéissaient pas sur-le-champ; et il eut soin de faire remettre ces lettres à toutes ces villes à la fois le même jour. Chacune d'elles crut ainsi qu'il ne l'avait commandé qu'à elle seule. Elles auraient pu se liguer pour s'y opposer, si elles avaient su que cet ordre les concernait toutes. II. Himilcon, général des Carthaginois, voulant aborder à l'improviste en Sicile, ne dit à personne où l'on allait; mais il remit à tous les capitaines de sa flotte des tablettes cachetées qui indiquaient où il voulait qu'on abordât, et qu'ils ne devaient ouvrir que si une tempête les séparait du vaisseau amiral. III. C. Lélius étant allé, comme député, trouver Syphax, mena avec lui, comme espions, quelques tribuns et centurions, qu'il fit passer pour des esclaves et officiers de sa maison; et voyant que l'un d'eux L. Statorius, qui était entré souvent dans le camp de Syphax, allait être reconnu de quelques ennemis, il lui donna des coups de bâton comme à un esclave, pour déguiser sa condition. IV. Tarquin le Superbe, ayant résolu la mort des principaux citoyens de Gabies, mais ne voulant confier cette décision à personne, ne répondit rien au messager que son fils lui avait envoyé. Il se contenta, comme il se promenait alors dans son jardin, d'abattre la tête des plus hauts pavots. Le messager, s'en étant retourné sans réponse, rapporta au jeune Tarquin ce qu'il avait vu faire à son père et le fils comprit qu'il fallait en agir de même avec les plus hauts personnages de Gabies. V. C. César, à qui la fidélité des Égyptiens était suspecte, feignit, pour n'en rien laisser voir, et sans négliger l'inspection de la ville et de ses défenses, de s'adonner aux excès de la table. Il voulut paraître amolli par les délices du pays, au point d'adopter les moeurs et la façon de vivre des habitants d'Alexandrie et cette feinte lui ayant donné le temps de réunir ses forces, il occupa l'Égypte. VI. Ventidius pendant la guerre contre Pacore, roi des Parthes sachant qu'un certain Pharnée, Cyrrestin de nation du nombre de ceux qui se disaient alliés, révélait aux ennemis tout ce qui se faisait dans l'armée, sut tourner à son avantage la perfidie du barbare. Il feignit donc de redouter ce qu'il désirait le plus, et de désirer ce qu'il redoutait. Ainsi, craignant que les Parthes ne passassent l'Euphrate avant l'arrivée des légions qu'il avait dans la Cappadoce, au delà du Taurus, il eut soin d'engager ce traltre à leur conseiller, avec sa perfidie accoutumée, de passer par Zeugma, qui était leur plus court chemin, et où l'Euphrate a un cours tranquille. Car si les Perses venaient de ce côté, il aurait, disait-il, pour lui l'avantage des montagnes, qui rendraient leur cavalerie inutile tandis qu'il craignait tout s'ils se jetaient dans les plaines. Trompés par ce rapport, les barbares gagnèrent par un long circuit les plaines situées plus bas; et leurs derniers préparatifs de guerre, ainsi que la construction des ponts, que l'écartement des rives à cet endroit-là rendait plus difficile, les occupèrent pendant plus de quarante jours. Ventidius mit ce temps à profit pour réunir ses forces et les ayant eu toutes sous son commandement trois jours avant l'arrivée de Pacore il lui livra bataille, le vainquit, et le tua. VII. Mithridate, assiégé dans son camp par Pompée, et méditant de fuir dès le lendemain, eut soin, pour cacher cette résolution, d'envoyer ses fourrageurs le plus loin possible, et jusque dans les vallées voisines des ennemis et même de convenir avec plusieurs d'entre eux d'une entrevue pour un des jours suivants, afin d'éloigner encore mieux tout soupçon. Il fit aussi allumer, pendant la nuit, quantité de feux dans tout son camp; puis, vers la seconde veille, il se retira avec son armée devant le camp même des ennemis. VIII. L'empereur César Domitien Auguste Germanicus, voulant accabler d'un seul coup les Germains, qui étaient en armes, et ne doutant pas qu'ils feraient des préparatifs de guerre d'autant plus grands s'ils étaient instruits d'avance de l'arrivée d'un tel général, cacha son départ, sous le prétexte de tenir les états des Gaules. Ayant pu leur faire ainsi la guerre inopinément, il comprima la férocité de ces peuples sauvages, et veilla en même temps aux intérêts des provinces de l'empire. IX. Claudius Néron, voulant détruire l'armée d'Asdrubal avant que celui-ci n'eût fait sa jonction avec Annibal son frère, résolut, dans ce but, d'aller lui-même, à cause de l'infériorité de ses propres forces, se joindre sans délai à son collègue Livius Salinator, à qui avait été confié le soin de la guerre. Mais comme il fallait éviter qu'Annibal en face de qui il avait son camp, s'aperçût de son départ; après avoir choisi trois cents soldats des plus braves, il ordonna à ceux de ses lieutenants qu'il laissait de maintenir le même nombre de sentmelles et de veilles, de faire allumer la même quantité de feux, et enfin de laisser au camp le même aspect, afin qu'Annibal, exempt de soupçon, n'osât rien contre le peu d'hommes qui devaient y rester. S'étant ensuite réuni dans l'Ombrie à son collègue en cachant sa marche, il défendit d'agrandir le camp, de peur de donner aucun indice de son arrivée au Carthaginois, qui eût refusé le combat s'il se fût douté que les deux consuls avaient réuni leurs forces. Il l'attaqua donc, ainsi abusé, avec des forces doubles, le vainquit, et revint, plus rapidement que tout courrier, en face d'Annibal. Ainsi, des deux plus habiles généraux des Carthaginois, il réussit, par un même plan de conduite à tromper l'un, à écraser l'autre. X. Thémistocle, qui ne cessait de presser les Athéniens de relever leurs murailles, qu'ils avaient jetées à bas sur l'ordre des Lacédémoniens, répondit aux députés qui étaient venus s'en plaindre, qu'il irait lui-même détruire ce soupçon; et il se rendit à Lacédémone. Là, une feinte maladie lui fit d'abord gagner un peu de temps et quand il comprit que ses ajournements pouvaient être suspects, il prétendit que c'était une fausse nouvelle qui leur était parvenue, et les pria d'envoyer à Athènes quelques-uns de ceux de leurs principaux concitoyens qui les avaient fait croire à ce bruit de murailles relevées. Il écrivit ensuite aux Athéniens de retenir ces députés jusqu'à ce que ces travaux fussent terminés après quoi il avoua aux Lacédémoniens qu'Athènes s'était fortifiée, et que leurs députés ne pourraient revenir qu'autant qu'il serait lui-même libre de partir. Les Lacédémoniens en passèrènt aisément par cette condition, ne voulant pas que la mort de plusieurs devînt le prix de la mort d'un seul. XI. L. Furius, voyant ses troupes engagées dans un lieu désavantageux, et ne voulant rien laisser voir de son inquiétude, afin de ne pas les décourager, changea insensiblement de direction, comme dans le dessein d'envelopper l'ennemi; puis, faisant faire tout à coup à son armée une conversion, il la tira de ce mauvais pas, sans qu'elle se doutât de rien, et sans perte. XII. Métellus Pius, à qui l'on demandait, en Espagne, ce qu'il ferait le lendemain, répondit « Si ma tunique pouvait le dire, je la brûlerais. » XIII. M. Licinius Crassus, à qui quelqu'un demandait quand il décamperait, répondit « Avez-vous peur de ne pas entendre la trompette ? »

CHAPITRE Il.

Comment on découvre les desseins de l'ennemi.

EXEMPLE 1. Scipion l'Africain, saisissant une occasion d'envoyer une ambassade à Syphax, fit partir, avec Lélius, quelques-uns de ses meilleurs tribuns et centurions, vêtus en esclaves, et qui avaient pour mission de bien reconnaître les forces du roi. Ceux-ci, afin d'examiner plus librement la position du camp, laissèrent s'échapper un cheval; et s'étant mis, comme s'il s'enfuyait, à sa poursuite, ils firent le tour de la plus grande partie des retranchements. D'après le compte qu'ils en rendirent ensuite, un incendie mit fin à la guerre. II. Q. Fabius Maximus, pendant la guerre d'Étrurie, alors que l'art des reconnaissances était encore inconnu aux généraux romains, ordonna à son frère Fabius Céson, qui savait la langue du pays, de prendre le costume toscan et de traverser la forêt Ciminie, où nos soldats n'avaient jamais pénétré. Celui-ci le fit avec tant de prudence et d'habileté, qu'après avoir traversé cette forêt, et reconnu que les Ombriens de Camérinum n'étaient pas contraires aux intérêts de Rome, il les fit entrer dans notre alliance. III. Les Carthaginois, alarmés de la puissance d'Alexandre, qui menaçait aussi l'Afrique, chargèrent un des leurs, homme résolu, nommé Hamilcar Rhodin, de se rendre auprès du roi sous l'apparence d'un exilé, et de faire tous ses efforts pour gagner sa confiance. S'en étant rendu maître, il informait ses concitoyens des desseins du roi, dès qu'il les connaissait. IV. Les mêmes Carthaginois envoyèrent à Rome des émissaires qui, sous le prétexte d'une ambassade, y demeurèrent fort longtemps, et étaient informés des résolutions de nos magistrats. V. M. Caton, en Espagne, n'ayant pas d'autres moyens de connaître les desseins des ennemis, ordonna à trois cents soldats de se jeter en même temps sur leur premier poste, d'en enlever un des chefs, et de l'amener au camp sain et sauf. Celui-ci mis à la torture, révéla tous les secrets des siens. VI. Le consul C. Marius voulant, pendant la guerre des Cimbres et des Teutons, éprouver la fidélité des Gaulois et des Ligures, leur fit tenir des lettres, dont la première leur commandait de ne pas briser avant un certain temps le cachet de celle qu'il y avait renfermée. Puis il redemanda ces dernières avant le jour fixé; et comme il les trouva décachetées, il ne douta pas de leurs projets hostiles. Il y a encore à la guerre un autre genre de précaution, qui dépend de la seule pénétration des généraux, sans le secours d'aucun intermédiaire. En voici des exemples: VII. Le consul Paul Émile, pendant la guerre d'Étrurie, allait faire entrer son armée dans une plaine voisine de la ville de Colonia, lorsqu'il vit de loin une multitude d'oiseaux s'enfuir tout à coup, d'un vol rapide, d'une forêt des environs. Il jugea qu'il y avait là quelque embûche, à cause du trouble et de la grande quantité de ces oiseaux. Ayant donc envoyé en avant des éclaireurs, il apprit que dix mille Boïes y attendaient pour la détruire, l'avant-garde romaine. Il fit alors avancer quelques légions d'un autre côté que celui où il était attendu, et il mit cet ennemi en déroute. VIII. De même Tisamène, fils d'Oreste, informé qu'une colline, fortiflée par la nature, était occupée par l'ennemi,envoya des éclaireurs savoir ce qu'il en était. Ceux-ci lui ayant rapporté que ce qu'il pensait était faux, il se mit en marche. Mais voyant qu'une grande quantité d'oiseaux s'envolaient en même temps de cette colline suspecte, et ne s'arrêtaient nulle part, il conjectura qu'une partie des ennemis étaient cachés là; et, faisant faire un détour à son armée, il évita le piège. IX. Asdrubal, frère d'Annibal, comprit que l'armée de Livius était réunie à celle de Néron, malgré la précaution qu'ils avaient eue de ne pas doubler le camp, en voyant les chevaux harassés par une longue route, et les visages des hommes plus hâlés, comme cela arrive après une marche.

CHAPITRE III.

Comment on s'assure les chances de la guerre.

EXEMPLE 1. Alexandre de Macédoine, commandant à des troupes aguerries, eut toujours pour principe de livrer bataille. II. C. César ayant, pendant la guerre civile, une armée de vétérans, et sachant que celle de ses ennemis était formée de recrues, eut toujours soin de rechercher le combat. III. Fabius Maximus ayant pour adversaire Annibal, enorgueilli du succès de ses armes ne s'attacha qu'à éviter les hasards d'une bataille, et à protéger l'Italie. Cette conduite lui mérita le nom de Temporiseur, et en même temps de grand capitaine. IV. Les Byzantins, en guerre avec Philippe, évitèrent toute chance de combat, et, abandonnant même la défense des frontières, se retirèrent dans les murs de leur capitale. Ils obligèrent ainsi Philippe, impatient des lenteurs d'un siége, à se retirer. V. Asdrubal, fils de Gisgon, réduit en Espagne, pendant la seconde guerre punique, à une armée vaincue que poursuivait P. Scipion, la distribua dans différentes villes. Grâce à cette tactique, Scipion, qui ne voulait pas s'arrêter au siége de plusieurs places fit rentrer ses troupes dans leurs quartiers d'hiver. VI. Thémistocle, à l'approche de Xerxès, convaincu que les Athéniens ne pouvaient ni lui résister avec leur infanterie, ni défendre leur territoire, ni soutenir un siège, leur persuada d'envoyer leurs enfants et leurs femmes à Trézène et dans d'autres villes, et, leur capitale abandonnée, d'appliquer toutes leurs forces à un combat naval. VII. Périclès, de la même ville, fit la même chose contre les Lacédémoniens. VIII. Scipion, voyant Annibal se maintenir en Italie, fit passer son armée en Afrique; ce qui obligea les Carthaginois à le rappeler. Il transporta ainsi la guerre du territoire de sa patrie sur celui de l'ennemi. IX. Les Athéniens voyant Décélie, un de leurs forts, au pouvoir des Lacédémoniens, qui l'avaient fortifié et ne cessaient de ravager le pays, envoyèrent une flotte inquiéter le Péloponnèse, et réussirent ainsi à faire rappeler les troupes lacédémoniennes qui étaient à Décélie. X. L'empereur César Domitien Auguste, pour en finir avec les Germains, qui avaient coutume de se jeter inopinément de leurs bois et de leurs sombres cachettes sur nos soldats, et trouvaient un refuge assuré dans les profondeurs de leurs forêts, recula de cent vingt mille pas les limites de l'empire, et ne changea pas seulement l'état de la guerre, mais soumit encore ces ennemis, dont il avait fini par détruire les retraites.

CHAPITRE IV.

Comment on fait passer une armée des lieux infestés d'ennemis.

EXEMPLE 1. Le consul Paul Émile étant obligé, pendant la guerre de Lucanie, de faire passer son armée par un chemin étroit sur le bord de la mer, et où la flotte des Tarentins lui faisait impunément beaucoup de mal à l'aide de ses scorpions, couvrit son flanc avec leurs prisonniers et cet expédient empêcha les ennemis de tirer. Il. Agésilas de Lacédémone revenait de Phrygie chargé de butin. Comme les ennemis le suivaient de près, et profitaient de l'avantage des lieux pour le harceler, il fit placer de chaque côté de son armée un rang de prisonniers. L'ennemi les épargna, et les Lacédémoniens purent passer. Ill. Une autre fois que les Thébains s'étaient saisis des défilés par où il devait passer, il quitta sa route, comme s'il eût marché sur Thèbes; et les Thébains, effrayés, s'étant éloignés pour défendre leur ville, il reprit le chemin par où il voulait passer, et il le parcourut sans obstacle. IV. Nicostrate, général des Étoliens, dans la guerre contre les Épirotes, ne voyant d'accès dans leur pays que par d'étroits défilés, feignit de vouloir y pénétrer d'un certain côté, par où se portèrent, pour l'en empêcher, toutes les forces des habitants. Alors il laissa là un petit nombre de gens qui devaient se donner l'apparence d'une armée disposée à bien faire, gagna lui-même, avec le reste de ses troupes un côté où on ne l'attendait pas et entra dans le pays. V. Le Perse Autophradate menait une armée à travers la Pisidie; mais comme les Pisidiens occupaient certains passages difficiles, il feignit de renoncer à les forcer, et se retira. Les Pisidiens le croyant alors loin d'eux, il envoya, la nuit, uue troupe de ses plus braves soldats s'emparer de ces défilés, et il y passa le lendemain avec toute son armée. VI. Philippe, roi des Macédoniens, marchant contre la Grèce, apprit que les Thermopyles étaient gardées; et comme les Étoliens lui avaient envoyé des députés pour traiter de la paix il eut soin de les retenir, s'avança à grandes journées vers ces défilés; et, profitant de la sécurité de ce corps d'armée, qui attendait le retour des députés il passa par les Thermopyles. VII. Iphicrate, général des Athéniens, faisant la guerre contre Anaxibius de Lacédémone, dans l'Hellespont, en vue d'Abydos, et ayant à passer un détroit gardé par des postes ennemis, et bordé d'un côté par des montagnes escarpées et de l'autre par la mer, s'arrêta là quelques jours. Prenant ensuite occasion d'un froid très-rigoureux pour mieux couvrir son dessein, il choisit quelques-uns de ses plus robustes soldats et les ayant fait boire et s'huiler, il leur commanda, après avoir traversé à la nage le bord de la mer, de gagner ces hauteurs. De cette façon, il prit lui-même en queue les postes placés à l'entrée des défilés, et les écrasa. VIII.Cn.Pompée, ne pouvant passer un fleuve que les ennemis défendaient, feignit de se borner à de continuels exercices; puis ayant ainsi dissuadé l'ennemi de se porter partout pour s'opposer à la marche des Romains, il se jeta tout à coup sur un point, et enleva le passage. IX. Alexandre de Macédoine, arrêté par Porus, roi des Indiens, sur les bords du fleuve Hydaspe, fit faire à ses troupes de fréquentes manoeuvres contre le couraut; et dès qu'il eut réussi, par ce genre d'exercice, à fixer la vigilance de Porus sur uu point de la rive opposée, il fit soudain passer son armée dans la partie supérieure du fleuve. Le même, voyant l'ennemi lui interdire le passage du fleuve Indus, feignit de faire sonder le gué par sa cavalerie en différents endroits du fleuve, et de vouloir le traverser. Cette manceuvre ayant éveillé l'attention des barbares il se saisit, d'abord avec peu de gens, et ensuite avec un plus fort détachement, d'une île plus éloignée, d'où ses troupes passèrent sur l'autre bord; et tandis que les ennemis s'y étaient tous portés pour écraser ce corps de troupes, il passa librement le gué qu'il avait choisi, et se mit à la tête de ses forces réunies. X. Xénophon, trouvant les Arméniens maîtres de l'autre rive d'un fleuve qu'il voulait passer, ordonna aux siens de chercher deux gués; et ayant été repoussé à l'un, situé plus bas, il courut à l'autre, situé plus haut. Les ennemis y étant aussi accourus pour le défendre, il regagna le premier, en laissant au second une partie de ses troupes, qui, profitant de ce que les Arméniens retourneraient protéger le gué d'en bas, devaient passer par celui d'en haut. Les Arméniens, croyant que tous les Grecs y descendraient, ne firent pas grande attention à ceux qui restaient. Alors ceux-ci, ne trouvant pas de résistance, passèrent le gué, et protégèrent le passage des leurs. XI. Le consul Ap. Claudius, pendant la première guerre punique, reconnaissant l'impossibilité de faire passer ses troupes de Rhégium à Messine, parce que le détroit était gardé par les Carthaginois, fit répandre le bruit qu'il ne pouvait continuer cette guerre entreprise sans les ordres du peuple, et feignit de ramener ses vaisseaux en Italie. Les Carthaginois s'étant ensuite retirés, sur le bruit de son départ, il aborda en Sicile avec toute sa flotte. XII. Les généraux lacédémoniens voulant aborder à Syracuse, dont l'entrée était défendue par une flotte carthaginoise, y dirigèrent dix vaisseaux carthaginois qu'ils avaient capturés, et qu'ils placèrent, comme des bâtiments victorieux, en avant des leurs, ces derniers étant ou maintenus aux flancs ou attachés aux proues des autres; et les Carthaginois, trompés par l'apparence, les laissèrent passer. XIII. Philippe ne pouvait passer le détroit qu'on appelle Cyanée, parce qu'il était gardé, à cause de son importance, par une flotte des Athéniens. Il écrivit alors à Antipater que la Thrace révoltée ayant massacré les garnisons qu'il y avait laissées, il lui fallait tout quitter pour l'y suivre; et il fit en sorte que sa lettre fût interceptée par l'ennemi. Les Athéniens, pensant avoir surpris le secret des Macédoniens, quittèrent ce poste; et Philippe, délivré de cet obstacle, passa librement le détroit. Le mème, ne pouvant se saisir de la Chersonèse, qui appartenait aux Athéniens, et dont l'approche était défendue par les vaisseaux réunis de Byzance, de Rhodes et de Chio, parut recourir aux voies de conciliation en rendant les vaisseaux qu'il avait pris, comme s'ils étaient les gages de la paix qui devait se faire entre lui et les Byzantins, cause de la guerre. Puis il traîna ces propositions en longueur, en ayant soin de changer sans cesse quelque chose aux conditions; et il fit venir pendant ce temps une flotte avec laquelle, profitant de la confiance de l'ennemi, il envahit tout à coup le détroit. XIV. Chabrias d'Athènes ne pouvant entrer dans le port des Samiens, qui était gardé par la flotte ennemie, envoya un petit nombre de ses vaisseaux passer devant le port, dans l'espoir que ceux qui le défendaient se mettraient à leur poursuite. Ce stratagème ayant fait quitter aux ennemis leur poste, et écarté tout obstacle, il entra dans le port avec le reste de sa flotte.

CHAPITRE V.

Comment on se retire d'un lieu difficile.

EXEMPLE I. Q. Sertorius, en Espagne, ayant les ennemis en queue au passage d'une rivière, fit un grand retranchement en forme de demi lune à l'entrée du gué; et l'ayant rempli de bois et de fascines, il y mit le feu. Fermant ainsi le passage aux ennemis il traversa la rivière sans danger. II. Pélopidas le Thébain, dans la guerre de Thessalie, se servit du même artifice pour passer une rivière. Ayant tracé sur la rive une enceinte plus vaste que ne l'exigeait l'étendue de son camp, il la remplit de branchages et d'autres matériaux, et y mit le feu. Il écarta ainsi l'ennemi, et effectua le passage. III. Q. Lutatius Catulus, chassé par les Cimbres, sans aucun moyen de se sauver qu'en dégageant le passage d'une rivière dont les bords étaient occupés par l'ennemi fit semblant de disposer ses troupes sur une montagne voisine, comme pour y établir son camp. Il ordonna aux soldats de ne point décharger le bagage ni déposer les fardeaux, de ne point quitter leurs rangs ni s'éloigner du drapeau et, pour donner plus d'assurance à l'ennemi, il fit dresser quelques tentes sur des points d'où elles fussent vues, et allumer des feux il envoya quelques soldats aux retranchements, quelques autres au bois, de façon à se faire voir de l'ennemi. Les Cimbres crurent qu'il s'agissait d'un véritable campement, et se mirent à choisir eux-mêmes un emplacement pour y camper et s'étant dispersés dans les plaines voisines, pour rassembler tout ce qui était nécessaire à des gens disposés à rester, ils donnèrent à Catulus la facilité, non-seulement de passer la rivière, mais encore de ravager leur camp. IV. Crésus, ne pouvant passer l'Halys à gué, et n'ayant ni vaisseaux ni moyen d'y jeter un pont, détourna la rivière dans un canal qu'il fit tirer le long de son camp, et rejeta ainsi le lit du fleuve sur ses derrières. V. Cn. Pompée, ayant résolu de quitter l'Italie et de porter la guerre ailleurs à l'arrivée de César qui le pressait, et avant de prendre la mer, boucha certaines rues de Brindes, en coupa d'autres par des murs, d'autres par des fossés plantés de pieux, et couverts de claies avec de la terre par-dessus. Certaines avenues, qui conduisaient au port, furent fermées par de grandes poutres placées en travers, en rangs serrés, en manière de fortification. Cela fait, pour avoir l'air de garder la ville, il laissa devant les murs quelques archers, et embarqua sans bruit le reste de ses troupes. Quand il eut mis à la voile, les archers eux-mêmes, s'échappant par des chemins qui leur étaient connus, se jetèrent dans de petites barques, et le rejoignirent. VI. Le consul C. Duilius, retenu dans le port de Syracuse, où il s'était engagé témérairement, et dont l'entrée était fermée avec une chaîne, fit passer tous les soldats à la poupe; et les navires, ainsi penchés en arrière, furent lancés de toute la force des rameurs. Les proues montèrent alors toutes droites sur la chaîne. Ce point gagné, les soldats, en se précipitant à l'autre bout, pesèrent sur la proue; et ce nouveau poids imprima un rapide mouvement de descente aux vaisseaux sur la chaîne. VII. Lysandre, de Lacédémone, assiégé avec toute sa flotte dans le port des Athéniens , et accablé par la multitude des galères ennemies, fit débarquer secrètement ses soldats à l'endroit du rivage où la mer est le plus resserrée entre les côtes, et leur fit ensuite tirer les navires sur des rouleaux jusqu'au port le plus voisin, du nom de Monychie. VIII. Hirtuléius, lieutenant de Sertorius, se voyant engagé en Espagne, avec un petit nombre de cohortes, dans un long défilé bordé de deux montagnes escarpées, et où le suivait un corps considérable de troupes ennemies, fit creuser d'une montagne à l'autre un fossé en forme de retranchement, le remplit de bois, y mit le feu et ayant ainsi arrêté l'ennemi, lui échappa. IX. C. César, se trouvant avec ses troupes en face d'Afranius pendant la guerre civile, et ne pouvant opérer sa retraite sans péril, fit rester en bataille sa première et sa seconde lignes, et occupa la troisième à creuser par derrière, sans qu'on en vit rien, un fossé de quinze pieds, derrière lequel ses soldats armés se retirèrent au coucher du soleil. X. Périclès, d'Athènes, poussé par les Péloponnésiens dans un endroit qui, entouré de toutes parts de montagnes escarpées n'avait que deux issues, creusa devant l'une un fossé d'une grande étendue, comme pour fermer le passage à l'ennemi de ce côté; et fit tracer de l'autre un chemin, comme s'il eût voulu s'échapper par là. Les ennemis, qui le serraient de près, persuadés que son armée ne pouvait passer par le fossé qu'il avait fait lui-même, se portèrent tous du côté où la route était frayée. Périclès ayant alors fait jeter sur le fossé des ponts tout préparés, fit sa retraite sans trouver de résistance. XI. Lysimaque, un de ceux auxquels avait passé la puissance d'Alexandre, ayant désigné pour son camp une haute colline, trouva que ses troupes en avaient, par méprise, occupé une moindre. Comme il craignait que les ennemis ne fondissent sur lui de la hauteur qui le dominait, il leur opposa une triple ligne de fossés en deçà du retranchement; puis ayant fait creuser de pareils fossés autour de toutes les tentes, il fortifia ainsi son camp tout entier. Une fois en sûreté du côté de l'ennemi, il jeta dans les fossés de la terre et des branchages, et sur ce pont il courut se saisir de la colline la plus élevée. XII. T. Fontéius Crassus, en Espagne, étant allé à la maraude avec trois mille hommes, se vit tout à coup enveloppé par Asdrubal en un lieu désavantageux. Alors ne faisant part de son dessein qu'aux premiers centurions, il s'échappa au commencement de la nuit, quand on s'y attendait le moins, à travers les postes ennemis. XIII. L. Furius, voyant ses troupes engagées dans un lieu désavantageux, et ne voulant rien laisser paraître de son inquiétude afin de ne pas les décourager, changea insensiblement de direction, comme dans le dessein d'envelopper l'ennemi puis, faisant faire tout à coup à son armée une conversion, il la tira de ce mauvais pas sans qu'elle se doutât de rien, et sans perte. XIV. P. Décius, tribun des soldats, voyant pendant la guerre des Samnites le consul Cornélius Cossus serré de près par les ennemis dans une position désavantageuse, lui persuada d'envoyer une petite troupe occuper une colline voisine, et s'offrit pour commander ce détachement. L'ennemi, attiré sur ce point, et laissant échapper le consul, enveloppa Décius et l'assiégea. Mais Décius se déroba lui-même à ce danger, en faisant, la nuit, une sortie vigoureuse; et il alla rejoindre le consul sans avoir perdu un seul homme. X V. Le même stratagème fut employé sous le consul Atilius Calatinus par un de ses lieutenants, dont le nom est diversement rapporté par les historiens les uns l'appellent Labérius, les autres Q. Cæditius, le plus grand nombre Calpurnius Flamma. Celui-ci donc, voyant l'armée engagée dans une vallée dont l'ennemi occupait les flancs supérieurs, demanda avec instance et obtint une troupe de trois cents hommes; et, après les avoir exhortés à sauver les autres par leur courage, il courut se poster au milieu même de la vallée. L'ennemi descendit de partout pour les écraser, et, arrêté là par un long et opiniâtre combat, donna au consul le temps de tirer l'armée de cette mauvaise position. XVI. Le consul L. Minucius se trouvant enfermé dans un défilé en Ligurie, quand déjà le souvenir du désastre de Caudium était présent à tous les esprits, fit courir vers la gorge qu'occupait l'ennemi quelques cavaliers des auxiliaires numides, que devaient faire mépriser non-seulement leur mauvaise mine, mais la laideur de leurs chevaux. L'ennemi y fit d'abord attention et, pour n'être pas harcelé, il leur opposa un détachement. Les Numides, pour se rendre plus risibles, affectèrent de se laisser choir de leurs chevaux, et de se donner en spectacle. La nouveauté de la chose attira les barbares, qui relâchèrent leurs rangs et dégarnirent leurs postes. Alors les Numides, remontant peu à peu à cheval et donnant de l'éperon, s'échappèrent par les intervalles et, se jetant sur les plaines les plus proches, forcèrent les Liguriens de quitter les Romains pour défendre leur pays, et de laisser échapper l'ennemi de sa prison. XVII. L. Sylla, pendant la guerre sociale, se voya t surpris près d'Ésernie, dans une position difficile, demanda une entrevue à Mutilus qui commandait l'armée ennemie, et traita des conditions de la paix sans rien conclure; puis, profitant de la négligence où cette suspension d'armes avait fait tomber l'ennemi, il se sauva pendant la nuit, après avoir laissé là un trompette qui, pour faire croire à la présence des troupes, devait sonner les différentes veilles, et le rejoindre après la quatrième; et il conduisit son armée en lieu sûr, avec tous les bagages et les machines de guerre. XV1II. Le même, dans la guerre contre Archélaüs, lieutenant de Mithridate, en Cappadoce, voyant surpris en un lieu désavantageux par la multitude des ennemis, leur fit des propositions de paix. Puis, mettant à profit le temps de la trêve, et ayant par là détourné l'attention de son adversaire, il lui échappa. XIX. Asdrubal, frère d'Annibal, ne pouvant sortir d'un défilé dont l'entrée était occupée par les ennemis, se mit à négocier avec Claudius Néron, et s'engagea, s'il le laissait aller, à quitter l'Espagne. Puis, en jouant sur les conditions, il gagna quelques jours, pendant lesquels il ne manqua pas une seule occasion de faire échapper, par petits corps, son armée par des sentiers étroits et pour cela négligés. Lui-même, s'enfuit après, avec le reste de ses troupes légères. XX. Spartacus avait été enfermé, par M. Crassus, d'un grand retranchement; la nuit, il le fit remplir de cadavres de captifs et d'animaux, et put ainsi le franchir. XXI. Le même, assiégé sur le Vésuve, non seulement se sauva par l'endroit le plus escarpé et pour cela le moins gardé de la montagne, au moyen de chaînes de bois pliant, le long desquelles il se coula; mais, attaquant Clodius sur un autre point, il effraya tellement son corps d'armée, qu'on vit quelques cohortes s'enfuir devant soixante-quatre gladiateurs. XXII. Le même, enveloppé par le proconsul P. Varinius, fit attacher tout droits, à des pieux dressés devant la porte de son camp, des cadavres vêtus et armés, afin que l'ennemi les prît de loin pour des gardes; puis il fit allumer des feux partout. L'ennemi s'étant laissé prendre à cette apparence, il se retira, la nuit, en silence. XXIII. Brasidas, général des Lacédémoniens, se laissa envelopper à dessein, au siège d'Amphipolis, par les troupes des Athéniens, bien supérieures aux siennes, afin d'affaiblir son ennemi en divisant ses forces; puis il s'échappa par l'endroit le plus faible. XXIV. Iphicrate, en Thrace, ayant assis son camp dans un lieu bas, avait vu les ennemis se saisir d'une colline voisine, d'où il n'yavait qu'un chemin pour descendre l'accabler. Il laissa la nuit peu de gens dans l'intérieur du camp, et ordonna d'allumer beaucoup de feux puis il fit sortir son armée, la rangea sur les côtés de ce chemin unique, et laissa passer les barbares. Le désavantage du lieu, qui était d'abord contre lui-même, ayant tourné contre eux, il accabla l'ennemi par derrière avec une partie de son armée, et avec l'autre il établit son camp. XXV. Darius, voulant tromper les Scythes sur sa retraite, laissa dans son camp des chiens et des ânes, dont les cris firent croire aux barbares qu'il y était encore. XXVI. Les Ligures trompèrent une de nos armées par un semblable artifice. I ls attachèrent çà et là à des arbres de jeunes boeufs, qui, par de continuels mugissements, donnèrent à penser que l'ennemi était dans son camp. XXV.. Hannon, enfermé par les ennemis, fit amasser des broussailles dans l'endroit le plus favorable pour sa retraite, et y mit le feu. Alors les ennemis étant accourus aux autres passages pour les garder, il se sauva à travers la flamme, après avoir averti ses gens de couvrir leur visage de leurs boucliers, et leurs jambes de quelques hardes. XXVIII. Annibal, manquant de vivres, et se voulant retirer d'un lieu désavantageux, où il était serré de près par Fabius Maximus, attacha, la nuit, des fagots de sarment aux cornes de quelques boeufs, y mit le feu, et les chassa du camp. Ces animaux, effarouchés par la flamme que le mouvement même faisait grandir, se répandirent, dans le plus grand trouble, sur les montagnes où on les avait poussés, et les firent paraître tout en feu. Les Romains, qui étaient accourus à ce spectacle, crurent d'abord à un prodige; puis, ayant rapporté à Fabius ce qu'il en était, celui-ci, dans la crainte de quelque embûche, retint ses soldats dans le camp; et les barbares, délivrés de tout obstacle quittèrent le leur.

CHAPITRE VI.

Des embuches dressées sur le passage.

EXEMPLE 1. Fulvius Nobilior, passant du pays des Samnites dans celui des Lucaniens, et ayant appris par des transfuges que l'ennemi attaquerait son arrière-garde, fit marcher en avant sa plus brave légion, et son bagage à la queue. L'ennemi, prenant cet arrangement pour une occasion, se mit à piller le bagage. Fulvius partagea la légion dont j'ai parlé en deux corps fit placer cinq cohortes du côté droit de la route, et cinq du côté gauche; et, tandis que l'ennemi était occupé au pillage, déployant tout à coup ses troupes sur les deux flancs, il l'enferma, et le tailla en pièces. II. Le même étant suivi de près par l'ennemi, et ayant à traverser une rivière qui, pour n'être pas assez forte pour empêcher le passage, était assez rapide pour le retarder, mit en embuscade sur l'autre bord une de ses légions en sorte que l'ennemi, méprisant son petit nombre, fut plus hardi à le poursuivre. L'ennemi s'y étant laissé prendre, la légion sortit de son embuscade, l'attaqua, et le détruisit. III. Ipicrate, forcé par la nature des lieux, en Thrace, de conduire son armée par longues files, reçut la nouvelle que l'ennemi allait en attaquer la tête. Il jeta quelques troupes sur les deux flancs, avec ordre de se tenir en repos, tandis que le reste de l'armée, feignant de fuir, hâterait la marche. Au passage des troupes, il retenait tous les soldats d'élite. Et lorsque l'ennemi se fut fatigué à piller, fondant sur lui avec des soldats reposés et en bon ordre, il le battit, et lui ôta son butin. IV. Notre armée ayant à passer dans la forêt Litana, au pays des Boïes, ceux-ci en avaient coupé les arbres de telle sorte qu'ils tinssent au tronc par un fil et ils s'étaient cachés à l'autre bout du bois. Quand nous y fûmes entrés ils poussèrent les derniers arbres sur les premiers, et sous cette chute prolongée ils accablèrent un grand nombre de nos soldats.

CHAPITRE VII.

Comment on peut se passer des choses dont on manque, ou y suppléer.

EXEMPLE I. L. Cécilius Métellus, manquant de vaisseaux pour embarquer ses éléphants, lia ensemble des tonneaux, et y établit un plancher, sur lequel il leur fit traverser le détroit de Sicile. Il. Annibal, ne pouvant faire entrer ses éléphants dans un fleuve dont les eaux étaient profondes, et manquant de radeaux, faute de matériaux pour en construire, fit blesser sous l'oreille le plus farouche de ces animaux, par un homme qui avait ordre de se jeter dans le fleuve et de le passer à la nage. L'éléphant, exaspéré par la douleur, se jette à sa poursuite et passe le fleuve, entraînant tous les autres par son exemple. III. Les chefs carthaginois, ayant à équiper une flotte, et manquant de joncs pour les cordages, employèrent les cheveux de leurs femmes. IV. Les Massiliens et les Rhodiens firent la même chose. V. M. Antoine, s'enfuyant de Modène, donna des écorces à ses soldats, en guise de boucliers. VI. Spartacus et ses soldats étaient armés de boucliers formés d'osier et recouverts de peaux. VII. Il n'est point hors de propos, j'imagine, de rapporter ici le noble trait d'Alexandre de Macédoine, alors que traversant les déserts de l'Afrique, et souffrant de la soif avec toute son armée, il répandit à terre, à la vue de tous, l'eau que lui apportait un soldat dans son casque faisant plus de bien, par cet exemple de tempérance, que s'il eût pu partager cette eau avec tous ses soldats.

CHAPITRE VIII.

Comment on sème la division parmi les ennemis.

EXEMPLE I. Tandis que Coriolan se vengeait par la guerre de l'affront qu'il avait reçu, il ordonna que dans la dévastation de toutes les terres appartenant aux plébéiens on ne toucherait pas à celles des patriciens, pensant par ce moyen exciter des discordes qui rompraient l'union des Romains. IL Annibal, se voyant inférieur à Fabius par le courage et les talents militaires, essaya de le déshonorer. Il respecta ses terres, en saccageant tout le pays. Mais Fabius, par un effet de sa grandeur d'âme, et pour couper court à tout soupçon, les vendit. III. Fabius Maximus, dans son cinquième consulat, ayant affaire aux Gaulois, aux Ombriens, aux Étrusques et aux Samnites, ligués contre le peuple romaiu, occupait un camp fortifié près de Sentinum, au delà de l'Apennin. Il écrivit à Fulvius et à Postumius qui gardaient Rome, d'amener leur armée sur le territoire de Clusium. L'ordre exécuté, les Étrusques et les Ombriens quittèrent leurs confédérés pour aller défendre leur pays. Restés seuls, les Samnites et les Gaulois furent attaqués par Fabius et son collègue Décius, et battus. IV. M. Curius faisait la guerre aux Samnites, qui, après avoir rassemblé une grande armée, abandonnant leur pays, s'étaient jetés sur le nôtre. Il envoya dans la Sabine, par des chemins inconnus, une troupe qui se mit à ravager leurs champs et à incendier leurs villages. Les Sabins, pour éloigner ce fléau de leur pays, se retirèrent; en sorte que Curius put dévaster leurs terres, rejeter une armée sans combattre, et lui tuer du monde dans le désordre de la retraite. V. T. Didius, se défiant de son petit nombre, traînait la guerre en longueur, jusqu'à l'arrivée de deux légions qu'il attendait. Ayant appris que l'ennemi devait aller à leur rencontre, il assemble ses soldats, et leur ordonne de se tenir prêts pour la bataille; il se relâche à dessein dans la garde des prisonniers, dont quelques-uns, parvenus à s'échapper, vont annoncer aux leurs que le combat est prochain. L'ennemi dans cette perspective, ne voulant pas diviser ses forces renonça à son projet d'aller au-devant des légions, lesquelles arrivèrent en toute sûreté au camp de Didius. VI. Dans la guerre punique, quelques cités qui s'étaient résolues à passer aux Carthaginois avaient donné aux Romains des otages qu'elles désiraient reprendre, avant de se déclarer. Elles feignirent qu'il venait d'éclater entre des pays limitrophes une sédition que la présence de députés romains pouvait seule apaiser. On en envoya, qu'elles retinrent à titre de contre-otages, et qu'elles ne rendirent qu'après avoir recouvré les leurs. VII. Les députés romains qu'on avait envoyés à Antiochus, alors qu'après la défaite des Carthaginois il avait auprès de lui Annibal, avec lequel il tenait conseil contre les Romains, ouvrirent des conférences avec Annibal, et parvinrent ainsi à le rendre suspect à ce roi, auquel il avait su se rendre cher et utile par son adresse et ses talents militaires. VIII. Q. Métellus, faisant la guerre à Jugurtha, gagna les envoyés de ce roi, et les détermina à le trahir. Il en vint d'autres, avec lesquels il en fit autant. De même avec une troisième ambassade. Mais on ne réussissait pas à prendre Jugurtha, car Métellus le voulait avoir vivant. Toutefois il obtint plus qu'il n'espérait; car les lettres écrites aux amis du roi ayant été interceptées, Jugurtha sévit contre eux, et, privé ainsi de ses conseillers, il ne put par la suite se faire des amis. IX. C. César avait su par un soldat, pris en faisant de l'eau, qu'Afranius et Pétréius devaient décamper dans la nuit. Voulant empêcher es desseins des ennemis sans dommage pour les siens, la nuit arrivée, il fit donner le signal du départ, et envoya le long du camp ennemi des mulets qu'on chassait à grand bruit. Ce bruit, prolongé à dessein retint les Pompéiens, qui crurent que César lui-même décampait. X. Scipion l'Africain, voulant intercepter un corps d'auxiliaires qui arrivait, avec un convoi de vivres, au camp d'Annibal, envoya en avant M. Thermus, qu'il devait soutenir de sa personne. XI. Denys, tyran de Syracuse, au moment où les Africains, en nombre immense, s'apprêtaient à passer le détroit de Sicile pour venir l'assiéger, fit fortifier plusieurs places et donna l'ordre à ceux qui les gardaient de les livrer à l'ennemi des son arrivée, et une fois libres de se rendre secrètement à Syracuse. Les places prises, il fallut que les Africains y missent garnison et aussitôt que Denys les eut réduits au petit nombre qu'il voulait, il put les attaquer presque à force égale, ayant tous les siens réunis contre des adversaires dispersés. XII. Agésilas de Lacédémone, portant la guerre à Tissapherne, feignit de se rendre en Carie, comme s'il eût cru plus commode de combattre dans un pays montueux un ennemi qui le surpassait en cavalerie. Ce dessein annoncé tout haut ayant attiré Tissapherne en Carie, Agésilas se jeta brusquement sur la Lydie, où était la ville capitale du royaume il en défit les habitants, et s'empara des trésors du roi.

CHAPITRE IX.

Comment on apaise une sédition.

EXEMPLE 1. Le consul A. Manlius, ayant découvert que le corps d'armée en quartier d'hiver dans la Campanie avait comploté d'égorger ses hôtes et de piller leurs biens, fit répandre le bruit qu'ils camperaient l'hiver suivant dans les mêmes lieux. Ce bruit dérangea les desseins des conjurés, et sauva la Campanie. Quant à Manlius, il saisit la première occasion de punir les coupables. Il. L. Sylla, voyant les légions romaines en proie à toutes les fureurs d'une désastreuse sédition, sut, par sa prudence, ramener ces furieux à la raison. Il fit annoncer que l'ennemi approchait; on cria aux armes, on donna le signal du combat. En un moment la sédition tomba, tous les soldats étant d'accord contre l'ennemi. III. Cn. Pompée, après que son armée eut massacré le sénat de Milan, craignant d'exciter du tumulte s'il appelait isolément les coupables à son tribunal les fit venir, mêlés à ceux qui étaient innocents de ce massacre. Les meurtriers comparurent avec moins de crainte, n'étant point séparés de leurs camarades, et ne pensant pas qu'on les eût fait venir pour ce crime; et quant à ceux qui n'avaient rien à se reprocher, ils firent bonne garde autour des coupables, pour n'être pas compromis eux-mêmes et souillés par leur fuite. IV. Quelques-unes des légions de César s'étaient mutinées, jusqu'à vouloir attenter à la vie de leur général. César, affectant d'être sans crainte, marcha droit aux soldats et comme ils demandaient leur congé, il le leur accorda, la menace sur le visage. Saisis de repentir, ceux-ci firent des excuses à leur général, et se montrèrent dans la suite plus obéissants.

CHAPITRE X.

Comment on résiste à une demande internpestive de combat.

EXEMPLE I. Q. Sertorius avait appris par expérience que seul il était hors d'état de tenir tête à toutes les forces romaines. Voulant rendre cette vérité sensible aux yeux des barbares, qui le pressaient témérairement de les mener au combat, il fit amener avec deux chevaux, dont l'un était vigoureux, et l'autre maigre et chétif, deux jeunes gens offrant la même inégalité; et il commanda au plus robuste d'arracher d'un coup la queue du cheval chétif, et au plus faible d'enlever poil à poil la queue du cheval vigoureux. Le faible fit ce qu'on lui avait commandé; mais le robuste s'épuisant sans effet sur le cheval chétif « Voici, dit Sertorius, un exemple qui vous montre la nature des cohortes romaines si vous les attaquez en masse, elles sont invincibles; harcelées en détail et par petits corps, on en peut venir à bout. » lI. Le même, voyant les siens demander imprudemment le signal du combat, et croyant qu'ils désobéiraient à leur chef s'ils n'en venaient aux mains, permit à un escadron de cavalcrie d'aller harceler les ennemis. Cet escadron ayant le dessous il en renvoya d'autres pour le soutenir puis il fit faire retraite à tous. Et, les ayant ainsi conservés, il leur demanda quelle eût été l'issue du combat qu'ils avaient voulu. Depuis lors, il n'y eut pas de soldats plus obéissants. III. Agésilas, de Lacédémone, étant campé contre les Thébains sur le bord d'une rivière, et voulant ôter aux siens l'envie d'en venir aux mains avec une armée qu'il savait supérieure en forces, allégua une réponse des dieux, qui lui ordonnait de ne combattre que du haut des collines et, laissant près de la rivière un petit poste, il s'approcha en effet des collines. Les Thébains, croyant qu'il en agissait ainsi par crainte, passèrent la rivière; et après avoir débusqué sans peine le petit poste, emportés par l'ardeur de la poursuite, ils furent vaincus par le petit nombre, grâce au désavantage du lieu. IV. Scorylon, chef des Daces, sachant le peuple romain déchiré par les guerres civiles, et ne voulant néanmoins rien entreprendre contre eux, parce que la guerre étrangère aurait pu rétablir la concorde entre des citoyens divisés, fit combattre en présence de sa nation deux chiens et taudis qu'ils étaient le plus acharnés, il fit paraitre un loup, sur lequel les chiens se jetèrent, oubliant leur querelle. Par cet exemple, il détourna les barbares d'un entraînement qui ne pouvait que servir les Romains.

CHAPITRE XI.

Comment on excite une armée au combat.

EXEMPLE I. Les consuls M. Fabius et Cn. Manlius faisaient la guerre aux Étrusques. Leur armée, travaillée par la sédition, refusait de combattre eux-mêmes firent semblant d'hésiter, jusqu'à ce que les soldats, forcés par les outrages de l'ennemi demandassent le combat, et jurassent d'en revenir vainqueurs. II. Fulvius Nobilior, forcé de combattre avec peu de monde l'armée samnite, qui était nombreuse, et que des succès récents avaient enflée, feignit qu'une des légions ennemies, gagnée par lui, avait trahi. Pour en faire foi, il donna ordre aux tribuns, aux primipiles et aux centurions, de réunir tout ce qu'ils avaient d'or et d'argent monnayé ou autre, afin de payer aux prétendus transfuges le prix de leur trahison. Quant à ceux qui apportaient leur argent, il leur promit d'y ajouter d'amples récompenses après la victoire. Cet espoir donna aux Romains allégresse et confiance et le combat, engagé sur-le-champ, se termina par une victoire éclatante. III. C. César, sur le point de combattre Arioviste et ses Germains, dit à ses soldats, que la peur avait troublés, que ce jour-là il ne se servirait que de la dixième légion. Il en résulta que tous furent forcés de bien faire leur devoir, la dixième légion, par le témoignage que César rendait de sa valeur; les autres par la honte, et pour ne pas laisser à autrui toute la gloire du courage. IV. Q. Fabius, sachant bien que l'esprit qui animait les Romains leur rendait tout affront insupportable, et n'attendant d'autre part, des Carthaginois, rien de juste ni de modéré envoya des députés à Carthage pour y traiter de la paix. Ceux-ci n'ayant remporté que des paroles injustes et insolentes, l'ardeur des Romains pour le combat s'en accrut. V. Agésilas, roi des Lacédémoniens, était campé près d'Orchomène, ville alliée. Ayant remarqué que la plupart des soldats y retiraient tout ce qu'ils avaient de plus précieux, il défendit aux habitants de rien recevoir de ce qui appartenait à son armée, afin que le soldat se battît mieux, sachant qu'il se battrait pour tout ce qu'il possédait. VI. Épaminondas, général des Thébains, sur le point d'engager la bataille contre les Lacédémoniens, pour ajouter chez ses soldats à la force du bras celle du coeur, leur dit, en assemblée publique, « que les Lacédémoniens avaient résolu, vainqueurs, d'égorger tout ce qui était homme, d'emmener en captivité les femmes et les enfants, et de détruire la ville de Thèbes » ce qui anima tellement les Thébains, qu'au premier choc ils culbutèrent l'armée lacédémonienne. VII. Leutychidas, chef des Lacédémoniens, qui devait combattre le même jour que la flotte alliée avait remporté la victoire, annonça, quoiqu'il n'en sût rien, que cette partie des forces lacédémoniennes était victorieuse; ce qui devait rendre ses gens plus hardis au combat. VIII. A. Postumius, dans la bataille qu'il livra aux Latins, voyant paraître deux jeunes cavaliers, releva le courage des siens en s'écriant que c'étaient Castor et Pollux, et rétablit ainsi le combat. IX. Le Lacédémonien Archidamus, faisant la guerre aux Arcadiens, fit dresser au milieu du camp un faisceau d'armes consacrées, autour duquel on mena secrètement des chevaux pendant la nuit. Le matin, montrant ces traces aux soldats comme celles des coursiers de Castor et de Pollux, il leur persuada que ces deux frères leur viendraient en aide dans le combat. X. Périclès, général des Athéniens, sur le point d'engager la bataille, remarquant un bois consacré à Pluton, qu'on pouvait découvrir des deux armées, et qui était fort épais et d'une vaste étendue, y cacha un homme d'une grandeur extraordinaire, lequel, chaussé de cothurnes très élevés, vêtu de pourpre, imposant par sa chevelure, et monté sur un char attelé de chevaux blancs, devait, à un signal, sortir du bois, et, appelant Périclès par son nom, l'exhorter, et lui dire que les dieux venaient au secours des Athéniens. Tel fut l'effet de ce stratagème, qu'avant de lancer le javelot les ennemis prirent la fuite. XI. L. Sylla, pour disposer ses soldats à se bien battre, leur fit croire que les dieux lui prédisaient l'avenir. Enfin, avant de donner la bataille en présence de toute son armée on le vit prier une petite statue qu'il avait remportée du temple de Delphes, et lui demander de hâter la victoire qu'elle lui avait promise. XII. Marius avait avec lui une magicienne de Syrie, de qui il faisait semblant d'apprendre l'issue des batailles. XIII. Q. Sertorius, ayant à conduire des barbares rebelles à la raison, menait avec lui à travcrs la Lusitanie une biche blanche d'une grande beauté, et feignait d'être averti par elle de ce qu'il fallait faire ou éviter; en sorte que les barbares obéissaient à tous ses commandements, comme à des ordres d'en haut. On ne doit user de ce genre de stratagèmes qu'avec des gens qu'on sait assez simples pour y avoir foi. II en est d'autres qui peuvent être imaginés de telle sorte, qu'ils paraissent l'ouvrage des dieux eux-mêmes. XIV. Alexandre de Macédoine, sur le point de sacrifier, imprima, au moyen d'une préparation, des caractères sur la main dont l'aruspice devait toucher les entrailles de la victime. Ces caractères donnaient la victoire à Alexandre. Reproduits sur le foie tout chaud, et montrés aux soldats par Alexandre, ils animèrent les courages, comme si le dieu lui-même leur avait promis la victoire. XV. L'aruspice Sudines fit de même, au moment où Eumènes allait donner la bataille aux Gaulois. XVI. Épaminondas, sur le point de combattre les Lacédémoniens pensant qu'il fallait ajouter à la confiance de ses troupes par la religion détacha, pendant la nuit, les armes suspendues aux murs des temples, et qui y servaient d'ornement, et persuada aux siens que les dieux eux-mêmes marchaient derrière eux, et les assisteraient dans le combat. XVII. Agésilas ayant pris quelques-uns de ces soldats perses dont l'extérieur est terrible pour qui les voit dans leur costume, les fit déshabiller, et les montra nus à ses soldats, afin de leur inspirer du mépris pour ces corps blancs et efféminés. X VIII. Gélon, tyran de Syracuse, commençant la guerre contre les Carthaginois, parmi un grand nombre de prisonniers choisit, surtout dans les auxiliaires, ceux qui étaient les plus noirs, et les montra tout nus à ses soldats, pour leur en donner le mépris. XIX. Cyrus, roi des Perses, voulant stimuler l'ardeur de ses troupes, les fatigua tout un jour à abattre des arbres, et le lendemain leur fit faire un repas abondant; puis il leur demanda lequel ils aimaient le mieux. Ceux-ci ayant dit, Le repas « Eh bien, dit-il, c'est par l'une de ces deux choses qu'il faut arriver à l'autre. Vous ne pouvez vivre libres ni heureux si vous ne triomphez pas des Mèdes. » C'est ainsi qu'il leur inspira le désir de combattre. XX. L. Sylla, dans un combat près du Pirée, contre Archélaüs, lieutenant de Mithridate, ayant à faire marcher des soldats trop peu pressés de combattre, finit en les occupant de travaux pénibles par leur en faire demander d'eux-mêmes le signal. XXI. Fabius Maximus, craignant que par confiance dans les vaisseaux, où son armée pouvait se retirer, elle ne se comportât moins vaillamment, les fit brûler avant de donner le signal du combat.

CHAPITRE XII.

Comment on dissipe les craintes que de mauvais présage,s ont inspirées avx soldats.

EXEMPLE I. Scipion, débarquant en Afrique l'armée qu'il amenait d'Italie, fit une chute en sortant de son vaisseau; et comme ses soldats en paraissaient étonnés, il sut, par sa fermeté et sa grandeur d'âme, tourner en un sujet d'encouragement ce qui les avait effrayés « Applaudissez, soldats, leur dit-il j'ai tenu l'Afrique sous moi. » II. C. César étant tombé en montant sur son navire « Je te tiens, dit-il, ma mère; » montrant par là qu'il entendait bien retourner au pays d'où il partait. III. Le consul T. Sempronius Gracchus étant rangé en bataille contre les Picentins, tout à coup la terre trembla; ce qui ayant troublé les esprits dans les deux armées, il rassura les siens; et, les exhortant à se jeter sur un ennemi qu'une crainte superstitieuse avait abattu, il attaqua les Picentins et les défit. IV. Les boucliers des cavaliers de Sertorius et le poitrail de leurs chevaux ayant paru tout sanglants, il leur fit voir dans ce prodige un présage de victoire, ces choses étant sujettes à s'ensanglanter dans le combat. V. Épaminondas, voyant ses soldats attristés de ce que la banderole qui pendait à sa lance avait été emportée par le vent sur le tombeau d'un Lacédémonien « Rassurez-vous, leur dit-il; c'est un présage de mort pour les Lacédémoniens car on ne pare les tombeaux que pour les funérailles ». VI. Son armée ayant vu avec épouvante tomber du ciel, pendant la nuit, une torche enflammée « C'est, dit-il, une lumière que les dieux nous envoient. » VII. Sur le point de donner bataille aux Lacédémoniens, le siege sur lequel il était assis s'étant rompu, et les soldats, dans leur trouble, y voyant un mauvais présage «C'est, dit-il, qu'on nous défend de nous asseoir. » VIII. C. Sulpicius Gallus, sachant qu'une éclipse de lune était prochaine, la prédit à ses soldats pour qu'ils n'y vissent pas de prodige, en nota les circonstances, et en indiqua les causes. IX. Agathocle de Syracuse, sur le point de combattre les Carthaginois, voyant ses soldats effrayés d'un commencement d'éclipse de lune, la veille du jour de la bataille, leur en dit la raison, et leur fit comprendre que ce phénomène quel qu'il fût, était un effet naturel, et n'avait aucun rapport avec leurs desseins. X. La foudre étant tombée sur le camp de Périclès à la grande terreur des soldats, il les réunit en assemblée, et faisant jaillir du feu de deux cailloux, il calma les esprits, en leur apprenant que la foudre n'était, de même, que l'effet du choc de deux nuages. XI. Timothée d'Athènes, sur le point de livrer bataille sur mer aux Corcyréens, voyant son pilote donner le signal de la retraite à la flotte à peine partie, parce qu'un des rameurs avait éternué:"On s'étonne, dit-il, que parmi tant de milliers d'hommes il y en ait un qui se soit enrhumé? » XII. La foudre étant tombée, en une pareille rencontre, devant le navire que montait Chabrias, et les soldats s'effrayant de ce prodige "C'est le moment, dit-il, d'engager le combat; car Jupiter, le plus grand des dieux, nous avertit qu'il vient à notre secours."

LIVRE II

PRÉFACE.

Après avoir réuni, dans le premier livre de cet ouvrage, des exemples qui suffiront, je le pense, pour apprendre à un général ce qu'il doit faire avant la bataille, nous allons en donner maintenant de ce qui se fait d'ordinaire pendant la bataille même; puis viendra ce qui se fait après. Suivent les chapitres de ce qui se rapporte à la bataille.

CHAPITRE 1.

Du choix du temps pour donner bataille.

EXEMPLE 1. P. Scipion, en Espagne, ayant appris que le général des Carthaginois, Asdrubal avait rangé ses troupes en bataille dès le matin, sans les avoir fait manger, retint les siennes dans son camp jusqu'à la septième heure. Il leur avait d'ailleurs ordonné de prendre du repos et de la nourriture. Sitôt que les ennemis accablés de faim, de soif, et de cette longue immobilité sous les armes, commencèrent à regagner leur camp, il fit sortir tout à coup son armée, engagea le combat, et fut vainqueur. Il. Métellus Pius faisait la guerre en Espagne contre Hirtuleius. Celui-ci étant venu, dès le point du jour, se ranger en bataille devant son camp, dans le moment le plus chaud de l'année, il tint ses troupes dans les retranchements jusque vers la sixième heure; et avec des forces fraîches et entières il vint facilement à bout d'un ennemi que la chaleur avait épuisé. III. Le même, s'étant joint à Pompée contre Sertorius, avait présenté plusieurs fois la bataille à l'ennemi qui s'y refusait, se sentant plus faible que les deux corps d'armées romaines. Mais un jour, voyant les soldats de Sertorius, emportés par l'impatience, demander le combat, s'y préparer par de grands mouvements, et brandir leurs lances, il pensa qu'il n'était pas à propos de s'exposer à leur ardeur, et fit retraite, après avoir conseillé à Pompée d'en faire autant. IV. Le consul Postumius faisait la guerre en Sicile contre les Carthaginois, dont il était éloigné d'environ trois mille pas. Chaque jour les chefs carthaginois venaient se ranger en bataille devant les retranchements et chaque jour Postumius escarmouchait contre eux avec une poignée de soldats. Déjà l'ennemi en avait conçu du mépris contre les Romains, lorsqu'un jour le consul, après avoir fait reposer le reste de ses troupes dans l'enceinte du camp, et tout préparé pour un combat, opposa, selon sa coutume, sa poignée d'hommes aux Carthaginois, mais en lui ordonnant de tenir plus longtemps en sorte qu'après la sixième heure l'ennemi se retirant, accablé et déjà battu par la fatigue et la faim, il lança contre lui des troupes fraîches, et le mit en fuite. V. Iphicrate l'Athénien, ayant remarqué que les ennemis prenaient tous les jours leur repas à la même heure, fit manger ses troupes avant eux et, les rangeant en bataille, il tint l'ennemi en échec, de telle sorte qu'il ne lui fut possible ni de combattre ni de se retirer. Le jour commençant à baisser, il ramena les siens au camp mais en les faisant rester sous les armes. L'ennemi, non moins fatigué d'être resté debout que du manque de nourriture, se hâta de rentrer pour se reposer et manger. Alors Iphicrate fit une sortie, et, profitant de leur désordre, les vint attaquer dans leur camp. VI. Le même ayant son camp depuis plusieurs jours tout près de celui des Lacédémoniens, et voyant que des deux côtés on partait le même jour pour le bois et lefourrage, y envoya un jour tous les valets de l'armée dans l'équipage de soldats, et retint ses troupes dans le camp. Et comme les ennemis s'étaient dispersés pour le même objet, il vint attaquer leur camp; et n'ayant affaire qu'à des gens qui accouraient en tumulte, sans armes, et chargés de fourrage ou de bois, il n'eut pas de peine à les tuer ou à les prendre. VII. Le consul Virginius, qui faisait la guerre aux Volsques, voyant accourir de loin l'ennemi en désordre, fit tenir les siens en repos et les piques basses. Alors, donnant avec toutes ses forces entières contre des soldats hors d'haleine, il les mit en fuite. VIII. Fabius Maximus, qui savait que les Gaulois et les Samnites l'emportaient au premier choc, mais que ses troupes, infatigables au combat, s'échauffaient même par le retard, leur donna l'ordre de se borner à recevoir le choc de l'ennemi, et de le lasser par leur lenteur. L'ordre ayant été exécuté, il fit approcher du renfort, et, donnant à la fois sur l'ennemi avec toutes ses troupes en ligne, il le défit. IX. Philippe, à la bataille de Chéronée, sachant qu'il commandait à des soldats endurcis par la longue habitude de la guerre, et qu'il avait devant lui des Athéniens courageux, mais inexpérimentés, et dont le premier choc seulement était à craindre, traîna à dessein le combat en longueur; et quand il vit le feu des Athéniens ralenti, il précipita la charge, et les mit en déroute. X. Les Lacédémoniens, avertis par des espions que les Messéniens étaient exaspérés au point d'accourir sur le champ de bataille avec leurs femmes et leurs enfants, différèrent le combat. XI. C. César, dans la guerre civile, tenait assiégée, et en proie à la soif, l'armée d'Afranius et de Pétréius. Apprenant que ceux-ci, dans un accès de désespoir, venaient d'égorger toutes les bêtes de somme, et brûlaient de combattre, il retint ses troupes dans son camp, pensant bien qu'il ne ferait.pas bon attaquer des adversaires que la colère avait poussés à un tel excès. XII. Cn. Pompée voulait forcer au combat Mithridate, qui fuyait. Il vint de nuit lui barrer le chemin. Il ne fut pas possible à Mithridate d'éviter le combat. Pompée avait d'ailleurs disposé son armée de telle façon que les soldats du Pout avaient la lune dans les yeux, tandis que, l'ayant à dos, les siens voyaient l'ennemi en pleine lumière. XIII. On dit que Jugurtha, connaissant la valeur romaine, avait coutume d'engager la bataille sur le déclin du jour, afin qu'en cas de fuite, la nuit lui donnât le moyen de se dérober. XIV. Lucullus faisait la guerre à Mithridate et à Tigrane dans la haute Arménie, auprès de Tigranocerte. Il n'avait guère plus de quinze mille hommes, contre un ennemi dont les forces étaient innombrables, mais que cette multitude même embarrassait. Tirant parti de ce désavantage, il attaqua les barbares avant qu'ils fussent rangés en bataille, et les dispersa les deux rois, jetant leurs insignes, prirent la fuite. XV. Tibérius Néron, voyant les bandes farouches des Pannoniens marcher au combat dès le lever du jour, retint ses troupes dans son camp, et laissa l'ennemi exposé à de violentes pluies qui tombèrent tout ce jour-à; et quand il vit les barbares, battus par l'orage et accablés de fatigues, perdre courage et fléchir, il fit donner le signal, les attaqua et les défit. XVI. C. César, en Gaule ayant su qu'Arioviste, le roi des Germains, avait résolu et fait une loi à ses soldats de ne pas combattre tant que la lune serait sur son déclin, choisit ce moment même pour les attaquer, et vainquit sans peine un ennemi affaibli par ce scrupule de religion. XVII. Le divin Vespasien Auguste choisit, pour attaquer les Juifs, le samedi, jour où il leur est défendu de rien faire, et il les défit. XVIII. Lysandre le Lacédémonien, ayant affaire à la flotte athénienne à Ægos Potamos, s'était proposé, pour plan de campagne, de harceler chaque jour l'ennemi, et de faire retraite à la même heure. La chose étant passée en habitude, un jour que les Athéniens, après le départ de Lysandre, se dispersaient pour se reformer, celui-ci se remit en bataille, les attaqua dans leur désordre, fit un massacre des soldats, et s'empara de tous les vaisseaux.

CHAPITRE II.

Du choix du champ de bataille.

EXEMPLE I. M. Curius, remarquant qu'il était impossible de résister à la phalange de Pyrrhus dans un lieu où elle pouvait se déployer, fit en sorte de la combattre dans des défilés, où, pour être trop pressée, elle s'empêchait elle-même. Il. Cn. Pompée, en Cappadoce, choisit pour y placer son camp un lieu élevé, d'où ses soldats, fondant sur l'ennemi d'une course que rendait plus rapide la déclivité du terrain, vainquirent, par la seule force de leur choc, l'armée de Mithridate. III. C. César, ayant à combattre contre Pharnace, fils de Mithridate rangea son armée sur une colline; ce qui lui procura une prompte victoire car les javelots qu'il faisait pleuvoir d'en haut sur les barbares les mirent en fuite. IV. Lucullus, sur le point de livrer bataille à Mithridate et à Tigrane, dans la haute Armérie, près de Tigranocerte, atteignit au pas de course, avec une partie de ses troupes, le plateau d'une colline qui était proche. Et de là fondant sur l'ennemi, et prenant en flanc sa cavalerie, qui tourna le dos et fut précipitée sur une partie de l'infanterie, il remporta une victoire éclatante. V. Ventidius, ayant affaire aux Parthes, attendit, pour sortir de son camp, que les ennemis ne fussent plus qu'à cinq cents pas. Puis courant sur eux sans être attendu, il s'approcha si près de leurs rangs, qu'en se mettant sous leurs flèches, dont ils ne font usage que de loin, il les rendit inutiles. Cette manoeuvre, outre qu'elle témoignait d'une grande confiance, amena la prompte défaite des barbares. VI. Annibal à la journée du Numistron, combattant contre Marcellus, couvrit l'un de ses flancs d'un chemin creux et escarpé; et, s'aidant ainsi de la nature du terrain, il fut vainqueur du célèbre général. VII. Le même, à la bataille de Cannes, ayant remarqué que, par une circonstance que n'offre au même degré aucun autre fleuve, il s'élevait le matin, du Vulturne, un vent violent qui soulevait des nuages de poussière, rangea son armée de telle sorte qu'il avait à dos toute la force du vent, et que les Romains l'avaient aux yeux et dans le visage; ce qui les incommoda si fort, qu'Annibal remporta la mémorable victoire de ce nom. VIII. Marius ayant fixé un jour pour combattre contre les Cimbres et les Teutons, rangea ses soldats devant le camp, et, après le repas, laissa l'ennemi se fatiguer en traversant tout l'espace qui séparait les deux armées. A ce désavantage s'en joignit un autre car il rangea son armée de telle sorte, qu'ils avaient le soleil par devant, et recevaient tout le vent et toute la poussière en plein visage. IX. Cléomène le Lacédémonien ayant affaire à Hippias l'Athénien, qui l'emportait en cavalerie, embarrassa le chemin d'arbres coupés, et le rendit impraticable aux cavaliers. X. Les Espagnols, en Afrique, pour n'être point enveloppés par la multitude des ennemis, s'adossèrent à un fleuve dont les rives étaient fort escarpées; et, ainsi en sûreté sur leurs derrières, ils se jetèrent sur les plus proches et comme ils l'emportaient d'ailleurs en courage, ils détruisirent toute l'armée ennemie. XI. Le Lacédémonien Xanthippe, par un simple changement de lieu changea la fortune de la guerre punique. Appelé comme mercenaire par les Carthaginois désespérés, il remarqua que les Africains, qui étaient supérieurs par la cavalerie et les éléphants, se tenaient sur les collines, et que les Romains, dont toute la force était dans leur infanterie, restaient dans la plaine. Il fit descendre les Carthaginois en rase campagne, rompit les lignes romaines par le moyen de ses éléphants, et, faisant poursuivre parles Numides les soldats dispersés, il défit une armée jusqu'alors victorieuse sur terre et sur mer. XII. Épaminondas, général des Thébains, avant d'en venir aux mains avec les Spartiates, fit courir ses cavaliers sur le front de la bataille; ce qui couvrit l'ennemi de flots de poussière, et lui fit croire qu'il devait s'attendre à un combat de cavalerie. Puis, tournant avec ses gens de pied, il gagna une hauteur qui devait le porter sur les derrières de l'ennemi et l'ayant ainsi attaqué à l'improviste, il le défit. XIII. Trois cents Lacédémoniens, ayant en tête une armée innombrable de Perses, occupaient l'étroit passage des Thermopyles; et, comme la nature du lieu ne permettait pas qu'un plus grand nombre d'hommes de chaque côté en vînt aux mains, devenus par là égaux en nombre aux barbares, auxquels ils étaient si supérieurs en courage, ils en firent un grand massacre; et ils n'eussent point été vaincus, si l'ennemi conduit par le traître Éphialte de Trachinies ne fût venu les prendre en queue. XIV. Thémistocle, général des Athéniens, voyant qu'il était du plus grand intérêt pour les Grecs, à cause de l'immense flotte de Xerxès, de combattre dans le détroit de Salamine, mais ne pouvant persuader son sentiment à ses concitoyens, usa d'adresse, et se servit des barbares pour faire faire aux Grecs, malgré eux, ce qui leur était utile. Il feignit une trahison et envoya dire à Xerxès que les Grecs songeaient à fuir, et qu'il lui serait bien difficile d'attaquer séparément chaque nation. Par ce stratagème, il obtint deux résultats: d'abord l'armée barbare se tint toute la nuit éveillée et sur ses gardes; ensuite, le matin venu Thémistocle, menant des troupes reposées contre une armée fatiguée de veilles, donna la bataille, comme il l'avait voulu, dans un lieu étroit, où Xerxès ne pouvait tirer parti de la seule supériorité qu'il eût, celle du nombre.

CHAPITRE III.

De l'ordre de la bataille.

EXEMPLE I. Cn. Scipion, ayant à combattre contre Haunon près de la ville d'Intibilis, en Espagne, remarqua que, dans l'ordre de bataille des Carthaginois, Hannon avait placé à l'aile droite les Espagnols, troupes vigoureuses mais qui faisaient l'affaire d'autrui, et à l'aile gauche les Africains, moins bons soldats, mais plus résolus. Ramenant sa gauche en arrière, il chargea obliquement l'ennemi avec sa droite, où étaient ses meilleures troupes, battit et mit en fuite les Africains puis tombant sur les Espagnols, qui s'étaient tenus en arrière dans l'attitude de spectateurs, il n'eut pas de peine à les amener à se rendre. II. Philippe, roi de Macédoine, dans un combat contre les Illyriens, voyant que leur front de bataille était fort serré et rempli de leurs meilleures troupes, et que les côtés étaient faibles, rangea tout ce qu'il avait de meilleur à l'aile droite et, prenant en flanc leur aile gauche, mit toute l'armée en désordre, et remporta la victoire. III. Pammène le Thébain, voyant que les Perses avaient placé leurs meilleures troupes à l'aile droite, rangea les siennes dans le même ordre à l'aile droite toute la cavalerie et l'élite de l'infanterie; opposant ainsi à la partie la plus forte de l'armée ennemie la partie la plus faible de la sienne, avec ordre de s'enfuir au premier choc, et de se retirer dans les bois et les lieux escarpés. Trompant ainsi la fleur de l'armée ennemie, lui-même, avec son aile droite, qui était formée de l'élite de ses troupes, il enveloppa les ennemis, et les détruisit. IV. P. Cornélius Scipion, qui fut depuis l'Africain, faisant la guerre en Espagne contre Asdrubal, général des Carthaginois, avait accoutumé, depuis plusieurs jours, de mettre ses meilleures troupes au milieu de la ligne. Les ennemis ayant pris l'habitude de faire de même, un jour que Scipion avait résolu de livrer bataille, il changea son ordre, plaça ses meilleures troupes, à savoir les légionnaires, sur les ailes, et, au milieu, les troupes légères, mais un peu en retraite; de sorte que, combattant avec ses ailes, qui faisaient la force de son armée contre les plus faibles troupes de l'ennemi, il forma le croissant autour de l'armée carthaginoise, et remporta une facile victoire. V. Métellus, dans le combat où il fut vainqueur d'Hirtuléius, en Espagne, voyant que ce général avait mis au milieu ce qu'on regardait comme ses meilleures cohortes, fit faire retraite à son centre, ne voulant pas s'engager contre l'élite de l'armée ennemie avant qu'il eût défait les deux ailes, et enveloppé de tous côtés Hirtuléius. VI. Artaxerxès, qui avait plus de troupes que les Grecs, lorsque ceux-ci entrèrent en Perse, étendit son front de bataille beaucoup au delà du leur; et, mettant sa cavalerie eu tête et ses troupes légères sur les ailes, il fit marcher son centre plus lentement, enveloppa l'ennemi, et le défit. VII. Annibal, tout au contraire, à la bataille de Cannes, fit reculer ses ailes et avancer son centre, et du premier choc renversa les Romains. Le combat engagé, les ailes s'avancèrent lentement en cercle; et, enveloppant l'ennemi qui se jetait sur le centre, il l'enferma des deux côtés et le défit. Les troupes dont il se servit pour cette manoeuvre étaient vieilles et expérimentées. On ne peut faire exécuter un pareil plan que par des soldats habiles, et prêts à tout événement. VIII. Livius Salinator et Claudius Néron, dans la seconde guerre punique, voyant qu'Asdrubal, pour éviter d'en venir aux mains, s'était rangé en bataille sur une colline fort escarpée, derrière des vignobles, retirèrent toutes leurstroupes sur les ailes, et, laissant le centre dégarni, attaquèrent l'ennemi des deux côtés, l'enveloppèrent et le détruisirent. IX. Annibal se voyant souvent battu par Marcellus, avait fini par choisir de telle sorte l'emplacement de son camp ou le champ de bataille, que si les Romains étaient vainqueurs, il pouvait, à la faveur de montagnes, de marécages, ou de telle autre nature de terrain, faire retraite sans perdre de monde; et s'ils étaient vaincus, se donner toute carrière pour les poursuivre. X. Le Lacédémonien Xanthippe, combattant contre M. Attilius Régulus en Afrique, couvrit son front de bataille avec ses troupes légères, plaça son élite au centre, en réserve, et donna l'ordre à ses auxiliaires de se retirer après la première décharge, de se répandre par le flanc sur les deux ailes, et d'en sortir pour envelopper l'ennemi, tandis qu'il serait aux prises avec ses meilleures troupes. XI. Sertorius fit la même chose en Espagne contre Pompée. XII. Cléandridas le Lacédémonien, dans un combat contre les Lucaniens resserra sa bataille pour faire croire son armée moins nombreuse qu'elle n'était; et tandis que, par cette fausse apparence, il donnait confiance à l'ennemi, il étendit tout à coup sa ligoe, prit l'ennemi en flanc, l'enveloppa, et le défit. XIII. Gastron, de Lacédémone, venu au secours des Égyptiens contre les Perses, sachant que les soldats grecs valaient mieux que les Égyptiens, et étaient plus redoutés des Perses, mit sur la première ligne des Grecs armés à l'égyptienne et tandis qu'on se battait avec des chances égales, il détacha un corps d'Égyptiens armés à la grecque. Les Perses, après avoir tenu tête vaillamment à ceux qu'ils prenaient pour des Égyptiens, à l'arrivée de la seconde ligne, qu'ils croyaient composée de Grecs, s'effrayèrent et lâchèrent pied. XIV. Cn. Pompée, en Albanie, devant un ennemi dont la cavalerie l'emportait par le nombre sur la sienne, fit cacher ses fantassins dans un fond près d'une colline, les casques couverts pour que l'éclat de leurs armes ne les trahit pas. Puis il fit avancer sa cavalerie dans la plaine devant les fantassins, avec ordre de se retirer au premier choc; et quand elle aurait reculé jusqu'à l'infanterie, de se jeter sur les flancs. Cette manoeuvre exécutée, l'embuscade se découvrit, l'infanterie se leva tout à coup; et, recevant l'ennemi qui s'était laissé entraîner à sa poursuite, elle se répandit dans ses rangs, et le tailla en pièces. XV. M. Antoine, dans un combat contre les Parthes, accablé par la multitude de leurs flèches, commanda à ses gens de s'arrêter, et de faire la tortue; les flèches venant s'y perdre, l'ennemi s'épuisa, sans faire de mal aux Romains. XVI. Annibal, à la bataille de Zama, en Afrique, avait une armée composée de Carthaginois et d'auxiliaires, ces derniers formés de diverses nations, et même d'Italiens. Il couvrit le front de sa bataille par quatre-vingts éléphants, qui devaient porter le trouble dans la première ligne de Scipion. Il plaça derrière les éléphants les auxiliaires gaulois, liguriens, baléares et maures, lesquels devaient, sinon faire beaucoup de mal à l'ennemi, du moins le fatiguer. Derrière eux, et pour les empêcher de fuir, il mit une ligne d'Africains, puis ses Carthaginois et des Macédoniens, dont les troupes fraîches devaient recevoir les Romains fatigués; enfin, à l'arrière-garde, les Italiens, dont il suspectait la fidélité et redoutait la lâcheté, parce qu'il en avait amené une partie par force de leur pays. Contre cet ordre de bataille Scipion rangea sur trois lignes l'élite des légions, par hastats princes et triaires. Mais au lieu de colonnes non interrompues, il ouvrit entre les compagnies des intervalles par lesquels les éléphants pouvaient passer sans rompre les rangs. Pour qu'il n'y eût point de vide il remplit ces intervalles de vélites, avec ordre de se retirer devant les éléphants, soit sur les derrières de l'armée, soit sur les flancs. Sa cavalerie, partagée en deux corps, fut rangée sur les aigles la cavalerie romaine, à l'aile droite, commandée par Lélius; les Numides, à l'aile gauche, par Masinissa. C'est, sans aucun doute, à un si bel ordre que Scipion dut la victoire. XVII. Archélaüs, dans un combat contre Sylla, mit en front des chariots armés de faux, pour rompre les rangs ennemis; sur la seconde ligne, la phalange macédonienne; sur la troisième, les auxiliaires armés à la romaine, avec un mélange de déserteurs italiens, en qui il se fiait, à cause de leur vitesse. Les troupes légères formaient son arrière-garde. Il rangea sur les ailes sa cavalerie, qui était nombreuse, et qui devait envelopper l'ennemi. A ce plan de bataille voici ce qu'opposa Sylla il couvrit les deux flancs d'un fossé profond, avec des sorties aux deux bouts; ce qui empêcha l'en.nemi, supérieur par le nombre des gens de pied, et surtout par la cavalerie, de le tourner et de l'envelopper. Il rangea ensuite son infanterie sur trois lignes, en laissant des intervalles pour les troupes légères. La cavalerie fut placée à l'arrière-garde, et pour être lancée où l'action le demanderait. Les postsignaires ( Les soldats placés derrière les enseignes) de la seconde ligne eurent ordre de planter en terre et fort près un grand nombre de pieux, entre lesquels il fit retirer les antésignaires (Les soldats commis à la garde du drapeau, ou ceux qui marchaient devant les enseignes). Sitôt que les chariots approchèrent, alors, à un cri poussé par toute l'armée, les vélites et les troupes légères déchargèrent leurs flèches sur les conducteurs de chariots, qui, embarrassés dans les pieux, ou épouvantés par ces cris et cette nuée de flèches, se retournèrent contre les leurs, et mirent le désordre dans la phalange macédonienne. Celle-ci lâchant pied devant Sylla, Archélaüs fit avancer sa cavalerie pour la soutenir mais la cavalerie romaine lancée tout à coup, la chargea, et acheva la défaite. XVIII. C. César arrêta de même des chariots gaulois, au moyen de pieux fichés en terre. XIX. A la bataille d'Arbèles, Alexandre, craignant la multitude des ennemis, mais plein de confiance dans la valeur de ses Macédoniens les rangea de sorte que, de quelque point qu'on les attaquât, ils pussent faire tête à l'ennemi. XX. Paul Émile, combattant contre Persée, roi des Macédoniens, lequel avait rangé sa double phalange au centre de l'armée, environnée d'infanterie légère, avec la cavalerie aux deux ailes, lui présenta la bataille avec une triple ligne formant le coin, et laissa de l'intervalle pour faire passer les vélites. Cette manoeuvre ne réussissant point, il imagina de battre en retraite pour attirer par cette feinte l'ennemi dans des lieux raboteux, dont il s'était emparé dans ce dessein. Mais comme on soupçonnait sa ruse, et que la phalange le suivait en bon ordre, il fit courir les cavaliers de son aile gauche le long du front de la phalange avec une rapidité qui les protégeait contre les coups, le choc brisant les piques qui leur étaient opposées. Désarmés de leurs piques, les Macédoniens rompirent les rangs et prirent la fuite. XXI. Pyrrhus, combattant pour les Tarentins, près d'Asculum, et appliquant un vers d'Homère qui met les plus mauvaises troupes au milieu, mit à la droite les Samnites et les Épirotes, à l'aile gauche les Brutiens, les Lucaniens et les Sallentins, les Tarentins au milieu. La cavalerie et les éléphants formèrent la réserve. De leur côté, les consuls partagèrent leur cavalerie entre les deux ailes, rangèrent une partie des légions sur la première ligne, et avec le reste formèrent une réserve qu'ils entremêlèrent de troupes auxiliaires. Il y avait, assure-t-on, quarante mille hommes dans chaque armée. Pyrrhus perdit la moitié de la sienne, et les Romains cinq mille hommes. XXII. Cn. Pompée, à la bataille de Pharsale, rangea ses légions sur trois lignes à dix rangs de hauteur, mit les meilleures troupes sur les ailes ot au milieu, remplit les intervalles avec les nouvelles recrues, mit à l'aile droite six cents cavaliers le long du fleuve Énipée, dont le lit et les débordements formaient un marécage; le reste de sa cavalerie fut placé à l'aile gauche avec tous les auxiliaires, pour envelopper l'ennemi. A cet ordre de bataille César opposa celui-ci il rangea de même ses légions sur trois lignes, couvrit son aile gauche par le marais pour n'être point enveloppé et mit à l'aile droite sa cavalerie, entremêlée de fantassins très agiles, et exercés à combattre la cavalerie. Six cohortes furent placées en réserve pour l'événement, et sur le flanc droit de l'armée, du côté où l'on attendait la cavalerie ennemie. Rien ne contribua plus que cette disposition à la victoire remportée par César ce jour-là car à peine la cavalerie de Pompée se fut-elle répandue, que, se levant tout à coup, ils la repoussèrent, et la livrèrent aux coups du reste de l'armée. XXIII. César Gcrmanicus Augustus Imperator, dans un combat de cavalerle contre les Celtes, se voyant arrêté à l'entrée des forêts où l'ennemi se réfugiait, fit mettre pied à terre à ses cavaliers dès qu'ils eurent atteint les bagages de l'ennemi, et continua le combat à pied. Cette manoeuvre lui donna la victoire. XXIV. C. Duilius, voyant les navires carthaginois échapper, par leur agilité, à la pesanteur des vaisseaux romains, et le courage des soldats rendu inutile, imagina des mains de fer pour les accrocher. Dès qu'un navire était saisi, un pont jeté du vaisseau romain y faisait passer les soldats, lesquels prenant les Carthaginois corps à corps, les égorgeaient sur leurs propres navires.

CHAPITRE IV.

Comment on tronble l'ordre de bataille des ennemis.

EXEMPLE I. Le consul Papirius Cursor,fils, après avoir quelque temps combattu à chances égales contre les Samnites, lesquels faisaient une défense obstinée, chargea Spurius Nautius, à l'insu des siens, de faire descendre, d'une montagne située sur les derrières de l'ennemi, une poignée de cavaliers auxiliaires et de valets montés sur des mules, traînant par terre des branches d'arbres avec grand bruit. A cette vue, et pour faire croire à ses troupes qu'elles ne devaient partager avec personne la gloire du combat, il s'écria que son collègue vainqueur s'approchait. Les Romains, pensant qu'il disait vrai, redoublèrent d'ardeur; et les Samnites, effrayés de cette poussière, prirent la fuite. lI. Fabius Rullus Maximus, consul pour la quatrième fois, dans un combat contre les Samnites, après de vains efforts pour rompre la ligne ennemie, fit retirer des rangs les hastats, et les envoya sous le commandement de son lieuteuant Scipion, s'emparer d'une colline d'où l'on pouvait fondre sur la queue de l'armée ennemie. Cette manoeuvre donna de la confiance aux Romains, et effraya les Samnites, qui s'enfuirent. III. Minucius Rufus Imperator, se voyant pressé par les Daces et les Scordisques, qui le surpassaient en nombre, détacha son frère en avant, avec quelques cavaliers et les trompettes avec ordre, sitôt qu'il verrait le combat engagé, de se montrer tout à coup dans une direction opposée, et de faire sonner toutes ses trompettes. La chose ayant été exécutée, le son qui retentissait dans les collines fit croire aux barbares qu'un grand renfort arrivait aux Romains. Frappés de terreur, ils prirent la fuite. IV. Le consul Acilius Glabrion, ayant à combattre contre l'armée que le roi Antiochus avait amenée en Achaïe par le détroit des Thermopyles, avait lutté sans résultat contre les difficultés du terrain. Il allait en être repoussé avec perte, s'il n'eût envoyé Porcius Caton, qui, déjà consulaire, servait alors dans son armée comme tribun militaire, se saisir des hauteurs du mont Callidrome, lequel dominait le camp du roi. Caton en ayant chassé les Étoliens qui y tenaient garnison, se montra tout à coup sur les derrières de l'ennemi. L'armée d'Antiochus se troubla et les Romains les ayant chargés des deux côtés, ils furent battus, mis en fuite, et le camp pris. V. Le consul C. Sulpicius Péticus, sur le point de donner bataille aux Gaulois, fit partir secrètement vers les montagnes voisines les mulets et leurs conducteurs, avec ordre, le combat engagé, de se montrer aux ennemis comme des cavaliers montés sur des chevaux. Les Gaulois, croyant qu'il arrivait du renfort aux Romains, et quoique près de vaincre, lâchèrent pied et s'enfuirent. VI. Marius, aux environs d'Aix, avait résolu de donner bataille le lendemain aux Tentons. Il envoya de nuit, sur les derrières de l'ennemi, Marcellus avec quelques cavaliers et des gens de pied. Pour donner à cette troupe l'apparence d'une multitude, il y joignit des muletiers et des valets armés, ainsi qu'une grande partie des bêtes de charge, la selle sur le dos, pour figurer de la cavalerie. Il leur donna l'ordre, dès qu'ils verraient les deux armées aux mains, de se montrer à dos aux ennemis. Cette ruse effraya si fort les Teutons, que, quoiqu'ils fussent très acharnés, ils prirent la fuite. VII. Licinius Crassus, dans la guerre des esclaves, sur le point de conduire son armée, près de Calamarcus, contre Castus et Gannicus, chefs des Gaulois, détacha derrière une montagne douze cohortes que commandaient les lieutenants C. Pomptinius et Q. Marcius Rufus. Le combat engagé, cette réserve accourut en poussant de grands cris, et culbuta l'ennemi de telle sorte, qu'au lieu d'un combat ce ne fut plus qu'une fuite. VIII. M. Marcellus, craignant que des cris trop faibles ne trahissent son petit nombre, fit crier avec les soldats les valets, les goujats, et tous les gens de suite de l'armée, et donna ainsi l'épouvante à l'ennemi, qui crut qu'il avait de grandes forces. IX. Valérius Lévinns, combattant contre Pyrrhus, tua un soldat; et, montrant son épée ensanglantée, il persuada aux deux armées que Pyrrhus était tué. L'ennemi, se croyant privé de son chef, prit l'épouvante, et s'enfuit dans son camp. X. Jugurtha, dans un combat contre Marius, en Numidie, profitant de ce qu'il avait anciennement appris de latin dans nos camps, courut aux premiers rangs, et se mit à crier, en latin, que Marius était tué; ce qui fit déserter un grand nombre des nôtres. XI. Myronides l'Athénien, dans un combat douteux contre les Thébains, accourut tout à coup vers son aile droite, criant que la gauche était victorieuse ce qui, en redoublant le courage des siens et en abattant celui des ennemis, lui donna la victoire. XII. Crésus opposa une troupe de chameaux à la cavalerie ennemie, qui était en grand nombre ce qui fut un spectacle si nouveau pour les chevaux, qu'en se cabrant ils jetèrent leurs cavaliers par terre puis, se renversant sur les gens de pied, ils les foulèrent aux pieds, et donnèrent la victoire à Crésus. XIII. Pyrrhus, roi d'Épire, dans un combat qu'il eut contre les Romains pour ceux de Tarente, se servit de même de ses éléphants pour mettre le désordre dans les rangs ennemis. XIV. Les Carthaginois firent depuis la même chose dans leurs rencontres avec les Romains. XV. Les Volsques étaient campés près d'un bois et des broussailles. Camille mit le feu à tout ce qui pouvait en porter le ravage jusqu'à leurs retranchements; et il les força ainsi de décamper. XVI. P. Crassus, dans la guerre sociale, fut surpris et coupé de la même sorte avec toutes ses troupes. XVII. Les Espagnols, dans un combat contre Hamilcar, couvrirent le front de leur bataille de chariots attelés de boeufs, et chargés de suif, de soufre et de torches de résine. Sitôt qu'on eut sonné la charge, ils y mirent le feu, et chassèrent les boeufs vers les ennemis qui furent saisis d'épouvante et se dispersèrent. XVIII. Les Falisques et les Tarquiniens équipèrent une partie de leurs gens en prêtres des Furies, avec des serpents et des torches ardentes à la main et, les poussant sur l'armée romaine, ils y mirent le désordre. XIX. C'est ce que firent, avec des torches, les Véiens et les Fidénates. XX. Athéas, roi des Scythes, combattant contre les Triballiens, qui le surpassaient en nombre, envoya les femmes, les enfants, et tout ce qu'il y avait de gens sans armes, avec les ânes et les boeufs, paraître sur les derrières de l'ennemi, tenant la pique haute; et il fit répandre le bruit que c'était un renfort qui lui arrivait du fond de la Scythie. Ce stratagème fit retirer l'ennemi.

CHAPITRE V.

Des embûches.

EXEMPLE I. Romulus, s'étant approché de Fidènes, fit cacher une partie de ses troupes; puis, feignant de prendre la fuite, il attira les Fidénates jusqu'au lieu de l'embuscade, où, surpris en désordre, ils furent taillés en pièces. Il. Le consul Q. Fabius Maximus, envoyé au secours de ceux de Sutrium contre les Étrusques, attira sur lui toutes les troupes ennemies; et, affectant la crainte, il fit semblant de battre en retraite vers des lieux très-élevés. L'ennemi l'y ayant suivi en désordre, il se retourna tout à coup, le chargea, et non-seulement il le battit, mais il lui prit son camp. III. Sempronius Gracchus faisant la guerre aux Celtibériens, fit semblant d'avoir peur, et tintson armée immobile. Il n'envoya en avant que ses troupes légères, pour harceler l'ennemi, et avec l'ordre de lâcher pied tout aussitôt. Cette manoeuvre attira les Celtibériens, qui, s'étant jetés sur lui sans ordre, furent non-seulement taillés en pièces, mais dépouillés de leur camp. IV. Le consul Métellus faisait la guerre en Sicile contre Asdrubal, dont l'immense armée et les cent trente éléphants le tenaient trèsattentif. Il feignit d'avoir peur, et, se tenant enfermé dans Palerme, il tira devant lui un grand retranchement. Quand il vit paraître l'armée d'Asdrubal avec les éléphants à la tête, il donna ordre aux hastats de faire une décharge de javelots sur ces bêtes, et de se retirer aussitôt dans le retranchement. Cette bravade excita les conducteurs, qui poussèrent les éléphants dans le fossé; mais à peine y furent-ils engagés, qu'une partie fut accablée, tuée à coups de traits, et que les autres, se retournant sur leurs gens, mirent le désordre dans toute la ligne. Alors Métellus, saisissant l'occasion, fit une sortie générale, et prenant les Carthaginois en flanc, les tailla en pièces, et se rendit maître d'un grand nombre de prisonniers et des éléphants. V. Tomyris, reine des Scythes, se battant à chances égales avec Cyrus, roi des Perses, fit semblant d'avoir peur, et attira Cyrus en des lieux désavantageux mais bien connus de ses soldats; et là, se retournant tout à coup contre lui, avec l'aide du lieu, elle le défit. VI. Les Égyptiens ayant à livrer bataille près d'un marais, le couvrirent d'herbes marines; puis, engageant le combat, ils firent semblant de fuir, et attirèrent l'ennemi dans le marais. Emporté par son ardeur dans des lieux inconnus, celui- ci s'embarrassa dans la vase, et y fut détruit. VII. Viriath, de voleur devenu chef des Celtibériens, feignant de battre en retraite devant la cavalerie romaine, l'attira dans des marécages très-profonds; et, tandis que lui-même s'échappait par des passages solides et qui lui étaient connus, il défit les Romains égarés dans le marécage, et embourbés. VIII. Fulvius Imperator, dans la guerre de Celtibérie, ayant son camp près du camp ennemi, donna ordre à ses cavaliers de pousser jusqu'à leurs retranchements, et de faire semblant de fuir. Cette manoeuvre renouvelée tous les jours, et les Cimbres s'emportant chaque fois dans la poursuite, Fulvius remarqua qu'ils laissaient leur camp désert. Il fit garder le sien par une partie de son armée, et mena une troupe légère sur les derrières de celui des Gaulois, où il la tint cachée. Dès qu'ils furent sortis comme à l'ordinaire, il détruisit le rempart, qui était sans défenseurs, et s'empara du camp. IX. Les Falisques étant campés sur notre territoire en plus grand nombre que nous, Cn. Fulvius envoya quelques soldats mettre le feu à des maisons éloignées, afin que, s'imaginant que c'était l'ouvrage des leurs, l'espoir du butin les y fit courir en désordre. X. Alexandre, roi d'Épire, faisait la guerre aux Illyriens. Il plaça un corps de troupes dans une embuscade; et, faisant habiller en Illyriens quelques-uns de ses soldats, il leur donna l'ordre d'aller ravager le territoire épirote. A cette vue, les Illyriens se répandirent eux-mêmes pour piller, d'autant plus hardiment que ceux qui les précédaient leur paraissaient envoyés en observation et, ainsi attirés jusqu'au lieu de l'embuscade, ils furent battus et mis en fuite. XI. Leptines le Syracusain, dans une guerre contre les Carthaginois, commanda à ses troupes de ravager le territoire de Syracuse, et de mettre le feu aux maisons de campagne et aux forts. Les Carthaginois crurent que tous ces ravages étaient l'oeuvre de leurs gens; ils sortirent pour les soutenir, et, tombés dans une embuscade, ils furent défaits. XII. Maharbal, envoyé par Carthage contre les Africains révoltés, sachant cette nation très portée pour le vin, en fit mêler une grande quantité avec de la mandragore, substance qui tient le milieu entre un poison et un soporifique; puis, après une escarmouche, il se retira. Vers le milieu de la nuit il fit semblant de prendre la fuite, laissant quelque bagage et tout le vin empoisonné. L'ennemi se jeta dans le camp; et là, dans la joie de la victoire, ayant bu avec excès de cette mixtion, tandis qu'ils étaient étendus par terre comme des corps morts, Maharbal revint sur ses pas, et en fit un grand massacre. XIII. Annibal, sachant qu'il était campé, ainsi que les Romains, dans un pays où le bois manquait, se retira, laissant dans son camp un nombreux bétail. Les Romains s'emparèrent de ce butin; mais n'ayant point de bois pour faire cuire ces viandes, ils se chargèrent d'un aliment indigeste; et, tandis qu'ils étaient sans défiance et appesantis, Annibal revint contre eux, et leur fit essuyer une grande perte. XIV. Tibérius Gracchus, en Espagne, ayant su que les ennemis souffraient du manque de vivres, quitta son camp, où toutes les provisions étaient en abondance ceux-ci l'ayant pris, et s'étant gorgés de tout ce qui s'y trouvait, Gracchus ramena son armée, et les accabla à l'improviste. XV. Dans une guerre contre ceux d'Érythrée, l'ennemi ayant saisi sur un lieu élevé un de leurs espions, le tua et fit mettre les habits du mort à l'un des siens, lequel, faisant des signaux aux Érythréens, les attira dans une embuscade, où ils furent détruits. XVI. Les Arabes, dont la coutume était de s'entr'avertir le jour par de la fumée et la nuit par des feux, commandèrent que ces signaux fussent donnés sans interruption, sauf à l'approche des ennemis. Ceux-ci ne voyant point de lumières, s'imaginèrent qu'on ne se doutait pas de leur arrivée; et s'en étant avancés plus vivement, ils furent taillés en pièces. XVII. Alexandre de Macédoine, ayant à combattre un ennemi campé sur une hauteur couverte de bois, prit avec lui une partie de ses troupes, et donna l'ordre à ceux qu'il laissait d'allumer les mêmes feux qu'à l'ordinaire, de façon à ce que l'on crût toute l'armée présente. Lui-même, conduisant sa troupe par des chemins détournés, attaqua l'ennemi d'une position supérieure, et le chassa. XVIII. Memnon, roi des Rhodiens, ayant plus de cavalerie que l'ennemi, voulait faire descendre celui-ci, des hauteurs où il se tenait, dans la plaine. Il lui envoya quelques soldats dans l'attitude de transfuges, lesquels annoncèrent que l'armée de Memnon était travaillée par une sédition furieuse, et que déjà une partie s'en était détachée. Pour donner plus de crédit à leur rapport, Memnon fit construire çà et là quelques petits forts, comme si les révoltés eussent dû s'y retrancher. L'ennemi, déçu par toutes ces apparences, descendit de ses montagnes pour attaquer ces forts, il fut enveloppé par la cavalerie, et défait. XIX. Arybas, roi des Molosses, attaqué par l'Illyrien Ardiès, dont l'armée était plus forte que la sienne, se débarrassa des femmes et des enfants, qu'il envoya chez ses voisins les Étoliens, faisant répandre le bruit qu'il se mettait lui et ses villes dans leur obéissance. Pour lui, il prit avec lui tout ce qu'il y avait d'hommes capables de porter les armes et dressa une embuscade dans un lieu montueux et escarpé. Les Illyriens, craignant que les Étoliens ne s'emparassent de tout ce qui avait appartenu aux Molosses, accoururent comme au butin, épars et débandés. Surpris par Arybas, qui fondit sur eux de sa cachette, ils furent battus et mis en fuite. XX. T. Labiénus, lieutenant de C. César, voulait livrer bataille aux Gaulois avant l'arrivée des Germains, qu'il savait en marche pour venir à leursecours; il feignitd'avoir peur, campa sur le bord d'une rivière opposée à l'ennemi, et fit publier qu'on se tînt prêt à partir le lendemain. Les Gaulois, croyant qu'il fuyait, passèrent la rivière qui les séparait; mais, tandis qu'ils étaient engagés dans les difficultés du courant, Labiénus revint sur ses pas, et les tailla en pièces. XXI. Annibal avait remarqué que, par la négligence du consul Fulvius, le camp romain était mal fortifié, et que lui-même avait donné plusieurs preuves de témérité. Au point du jour, par un brouillard épais, il fit approcher du rempart quelques soldats, que nos sentinelles prirent pour l'armée. Fulvius se mit en mouvement, et sortit. Pendant ce temps-là, Annibal entrait par le côté opposé, et, se jetant sur les derrières des Romains, il en tua huit mille des plus braves, avec leur général. XXII. Le même, voyant l'armée romaine partagée entre le dictateur Fabius et le chef de la cavalerie Minucius, le premier épiant les occasions, l'autre emporté par l'impatience de combattre, établit son camp entre les deux; et ayant fait cacher une partie de ses troupes dans des anfractuosités de rochers, il en envoya d'autres se saisir d'une hauteur voisine, pour attirer Minucius. Celui-ci sortit de son camp pour les en chasser, les troupes embusquées se levèrent; et c'en était fait de Minucius, si Fabius ne fût accouru pour le dégager. XXIII. Le même, sur la Trébie, ayant devant lui le camp du consul Sempronius Longus, dont le séparait la rivière, fit embusquer près de là Magon et un corps d'élite. Il faisait un froid très vif, Annibal envoya des Numides faire des courses sous le rempart, pour tromper le crédule Sempronius, et l'attirer hors de son camp. Ils avaient ordre, à la première charge, de battre en retraite par des gués connus. Le consul les attaqua et les poursuivit, faisant traverser par une armée à jeun une rivière glacée saisis de froid, épuisés par la faim, ils trouvèrent devant eux Annibal avec une armée repue, chauffée, et frottée d'huile. De son côté, Magon n'avait pas manqué à son rôle; il chargea les Romains en queue, et acheva leur défaite. XXIV. Le même, à Thrasymène, feignant de fuir devant nous, conduisit son armée par d'étroits sentiers au pied des montagnes, et, franchissant le défilé, gagna les lieux découverts. Là il établit son camp et fit ses préparatifs pendant la nuit. Au lever du jour, favorisé par un brouillard qui dérobait ses mouvements il rangea son armée sur les hauteurs qui dominaient le passage, et sur les flancs des montagnes au bas desquelles était le défilé. Flaminius qui le poursuivait comme un fugitif, entra dans le défilé; et, avant qu'il eût songé à une embûche, il fut enveloppé sur les flancs, en front et en queue, et toute son armée taillée en pièces. XXV. Le même, ayant à combattre le dictateur Junius par une nuit profonde, divisa en plusieurs escadrons une troupe de six cents cavaliers, et leur ordonna de faire tour à tour, et sans interruption, des courses le long du camp romain. De cette sorte, il inquiéta et fatigua toute la nuit les Romains qu'accablait d'ailleurs une pluie continuelle; et lorsque Junius fit donner le signal de la retraite, Annibal, à la tête de troupes reposées, attaqua le camp et s'en empara. XXVI. C'est ainsi qu'Épaminondas, assiégeant Athmos, dans le Péloponnèse, autour de laquelle les Lacédémoniens avaient tiré un retranchement, inquiéta l'ennemi toute la nuit avec quelques troupes légères et le jour venu, quand les Lacédémoniens se furent retirés, il fit approcher toute son armée qu'il avait tenue en repos, et, franchissant des remparts sans défenseurs, s'empara de la ville. XXVII. Annibal, à la bataille de Cannes, fit passer du côté de l'ennemi, comme transfuges, six cents cavaliers numides, lesquels, pour inspirer plus de confiance, remirent aux nôtres leurs épées et leurs boucliers. Renvoyés à l'arrière- garde, dès que les deux armées en furent aux mains, ils tirèrent de dessous leurs vêtements de courtes épées qu'ils y avaient cachées, et, ramassant les boucliers des morts, ils taillèrent en pièces l'armée romaine. XXVIII. Les Japydes offrirent aussi au proconsul P. Licinius, comme gages de leur reddition, quelques bourgades de leur pays. Reçus par les Romains et placés sur les derrières de l'armée ils y firent beaucoup de mal. XXIX. Scipion l'Africain avait devant lui deux camps ennemis, celui de Syphax et celui des Carthaginois. Le premier était formé de matériaux propres à l'incendie Scipion résolut d'en faire l'attaque pendant la nuit, d'y mettre le feu, et de profiter de l'effroi des Numides pour les tuer hors de leur camp. D'autre part, il disposa une embuscade pour y recevoir les Carthaginois, qui, selon son calcul, devaient venir au secours des Numides. Les deux choses arrivèrent comme il l'avait prévu. XXX. Mithridate, battu plusieurs fois par Lucullus, et ayant le dessous par la valeur, essaya de l'assassiner. Il détermina un certain Adathas, homme d'une force prodigieuse, à passer à l'ennemi, et, après y avoir gagné la confiance, à commettre le meurtre. Celui-ci tenta courageusement l'entreprise, mais il y échoua. Reçu par Lucullus et enrôlé dans sa cavalerie, il y fut l'objet d'une tacite surveillanoe; on ne voulait pas ajouter foi tout à coup à un transfuge, ni éloigner les autres en le rebutant. Après de fréquents combats, où il s'était comporté vaillamment et avait rendu des services, il finit par faire croire à sa fidélité, et il prit, pour assassiner Lucullus, le moment où, la garde du général congédiée, tout le camp reposait et le prétoire était désert. Le hasard favorisa Lucullus. L'assassin, qui croyait être introduit auprès de Lucullus éveillé, le trouva endormi et se reposant, après une nuit. employée en réflexions et en calculs. Il insista pour entrer, disant qu'il avait à lui donner une nouvelle importante; mais, repoussé opiniâtrement par les esclaves qui veillaient à la sûreté de leur maître, il craignit qu'on ne le soupçonnât; et, se jetant sur des chevaux qu'il avait tout prêts, il se sauva, sans avoir rien fait, au camp de Mithridate. XXXI. Sertorius, campé en Espagne près de la ville de Lauron, en face du camp de Pompée, avait remarqué qu'il n'y avait que deux contrées où l'on pût aller au fourrage, l'une proche des deux camps, et l'autre qui en était loin. Il envoyait ses troupes légères ravager celle qui était proche, défendant qu'aucun homme armé pénétrât dans l'autre; si bien qu'il persuada aux ennemis que la plus éloignée était la plus sûre. Les Pompéiens s'y portèrent en effet; mais Sertorius y avait disposé en embuscade, contre les fourrageurs, Octavius Graecinus avec dix cohortes armées à la romaine, dix cohortes de troupes légères espagnoles, et Tarquitius Priscus avec deux mille cavaliers. Le plan de Sertorius fut exécuté vaillamment. Après avoir exploré le terrain, ceux-ci font cacher, la nuit, dans la forêt ce corps de troupes, dans l'ordre suivant: en tête, les troupes légères espagnoles, comme les plus promptes à ces larcins de guerre plus avant dans la forêt, les pesamment armés; au fond, la cavalerie, pour que le frémissement des chevaux ne les trahit pas. Ils avaient ordre de rester en silence jusqu'à la troisième heure. Déjà les Pompéiens sans défiance, et chargés de fourrage, songeaient à retourner au camp, et l'escorte même, invitée à en prendre sa part, s'était dispersée, quand tout à coup les Espagnols, tombant sur cette troupe éparse avec toute la vitesse propre à leur nation, y mettent le désordre, et en blessent un grand nombre. Avant qu'ils eussent fait résistance, et tandis qu'ils reprennent leurs rangs, les pesamment armés sortent de la forêt, les culbutent et les mettent en fuite; enfin la cavalerie, se jetant à leurs trousses, les taille en pièces sur toute l'étendue du chemin qui les séparait du camp. Pour que personne n'échappât, on avait eu soin de détacher en avant deux cent cinquante cavaliers, qui, courant bride abattue par des chemins de traverse, atteignirent la tête des fuyards avant qu'ils arrivassent au camp. Pompée envoya au secours des siens une légion, avec D. Lélius. Les cavaliers lui firent place, et se retirèrent vers la gauche; puis ils se mirent à la harceler en queue, tandis que ceux qui poursuivaient les fuyards la vinrent attaquer de front en sorte que la légion tout entière, avec son chef, fut écrasée entre deux. Enfin Pompée faisant sortir toute son armée pour la dégager, Sertorius se montra en bataille sur les collines, et empêcha le mouvement de Pompée. Ainsi, outre ce double échec, fruit de la même adresse, il força Pompée à rester spectateur immobile de la défaite de Lélius. Ce fut le premier combat entre Sertorius et Pompée. Celui-ci, au rapport deTite-Live, y perdit dix mille hommes et tous ses bagages. XXXII. Pompée, en Espagne, fit cacher des troupes dans une embuscade, et, feignant d'avoir peur, attira vers ce lieu l'ennemi qui le pressait; et dès que l'occasion en fut arrivée, se retournant sur les ennemis, il les prit de front et sur les deux flancs, les tua jusqu'au dernier, et fit prisonnier leur chef Perperna. XXXIII. Le même, faisant la guerre en Arménie, à Mithridate, qui l'emportait par le nombre et la supériorité de sa cavalerie, plaça de nuit, au fond d'un vallon, cachés sous des broussailles, trois mille hommes de troupes légères et cinq cents cavaliers. Au point du jour, il détacha contre les postes ennemis un corps de cavalerie, avec ordre d'attaquer de telle sorte, que, lorsque toute la cavalerie ennemie avec toute l'armée aurait commencé le combat, il fit peu à peu retraite en gardant ses rangs, et donnât ainsi aux troupes de l'embuscade le temps de se lever et de paraître sur les derrières de l'ennemi. La chose s'exécuta comme il l'avait conçue; l'ennemi, pris entre cette troupe et le corps de cavalerie, qui avait paru fuir et qui se retourna tout à coup, fut taillé en pièces; les chevaux eux-mêmes furent tués par les gens de pied venus jusqu'à portée de la main; et tel fut ce combat, qu'il fit perdre à Mithridate la confiance qu'il avait eue jusque-là dans sa cavalerie. XXXIV. Crassus, dans la guerre des esclaves, avait deux camps près du camp ennemi, vers le mont Cathena. Une nuit, faisant changer de place à ses troupes, il laissa le prétoire dans le grand camp, pour donner le change à l'ennemi, et lui-même fit sortir toutes ses troupes, qu'il rangea au pied de la montagne. Faisant ensuite de sa cavalerie deux corps, il donna l'un à L. Quinctius, pour l'opposer à Spartacus,et l'empécher de prendre part à la bataille; l'autre avait ordre de simuler une attaque contre les Gaulois et les Germains de la faction de Castus et de Gannicus, dans le but de les attirer jusqu'au lieu où Crassus avait fait ranger l'armée. Les barbares s'étant mis à poursuivre ce dernier corps, et les cavaliers se repliant vers les ailes, l'armée romaine se découvrit tout à coup, et s'élança en poussant de grands cris. Au rapport de Tite-Live, trente-cinq mille hommes périrent dans cette bataille; on reprit cinq aigles et vingt-six enseignes, outre de nombreuses dépouilles, parmi lesquelles on retrouva cinq faisceaux avec les haches. XXXV. C. Cassius, faisant la guerre en Syrie contre les Parthes, fit avancer sur le front sa cavalerie, tandis qu'il cachait par derrière ses gens de pied dans un endroit creux. La cavalerie fit retraite dans une direction indiquée d'avance, et entratna sur ses pas l'armée des Parthes jusque dans l'embuscade où elle fut taillée en pièces. XXXVI. Ventidius, ayant affaire à Labiénus et aux Parthes, glorieux de plusieurs victoires retint ses troupes dans son camp, comme s'il eût eu peur; et ayant attiré l'ennemi en des lieux désavantageux, il vint en rampant jusqu'à lui l'attaqua, et en fit un si grand carnage, que les Parthes, privés de Labiénus, abandonnèrent la province. XXXVII. Le même Ventidius, dans.un combat contre tes Parthes que commandait Pharnastane, n'ayant avec lui que peu de troupes, et voyant l'ennemi plein de confiance dans son nombre, fit cacher dix-huit cohortes dans un vallon couvert, non loin de son camp, et disposa de la cavalerie sur leurs derrières. Ensuite il y envoya quelques soldats escarmoucher, lesquels attirèrent l'ennemi à leur poursuite par de là l'embuscade. Alors la réserve se leva sur leurs flanes, et les mit en fuite. Pharnastane fut tué. XXXVIII. C. César et Afranius campaient dans deux plaines faisant face l'une à l'autre, et il était du plus grand intérêt pour les deux chefs d'occuper les collines voisines. L'âpreté des rochers rendant cette expédition difficile, César fit retirer son armée en bon ordre, et comme pour se replier sur Lérida, plan que rendait vraisembianie la disette dont il souffrait. Mais, après un court espace de temps, il revint par un petit circuit pour s'emparer des collines. A cette vue, les Afraniens s'effraient, et, comme si leur camp eût été pris, ils se précipitent vers les collines pour l'y prévenir. César, qui l'avait prévu, les fit charger dans ce désordre, partie par des gens de pied qu'il avait détachés en avant, partie par de la cavalerie lancée sur leurs derrières. XXXIX. Antoine, campé près de Forli, ayant appris que le consul Pansa arrivait contre lui avec son armée, dressa des embûches dans des bois le long de la voie Émilienne, surprit Pansa dans sa marche, et le battit. Pansa lui-même fut blessé, et mourut quelques jours après. XL. Le roi Juba, en Afrique, dans la guerre civile, en faisant semblant de reculer devant Curion, lui inspira une ardeur qui le perdit. Trompé par une vaine espérance, Curion s'acharne à la poursuite de Sabura, le lieutenant du roi; il s'engage dans de grandes plaines, où il est tout à coup enveloppé par la cavalerie numide, son armée taillée en pièces, et lui-même tué. XLI. Mélanthe, général des Athéniens, avait été défié en combat singulier par le roi des ennemis, Xanthe le Béotien. Quand ils furent en présence « C'est mal agir, Xanthe, lui dit-il, et contre toute convention, que d'amener un second avec vous contre un homme seul. » Et comme l'autre, étonné, se retournait pour voir qui l'accompagnait, Mélanthe le tua par derrière d'un seul coup. XLII. Iphicrate l'Athénien, faisant la guerre en Chersonèse, apprend que le général des Lacédémoniens, Anaxibius, menait son armée par terre. Il tire de sa flotte ses meilleurs soldats, les place en embuscade, et fait continuer leur route à ses galères, comme si elles eussent porté toute son armée. L'ennemi, qui ne se doutait de rien, et qui marchait sans défiance, fut attaqué par derrière, et défait. XLIII. Les Liburniens, s'étant retirés dans un lieu où les eaux étaient basses, firent croire à l'ennemi, en n'y montrant que la téte, qu'il y avait là du fond; et la galère qui les poursuivait s'étant engagée dans la vase, ils s'en emparèrent. XLIV. Alcibiade, général des Athéniens, dans l'Hellespont, ayant affaire à Mindare, général des Lacédémoniens, qu'il surpassait par le nombre de ses troupes et de ses vaisseaux, débarqua quelques-uns de ses gens la nuit, laissa une partie de ses vaisseaux en embuscade derrière des caps, et partit lui-même avec une poignée de soldats, pensant que la mauvaise opinion qu'on aurait de son petit nombre engagerait l'ennemi à le poursuivre. Mindare l'ayant en effet poursuivi, AIcibiade fit semblant de fuir, jusqu'à ce que l'ennemi fût à la hauteur de l'embuscade et comme celui-ci voulut se retirer et mettre ses troupes à terre, il fut défait par ceux qu'Alcibiade avait débarqués. XLV. Le même, sur le point de livrer un combat naval, fit mettre quelques mâts sur un promontoire, avec ordre aux soldats qu'il y laissait de déployer les voiles sitôt qu'ils croiraient le combat engagé. L'ennemi crut que c'était une flotte qui arrivait au secours d'Alcibiade, et prit la fuite. XLVI. Le Rbodien Memnon, ayant une flotte de deux cents vaisseaux, et voulant attirer les ennemis au combat, ne fit dresser les mâts que d'un petit nombre de navires, lesquels parurent les premiers en ligne. L'ennemi, qui vit de loin le nombre des mâts, conjectura qu'il n'y avait pas plus de vaisseaux et s'étant venu offrir au combat, il fut enveloppé par le nombre, et vaincu. XLVII. Timothée, général des Athéniens, ayant à combattre sur mer les Lacédémoniens, quand il vit la flotte ennemie s'avancer en ligne, l'envoya harceler par vingt galères des plus agiles, avec ordre d'amuser l'ennemi par toutes sortes d'artifices et de circuits et dès qu'il eut deviné, aux mouvements plus lents de la flotte ennemie, qu'elle était lassée, il l'attaqua, et en vint facilement à bout.

CHAPITRE VI.

Comment on laisse échapper l'ennemi de peur qu'enfermé trop étroitement, le désespoir ne lui fasse recommencer le combat.

EXEMPLE I. Les Gaulois, après le combat qui leur fut livré par Camille, cherchaient des bateaux pour traverser le Tibre. Le sénat les fit transporter sur l'autre rive, et leur envoya des provisions. Plus tard, les mêmes hommes s'enfuyant vers leur pays, on leur ouvrit, à travers le territoire Pomptin, un chemin qui est encore appelé la voie Gauloise. II. L. Marcius, ce chevalier romain auquel l'armée déféra le commandement après la mort des deux Scipions, voyant les Carthaginois qu'il avait enveloppés combattre avec plus d'acharnement pour ne pas mourir sans vengeance, fit ouvrir ses lignes, et, leur donnant de l'espace pour fuir, les massacra dans le désordre de la fuite, sans faire courir de danger aux siens. III. C. César tenait enfermés les Germaios voyant que le désespoir les rendait plus acharnés au combat, il leur fit faire passage, et les attaqua dans leur fuite. IV. Les Romains, acculés au Thrasymène, combattaient avec fureur. Annibal fit retirer ses lignes pour leur donner le moyen de s'échapper; et, tandis qu'ils fuyaient, il les détruisit sans perte pour les siens. V. Antigone, roi de Macédoine, assiégeait les Étoliens dans leur ville. Ceux-ci, pressés par la faim, avaient résolu de faire une sortie, et de mourir les armes à la main. Antigone leur facilita la fuite, et, affaiblissant ainsi leur ardeur, il les poursuivit, les prit en queue, et les détruisit. VI. Le Lacédémonien Agésilas donnait bataille aux Thébains. Voyant que le terrain étroit dans lequel l'ennemi était enfermé lui donnait l'ardeur du désespoir, il fit ouvrir les rangs, et livrer passage aux Thébains; puis, ramassant son armée pour la jeter à leur poursuite, il les prit en queue et les tailla en pièces. VII. Le consul Cn. Manlius, revenant d'une bataille, trouva les Étrusques maîtres du camp romain. Il en occupa toutes les portes avec des troupes; et, à force de tenir l'ennemi enfermé, il l'exaspéra tellement, que, dans un combat qu'ils lui livrèrent, Manlius périt. Avertis par l'événement, ses lieutenants retirèrent les troupes de devant l'une des portes, et donnèrent ainsi passage aux Étrusques. Puis, se mettant à leur poursuite, et rencontrés heureusement par Fabius, l'autre consul, ils taillèrent l'ennemi en pièces. VIII. Thémistocle, vainqueur de Xerxès, empêcha les siens de rompre le pont qu'il avait jeté sur l'Euxin, disant qu'il valait mieux le chasser de l'Europe, que le forcer par le désespoir à tenter de nouveau les chances d'une bataille. Le même fit dire à Xerxès, par un émissaire, qu'il allait tomber dans un grand péril, s'il ne hâtait pas sa fuite. IX. Pyrrhus, roi d'Épire, maître d'une ville ennemie dont il avait fait fermer les portes, remarquant que l'extrême nécessité redoublait le courage des combattants, leur donna le moyen de s'enfuir. X. Le même prince, parmi d'autres préceptes sur l'art du général recommande de ne pas s'acharner à la poursuite d'un ennemi en fuite, non-seulement pour ne pas le forcer par la nécessité à une résistance plus énergique, mais pour le rendre dans la suite plus prompt à lâcher pied, par la persuasion qu'il ne sera pas poursuivi à mort par le vainqueur.

CHAPITRE VII.

Comment on dissimule les échecs.

EXEMPLE I. Tullus Hostilius, roi des Romains, venait de livrer bataille à ceux de Véies, quand les Albains, abandonnant l'armée romaine, gagnèrent les hauteurs voisines, jetant le trouble parmi les nôtres. Tullus fit proclamer que les Albains s'étaient détachés de l'armée par son ordre, et pour envelopper l'ennemi. Ce mensonge, en donnant aux Véiens de la crainte, et en rendant la confiance aux Romains, rétablit le combat. II. Un lieutenant de L. Sylla était passé à l'ennemi, au commencement de la bataille, avec une forte troupe de cavalerie. Sylla fit dire tout haut que c'était par son ordre; et par là, non-seulement il tira ses soldats de la confusion où cet événement les avait jetés, mais, en affectant d'en espérer quelque bon résultat, il raffermit les courages. 1I1. Le même, voyant qu'un corps d'auxiliaires qu'il avait envoyé contre l'ennemi avait été enveloppé et détruit, et craignant que cette perte ne mit l'alarme dans son armée, fit annoncer publiquement qu'ayant su ces auxiliaires résolus à déserter, il les avait envoyés à dessein dans un lieu désavantageux. C'est ainsi qu'en feignant de s'être vengé, il parvint à cacher un désastre si évident, et à relever le courage de ses soldats. IV. Scipion, averti par les ambassadeurs de Syphax qu'il n'eût pas à compter sur l'alliance de ce roi, et ne vint pas sur cette foi en Afrique, craignant que la nouvelle de la perte de cette alliance ne décourageât son armée, fit partir promptement les ambassadeurs, et fit répandre le faux bruit qu'il était appelé par Syphax V. Q. Sertorius, au fort d'une bataille, poignarda le barbare qui lui avait annoncé la mort d'Hirtuléius, tant il craignait que la nouvelle ne s'en répandit dans son armée, et n'y mit le découragement. VI. Alcibiade l'Athénien, mené vivement dans une bataille par ceux d'Abydos, voyant accourir un messager qui apportait des nouvelles fâcheuses, lui défendit publiquement de dire ce qu'il savait. Ensuite, informé secrètement que Pharnabaze, lieutenant du roi de Perse, attaquait sa flotte, il finit le combat sans rien laisser savoir à ses soldats ni aux ennemis; et, conduisant sur le champ son armée au secours de sa flotte, il la tira de péril. VII. Annibal, à son arrivée en Italie, fut abandonné par trois mille auxiliaires de la Carpétanie. Craignant que cet exemple n'ébranlât les autres, il fit annoncer que ces auxiliaires avaient été congédiés par lui; et, pour rendre la chose plus croyable, il renvoya dans leurs foyers quelques soldats dont il attendait peu de services. VIII. L. Lucullus, voyant le corps auxiliaire de cavaliers macédoniens passer à l'ennemi, fit sonner la charge, et envoya des escadrons à sa poursuite. L'ennemi crut qu'il engageait la bataille, et reçut les transfuges à coups de traits. Les Macédoniens, s'apercevant que l'ennemi ne voulait pas d'eux, et qu'ils étaient serrés de près par ceux qu'ils avaient abandonnés, revinrent de force à leur devoir, et se tournèrent contre l'ennemi. IX. Datames, général des Perses, dans un combat contre Autophradate, en Cappadoce, voyant une partie de sa cavalerie passer à l'ennemi, emmena avec lui tout le reste, atteignit les transfuges et les loua d'avoir mis tant d'ardeur à le devancer. Puis il exhorta ceux qui étaient avec lui à les imiter, et à attaquer l'ennemi avec vigueur. La honte fit repentir les transfuges, lesquels, ne se croyant pas découverts, changèrent de résolution. X. Le consul T. Q. Capitolinus, voyant l'aile qu'il commandait lâcher pied, fit courir le bruit qu'à l'autre aile l'ennemi avait été mis en fuite. Par ce mensonge, il rendit le courage à ses soldats, et remporta la victoire. XI. Cn. Manlius, faisant la guerre aux Étrusques, apprend que Fabius, son collègue, qui commandait l'aile gauche, était blessé, et que ses soldats lâchaient pied, le croyant mort. Il court au-devant d'eux avec de la cavalerie, et leur crie que son collègue est vivant, et que pour lui, il est vainqueur à l'aile droite. Cette fermeté ranima les courages, et lui donna la victoire. XII. Dans la guerre de Marius contre les Teutons et les Cimbres, les gens chargés de chercher un emplacement pour le camp l'avaient si mal choisi, que toute l'eau était au pouvoir des barbares. Les soldats demandant à Marius où ils en trouveraient « C'est là, dit-il en montrant du doigt le camp des barbares, c'est là qu'il faut en aller prendre. » Ce mot fut le signal de leur défaite. XIII. Après la bataille de Pharsale, T. Labiénus, réfugié à Dyrrhachium avec les débris du parti vaincu, mêla le faux avec le vrai, et, sans cacher l'issue du combat, il égala les fortunes des deux partis par la fausse nouvelle que César était grièvement blessé; et par ce mensonge il rendit la confiance à ce qui restait des Pompéiens. XIV. Dans le moment que les Étoliens attaquaient la flotte alliée devant Ambracie, M. Caton eut l'audace d'aborder avec une barque; et quoiqu'il n'eût personne derrière lui, il se mit à donner le signal de la voix et du geste, comme s'il eût appelé des navires qui le suivaient. Cette assurance effraya les Étoliens; ils crurent voir s'approcher ceux qu'on appelait de si près, et, craignant d'être accablés par l'arrivée de la flotte romaine, ils levèrent le siége.

CHAPITRE VIII.

Comment la fermeté du général rétablit le combat.

EXEMPLE 1. A la bataille dans laquelle le roi Tarquin défit les Sabins, Servius Tullius, encore jeune, voyant que les enseignes commençaient à se relâcher, prit un drapeau, et le jeta dans les rangs ennemis. Les Romains, pour le ravoir, combattirent si vaillamment, qu'ils le reprirent, et furent vainqueurs. Il. Une des ailes de l'armée que commandait le consul Furius Agrippa venait de lâcher pied. Il arrache l'étendard des mains de l'enseigne, et le lance sur les Èques et les Herniques. Cette action rétablit le combat, tant fut rapide et énergique l'effort des Romains pour reprendre leur drapeau. III. Le consul T. Quinctius Capitolinus jeta le drapeau dans les rangs des Falisques, et donna ordre à ses soldats de l'ailer reprendre. IV. Salvius le Pélignien fit de même dans la guerre Persique. V. M. Furius Camillus, tribun des soldats, avec le pouvoir consulaire, voyant son armée hésiter, saisit un enseigne, et l'entraîne contre les Volsques et les Latins. Les autres eurent honte de ne pas le suivre. VI. L'armée de M. Furius avait tourné le dos. Furius se porte à sa reucontre, et déclare qu'il ne recevra que des vainqueurs dans le camp. Il les ramène au combat, et remporte la victoire. VII. Scip'on, à Numance, voyant son armée tourner le dos, déclara qu'il tenait pour son ennemi personnel quiconque rentrerait au camp. VIII. Servilius Priscus, dictateur, avait donné ordre de marcher contre les Falisques. Un enseigne hésitait; il le fait tuer, ce qui épouvante les autres et les précipite sur l'ennemi. IX. Tarquin, contre les Sabins, voyant sa cavalerie donner mollement, fit ôter la bride aux chevaux et les lança contre la ligne ennemie pour la rompre. X. Cossus Cornélius, maître de la cavalerie, fit de même contre les Fidénates. XI. Le consul M. Atilius, dans la guerre contre les Samnites, voyant les soldats fuir vers le camp, marcha contre eux avec ce qui lui restait de troupes, leur disant qu'ils allaient avoir affaire avec lui et les bons citoyens, s'ils n'aimaient mieux combattre l'ennemi. De cette sorte, il ramena toute l'armée an combat. XII. L. Sylla, dans une bataille contre un corps de troupes de Mithridate, que commandait Archélaüs, voit les légions plier. Il tire son épée, et courant aux premiers rangs « Si l'on vous demande, dit-il, où est votre général, dites que vous l'avez laissé combattant dans les plaines de la Béotie. » Cette parole les piqua d'honneur, et tous le suivirent au combat. XIII. Le divin Jules, à la bataille de Munda, comme les siens lâchaient pied, fit emmener son cheval, et marcha devant eux contre l'ennemi. Ceux-ci, par honte d'abandonner leur général rétablirent le combat. XIV. Philippe de Macédoine, craignant que ses soldats ne pussent soutenir l'effort des Scythes mit l'élite de la cavalerie sur les derrières de son armée, avec ordre de ne laisser personne s'enfuir, et de tuer ceux qui reculeraient: cette menace fit que le plus timide aima mieux périr par la main des ennemis que par celle des siens, et Philippe fut vainqueur.

CHAPITRE IX.

De ce qui se fait après le combat, si les choses ont tourné heureusement; et comment on en finit avec une guerre.

EXEMPLE I. C. Marius ayant vaincu les Teutons, mais empêché par la nuit d'achever leur défaite, les entoura, et, par des cris que jetaient de temps en temps quelques-uns des siens, les tint éveillés jusqu'au lendemain. Il lui fut facile alors de venir à bout d'un ennemi qui n'avait pas pris de repos. II. Claudius Néron, après avoir vaincu l'armée carthaginoise qu'Asdrubal conduisait en Italie, fit jeter sa tête dans le camp d'Annibal; ce qui remplit celui-ci de deuil à cause de la mort de sou frère, et l'armée de consternation, à à eause du renfort qu'elle avait perdu. II1. L. Sylla, assiégeant Préneste, montra aux assiégés, plantées sur des piques, les têtes des chefs qui avaient péri dans le combat, et brisa ainsi toute résistance. IV. Le chef des Germains, Arminius, fit porter de même, devant les retranchements romains, les têtes de ceux qui étaient morts en combattant. V. Domitius Corbulon assiégeait Tigranocerte. Voyant que les Arméniens étaient disposés à faire une longue défense, il fit couper la tête à un grand qu'il tenait prisonnier, et la fit lancer par une baliste dans la ville.Elle tomba par hasard au milieu de l'assemblée où les barbares tenaient conseil. A cette vue, épouvantés comme d'un prodige, il se hàtèrent de faire leur soumission. VI. Hermocrate de Syracuse, après une victoire contre les Carthaginois, craignant que le grand nombre de prisonniers qu'il avait faits ne fussent mal gardés par des soldats qui, dans la joie de la victoire, pouvaient s'abandonner à la sécurité et s'oublier à table, feignit que la cavalerie ennemie devait l'attaquer dans la nuit; cette crainte rendit les sentinelles plus éveillées que de coutume. VII. Le même, après des succès qui avaient fait tomber les soldats dans l'excès de confiance, les voyant se laisser aller au sommeil et au vin envoya dans le camp des ennemis un transfuge, pour les avertir de se garder de fuir, parce que les Syracusains avaient dressé partout des embûches. Cette crainte les ayant retenus, il eut le temps de refaire son armée; et ceux-ci, s'étant plus tard mis en marche, furent poursuivis, précipités dans les fossés, et vaincus.

CHAPITRE X.

Comntent, en cas d'échec, on rétablit les affaires.

EXEMPLE I. T. Didius, en Espagne, après une sanglante bataille dans laquelle la nuit seule avait séparé les combattants, avec de grandes pertes de part et.d'autre, fit secrètement enterrer, la nuit, une grande partie de ses morts. Le lendemain, l'ennemi étant venu pour remplir le même devoir, et trouvant plus de tués parmi les siens que parmi les Romains, crut, d'après ce calcul, avoir eu le dessous, et fit son accord avec Didius. II. L. Marcius, chevalier romain, qui eut le commandement de l'armée d'Espagne après la mort des deux Scipions, voyant les deux camps carthaginois établis à quelque distance l'un de l'autre, après avoir encouragé ses troupes, vint, la nuit, attaquer le plus proche. Il trouva l'ennemi dans le désordre de la confiance après la victoire, et n'en laissa pas un pour porter la nouvelle de la défaite. Puis, après quelques moments de repos donnés aux soldats, dans la même nuit, devançant par sa marche la nouvelle de ce qu'il venait de faire, il emporta l'antre camp. Par cette double victoire il détruisit les forces carthaginoises, et fit recouvrer les Espagnes au peuple romain.

CHAPITRE XI.

Comment on retient dans le devoir ceux dont on se méfie.

EXEMPLE I. P. Valérius,en garnison à Épidaure, craignant, à cause de son peu de troupes, quelque trahison des habitants, fit donner des jeux hors de la ville. La multitude s'y étant portée tout entière, il ferma les portes, et ne laissa rentrer les Épidauriens qu'après avoir reçu des otages des principaux d'entre eux. Il. Cn. Pompée, suspectant les dispositions de ceux de Catane, et craignant qu'ils ne voulussent pas recevoir garnison, leur demanda de loger du moins ses malades; et, y faisant porter comme malades les plus braves de ses soldats, il s'empara de la ville, et la tint en respect. III. Alexandre passant en Asie après avoir vaincu et dompté les Thraces, dans la crainte qu'ils ne reprissent les armes en son absence, emmena avec lui comme pour leur faire honneur, les rois et les gouverneurs du pays, et tous ceux auxquels il supposait quelque regret de leurs libertés perdues; il laissa les gens sans naissance, auxquels il donna pour chefs des plébéiens. De cette sorte, les grands, liés par ses bienfaits, ne voulurent rien entreprendre; et les petits ne le purent, privés qu'ils étaient de leurs chefs. IV. Antipater, voyant l'armée des Néciens accourir, sur la nouvelle de la mort d'Alexandre, pour saccager la Macédoine, feignit d'ignorer ce qui les amenait, et les remercia d'être venus en aide à Alexandre contre les Lacédémoniens. Il ajouta qu'il allait en écrire au roi. Mais il les pria de retourner dans leur pays, leur secours ne lui étant pas, quant à présent, nécessaire; et par ce stratagème il évita un danger que rendait imminent le changement survenu. V. Quand on eut amené à Scipion, en Espagne, parmi plusieurs captives, une jeune fille de la plus grande beauté, et d'un sang noble d'ailleurs, laquelle attirait les regards de tout le monde, il la fit garder soigneusement, et la remit à son fiancé, qui s'appelait Allucius. Pour comble de faveur, il donna en dot à celui-ci tout l'or que les parents de la jeune captive avaient apporté pour sa rançon. Cette générosité conquit la nation tout entière au peuple romain. VI. On dit qu'Alexandre tint la même conduite envers une jeune fille de la plus grande beauté, laquelle avait été promise à un prince d'un pays voisin; et qu'il se montra si continent, qu'il ne voulut même pas la regarder. Le bienfait qui la rendait à son époux lui gagna le coeur de toute la nation. VII. César Auguste Germanicus imperator, dans cette guerre où la victoire lui valut le surnom de Germanique, faisant élever des forts sur le territoire des Ubiens, paya les terrains qui étaient compris dans l'enceinte, et, par cette réputation de justice, se concilia la fidélité des habitants.

CHAPITRE XII.

De ce qu'il faut faire devant un camp, si l'on ne se croit pas assez fort avec les troupes qu'on y commande.

EXEMPLE I. Le consul T. Quinctius, se voyant près d'être attaqué dans son camp par les Volsques, ne garda dans les postes qu'une cohorte, et fit reposer le reste de ses troupes, après avoir donné l'ordre aux trompettes de tourner à cheval autour des retranchements, et de sonner de la trompette. Par ce stratagème, il réussit à la fois à repousser l'ennemi, et à le tenir sur pied toute la nuit; et, au point du jour, une sortie faite tout à coup le rendit facilement vainqueur de troupes que la veille avait épuisées. II. Q. Sertorius, en Espagne, était de beaucoup inférieur en cavalerie à l'ennemi, lequel, emporté par la confiance, poussait des courses jusqu'à ses retranchements. Une nuit il fit creuser des fosses et rangea son armée en avant; et quand les escadrons voulurent, selon l'usage, rentrer dans le camp, il leur dit qu'il avait découvert des embûches dressées par l'ennemi, et que, pour n'y pas tomber, ils eussent soin de ne pas s'éloigner du drapeau et de garder leurs rangs. Lorsqu'ensuite il ordonna de les rompre selon les règles, il rencontra de véritables embûches, lesquelles n'effrayèrent pas ses troupes, averties qu'elles étaient par ce qu'il leur avait dit. III. Charès, général des Athéniens, attendait des secours; mais, dans l'intervalle craignant que, par mépris pour son petit nombre, l'ennemi n'attaquât son camp, il fit sortir de nuit quelques soldats par le côté opposé à l'ennemi, en leur recommandant de rentrer au camp par le point le plus en vue, et de se donner l'apparence d'un renfort qui arrivait. C'est ainsi qu'il se défendit par ce secours simulé, jusqu'à ce qu'il joignît à ses forces le secours qu'il attendait. IV. Iphicrate l'Athénien, campé dans une plaine, fut informé que les Thraces, qui avaient leur camp sur des collines, devaient, la nuit prochaine, attaquer son camp par la seule de ces collines d'où la descente fût possible. Il conduisit secrètement son armée dans ce passage, et la rangea des deux côtés du chemin, après avoir laissé dans son camp beaucoup de feux avec une poignée d'hommes, pour faire croire que toute l'armée y était. Les Thraces accourant vers le camp, il les prit en flanc, et les détruisit.

CHAPITE XIII.

Des moyens de protéger sa retraite.

EXEMPLE 1. Les Gaulois, sur le point d'engager la bataille contre Attale, confièrent leur or et leur argent à des gardiens sûrs, qui avaient ordre de le répandre sur la route en cas de défaite, leur dessein étant de rendre leur fuite plus facile devant un ennemi retardé par le butin. II. Tryphon, roi de Syrie, vaincu et fugitif, répandit de l'argent tout le long du chemin, pour retarder la poursuite des cavaliers d'Antiochus; ce qui lui permit de se sauver. III. Q. Sertorius, chassé du champ de bataille par Q. Métellus Pius, et ne pouvant même assurer sa fuite, ordonna aux soldats de s'échapper par où ils pourraient, pour se rendre ensuite à un lieu qu'il leur indiqua. IV. C'est ainsi que Viriath, général des Lusitaniens, parvint à se dérober à nos troupes et aux dangers d'un lieu désavantageux, en dispersant, comme Sertorius, et en convoquant son armée à un rendez-vous. V. Horatius Coclès, pressé par l'armée de Porsena fit rentrer ses troupes dans Rome par un pont; et, pour n'y être pas suivi, il le fit couper. Tandis qu'on y travaillait, lui-même, seul contre tous, reçut tout l'effort de l'ennemi sur sa tête, et l'arrêta. Enfin, au bruit du pont qui se rompait, il se jeta dans le fleuve, couvert, non de ses armes, mais de blessures, et traversa le Tibre à la nage. VI. Afranius, se retirant devant César qui le poursuivait près de Lérida, eu Espagne, s'arrêta pour camper. César en fit autant, et envoya les siens au fourrage. Afrunius fit à l'instant donner le signal du départ. VII. Antoine, pressé par les Parthes, ayant remarqué que, chaque fois qu'au lever du jour il se remettait en marche, les flèches des barbares venaient le harceler, retarda un jour le depart jusqu'à la cinquième heure. Cette mesure donna de la confiance aux siens, et fit éloigner les Parihes; ce qui lui permit de faire tout le reste du jour une traite où il ne fut pas incommodé. VIII. Philippe, vaincu en Épire, craignant d'être pressé par les Romains dans sa fuite, obtint une trêve pour ensevelir ses morts et comme la garde s'était relâchée, il s'éehappa. IX. P. Claudius, vaincu par les Carthaginois dans un combat naval, ne pouvant éviter, dans la retraite, de passer à travers la flotte auxiliaire, fit orner de l'appareil de la victoire les vingt navires qui lui restaient. Les Carthaginois crurent que nous avions été les plus forts, et Claudius put s'échapper en se faisant craindre. X. Les Carthaginois, vaincus sur mer, et voulant se dérober à la poursuite pressante des Romains, feignirent de donner sur des bas-fonds; et, prenant l'air de gens embarrassés, ils firent craindre le même accident à l'ennemi, qui leur donna de l'espace pour s'échapper. XI. L'AtrébateComm, vaincu par César,fuyait de Gaule en Bretagne, poussé sur la côte par un bon vent; mais, au moment du reflux, ses vaisseaux échouèrent sur le sable. Il n'en fit pas moins déployer toutes les voiles. César, qui le poursuivait, voyant de loin ces voiles enflées, crut qu'une navigation heureuse lui enlevait son ennemi, et se retira.

LIVRE III

PREFACE

Si les livres précédents ont répondu aux titres qu'ils portent, et ont soutenu jusqu'ici l'attention du lecteur, je ferai maintenant connaître les opérations stratégiques relatives à l'attaque et à la défense des villes. Sans m'arrêter à aucun préambule, je citerai d'abord les moyensqu sont en usage dans l'attaque des villes, et ensuite ceux qui peuvent servir aux assiégés. Ne voulant point parler des ouvrages de fortification et des machines de guerre, dont l'invention ne laisse plus rien à désirer, et auxquels je ne vois pas que l'expérience des arts ajoute rien, j'ai rangé dans l'ordre suivant les chapitres des stratagèmes qui concernent les sièges.

CHAPITRE PREMIER.

De l'attaque par surprise.

EXEMPLE I. Le consul T. Quinetius, vainqueur, en bataille rangée, des Èques et des Volsques, résolut de prendre d'assaut la ville d'Antium. Il rassemble son armée pour la haranguer, lui expose comment la prise de cette place était nécessaire et facile, pourvu que l'attaque n'en fût pas différée; et, du même élan que son discours avait provoqué, il commença l'assaut. Il. M. Caton avait remarqué qu'une attaque par surprise pouvait le rendre maître d'une place espagnole. Il fit en deux journées le chemin de quatre par des lieux âpres et déserts, et il accabla l'ennemi, qui ne s'y attendait point; et comme les vainqueurs lui demandaient la cause d'un succès si facile, il leur dit « Vous avez vaincu. parce que vous avez fait en deux jours un chemin qui en demandait quatre. »

CHAPITRE Il.

Comment on trompe les assiégés.

EXEMPLE I. Domitius Calvinus assiégeait en Ligurie la ville de Luna, place non moins forte par son assiette que par les travaux d'art. Il en faisait faire le tour fort souvent à toutes ses troupes, qu'il ramenait ensuite au camp. Cette pratique avait persuadé aux habitants que les Romains ne voulaient que s'exercer; et comme ils ne se tenaient point sur leurs gardes, Domitius transforma cette espèce de promenade en une attaque subite. La ville fut prise, et les habitants se rendirent à discrétion. Il. Le consul C. Duilius,en exerçant de la même façon ses soldats et son équipage, inspira tant de sécurité aux Carthaginois par cette habitude, qu'ils croyaient inoffensive, qu'il put tout à coup faire approcher sa flotte de la muraille qui fut emportée d'assaut. III. Annibal réussit à prendre plusieurs villes en Italie, par le soin qu'il eut d'envoyer devant lui certains des siens vêtus à la romaine, et qu'une longue guerre avait familiarisés avec la langue latine. IV. Les Arcadiens assiégeaient un fort des Messéniens.Ils fabriquèrent quelques armes semblables à celles de l'ennemi; et, prenant le temps que de nouveaux renforts devaient entrer dans la place, ils se présentèrent dans le costume de ceux qui étaient attendus; et introduits par les habitants, qui les prirent pour des alliés, ils les massacrèrent, et se rendirent maîtres de la place. V. Cimon, général des Athéniens, se voulant saisir par surprise d'une ville de Carie, mit le feu pendant la nuit, à l'improviste, au temple de Diane, fort en vénération dans le pays, ainsi qu'au bois sacré qui était hors des murs. Les assiégés étant accourus en foule pour éteindre le feu, il entra dans la ville, restée sans défenseurs. VI. Alcibiade, général des Athéniens, assiégeait la ville forte d'Agrigente. Il demanda aux habitants une audience publique; et tandis qu'au théâtre, qui, selon l'usage des Grecs, était le siège du conseil public, il les haranguait longuement sur de prétendus intérêts communs et tenait la multitude attentive, les Athéniens, qui avaient le mot, s'emparèrent d'une ville dont les murs étaient dégarnis. VII. Le Thébain Épaminondas ayant remarqué que les A rcadiennes étaient sorties en troupe de leur ville pour célébrer une fête, y mêla quelques-uns des siens habillés en femmes, lesquels furent reçus dans la place à la faveur de ce déguisement, et en ouvrirent les portes à leurs compagnons. VIII. Le Lacédémonien Aristippe, un jour que toute la foule des Tégéates était hors de ses murs pour fêter Minerve, fit charger quelques bêtes de somme de sacs remplis de paille au lieu de blé, et les envoya à Tégée sous la conduite de soldats habillés en marchands, lesquels entrèrent dans la ville sans y exciter de soupçon, et en ouvrirent les portes à Aristippe. IX. Antiochus, assiégeant le fort de Suenda, en Cappadoce, intercepta un convoi de bêtes de charge envoyées à la provision et, après avoir fait tuer les conducteurs, il fit revêtir leurs habits à des soldats, qui rentrèrent comme ramenant du blé. Les gardes, trompés par l'équipement, les laissèrent penétrer dans le fort, où ils reçurent bientôt les troupes d'Antiochus. X. Les Thébains, ne pouvant venir à bout de prendre le port de Sicyone, remplirent de soldats un grand vaisseau, et chargèrent dessus des marchandises pour la montre; puis ils firent approcher, à l'endroit des murailles qui était le plus éloigné du port, certains des leurs, avec lesquels d'autres, sortis du vaisseau sans armes, feignirent d'engagerune querelle. Les Sicyoniens ayant été appelés pour les séparer, la flotte thébaine se saisit du port abandonné, et ensuite de la ville. XI. Timarque l'Étolien, ayant tué Charmadès, l'un des généraux du roi Ptolémée, se vêtit de ses habits, mit sur sa tête un casque macédonien, et, grâce à ce déguisement, fut reçu dans le port de Samos, dont il s'empara.

CHAPITRE III.

Comment on attire au dehors des assiégés par trahison.

EXEMPLE I. Le consul Papirius Cursor avait promis à Milon, qui occupait Tarente avec une garnison d'Épirotes, de lui laisser, ainsi qu'à ses soldats, la vie sauve, s'il l'aidait à s'emparer de la place. Milon, corrompu par ces offres, persuada aux Tarentins de le députer vers le consul les fausses promesses qu'il en rapporta amenèrent un relâchement dans la ville, qui fut livrée sans défense à Papirius. II. M. Marcellus, devant Syracuse, sut d'un traître nommé Sosistrate, qu'un certain jour de fête où Épicyde devait donner un festin aux habitants, la garde de la ville se ferait plus négligemment. Dressant donc des embûches à la gaieté des Syracusains, et à l'incurie qui devait en être la suite, il escalada les remparts, tua les sentinelles, et ouvrit aux Romains une ville signalée par tant de victoires. III Tarquin le Superbe, ne pouvant prendre Gabies, y envoya son fils Sextus Tarquin comme transfuge, après l'avoir fait battre de verges. Celui- ci, accusant la cruauté de son père, persuade à ceux de Gabies de se servir de sa haine contre Tarquin; ils lui mirent entre les mains le commandement, et il livra Gabies à son père. IV. Cyrus, roi des Perses, fit aussi mutiler le visage d'un de ses compagnons, Zopyre, dont il avait éprouvé la fidélité; et il l'envoya dans cet état aux ennemis. Sur la foi de ses blessures, on le crut l'ennemi le plus acharné de Cyrus; et comme il eut soin de confirmer cette croyance en poussant plus avant chaque fois que l'on combattait, et en affectant de diriger ses traits contre Cyrus, il finit par livrer à son maître la ville dont on lui avait confié la défense. V. Philippe, ne pouvant entrer dans Sana, engagea par promesses le gouverneur Apollonius à faire mettre à l'entrée de la porte un grand chariot, chargé de gros quartiers de pierre. A un signal donné il poursuivit les habitants, qui, embarrassés autour de cet obstacle, furent accablés. VI. Annibal assiégeait Tarente, où Livius commandait la garnison romaine. Voici le stratagème qu'il avait concerté avec un Tarentin du nom de Cononée, corrompu par ses promesses. Ce Tarentin sortait de nuit sous prétexte de chasser, ce que la présence de l'ennemi empêchait de faire pendant le jour; et on lui apportait des sangliers, qu'il offrait à Livius comme de sa chasse. La chose s'étant répétée de telle sorte qu'on y prenait garde de moins en moins, une nuit, Annibal mêla aux compagnons du Tarentin des Carthaginois en habit de chasse. Ils rentrent chargés de gibier, et sont reçus par les gardes, qu'ils attaquent et égorgent. La porte est ouverte et Annibal, entré avec son armée, met à mort tous les Romains, à l'exception de ceux qui s'étaient réfugiés dans la citadelle. VII. Lysimaque, roi de Macédoine, assiégeait Éphèse qui avait à son service un chef de pirates, Mandron; et celui-ci rentrait souvent dans le port, ses vaisseaux chargés de butin. Il trouva moyen de le corrompre, et le renvoya dans le port avec une poignée des plus braves Macédoniens, les mains enchaînées comme des prisonniers, lesquels ayant pris des armes dans la forteresse, livrèrent la ville à Lysimaque.

CHAPITRE IV.

Comment on coupe les vivres aux ennemis.

EXEMPLE I. Fabius Maximus, après avoir ravagé les terres des Campaniens, voulant leur ôter tout moyen de traîner le siège de Capoue, fit retraite au temps de la moisson, pour les laisser semer tout le blé qui leur restait; après quoi revenant tout à coup, il détruisit les nouvelles semences, et se rendit maître des Campaniens par famine. II. Antigoue en fit autant contre les Athéniens. III. Denys, maître de plusieurs villes, voulut attaquer ceux de Rhégium, dont les magasins étaient bien approvisionnés. II feignit de faire la paix, et leur demanda des vivres pour son armée or, en ayant obtenu et les approvisionnements étant épuisés, il s'empara d'une ville où il n'y avait plus de quoi manger. IV. Il usa, dit-on, du même artitice contre ceux d'Himère. V. Alexandre, sur le point de donner l'assaut à Leucadie, qui était pleine de vivres, s'empara d'abord des places des environs, et permit à ceux qui les occupaient de se réfugier à Leucadie, pour que les vivres, partagés entre un plus grand nombre d'hommes, fussent plus tôt consommés. VI. Phalaris, d'Agrigente, assiégeant quelques places fortes de Sicile, fit semblant de se raccommoder avec elles, et leur laissa en dépôt tout ce qui, disait-il, lui restait de blé. Mais il avait fait donner l'ordre aux intendants de pratiquer, dans les toits des magasins, des fissures par où la pluie pût pénétrer. Sur la confiance de ces vivres, les habitants ayant consommé leur propre blé, il vint les attaquer au commencement de l'été, et les réduisit par famine.

CHAPITRE V

Comment on fait croire à l'ennemi qu'on veut continuer un siége.

EXEMPLE I. Cléarque le Lacédémonien ayant reconnu que les Thraces avaient emporté dans les montagnes toutes leurs provisions, soutenus par cette seule pensée qu'il serait contraint de se retirer faute de vivras, le jour qu'il s'attendait à recevoir leurs députés, il fit égorger publiquement un esclave, et en distribua la chair dans les tentes, en guise de nourriture. Les Thraces crurent qu'en fait de persévérance il n'y aurait rien que ne fit un homme qui souffrait que son armée se nourrit de mets si exécrables et ils se rendirent. II. Les Lusitaniens se vantant qu'ils avaient des vivres pour dix ans, et qu'ainsi un siège ne leur faisait pas peur « Eh bien ! leur dit Tibérius Gracchus, dans onze ans je vous prendrai. » Ce mot les effraya; et quoiqu'ils fussent bien approvisionnés, ils se rendirent sur-le-champ. III. A. Torquatus assiégeait une ville grecque. On lui dit que les jeunes gens s'y exerçaient assidûment à lancer la flèche et le javelot Tant mieux, dit-il je les vendrai plus cher. »

CHAPITRE VI.

Comment on détruit les garnisons ennemies.

EXEMPLE I. Quand Annibal fut de retour en Afrique, de fortes garnisons occupaient plusieurs villes qu'il était dans le plan de Scipion de réduire en son pouvoir. Pour y arriver, tantôt il y envoyait quelque troupe pour ravager les alentours, tantôt il y allait de sa personne, comme pour les enlever de force puis il se retirait tout à coup. Annibal, le croyant sérieusement inquiet, retira toutes les garnisons, et se mit à le poursuivre, comme pour lui donner la bataille. Scipion, ayant obtenu ce qu'il voulait, fit prendre ces places dégarnies par Masinissa et les Numides. II. P. Cornélius Scipion, voyant la difficulté de prendre Delminium au secours de laquelle étaient accourus tous les peuples du pays, alla mettre le siège devant d'autres villes; et par là ayant obligé chacun de ces peuples à venir défendre la sienne, il se rendit maître de la place abandonnée. III. Pyrrhus, roi d'Épire, désespérant de prendre la capitale de l'Illyrie, se mit à attaquer d'autres places. Ceux qui défendaient la ville, la croyant assez forte d'elle-même, se dispersèrent pour aller au secours des autres. Sur ces nouvelles, Pyrrhus rappela toutes ses troupes, attaqua cette ville, et la prit. IV. Le consul Cornélius Rufinus assiégeait en vain depuis quelque temps Crotone, place que rendait imprenable le corps de Lucaniens qui en formait la garnison. Il feint tout à coup de renoncer à son entreprise, corrompt à grand prix un captif, l'envoie à Crotone, où il arrive comme s'il se fût échappé de prison, et persuade aux Crotoniates que les Romains ont fait retraite. Ceux-ci, croyant qu'il disait vrai, renvoient leurs auxiliaires, et, privés de défenseurs, attaqués à l'improviste, désarmés, ils tombent au pouvoir de Rufinus. V. Magon, général carthaginois, après avoir vaincu Cn. Pison, investissait une tour où il s'était renfermé. Soupçonnant qu'on enverrait à son secours, il dépêcha un transfuge au-devant de ceux qui arrivaient, avec ordre de leur dire que Pison était pris. Ils le crurent, et n'allèrent pas plus avant; ce qui permit à Magon d'achever sa victoire. VI. Alcibiade, voulant prendre la ville de Syracuse en Sicile, choisit, parmi ceux de Catane, où était cantonnée son armée, un homme d'une adresse éprouvée, qu'il envoya aux Syracusains. Introduit dans le conseil public, cet homme leur persuada que ceux de Catane étaient les plus violents ennemis des Athéniens, et qu'avec l'aide des Syracusains il leur serait possible de détruire l'armée athénienne et son général. Sur la foi de ces paroles, les Syracusains marchèrent sur Catane avec toutes leurs forces, laissant leur propre ville sans défense. Alcibiade la prit par derrière; et, comme il l'avait espéré, il la réduisit. VII. L'Athénien Cléonyme faisait la guerre à ceux de Trézène, qui tenaient garnison dans la ville de Cratère. Il lança par-dessus les murs un certain nombre de flèches, avec un écrit portant qu'il était venu pour délivrer leur république; et dans le même temps il y envoya certains captifs gagnés par lui, lesquels se mirent à parler mal de Cratère. Ce subterfuge excita une sédition parmi les habitants et Cléonyme, faisant approcher ses troupes de la ville, s'en empara.

CHAPITRE VII.

Comment on détourne les riviéres et on corrompt les eaux.

EXEMPLE I. P. Servilius détourna le cours d'une rivière où ceux d'Isaure venaient faire de l'eau et il les réduisit par la soif. II. La capitale des Cadurques, en Gaule, était entourée d'une rivière, et renfermait plusieurs sources. C. César parvint à les priver d'eau en détournant les sources par la mine, et en empêchant les approches de la rivière par ses archers. III. Q. Métellus, faisant la guerre dans l'Espagne Citérieure, versa sur le camp des ennemis, du haut d'un plateau qui les dominait, toutes les eaux d'une rivière. Troublés par cette inondation, ils se jetèrent hors du camp, et vinrent se faire tuer à des embuscades disposées tout exprès par Métellus. IV. Alexandre assiégeait Babylone, que traverse et partage par moitié l'Euphrate. Il fit creuser un fossé et élever une terrasse tout près de la ville. On crut qu'il remuait toute cette terre pour son usage. Tout à coup l'Euphrate détourné quitta son ancien lit, par lequel Alexandre entra dans la ville à pied sec. V. Sémiramis en fit autant, dit-on, contre les mêmes Babyloniens en détournant de la même façon le cours de l'Euphrate. VI. Clisthène, de Sicyone, rompit un aqueduc qui alimentait la ville des Criséens; et les ayant fait souffrir de la soif, il leur rendit les eaux après y avoir mêlé de l'ellébore. Ils furent pris d'un flux de ventre qui les livra sans défense à leur ennemi.

CHAPITRE VIII.

Comment on intitnide des assiégés.

EXEMPLE I. Philippe ne pouvait venir à bout de la forteresse de Prinasum. Il fit entasser de la terre devant les remparts, comme s'il l'eût tirée par la sape. Les habitants, qui se crurent minés, se rendirent. II. Le 'Thébain Pélopidas avait à faire à la fois le siège de deux places des Magnétes, situées à peu de distance l'une de l'autre. Il donna l'ordre qu'au moment où il s'approcherait de l'une, quatre cavaliers accourussent à lui de l'autre camp, des couronnes sur la tête, avec toute la vitesse de gens qui apportent la nouvelle d'une victoire. Pour aider au stratagème, il eut soin de faire mettre le feu à un bois qui était entre les deux places, afin de faire croire que c'était la ville qui brûlait. Enfin il se fit amener quelques habitants, dans l'attitude de captifs. Les assiégés, effrayés de tous ces témoignages, et se croyant vaincus sur un point, cessèrent toute défense. III. Cyrus, roi des Perses, assiégeait Crésus renfermé dans Sardes. Sur l'un des côtés de la place, une montagne escarpée rendait tout accès impossible. Cyrus fit dresser de ce côté, au pied des murs, des mâts qui en égalaient la hauteur, et sur lesquels il plaça des mannequins armés à la persane. La nuit venue, ces mâts furent approcbés de la montagne. Au point du jour, Cyrus commença l'attaque du côté opposé; et dès que les premiers rayons du soleil eurent fait briller les armes des mannequins, les assiégés, croyant leur ville prise à dos, s'enfuirent, laissant la victoire aux ennemis.

CHAPITRE IX

Les sorties du côté qu'on n'est point attendu.

EXEMPLE I. Scipion assiégeait Carthagène. Au reflux, il s'approcha des murs, guidé, comme il le disait, par un dieu, à travers un étang d'où la mer venait de se retirer; et il força la ville sur le point où elle s'attendait le moins à être attaquée. II. Le fils de Fabius Cunctator, Fabius Maximus, ayant considéré la situation d'Arpi, place où Annibal avait garnison, y envoya, par une nuit noire, six cents soldats, lesquels devaient mettre les échelles à la partie la plus forte et partant la moins fréquentée de la ville, et en ouvrir les portes aux Romains. Favorisés par le bruit d'une forte pluie, qui étouffait celui de leur travail, ils font ce qui leur avait été prescrit. En même temps, à un signal donné, Fabius commençait l'attaque sur un autre point, et se rendait maltre d'Arpi. III. C. Marius, dans la guerre de Jugurtha, assiégeait, sur les bords du fleuve Mulucha (1), une place assise sur un roc, où l'on ne pouvait pénétrer que par un seul sentier très étroit; le reste semblait avoir été coupé tout exprès eu précipice. Il apprend d'un soldat des Liguriens auxiliaires qui était allé faire de l'eau, et qui, en ramassant des coquillages à travers les rochers, était parvenu au sommet, qu'on pouvait s'emparer de la place. Il y envoie quelques centurions, auxquels il joint un choix de soldats très alertes, et les plus exercés de ses trompettes. Ils gravissent le rocher, la tête et les pieds nus, et, afin d'avoir les mouvements plus libres et de mieux voir devant eux leurs boucliers et leurs épées suspendus à leur dos. Guidés par le Ligurien, et armés de courroies et de clous pour s'aider dans la montée, ils parviennent jusqu'au fort par le côté de derrière, qui était sans défenseurs. (1) Entre la Maurltanie et la Numidie.

Là, comme on le leur avait prescrit, ils se mettent à donner de la trompette et à faire grand bruit. A ce signal, Marius exhorte ses soldats, et presse plus vivement les assiégés. Ceux -ci sont rappelés par une foule timide, qui croyait la viile prise du côté du fort. Marius les poursuit, et se rend maître de la place. IV. Le consul L. Cornélius prit de la façon suivante plusieurs villes de Sardaigue. Il débarquait de nuit ses meilleures troupes, auxquelles il donnait l'ordre de se tenir cachées, et d'attendre le moment où lui-même aborderait. Les ennemis accouraient pour s'opposer à la descente; lui les attirait au loin à sa poursuite, en feignant de fuir et pendant ce temps-là les troupes embusquées s'emparaient des villes laissées sans défenseurs. V. Périclès, général des Athéniens, assiégeait une ville qui était défendue avec beaucoup d'ensemble. Il fait sonner les clairons et jeter de grands cris du côté qui regardait la mer. L'ennemi, croyant qu'il entrait par là, abandonne les portes, et Périclès s'y jette sans rencontrer de résistance. VI. Alcibiade, général des Athéniens, vint de nuit à l'improviste mettre le siège devant Cyzique, et fit sonner les trompettes du côté où il n'était pas. Les assiégés étaient capables de se défendre du côté seulement où ils s'attendaient à être attaqués. Tandis qu'ils se précipitent sur un point où il n'y avait pas à combattre, Alcibiade prit le rempart d'assaut. VII. Thrasybule, général des Milésiens, voulant s'emparer du port de Sicyone, fit faire quelques fausses attaques du côté de la terre; et, après avoir attiré les ennemis par où on les harcelait sa flotte, qu'on n'attendait pas, se saisit du port. VIII. Philippe, assiégeant une ville maritime, fit ponter secrètement deux vaisseaux sur lesquels il éleva des tours puis, attaquant par d'autres tours la ville du côté de la terre, il détourna les assiégeants de la défense des maisons; et, faisant avancer près des murs les deux vaisseaux pontés, il pénétra dans la ville par où elle n'était pas défendue. IX. Périclès, assiégeant un fort des Péloponnésiens où il n'y avait que deux avenues, ferma l'une par un fossé, et fortifia l'autre. Les assiégés, pleins de sécurité sur la première, ne songèrent qu'à défendre celle que faisait fortifier Périclès. Pour lui jetant sur le fossé des ponts tout préparés, il prit la ville par où l'on était le moins sur ses gardes. X. Antiochus, au siège d'Éphèse, donna ordre, aux Rhodiens qui étaient à son service, de forcer de nuit l'entrée du port en faisant grand bruit et tandis que la foule se portait en tumulte de ce côté, et laissait sans défense les autres parties de l'enceinte, Antiochus y donna l'assaut, et prit la ville.

CHAPITRE X

Des embûches où l'on attire les assiégés hors de la ville.

EXEMPLE I. Caton, assiégeant une ville des Lacétains (1), mit en embuscade la meilleure partie de ses troupes, et vint, avec ce qu'il avait de plus faible, et qui se composait d'un corps d'auxiliaires suessétains, attaquer la place.

(1) Peuple de la Tarraconatse, au pied des Pyrénées

Une sortie des Lacétains les eut bientôt forcés à la retraite. Tandis qu'ils leur donnaient la chasse. Caton à l'aide des cohortes embusquées s'empara de la ville. Il. L. Scipion, s'étant retiré en désordre de devant une place qu'il assiégeait en Sardaigne, fit croire qu'il prenait la fuite; les assiégés le poursuivant sans précaution, des troupes, qu'il avait cachées près de la ville, s'en saisirent. Il Annibal, au siège d'Himère, laissa exprès emporter son camp par l'ennemi, donnant ordre aux Carthaginois de faire retraite, comme si l'ennemi eût été le plus fort. Trompés par cette feinte, ceux d'Himère en eurent tant de joie, que, laissant leur ville, ils se précipitèrent sur les retranchements carthaginois. Ce fut le moment pour les troupes qu'Annibal avait mises en embuscade de se jeter sur la ville abandonnée. IV. Le même général, dans le dessein d'attirer les Sagontins hors de leurs murs, s'approcha de la ville avec peu de troupes; et, feignant de fuir à la première sortie, il fit passer entre la ville et ceux qui le poursuivaient, un corps d'armée, qui leur coupa la retraite et qui les massacra. V. Himilcon, général des Carthaginois, assiégeant la ville d'Agrigente, mit une partie de ses gens en embuscade près de la place, avec ordre, lorsque les assiégés feraient une sortie et qu'ils seraient un peu éloignés, de mettre le feu à du bois vert préparé pour ce dessein. Ensuite, s'étant au point du jour approché des murailles avec le reste de ses troupes, pour faire sortir l'ennemi, il feignit de lâcher pied jusqu'à ce qu'il les eût attirés assez loin. Alors le bois fut allumé, d'après son ordre, par ceux qui étaient en embuscade; et les habitants voyant monter la fumée, et croyant leur ville en feu, retournèrent sur leurs pas pour la défendre. Ils reneontrèrent la troupe, qui se tenait cachée près des murs et, pressés en tête par cette troupe, en queue par ceux qu'ils avaient poursuivis, ils furent taillés en pièces. VI. Viriath, ayant mis une troupe en embuscade près de la ville des Ségobriges (1) envoya quelques soldats enlever leur bétail ceux-ci accourent pour le défendre; et tandis qu'ils poursuivent les maraudeurs, qui font semblant de fuir, ils tombent dans l'embuscade et y sont massacrés. VII. Comme Lucullus tenait garnison pour les deux partis à Héraclée, la cavalerie des Scordisques, feignant de vouloir enlever les troupeaux, l'attira hors de la ville. Puis, par une fuite simulée, ils l'eutrainèrent dans une embuscade, où il fut tué avec huit cents hommes. VIII. Charès, général des Athéniens, voulant attaquer une place maritime, cacha ses vaisseaux derrière certains caps, et envoya le plus léger passer à la vue du port. Les galères qui gardaient le port étant sorties aussitôt pour le poursuivre, Charès accourut avec sa flotte, se saisit du port abandonné, et ensuite de la ville. IX. Comme les Romains attaquaient par mer et par terre la ville de Lilybée, en Sicile, Barca, général des Carthaginois, fit paraître de loin une partie de sa flotte armée. Les nôtres, l'ayant aperçue, firent force de voiles pour l'atteindre, tandis que Barca avec des vaisseaux de réserve

(1) Ville des Celtibériens (auj. Ségorbe ).

qu'il tenait cachés aux environs, entrait dans le port de Lilybée.

CHAPITRE XI

Des retraites simulées.

EXEMPLE I. Phormion, général des Athéniens, après avoir ravagé les terres des Chalcidiens, répondit fort civilement aux députés envoyés pour s'en plaindre; et, la nuit qu'il devait prendre congé d'eux, il feignit d'avoir reçu des lettres de son pays, qui l'obligeaient à revenir; puis, commençant sa retraite, il les congédia. Ceux-ci annoncèrent à leurs concitoyens que tout était sûr, et que Phormion était parti; en sorte que, dans le double espoir que leur donnaient la civilité de Phormion et le départ de son armée, la garde de la ville s'étant relâchée, Phormion revint sur ses pas sans qu'on pût rien opposer à une attaque si inattendue. II. Agésilas, général des Lacédémoniens, assiégeait les Phocéens. Ayant eu sujet de reconnaître que la guerre incommodait fortement la garnison, il se retira à quelque distance, comme pour une autre entreprise, et donna ainsi à la garnison occasion de sortir. Puis, ramenant tout à coup ses soldats, il se rendit maître des Phocéens sans défense. III. Alcibiade, ayant dressé une embuscade aux Byzantins, qui ne voulaient pas sortir de leur ville, fit semblant de se retirer ceux-ci n'étant plus sur leurs gardes, il revint tout à coup, et les accabla. IV. Viriath, après trois jours d'une feinte retraite, fit le même chemin en un jour; et, surprenant les Ségobriges alors que, sans défiance, ilsl étaient occupés d'un sacrifice, il les réduisit. V. Épaminondas, au siège de Mantinée, voyant que les Lacédémoniens étaient accourus au secours de l'ennemi, crut pouvoir prendre Lacédémone elle-même s'il y arrivait sans être aperçu. Il fit donc allumer la nuit quantité de feux, afin de cacher son départ sous les apparences d'une armée qui reste mais, trahi par un transfuge, et se voyant suivi de l'armée lacédémonienne, il changea de chemin, tourna son stratagème contre ceux de Matinée; et tandis qu'au moyen de feux allumés il trompait l'armée lacédémonienne, il revenait, à quarante mille pas de là, sur Mantinée, qu'il trouva sans défense, et dont il s'empara.

CHAPITRE XII.

Comment au contraire, on défend des assiégés, et on rend les siens vigilants.

EXEMPLE I. Les Lacédémoniens assiégeant Athènes, Alcibiade, qui craignait que la garde de nuit ne se relàchât, ordonna aux corps de garde d'avoir l'oeil au flambeau qu'il ferait paraître de la forteresse, et d'y répondre à l'instant par de semblables. Il établit une peine pour ceux qui y manqueraient. Taudis qu'ils attendaient avec inquiétude le signal du chef, tout le monde se tint éveillé, et on évita ainsi tout ce qu'une nuit peut cacher de périls. II. Iphicrate, général des Athéniens, étant en garnison à Corinthe, et faisant lui-même la ronde tandis qu'on attendait la venue des ennemis, passa son épée au travers du corps d'une sentinelle qui dormait, et dit à ceux qui en murmuraient comme d'un acte de cruauté « Tel je l'ai trouvé, tel je l'ai laissé. » III. On dit qu'Épaminondas en fit autant.

CHAPITRE XIII.

Comment on fait sortir et entrer un messager.

EXEMPLE I. Les Romains, assiégés dans le Capitole, envoyèrent Pontius Cominius rappeler Camille exilé. Pontius, pour échapper aux postes gaulois, descendit le long de la roche Tarpéienne, passa le Tibre à la nage, gagna Véies; et, après avoir accompli sa mission, revint au Capitole par le même chemin. II. Ceux de Capoue, étant étroitement surveillés par les postes romains, dépêchèrent à l'ennemi un transfuge qui portait une lettre cachée dans son baudrier, et qui, trouvant une occasion favorable, s'échappa vers les Carthaginois. III. Quelques-uns cousirent des lettres dans le ventre de quelque pièce de gibier ou de tout autre animal. IV. D'autres en introduisirent dans le fondement des bêtes de charge, en traversant les postes. V. D'autres écrivirent dans le fourreau de leurs épées. VI. Plithridate assiégeait ceux de Cyzique. La garnison ennemie occupait l'entrée de la ville, la seule par laquelle on y pénétrât, au moyen d'un petit pont qui joint l'ile au continent. L. Lucullus, pour leur faire savoir son arrivée, fit passer sur deux peaux de bouc enflées un de ses soldats, aussi habile à nager qu'à manoeuvrer un vaisseau. Une lettre était cousue à ces outres, qu'il avait jointes par deux attaches en bois. Le nageur avait à faire un trajet de sept mille pas. Il s'en acquitta si bien se servant de ses jambes comme d'un gouvernail pour se diriger, que le poste ennemi, qui le voyait de loin, le prit pour un monstre marin. VII. Le consul Hirtius, pour communiquer avec Décimus Brutus, assiégé dans Modène par Antoine, lui fit passer des lettres écrites sur des plaques de plomb. Des soldats les liaient à leur bras, et passaient à la nage la rivière Scultenna (1). VIII. Le même se servait aussi de pigeons qu'on avait gardés longtemps dans un lieu obscur, sans leur donner à manger. On leur attachait la lettre au cou par un fil de soie, et on les lâchait de l'endroit le plus près des murailles. Ces oiseaux avides de lumière et affamés, s'allaient percher sur les édifices les plus élevés où Brutus les faisait prendre. Par ce moyen il était instruit de tout. Depuis en faisant mettre du grain en divers lieux, il les avait accoutumés à venir s'y poser.

(1) Rivière de l'tlalle supérieure, affluent du PO.

CHAPITRE XIV.

Pour faire entrer du secours ou des vivres dans une place.

EXEMPLE I. Dans la guerre civile, Atégua, ville d'Espagne, du parti de Pompée, étant assiégée par César, Munatius, se donnant pour un césarien et pour l'appariteur d'un tribun, éveilla quelques sentinelles, en évita d'autres, et sut si bien soutenir sa supercherie, qu'il parvint à faire passer un renfort à Pompée, à travers les troupes de César. II. Annibal assiégeant Casilinum, sur le Vulturne, les Romains jetèrent au fil de l'eau des tonneaux pleins de farine, que les assiégeants devaient recevoir au passage. Mais Annibal ayant fait tendre une chaîne pour les arrêter, ils jetèrent quantité de noix, qui, portées par le fleuve dans la ville, allégèrent la disette dont souffraient leurs alliés. III. Les Modénais, assiégés par Antoine, manquaient surtout de sel. Hirtius leur en fit parvenir dans des pipes jetées sur le Scultenna. IV. Le même Hirtius leur envoya, par le courant, des bestiaux qui servirent à les nourrir.

CHAPITRE XV.

Comment l'on paraît avoir en abondance ce dont on manque.

EXEMPLE I. Les Romains, assiégés dans le Capitole par les Gaulois et déjà réduits à la famine, jetèrent du pain aux ennemis, pour leur faire croire qu'ils avaient des vivres en abondance ce qui ralentit le siège jusqu'à l'arrivée de Camille. II. Autant en firent les Athéniens contre ceux de Lacédémone. III. Annibal, au siège de Casilinum, croyait cette ville réduite à la famine, parce qu'il avait fait labourer à diverses reprises l'espace qui était entre son camp et la place, ôtant ainsi aux habitants le moyen de se nourrir d'herbes. Ceux-ci néanmoins y semèrent du blé et firent croire à l'ennemi qu'ils étaient approvisionnés de blé jusqu'à la moisson. IV. Ceux qui restèrent de la défaite de Varus étant assiégés par les Germains ,lesquels croyaient qu'ils manquaient de blé, firent promener toute une nuit des captifs dans leurs magasins, et les renvoyèrent, les mains coupées. Ceux-ci persuadèrent à leurs compagnons qu'il ne fallait pas compter sur la famine pour abréger le siége, les Romains ayant des vivres en abondance. V. Les Thraces, assiégés sur une montagne inaccessible, rassemblèrent le peu que chacun d'eux avait de blé ou de fromage, et le firent manger à un troupeau qu'ils poussèrent sur les postes ennemis. Ceux-ci ayant pris et égorgé ces bêtes, conjecturant, de ce qui se trouvait de blé dans leur ventre, qu'il en restait une grande quantité aux Thraces, levèrent le siége. VI. Thrasybule, général des Milésiens, était assiégé par Alyatte. Celui-ci espérait que la faim amènerait bientôt à composition des soldats que la longueur du siége faisait beaucoup souffrir. A l'arrivée de députés qu'il avait envoyés à Thrasybule, ce général fit apporter tout le blé sur la place publique, et dressa des tables dans toutes les rues ce qui persuada à l'ennemi qu'il leur restait abondamment de quoi soutenir un siège prolongé.

CHAPITRE XVI.

Comment on va au-devant des projets d'un traïtre ou d'un transfuge.

EXEMPLE. Cl. Marcellus avait su le dessein d'un habitant de Nôle, Bantius, lequel voulait faire révolter ses compatriotes et favorisait Annibai parce qu'ayant été pris et blessé à la bataille de Cannes, le général carthaginois l'avait fait soigner, et renvoyé auprès des siens Marcellus n'osait s'en défaire, de peur que sa mort n'irritât ses concitoyens. Il le fit appeler et lui dit qu'il était un très brave soldat, ce qu'il avait ignoré jusque-là; il l'invita à demeurer près de lui, ajoutant à tout ce qu'il y avait d'honorable dans ses paroles le don d'un cheval. Cette bonté lui gagna non-seulement Bantius, mais toute sa ville, par le crédit qu'il y avait. II. Hamilcar, général des Carthaginois voyant que les Gaulois qui étaient à son service s'allaient rendre souvent aux Romains, et s'offrir à eux comme alliés, en choisit un certain nombre parmi ceux qui lui étaient les plus fidèles, lesquels, feignant de se vouloir rendre, firent main basse sur les Romains venus pour les recevoir. Ce stratagème ne réussit pas seulement pour ce jour-là; mais dans la suite de la guerre il rendit suspects aux Romains même les vrais transfuges. III. Hannon, qui commandait les Carthaginois en Sicile, ayant appris qu'environ quatre mille Gaulois auxiliaires complotaient de passer aux Romains parce qu'on ne les payait point depuis plusieurs mois, mais appréhendant de les châtier, dans la crainte d'exciter une sédition, leur promit de les dédommager libéralement de ce retard. Les Gaulois l'en ayant remercié, et ses promesses acquittées, il envoya au consul Otacilius un fidèle intendant, qui, feignant de s'être enfui pour quelque malversation dans ses comptes annonça au général romain que quatre mille Gaulois, envoyés au fourrage la nuit prochaine, pouvaient être facilement pris. Otaeilius n'en crut pas tout d'abord lu transfuge; mais, estimant que l'avis n'était pas à dédaigner, il mit en embuscade une troupe d'élite. Les Gaulois y vinrent donner, et ils contentèrent doublement Hannon, en tuant les Romains et en étant tués eux-mêmes jusqu'au dernier. IV. Annibal se vengea par le même stratagème de quelques transfuges. Ayant appris que quelques soldats avaient passé à l'ennemi la nuit précédente, et n'ignorant pas qu'il avait des espions ennemis dans son camp, il dit à haute voix qu'il ne fallait pas appeler habiles des transfuges qui l'étaient par son ordre, et qui avaient été reconnaître les desseins de l'ennemi. Ce qu'entendant les espions, ils coururent le rapporter aux Romains, lesquels se saisirent des transfuges, leur coupèrent les mains, et les renvoyèrent. V. Diodore, en garnison à Amphipolis, avait avec lui deux mille Thraces dont il se défiait. Ayant lieu de penser qu'ils songeaient à piller la ville, il leur fit croire que quelques vaisseaux ennemis venaient d'aborder à la côte, et qu'ils seraient de facile prise. Les ayant leurrés par ce mensonge, il les mit dehors; puis, fermant les portes, il ne voulut plus les recevoir.

CHAPITRE XVII.

Des sorties.

EXEMPLE I. Asdrubal étant venu mettre le siège devant Palerme, la garnison romaine fit paraître à dessein fort peu de gens aux endroits qu'il fallait défendre; de sorte qu'Asdrubal méprisant leur petit nombre, et s'étant approché sans précaution des murailles, ils firent une sortie, et le battirent. Il. Les Liguriens étant venus en foule attaquer à l'improviste le camp de Paul Émile, il retint quelque temps ses soldats comme s'il eût eu peur; et lorsqu'il vit les ennemis fatigués, il sortit brusquement par les quatre portes, et prit ou tua !es assaillants. III. Vélius, qui commandait la garnison romaine à Tarente, envoya demander à Asdrubal la permission de se retirer sain et sauf; et, l'ayant amusé par cette feinte, il fit une sortie, et le battit. IV. Cn. Pompée, assiégé dans Dyrrhachium, non-seulement fit lever le siège, mais, après une sortie, dont le moment et le lieu avaient été très-bien choisis, tandis que César se jetait impétueusement sur un fort entouré d'une double enceinte, il sut si bien l'envelopper en le plaçant entre ceux qu'il assiégeait et ceux qui l'attaquaient du dehors, qu'il le mit en grand danger, et lui fit perdre beaucoup de monde. V. Flavius Fimbria, campé près du Rhyndacum (1) contre le fils de Mithridate, se couvritde deux terrasses sur les deux flancs, et d'un fossé de front, et tint ses soldats au repos dans l'enceinte du camp, jusqu'au moment où la cavalerie ennemie pénétra par les intervalles de la fortification. Alors il fit une sortie, et tua six mille hommes à l'ennemi.

(1) Fleuve de la petite Mysie.

VI. C. César, dans la guerre des Gaules, après la destruction des troupes de Titurius Sabinus et de Cotta par Ambiorix, instruit par Q. Cicéron qu'il était lui-même assiégé, vint à son secours avec deux légions. L'ennemi se détournant de Cicéron pour venir sur lui, il feignit d'avoir peur, et se renferma dans son camp, qu'il avait fait à dessein plus petit que de coutume. Les Gaulois, se croyant déjà vainqueurs, se précipitent sur le camp comme sur une proie assurée, comblent les fossés, et commencent à arracher le rempart. Tout à coup César lance ses soldats hors du camp, et taille l'ennemi en pièces. VII. Titurius Sabinus, ayant affaire à une grande armée de Gaulois, retint ses troupes dans son camp, et fit croire par là aux ennemis qu'il avait peur. Pour les mieux tromper, il leur fit dire par un transfuge que la position de l'armée romaine était désespérée, et qu'on songeait à la fuite. Les barbares, excités par l'espoir d'une victoire certaine, se chargent de bois et de fascines pour combler les fossés, et gagnent à la course la colline sur laquelle était établi notre camp, Titurius, lançant alors toutes ses troupes à la fois, en tua un grand nombre, et en força un plus grand à se rendre. V11I. Pompée assiégeait ceux d'Asculum. Ils rangèrent sur les murs un petit nombre de vieillards malades; et ayant par cette feinte ôté aux Romains toute défiance. Ils firent une sortie, et les mirent en fuite. IX. Les Numantins, assiégés par Popillius Lénas, au lieu de se ranger en bataille sous leurs murs, se tinrent si obstinément renfermés, que celui-ci crut pouvoir les emporter à l'escalade. Mais l'absence de toute résistance, même en un tel moment, lui donnant quelque soupçon, comme il donnait le signal de la retraite, les Numantins firent une sortie, et chargèrent les Romains en queue, et à la descente des échelles.

CHAPITRE XVIII.

De la fermeté d'âme des assiégés.

EXEMPLE I. Comme Annibal était campé sous les murs de Rome, les Romains, pour affecter plus de confiance, firent sortir par la porte opposée des recrues qu'ils envoyaient en Espagne. II. Le champ où était campé Annibal ayant été mis en vente par suite de la mort du possesseur, les enchères en portèrent le prix aussi haut que s'il se fût vendu avant la guerre. lIt. Assiégeant eux-mêmes Capoue, dans le temps qu'Annibal les assiégeait, ils décidèrent que l'armée ne partirait point de Capoue que la ville ne fût prise.

LIVRE IV.

PRÉFACE.

Après avoir réuni, à force de lecture, un certain nombre de stratagèmes, et en avoir fait, non sans diffirulté, un recueil méthodique, pour remplir la promesse de trois livres, si toutefois je l'ai remplie, je consignerai dans celui ci des faits dont le genre ne paraissait pas de nature à se lier au sujet des précédents, et qui étaient plutôt des exemples de vertu militaire que de stratagèmes. Aussi les ai-je rangés à part, parce que, quoique notables, ils étaient pourtant d'un caractère différent j'ai craint que si l'on tombait par hasard sur quelques-uns de ces exemples, la ressemblance qu'on leur trouverait avec les autres ne fit croire que je les avais omis. Je les abrégerai comme il convient pour les derniers, et je tâcherai de maintenir dans ce livre, comme dans ceux qui précèdent, l'ordre par catégories.

CHAPITRE PREMIER.

De la discipline.

EXEMPLE I. P. Scipion, se trouvant devant Numance à la tête d'une armée amollie par la négligence des chefs précédents, commença par la réformer. Il en chassa tous les vivandiers, rendit au soldat, par un continuel exercice, l'habitude de ses devoirs, lui fit une loi, dans les marches fréquentes qu'il lui imposait, de porter pour plusieurs jours de vivres, l'accoutuma à supporter le froid et la pluie, et à traverser à gué les rivières; enfin il lui fit honte de sa mollesse et de sa lâcheté, et fit briser les ustensiles d'un usage trop délicat, et peu nécessaires à la guerre. Un de ceux qui en souffrit le plus fut le tribun C. Memmius, que Scipion interpella, dit on, en ces termes « Tu seras pour quelque temps inutile à la république et à moi; mais tu le seras toujours à toi-même. » II. Q. Métellus, pendant la guerre de Jugurtha, rétablit avec la même sévérité la discipline militaire, qui s'était également relâchée il ne permit même aux soldats que l'usage de la viande bouillie ou rôtie. III. Pyrrhus, à ce qu'on rapporte, disait à celui qui recrutait ses soldats « Choisis-les robustes je me charge de les rendre braves. » IV. C'est sous le consulat de L. Flaccus et de C. Varron que l'on fit pour la première fois prêter serment aux soldats. Avant ce temps-là, en effet, les tribuns n'exigeaient d'eux qu'une simple promesse. Ils se juraient donc mutuellement de ne jamais abandonner le drapeau pour fuir ou par peur, et de ne quitter leur rang que pour chercher des armes, frapper un ennemi, ou sauver un citoyen. V. Scipion l'Africain voyant à un soldat un bouclier chargé d'ornements, lui dit qu'il ne s'étonnait pas qu'il eût orné avec tant de soin une arme à laquelle il se fiait plus qu'à son glaive. VI. Philippe, la première fois qu'il leva une armée, interdit à tous absolument l'usage des chariots; il n'accorda qu'un valet à chaque cavalier, et à dix fantassins qu'un seul aussi, chargé de porter les meules et les cordages. Pendant les marches, il les obligeaità porter sur leurs épaules de la farine pour trente jours. VII. C. Marius, pour supprimer l'embarras des bagages, qui est une si grande cause de gêne pour une armée en marche, habitua ses soldats à porter en faisceaux au bout d'une fourche, leurs ustensiles et provisions de bouche, ce qui rendait la charge plus commode et le repos plus aisé; et c'est de là qu'est venu le dicton Les mulets de Marius. VIII. L'Athénien Théagène, marchant contre Mégare, répondit à ceux qui lui demandaient leur rang, qu'il le donnerait quand il s'agirait de combattre. Ensuite il détacha secrètement des cavaliers, qui avaient ordre de revenir se jeter, comme des ennemis, sur leurs compagnons. Voyant alors ceux-ci se préparer au choc de cet ennemi supposé, il leur permit de prendre, dans cette conjoncture, la place que chacun voudrait; et les plus lâches allant se mettre à la queue, tandis que les plus braves couraient à la tête, le rang où il avait trouvé chacun d'eux, après l'ordre d'y rester immobile, il le leur assigna pour le véritable combat. IX. Lysandre, de Lacédémone, faisait châtier uu soldat sorti des rangs pendant la marche; et celui-ci disant que ce n'était pas pour piller, il répoudit « Je ne veux pas que tu en puisses seulement donner le soupçon. » X. Antigone, informé que son fils était allé prendre logement chez une femme qui avait trois filles d'une grande beauté « J'ai appris, lui dit il, que tu es logé à l'étroit, la maison étant habitée par plusieurs personnes tu vas avoir un logement plus ample. » Et quand il l'eut ainsi fait sortir de là, il fit défense à quiconque avait moins de cinquante ans de loger chez une mère de famille. XI. Le consul Q. Métellus, qu'aucune loi n'empêchait d'avoir toujours son fils avec lui dans sa tente, aima mieux le laisser avec les soldats en faire l'office. XII. Le consul P. Rutilius, à qui les lois permettaient de garder son fils dans sa tente, le fit soldat dans une légion. XIII. M. Scaurus, pour punir son fils d'avoir, au défilé de Trente, lâché pied devant l'ennemi, lui défendit de paraître en sa présence. Ce jeune homme, accablé du poids de la honte, se donna la mort. XIV. Anciennement les Romains et les autres nations campaient sous des tentes répandues çà et là par cohortes, comme des cabanes; car on ne savait alors fortifier que les murs des villes. Pyrrhus, roi des Epirotes, fut le premier qui tint une armée réunie dans l'enceinte d'un même retranchement. Les Romains, après l'avoir vaincu dans les plaines Arusines, non loin de la ville de Bénévent, s'emparèrent de son camp et en ayant remarqué l'ordre et la disposition, ils en vinrent peu à peu au mode de campement qui est aujourd'hui en usage. XV. P. Nasica, pour empêcher les soldats en quartier d'hiver de s'amollir dans le repos, ou de donner, dans la licence de l'oisiveté, des sujets de plainte aux alliés, leur fit construire des vaisseaux quoiqu'il n'eût pas besoin de flotte. XVI. M. Caton nous apprend qu'autrefois les soldats qui étaient surpris commettant un vol avaient la main droite coupée en présence de leurs camarades, et que la punition la plus légère était de leur tirer du sang devant le front de l'armée. XVII. Cléarque, général lacédémonien, disait à ses soldats qu'ils devaient craindre leur capitaine plus que l'ennemi voulant les avertir par là que redouter dans le combat une mort douteuse c'était en cas de fuite s'en préparer une certaine. XVIII. Appius Claudius fit prononcer par le sénat cette sentence contre ceux que Pyrrhus, roi des Épirotes, avait pris, et ensuite renvoyés on relégua les cavaliers dans l'infanterie, les fantassins parmi les gens de trait; et on les obligea tous à camper hors de l'enceinte du camp, jusqu'à ce que chacun d'eux eût rapporté les dépouilles des deux ennemis. XIX. Le consul Otacilius Crassus ordonna que ceux qu'Annibal avait fait passer sous le joug et renvoyés campassent hors du retranchement, afin de les habituer au danger en les y exposant davantage, et de les rendre plus braves en face de l'ennemi. XX. Sous le consulat de P. Cornélius Nasica et de D. Junius, les déserteurs de l'armée furent condamnés, publiquement battus de verges, et vendus. XXI. Domitius Corbulon, dans l'Arménie, apprenant que deux corps de cavalerie et trois cohortes avaient, dès le début de la campagne, lâché pied près d'une forteresse, les fit camper hors des retranchements, jusqu'à ce que, par des travaux assidus et des expéditions heureuses, ils eussent racheté leur ignominie. XXII. Le consul Aurélius Cotta ayant, dans une nécessité pressante, réclamé pour des travaux le concours des cavaliers, et une partie d'entre eux s'y étant refusés, il s'en plaignit aux censeurs, qui les notèrent. Il obtint ensuite du sénat que leurs années de service passées ne leur fussent pas comptées. De leur côté, les tribuns du peuple firent confirmer cette sentence dans les assemblées, et tout le monde contribua ainsi au raffermissement de la discipline. XXIII. Q. Métellus, le Macédonique, commandant en Espagne, obligea les soldats de cinq cohortes qui avaient reculé devant l'ennemi, de retourner, leurs testaments faits, s'emparer de ce même poste, les menaçant de ne les point recevoir que victorieux. XXIV. Le sénat, sous le consul P. Valérius, ordonna que l'armée vaincue près du Siris (1) fût conduite à Firmum (2), et que là, retranchée dans un camp, elle passât tout l'hiver sous des tentes. Le sénat, pour faire expier aux soldats de cette armée la honte d'avoir fui, décréta qu'elle ne recevrait de secours qu'après avoir fait des prisonniers sur les ennemis vaincus.

(1) Fleuve de Lucanie.

(2) Ville du Picénum, auj. Fermo.

XXV. Les légions qui avaient refusé le service militaire pendant la guerre punique (1) furent comme reléguées pendant sept années en Sicile, d'après un sénatus-consulte, et réduites à l'orge. XXVI. L. Pison ordonna que C. Titius, préfet de cohorte, qui avait lâché pied devant les esclaves fugitifs, se tint tous les jours dans la place d'armes, la ceinture de sa toge coupée, la tunique négligée, et pieds nus, jusqu'à la faction des gardes de nuit, et qu'il ne prit en public ni repas ni bain. XXVII. Sylla condamna une cohorte et des centurions qui s'étaient laissé forcer par l'ennemi dans un poste, à demeurer le casque en tête et sans épée dans la place d'armes du camp. XXVIII. Domitius Corbulon, en Arménie, voulant punir Æmilius Rufus, préfet de cavalerie, qui avait lâché pied devant l'ennemi, et dont la troupe était en mauvais état, lui fit déchirer ses vêtements par un licteur, et lui ordonna de demeurer tout le jour en cet état dans la place d'armes, jusqu'à ce qu'on eût relevé les gardes. XXIX. Atilius Régulus, passant du Samnium à Lucérie (2), et voyant son armée lâcher pied devant l'ennemi, se plaça devant elle avec sa cohorte prétorienne, et commanda de traiter en déserteurs ceux qui fuiraient. XXX. Le consul Cotta, en Sicile, fit battre de verges un tribun des soldats du nom de Valérius, et de la noble maison Valéria. XXXI. Le même, informé que P. Aurélius, son parent, à qui il avait confié la conduite du siège de Lipara (3), tandis qu'il était lui-même allé prendre de nouveau les auspices à Messine ,avait laissé incendier la terrasse des machines de guerre et envahir son camp, lui infligea le supplice des verges, le réduisit à la condition de simple fantassin et lui en fit remplir tous les devoirs.

(I) Après la bataille de Cannes.

(2) Ville d'Apulle.

(3)Une des lies Éoliennes, auj. Llpari..

XXXII. Fulvius Flaccus, étant censeur, exclut du sénat Fulvius son frère, pour avoir licencié, sans l'ordre du consul, la légion dans laquelle il était tribun militaire. XXXIII. M. Caton, près de quitter une plage ennemie où il s'était arrêté quelques jours, avait fait donner trois fois le signal du départ, et avait levé l'ancre. Un soldat, sans lequel les autres étaient partis, accourut au rivage,.suppliant de la voix et du geste qu'on l'emmenât. Caton y fit retourner toute la flotte; et ayant pris ce soldat, il ordonna son supplice, aimant mieux qu'il servît d'exemple à l'armée que de victime aux ennemis. XXXIV. Appius Claudius fit décimer des soldats qui avaient pris la fuite, et mourir sous le bâton ceux sur qui tomba le sort. XXXV. Le consul Fabius Rullus fit tirer au sort, dans deux légions qui avaient lâché pied, un nom sur vingt, et les soldats désignés furent frappés de la hache en présence de l'armée. XXXVI. Aquillius fit frapper de la hache trois soldats de chacune des centuries, qui avaient laissé forcer leur poste par l'ennemi. XXXVII. M. Antoine, informé que les ennemis avaient mis le feu à une terrasse destinée à ses machines, décima les soldats de deux cohortes qui y étaient de garde pendant le travail, punit un centurion de chacune d'elles, renvoya ignominieusement celui qui commandait, et fit donner de l'orge au reste de la légion. XXXVIII. Une légion qui avait saccagé la ville de Rhége (1) par l'ordre de son chef, en fut rigoureusement punie quatre mille hommes, bien gardés, furent mis à mort (2). En outre, un sénatus- consulte défendit expressément d'en ensevelir ou d'en pleurer aucun. XXXIX. L. Papirius Cursor étant dictateur, voulut faire battre de verges et frapper de la hache Fabius Rullus, maître de la cavalerie, pour avoir, même avec avantage, combattu, malgré sa défense et, sans rien accorder à l'intercession et aux prières des soldats, il le poursuivit jusque dans Rome, où celui-ci s'était réfugié. Là enfin il ne lui fit grâce du supplice qu'après l'avoir vu, lui et son père, se jeter à ses genoux, et le sénat et le peuple l'en supplier également. XL. Manlius, à qui l'on donna dans la suite le surnom d'Inflexible, fit battre de verges et frapper de la hache, en présence de l'armée, son fils, qui s'était, contre son ordre, mesuré avec un ennemi, et quoiqu'il l'eût vaincu. XLI. Manlius le fils, voyant l'armée prête à se soulever pour lui contre son père, dit que personne ne devait être estimé assez pour devenir la cause du relâchement de la discipline; et il en obtint qu'elle le laissât punir. XLII. Q. Fabius Maximus fit couper la main droite à des transfuges. XLIII. Le consul C. Curion dans la guerre de Dardanie, voyant près de Dyrrachium une de ses cinq légions, tout à coup mutinée, se dérober au service, et refuser de s'associer à la témérité du général dans une entreprise difficile et périlleuse, commanda aux quatre autres légions de sortir en équipage de guerre, et de former les rangs, les armes découvertes, comme en un jour de bataille.

(1) Ville maritime du Bruttium, auj. Reggio.

(2) Ce massacre eut lieu à Rome, au milieu du forum.

Ensuite il donna l'ordre à la légion séditieuse de s'avancer sans armes, et, le ceinturon défait en présence des troupes armées, de couper du fourrage (1). Le lendemain, il fit travailler les mutins, dans le même costume, au fossé du camp; et, insensible jusqu'à la fin à toutes les prières de cette légion il lui retira ses enseignes, il abolit son nom, et il en distribua les soldats, comme des recrues, dans les autres légions. XL1V. Sous le consulat de Q. Fulvius et d'Appis Claudius, les soldats qui après la bataille de Cannes avaient été relégués en Sicile par le sénat, demandèrent au consul M. Marcellus (2) de les mener avec lui contre l'ennemi. Marcellus consulta le sénat. Le sénat répondit qu'il verrait avec peine que la défense de la république fût confiée à des gens qui l'avaient abandonnée; il permit toutefois à Marcellus de faire ce qu'il jugerait à propos, à condition qu'aucun d'eux ne serait libéré du service, ne recevrait ni don ni récompense quelconque, et ne remettrait le pied en Italie tant que les Carthaginois y seraient. XLV. M. Salinator, consulaire, fut condamné par le peuple, pour n'avoir pas fait aux soldats un partage égal du butin. XLVI. Le consul Q. Pétillius ayant péri dans un combat contre les Ligures, le sénat décréta que la légion dans les rangs de laquelle il avait été tué fût licenciée tout entière, que la solde de l'année ne lui fût pas payée ni son temps de service compté.

(1) C'était l'office des valets d'armée.

(1) M. Claudius MareeUus. Il êtait alors, non consul, mais proconsul

CHAPITRE II.

De l'effet de la discipline.

EXEMPLE 1. On lit, dans l'histoire du temps, que les armées de Brutus et de Cassius faisant route ensemble par la Macédoine pendant les guerres civiles, et Brutus étant arrivé le premier à un fleuve sur lequel il fallait jeter un pont, celle de Cassius l'emporta pourtant sur l'autre par sa célérité dans la construction de ce pont et le passage du fleuve. Cette vigueur de discipline ne parut pas seulement dans les travaux, mais donna aussi, dans le fort de la guerre, la supériorité aux soldats de Cassius sur ceux de Brutus. lI. C. Marius ayant la faculté de choisir entre deux armées, dont l'une avait servi sous Rutilius et l'autre sous Métellus, puis sous lui-même, choisit celle de Rutilius, quoique moindre, parce qu'il la croyait mieux disciplinée. III. Domitius Corbulon, avec deux légions et très peu d'alliés, soutint, grâce au rétablissement de la discipline, tout l'effort des Parthes. IV. Alexandre de Macédoine, à la tête de quarante mille hommes accoutumés depuis longtemps à la discipline par Philippe, son père, entreprit la conquête du monde, et vainquit des troupes innombrables d'ennemis. V. Cyrus, dans sa guerre contre les Perses, surmonta, avec quatorze mille soldats, des difficultés immenses. VI. Épaminondas, général des Thébains, n'avait que quatre mille hommes, dont quatre cents cavaliers, quand il défit l'armée des Lacédémoniens, forte de vingt-quatre mille fantassins et de seize cents chevaux. Vll. Quatorze mille Grecs, auxiliaires de Cyrus contre Artaxerxès, défirent en bataille rangée cent mille barbares. VIII. Ces mêmes quatorze mille Grecs, privés de leurs chefs par le sort de la guerre se mirent, pour le retour, sous la conduite de l'un d'eux l'Athénien Xénophon, et rentrèrent sans pertes dans leur patrie, à travers des pays inconnus et difficiles. IX. Xerxès, arrêté tout court aux Thermopyles par trois cents Lacédémoniens qu'il eut bien de la peine à vaincre se plaignit d'avoir été trompé, en ce qu'il avait beaucoup d'hommes, mais point de soldats.

CHAPITRE III.

De la tempérance et du désintéressement.

EXEMPLE I. M. Caton se contentait, dit-on, en mer, du même vin que les matelots. II. Fabricius, quand Cinéas, ambassadeur des Épirotes, lui vint offrir un monceau d'or, le refusa, en disant qu'il aimait mieux commander à ceux qui possédaient ces richesses, que de les posséder lui-même. III. Atilius Régulus, après avoir présidé aux destinées de l'État était si pauvre, qu'il vivait, lui, sa femme et ses enfants, du produit d'une petite terre que cultivait un seul fermier. Aussi quand celui-ci mourut, écrivit-il au sénat de lui envoyer un successeur à l'armée, la mort de ce serviteur le mettant dans une fâcheuse position, et dans la nécessité de revenir. IV. Cn. Scipion, après de brillants succès en Espagne, mourut dans une extrême pauvreté, ne laissant pas même assez d'argent pour la dot de ses filles, que le sénat, à cause de leur dénûment, dota aux frais du trésor. V. Les Athéniens firent la même chose pour les filles d'Aristide, qui avait été chargé des plus grands intérêts de sa patrie, et était mort dans la dernière pauvreté. VI. Épaminondas, général des Thébains, avait un tel désintéressement, qu'on ne trouva chez lui, pour tout meuble, qu'une marmite et une broche. VII. Annibal avait pour habitude de se lever avant le jour, de ne se point mettre au lit qu'il ne fût nuit, ni à table qu'après le coucher du soleil; et la table, chez lui, ne se composait pas de plus de deux lits. VIII. Le même, à l'époque où il servait sous les ordres d'Asdrubal, dormait souvent sur la terre nue, couvert seulement de sa casaque. IX. Scipion Émilien, en campagne, se faisait, dit-on, apporter du pain, qu'il mangeait en se promenant avec ses amis. X. On dit la même chose d'Alexandre de Macédoine. XI. Massinissa, âgé de quatre-vingt-dix ans, avait, dit-on, coutume de prendre ses repas en plein midi, en se tenant debout devant sa tente, ou en se promenant. XII. M. Curius, à qui un sénatus-consulte avait assigné, après sa victoire sur les Sabins, une mesure de terre plus grande que n'en recevaient les soldats émérites, se contenta de la portion des simples soldats, disant que c'était être mauvais citoyen que de n'avoir pas assez de ce qui suffisait aux autres. XIII. Souvent aussi des armées entières ont donné des preuves d'une remarquable modération témoin celle qui servit sous M. Scaurus. Il dit en effet, dans ses mémoires, qu'un arbre tout chargé de fruits ayant été compris dans l'enceinte du camp, il se trouva le lendemain, au départ de l'armée, qu'on n'en avait pas cueilli un seul. XIV. Pendant la guerre qui se fit, sous les auspices de l'empereur César Domitien Auguste Germanicus, contre Julius Civilis, révolté en Gaule, l'opulente cité des Lingons (1), qui avait pris parti pour ce dernier, craignait que l'armée de César arrivant ne la saccageât. Mais quand elle vit, contre son attente, le respect qu'on avait sur son territoire pour les personnes et pour les choses, rentrant alors dans le devoir, elle me fournit soixante-dix mille hommes. XV. L. Mummius, qui, vainqueur de Corinthe, orna l'Italie et les provinces de tableaux et de statues, songea si peu à s'approprier quoi que ce fût de ces riches dépouilles, que sa fille, faute de dot, fut dotée par le sénat aux frais du trésor.

(1) Peuple du pays auj. de Langres.

CHAPITRE IV.

De la justice.

EXEMPLE I. Comme Camille assiégeait Faléries, un maître d'école de cette ville conduisit ses écoliers hors des murs, sous prétexte d'une promenade, et vint les lui livrer, disant que pour ravoir de tels orages les habitants feraient nécessairement leur soumission. Camille, loin de profiter de cette perfidie, livra le maitre lui-même aux enfants, les mains liées derrière le dos, pour qu'ils le reconduisissent à coups de verges à leurs parents générosité qui lui valut une victoire qu'il n'avait pas voulu devoir à la trahison car les Falisques, touchés de cet acte de justice, se rendirent d'eux-mêmes à Camille. II. Le médecin de Pyrrhus, roi des Épirotes, étant venu trouver secrètement Fabricius, général des Romains, lui promit de donner du poison au roi si on lui assurait une récompense proportionnée à ce service. Fabricius, ne voulant point de la victoire au prix d'un crime, dévoila à Pyrrhus la perfidie de son médecin, et le détermina, par cette marque de loyauté, à solliciter l'amitié des Romains.

CHAPITRE V.

De la fermeté.

EXEMPLE I. Cn. Pompée, menacé par ses troupes du pillage de l'argent qui devait être porté dans son triomphe, n'écouta point Servilius et Glaucias, qui l'exhortaient à le distribuer pour prévenir cette sédition, et déclara qu'il renoncerait au triomphe, et qu'il mourrait plutôt que de céder à la violence des soldats. Puis, leur ayant adressé un discours sévère, il leur opposa les faisceaux couronnés de lauriers, pour qu'ils eussent à les briser d'abord; et cette fermeté les retint dans le devoir. II. C. César, surpris par une sédition militaire pendant le tumulte des guerres civiles, n'hésita pas, au moment même de la plus grande effervescence des esprits, à licencier toute une légion, après avoir fait frapper de la hache les chefs de la révolte. Il consentit ensuite, sur leurs instances, à rappeler ces mêmes soldats honteux et suppliants, et il n'en eut pas de meilleurs. III. Postumius, consulaire, exhortant ses soldats, ceux-ci lui demandèrent ce qu'il exigeait d'eux. « Que vous m'imitiez, » répondit-il et, saisissant une enseigne, il se jette le premier sur l'ennemi. Les soldats le suivent, et remportent la victoire. IV. CI. Marcellus, ayant imprudemment donné dans un gros de soldats gaulois, fit vivement tourner son cheval, pour voir de quel côté il pourrait s'échapper. Il ne vit partout qu'une perte assurée. Alors, après une prière aux dieux, il se jette au travers des ennemis. Tant d'audace les étonne; il tue leur chef, et de cette lutte, où l'espoir du salut lui restait à peine, il remporte des dépouilles opimes. V. L. Paullus, voyant l'armée perdue à Cannes, et ne voulant pas survivre à ce désastre, dont il n'était pourtant pas cause (1), refusa un cheval que Lentulus lui offrait pour fuir; et, immobile sur une pierre où il s'était appuyé à cause de ses blessures, il attendit là que les ennemis vinssent l'achever. VI. Varron, son collègue, montra encore plus de fermeté, en consentant à vivre après cette défaite aussi le sénat et le peuple le remercièrent. ils de n'avoir pas désespéré de la république.

(1) Il s'était opposé à la bataille.

Etce n'est pas l'amour de la vie, mais de la république, qui lui fit préférer de vivre, comme il le prouva pendant le reste de ses jours car il laissa croître sa barbe et ses cheveux, ne prit plus aucun repas couché, et refusa jusqu'aux honneurs qui lui étaient déférés par le peuple, disant qu'il fallait à la république des magistrats plus heureux que lui. VII. Sempronius Tuditanus et C. Octavius, tribuns des soldats, assiégés dans le petit camp, après l'entière déroute de l'armée à Cannes, exhortèrent leurs camarades à s'ouvrir avec eux, l'épée à la main, un passage à travers les bataillons ennemis, déclarant qu'ils y étaient résolus, personne n'eût-il l'audace de les imiter. Il ne se trouva le reste hésitant, que douze cavaliers et cinquante fantassins qui osassent les suivre; et ils parvinrent sans perte à Canusium. VIII. T. Fontéius Crassus, en Espagne, étant allé à la maraude avec trois mille hommes, se vit tout à coup enveloppé par Asdrubal en un lieu désavantageux. Alors, ne faisant part de son dessein qu'aux premiers centurions, il s'échappa au commencement de la nuit, quand on s'y attendait le moins, à travers les postes ennemis. IX. P. Décius, tribun des soldats, voyant, pendant la guerre des Samnites, le consul Cornélius Cossus serré de près par les ennemis dans une position désavantageuse, lui persuada d'envoyer une petite troupe occuper une colline voisine, et s'offrit pour commander ce détachement. L'ennemi attiré sur ce point, et laissant échapper le consul, enveloppa Décius et l'assiégea; mais Décius se déroba lui-même à ce danger en faisant, la nuit, une sortie vigoureuse; et il alla rejoindre le consul, sans avoir perdu un seul homme. X. Le même stratagème fut employé sous le consul Atilius Calatinus, par un de ses lieutenants, dont le nom est diversement donné par les historiens. Les uns l'appellent Labérius, d'autres Q. Céditius, un plus grand nombre Calpurnius Flamma. Celui-ci donc, voyant l'armée engagée dans une vallée dont les côtés et toutes les hauteurs étaient occupés par l'ennemi, demanda au consul et obtint une troupe de trois cents hommes et, après les avoir exhortés à sauver les autres par leur courage, il courut se poster au milieu même de la vallée. L'ennemi descendit de partout pour les écraser, et, arrêté là par un long et opiniâtre combat, laissa au consul le temps de tirer l'armée de cette mauvaise position. XI. C. César, près d'en venir aux mains avec les Germains et le roi Arioviste, et voyant le trouble où l'approche du combat jetait les esprits, dit à ses troupes réunies qu'il ne réclamerait dans cette journée que l'aide de la dixième légion. Il réussit ainsi à doubler l'ardeur des soldats decette légion, par cette sorte de témoignage d'une bravoure singulière, et à piquer en même temps l'amour-propre des autres, qui ne voulurent pas leur abandonner la gloire du courage. XII. Un noble Lacédémonien, informé que Philippe menaçait d'enlever à la république ses libertés si elle ne se soumettait pas à lui « Est ce qu'il nous empêchera aussi, dit-il, de mourir pour la patrie? » XIII. Léonidas, de Lacédémone, à qui l'on disait que les innombrables flèches des Perses formeraient des nuées: « Tant mieux, dit-il, nous combattrons à l'ombre. » XIV. Comme L. Ælius, préteur de Rome, rendait la justice, un pivert se vint percher sur sa tête; et les aruspices ayant répondu qu'en le laissant aller on assurait la victoire aux ennemis, et en le tuant au peuple romain, mais qu'il en coûterait la vie à L. Ælius et aux siens, il le tua. Cet oiseau tué, notre armée fut victorieuse, et L. Ælius périt dans le combat, avec quatorze membres de cette même famille. Il y a des auteurs qui pensent qu'il ne s'agit pas ici d'Ælius, mais de Lélius, et que ce furent des Lélius et non des Ælius qui périrent. XV. P. Décius, le père et le fils, se dévouèrent l'un après l'autre pour la république, pendant leur magistrature. Ayant lancé leurs chevaux au milieu des ennemis ils donnèrent, à ce prix, la victoire à leur patrie. XVI. P. Crassus, faisant la guerre en Asie contre Aristonic, tomba au pouvoir des troupes ennemies entre Élée et Myrina. Ne voulant pas être emmené vivant, et donner le honteux spectacle de la captivité d'un consul romain, avec la baguette qui lui avait servi pour son cheval il creva l'oeil du Thrace qui le tenait captif, et l'ayant forcé par la douleur à lui donner la mort, il échappa ainsi, comme il le voulait, à la honte de la servitude. XVII. M. Caton, fils du censeur, étant tombé avec son cheval sur le champ de bataille, s'aperçut, en se remettant de cette chute que son glaive y était resté. Ne pouvant supporter cette honte, il retourna contre l'ennemi, ressaisit son arme au prix de quelques blessures, et revint vers les siens. XVIII. Les Pétiliniens, assiégés par les Carthaginois et manquant de vivres, mirent dehors les vieillards et les enfants; et, se nourrissant de cuir trempé qu'ils faisaient griller, de feuilles d'arbres et de toutes sortes d'animaux, ils soutinrent le siége durant onze mois. XIX. Les Espagnols de Consaburum se réduisirent à la même extrémité, pour ne pas rendre leur ville à Hirtuléius. XX. Les habitants de Casilinum assiégés par Annibal. éprouvèrent une telle disette, qu'un rat y fut, dit-on, vendu cent deniers, et sauva la vie à l'acheteur; mais le vendeur mourut. Cependant ils demeurèrent fermes dans l'alliance des Romains. XXI. Au siège de Cyzique, Mithridate fit mener au supplice, à la vue des habitants, les prisonniers qu'il avait faits sur eux pensant que la compassion les obligerait à se rendre. Mais ceux ci les exhortèrent, de dessus les murailles, à souffrir courageusement la mort, et demeurèrent inébranlables dans leur fidélité aux Romains. XXII. Les habitants de Ségovie, malgré le massacre que Viriath ordonna de leurs enfants et de leurs femmes, aimèrent mieux supporter cet affreux spectacle que de trahir la cause des Romains. XXIII. Les Numantins, plutôt que de se rendre, s'enfermèrent chacun chez soi, et s'y laissèrent mourir de faim.

CHAPITRE VI.

De la douceur et de la modération.

EXEMPLE I. Q. Fabius, à qui son fils conseillait de s'emparer d'un poste avantageux, au risque d'y perdre quelques soldats. "Veux-tu, lui dit-il, être l'uu de ceux-là? » II. Xénophon ordonna, étant à cheval, à des fantassins de s'emparer d'une certaine montagne; et l'un d'eux s'étant mis à dire en murmurant, qu'il lui était aisé, à lui qui était assis, d'imposer une pareille fatigue aux autres, il descendit aussitôt, fit monter le soldat à sa place, et gagna péniblement à pied la montagne. Le soldat, touché de repentir, et piqué des railleries de ses compagnons, descendit à son tour; et Xénophon, cédant enfin aux instances de tous ses soldats, remonta sur son cheval, et reprit les devoirs et les fonctions de général. III. Alexandre, pendant une marche d'hiver, s'étant assis près d'un grand feu pour passer la revue de ses troupes, aperçut un soldat à demi mort de froid. Il le fit mettre à sa place, en lui disant « Né en Perse, tu commettrais un crime capital en t'asseyant sur le siége du roi Macédonien, tu y trouveras la vie. » IV. Le divin Auguste Vespasien, voyant un jeune homme d'une bonne famille tout à fait impropre aux armes, et qu'on avait élevé aux premiers grades en considération de sa pauvreté, lui donna ce qu'il lui fallait pour soutenir son rang, et lui accorda un honorable congé.

CHAPITRE VII.

De divers desseins.

EXEMPLE I. César disait qu'il usait envers l'ennemi du même procédé qu'emploient les médecins contre les maux du corps, qui était de vaincre par la faim plutôt que par le fer. II. Selon Domitius Corbulon, il faut vaincre l'ennemi par le hoyau, c'est-à-dire par les ouvrages. III. L. Paulus disait qu'un général doit être vieux de caractère; ce qui signifie qu'il faut suivre les avis les plus modérés. IV. Quelques personnes accusaient Scipion l'Africain d'être trop peu soldat « Ma mère, dit-il, m'a fait général, et non soldat. » V. Un Teuton provoquait C. Marius à un combat singulier: Si tu as envie de mourir, lui dit-il, que ne te sers-tu du cordon ? » Et, lui montrant un gladiateur de méchante mine et déjà vieux, il ajouta: « Quand tu auras vaincu celui-ci, je me battrai avec le vainqueur. » VI. Q. Sertorius avait appris par expérience que seul il était hors d'état de tenir tête à toutes les forces romaines. Voulant rendre cette vérité sensible aux yeux des barbares, qui le pressaient témérairement de les mener au combat, il fit amener avec deux chevaux dont l'un était vigoureux et l'autre maigre et chétif, deux jeunes gens offrant la même inégalité; et il commanda au plus robuste d'arracher d'un coup la queue du cheval chétif, et au plus faible d'enlever poil à poil la queue du cheval vigoureux. Le faible fit ce qu'on lui avait commandé; mais le robuste s'épuisant sans effet sur le cheval chétif « Voici, dit Sertorius, un exemple qui vous montre la nature des cohortes romaines: si vous les attaquez en masse, elles sont invincibles; harcelées en détail et par petits corps, on en peut venir à bout. » VII. Le consul Valérius Lévinus avait pris daus son camp un espion ennemi confiant qu'il était dans la force de ses troupes, il le fit promener par tout le camp; et pour effrayer l'ennemi il lui fit dire qu'il pouvait envoyer autant d'espions qu'il voudrait; que les portes de son camp leur étaient ouvertes. VIII. Le primipile Célius, qui, après la destruction de l'armée de Varus en Germanie, tint lieu de général aux débris qu'assiégeaient les barbares, craignant qu'ils ne missent le feu à des amas de bois qu'ils avaient près du rempart, et n'incendiassent le camp romain, feignit d'en avoir besoin pour son propre usage, et l'envoya dérober secrètement ce qui fut cause que les Germains s'empressèrent de transporter ce bois plus loin. IX. Cn. Scipion, dans un combat naval, fit jeter dans les vaisseaux ennemis des amphores pleines de poix et de résine, lesquelles, outre qu'elles faisaient du mal par leur poids, fournissaient, en répandant ce qu'elles contenaient, des matières pour l'incendie. X. Annibal donna au roi Antiochus l'idée de faire jeter dans les vaisseaux ennemis des vases pleins de vipères, qui, en effrayant les soldats, les troublèrent dans la manoeuvre et le combat. XI. Prusias en fit autant, en se retirant avec sa flotte. XII M. Porcius ayant pris à l'abordage une partie de la flotte carthaginoise, et fait évacuer tous ceux qui la montaient, vêtit ses gens de leurs dépouilles et de leurs armes; et par ce stratagème, qui le fit prendre pour un des leurs, il put couler à fond bon nombre de vaisseaux ennemis. XIII. Les Lacédémoniens faisaient des courses sur le territoire d'Athènes. On célébrait alors la fête de Minerve hors des murs de la ville. Les Athéniens étaient sortis dans le costume de gens occupés d'une cérémonie, mais avec des armes sous leurs habits. La fête terminée, au lieu de revenir à Athènes, ils coururent à marches forcées à Lacédémone, où on ne les attendait guère, et ravagèrent le territoire d'un ennemi dont ils avaient dû être la proie. XIV. Cassius fit mettre le feu à quelques vaisseaux de charge, qui ne lui étaient pas fort nécessaires et prenant l'occasion d'un bon vent, il les envoya au milieu de la flotte ennemie, et la brûla. XV. M. Livius venait de battre et de mettre en fuite Asdrubal. Comme on l'exhortait à donner la chasse à l'ennemi, pour le détruire jusqu'au dernier « Il faut bien, dit-il, qu'il en reste quelques- uns pour annoncer notre victoire. » XVI. Scipion l'Africain avait coutume de dire qu'il ne fallait pas seulement donner à l'ennemi le moyen de fuir, mais lui en frayer le chemin. XVII. Pachès l'Athénien promit aux ennemis qu'ils auraient tous la vie sauve s'ils mettaient bas le fer. Ils se soumirent mais tous ceux dont le vêtement était attaché par des agrafes de fer furent massacrés. XVIII. Asdrubal était entré dans la Numidie pour la soumettre. L'ennemi se préparant à se défendre, il dit qu'il était venu chasser aux éléphants, animal qui abonde en Numidie. Les Numides le lui permirent, à la condition qu'il leur promît sécurité; et comme, sur cette confiance, ils s'éloignaient, il les attaqua et les réduisit. XIX. Le Lacédémonien Alcétas, voulant surprendre un convoi de vivres des Thébains, cacha toutes ses galères, à la réserve d'une seule, sur laquelle il exerçait tour à tour toute sa chiourme, comme s'il n'en eût pas eu d'autre; et, épiant l'occasion, il envoya toute sa flotte contre les navires thébains, et s'empara de leur chargement. XX. Ptolémée, combattant Perdiccas avec une armée faible contre une armée supérieure en forces, attacha des fagots par derrière à toutes les bêtes du camp, et en donna la conduite à quelques cavaliers. Lui-même, marchant avec ce qu'il avait de troupes, fit en sorte que la poussière soulevée par les bêtes donnât à croire qu'il était suivi par une grande armée, dont l'attente effraya l'ennemi, et donna la victoire à Ptolémée. XXI. Myronide, général des Athéniens, ayant à combattre en plaine, contre les Thébains, qui l'emportaient en cavalerie, fit persuader à ses soldats qu'en ne quittant pas leur place ils avaient chance de se sauver, mais qu'en reculant ils se perdaient. Cette conviction leur donna du coeur, et ils remportèrent la victoire. XXII. L. Pinarius tenait garnison dans la ville d'Enna en Sicile. Les magistrats vinrent lui en demander les clefs. Pinarius, qui les soupçonnait de vouloir passer à l'ennemi, demanda une nuit pour délibérer. Puis il fit connaître à ses soldats le projet de trahison des Grecs, et leur recommanda de se tenir prêts pour le lendemain. Au point du jour, les magistrats s'étant présentés de nouveau, il leur dit qu'il rendrait les clefs d'Enna si tous les habitants en étaient d'accord. A cet effet, toute la population se rassembla au théâtre, et demanda les clefs tout d'une voix Pinarius, ne doutant plus de leur trahison, donna le signal, et les fit tous exterminer. XXIII. Iphierate, général des Athéniens, fit mettre à son équipage des habits ennemis, et s'approcha ainsi d'une ville qu'il suspectait et comme il s'en vit accueilli avec joie, il reconnut sa perfidie, et la saccagea. XXIV. T. Gracchus ayant déclaré que parmi les esclaves volontaires qu'il avait avec lui les braves seraient affranchis et les lâches mis en croix, quatre mille d'entre eux qui avaient combattu mollement, de peur du supplice, se retirèrent sur une colline fortifiée. Gracchus leurenvoya dire qu'il les croyait tous victorieux, puisque l'ennemi avait fui, et les ramena ainsi dans son camp, dégagés de ses menaces et de leurs propres craintes. XXV. Annibal, après l'immense désastre des Romains sur les bords du Thrasymène, avait reçu à composition six mille ennemis. Il renvoya dans leurs cités, avec de bonnes paroles, les alliés du nom latin, disant qu'il était venu faire la guerre pour délivrer l'Italie; et, par leur entremise, quelques peuples se rendirent à lui. XXVI. Locres était assiégé par Crispinus, qui commandait notre flotte. Magon, général carthaginois, fit répandre dans le camp romain le bruit qu'Annibal venait de battre Marcellus, et qu'il accourait sur Locres pour la délivrer. Il fit partir ensuite secrètement quelques cavaliers, auxquels il donna l'ordre de se montrer tout à coup sur des hauteurs voisines de la ville. Crispinus, pensant que c'était Annibal, s'embarqua au plus vite, et gagna le large. XXVII, Scipion Emilien, au siége de Numance, entremêla des archers et des frondeurs non seulement parmi les cohortes, mais aussi parmi les compagnies. XXVIII. LeThébain Pélopidas, mis en fuite par les Thessaliens, fit jeter à,la hâte un pont sur une rivière; et l'ayant fait passer à toutes ses troupes, afin d'arrêter l'ennemi qui le poursuivait, il donna ordre à l'arrière-garde de brûler le pont. XXIX. Les Romains, au siège de Capoue, n'étant pas aussi forts que l'ennemi en cavalerie, un centurion de l'armée que commandait le proconsul Fulvius Flaccus, Q. Nevius, imagina ce stratagème On fit choix dans l'armée de soldats d'élite, de taille au-dessous de la moyenne; on les arma de petits boucliers, de petits casques et de courtes épées, et on leur donna à chacun sept javelots de quatre pieds de longueur. Ainsi équipés, on les fit avancer, mêlés à la cavalerie, jusqu'au pied des murailles, et le combat commenca entre nos cavaliers et ceux de l'ennemi. Ceux-ci furent fort maltraités, et en particulier leurs chevanx, qui mirent le désordre dans les rangs et nous assurèrent une prompte victoire. XXX. P. Scipion faisait la guerre à Antiochus, en Lydie. Ayant remarqué qu'après une pluie de jour et de nuit, qui avait fort tourmenté l'armée du roi non seulement les hommes et les chevaux étaient accablés, mais que l'eau, en détrempant les cordes des arcs, les rendait inutiles, il engagea son frère à donner la bataille le lendemain, quoique ce fût un jour consacré. Ce conseil nous valut la victoire. XXXI. Tandis que Caton ravageait l'Espagne, des députés des Ilergètes, peuple allié, vinrent lui demander des secours. Il ne voulait ni s'aliéner ce peuple en les lui refusant, ni diminuer son armée en les lui accordant. Il ordonna donc au tiers de ses troupes de préparer des vivres et de se mettre en mer, mais de prétexter les mauvais vents pour revenir au port. Cependant le bruit du renfort qui arrivait releva le courage des Ilergètes, et arrêta les desseins de l'ennemi. XXXII. C. César ayant affaire, dans l'armée des Pompéiens, à un corps considérable de chevaliers romains, dont l'habileté dans le maniement des armes était meurtrière pour ses soldats, recommanda à ceux-ci de les frapper au visage et aux yeux, et de leur porter la pointe dans la face. XXXIII. Les Vaccéens, attaqués par toutes les forces de Sempronius Gracchus, s'entourèrent de chariots, sur lesquels ils firent monter les plus braves d'entre eux, habillés en femmes. Sempronius s'avançant avec trop peu de prudence, comme s'il avait affaire à des femmes, ceux qui étaient sur les chariots le chargèrent, et le mirent en fuite. XXXIV. Eumènes de Cardia (1), l'un des successeurs d'Alexandre, étant enfermé dans un fort où il n'y avait pas de place pour exercer les chevaux, les faisait suspendre tous les jours à certaines heures; de telle sorte qu'ayant les pieds de devant en l'air et ceux de derrière par terre, leurs efforts pour se poser sur leurs quatre pieds faisaient jaillir la sueur de leurs membres. XXXV. Des barbares offraient à M. Caton des guides et du secours pour prix d'une somme considérable.

(I) Ville de la Chersonnêse de Thrace.

Il n'hésita pas à la leur promettre pensant s'acquitter soit avec les dépouilles de l'ennemi vaincu soit en les tuant. XXXVI. Q. Maximus fit appeler uu jeune noble, nommé Statilius, cavalier du plus utile service, qu'il savait disposé à passer à l'ennemi; et il lui fit des excuses de ce que la jalousie de ses compagnons d'armes lui avait jusqu'alors caché son mérite. Puis il lui donna en présent un cheval, y ajouta de l'argent, et renvoya ainsi tout joyeux un homme qui était venu troublé par ses remords, et tremblant. Et depuis lors il eut en lui un cavalier non moins fidèle que courageux. XXXVII. Philippe avait appris qu'un certain Pythias, excellent soldat, était indisposé contre lui, parce que, n'ayant pas de quoi nourrir ses trois filles, le roi ne lui venait pas en aide. On conseillait à Philippe de se garder de cet homme. Quoi donc, dit-il, si j'avais quelque partie du corps malade, vaudrait-il mieux la retrancher que la guérir? Et ayant fait venir en secret Pythias, et su de lui le mauvais état de ses affaires domestiques, il lui donna de l'argent, et le trouva dans la suite plus brave et plus fidèle qu'il n'avait été avant son mécontentement. XXXVIII. T. Quinctius Crispinus, après le combat malheureux où son collègue Marcellus avait péri, sachant que l'anneau du mort était tombé au pouvoir d'Annibal, envoya dire dans toutes les villes d'Italie qu'on se défiât de toute lettre qui arriverait scellée de l'anneau de Marcellus. Cet avis rendit inutiles les tentatives d'Annibal sur Salapia et sur d'autres cités. XXXIX. Après la bataille de Cannes, et dans l'épouvante dont elle frappa les Romains, une grande partie des débris de l'armée songeait, à déserter l'Italie, sur le conseil qu'en avaient donné quelques nobles de la plus haute naissance. P. Scipion, encore adolescent, en est informé Il entre tout à coup dans le conciliabule où se tramait un tel dessein, et déclare qu'il tuera de sa main quiconque ne jurera pas de n'abandonner jamais la république. Et, après s'être lié le premier par ce serment, il tire son épée, et, menaçant d'en frapper le plus proche de lui s'il ne fàisait pas de même, il les força, celui-ci par la crainte, les autres par l'exemple, à prêter le même serment. XL. Le camp des Volsques étant placé près de broussailles et adossé à une forêt, Camille mit le feu à tout ce qui pouvait envoyer la flamme jusque dans le retranchement, et enleva ainsi leur camp aux ennemis. XLI. P. Crassus, dans la guerre sociale, faillit être coupé, avec toutes ses troupes, par un stratagème du même genre. XLII. Q. Métellus, en Espagne, voulant décamper, et ses soldats demeurant au camp pendant la marche, Hermocrate les arrêta, et, les rendant le lendemain plus prompts à marcher, mit fin à la guerre (1). XLIII. Après la défaite d'une multitude immense de Perses à Marathon, les Athéniens perdant du temps à se féliciter, Miltiade les pressa de porter du secours à Athènes, vers laquelle cinglait la flotte ennemie.

(1) Nous. donnons, pour ce paragraphe inintelligible, la traduction de Perrot d'Ablancourt.

Et l'ayant prévenue, et couvert les remparts d'hommes armés, les Perses crurent que les Athéniens étaient innombrables, et que ceux qui défendaient les murailles n'étaient pas ceux qui avaient combattu à Marathon; et, virant de bord, ils regagnèrent l'Asie. XLIV. Pisistrate d'Athènes s'était emparé de la flotte des Mégariens, lesquels avaient fait, la nuit, une descente à Éleusis, pour enlever les Athéniennes occupées aux fêtes de Cérès. Après en avoir fait un grand carnage, il monta sur leurs vaisseaux, faisant mettre sur la poupe quelques femmes déguisées en captives. Trompés par cette vue, les Mégariens coururent au-devant de l'ennemi, sans ordre et désarmés, comme à la rencontre de compatriotes de retour d'une expédition heureuse; et ils furent accablés une seconde fois par Pisistrate. XLV. Cimon, général des Athéniens, ayant défait la flotte desPerses, près de l'île de Chypre, arma ses soldats de leurs dépouilles, et, monté sur les mêmes vaisseaux, vint aborder sur les côtes de Pamphylie, près de l'Eurymédon. Les Perses, reconnaissant et les vaisseaux et l'habillement de ceux qui les montaient, n'étaient point sur leurs gardes. Attaqués tout à coup, ils furent le même jour, vaincus sur terre et sur mer.

FIN DE L'OUVRAGE

sommaire


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, I
  2. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, III
  3. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, IV
  4. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, V
  5. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 32
  6. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VI
  7. a et b Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 33
  8. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VII
  9. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VIII-IX
  10. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, X-XI
  11. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 35
  12. a, b, c, d, e et f Aurelius Victor, Hommes illustres de la ville de Rome, XIX. C. Marcius Coriolan
  13. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XIV-XV
  14. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 36
  15. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 34
  16. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XVI-XVII
  17. a et b Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 35
  18. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XVIII-XXI
  19. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 37
  20. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVI
  21. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 38
  22. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVII
  23. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 39
  24. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVIII-XXXII
  25. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 38
  26. a et b Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 40
  27. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXXIII-XXXVI
  28. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 39-40
  29. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXXIX
  30. Cicéron, Brutus, 42 ; Laelius de Amicitia, 42
  31. Georges Dumézil, Mythe et Épopée III, 1973, pp 239-262, passim pour Camille.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

L’histoire dramatique de Coriolan a inspiré diverses œuvres artistiques :

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]