Coriolan

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Veturia aux pieds de Coriolan par Gaspare Landi
Photo courtesy of The VRoma Project.

Caius Marcius Coriolanus est une figure semi-légendaire de la République romaine archaïque. Il appartient à la gens romaine patricienne des Marcii, descendants d'Ancus Marcius, quatrième roi de Rome. Plutarque ajoute que son père est mort alors qu'il est en bas-âge et qu'il est élevé par sa mère Volumnia[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Toujours selon l'auteur, il participa à la bataille du lac Régille menée par le dictateur romain Aulus Postumius Albus contre les Latins d'Octavius Mamilius et Tarquin le Superbe. Il s'y distingue, en protégeant un de ses camarades blessés qui allait être achevé, et reçoit une couronne de chêne des mains du dictateur pour sa bravoure et avoir sauvé un citoyen[2], et il en est ainsi à chaque bataille à laquelle il participe[3].

Lors de la première sécession de la plèbe,en 495 av. J-C, il soutient Appius Claudius Sabinus et s'oppose au dictateur Manius Valerius Volusus Maximus, qui souhaitait faire un geste envers la plèbe mais qui abdiqua suite au refus de sa proposition[4]. S'ensuivit l'insurrection du mont Sacré[5],[6] et la création des tribuns de la plèbe[7],[8].

Il reçoit le surnom de Coriolanus pour avoir pris la cité volsque de Corioles en 493 av. J.-C.. Le consul Postumius Cominius Auruncus, après avoir vaincu et repoussé plusieurs armées volsques et pris plusieurs villes ennemies, butait sur leur capitale, Corioles. Les Volsques d'Antium vinrent au secours des assiégés, qui tentèrent une sortie. Le jeune patricien, avec une petite troupe, réussit à repousser ceux qui tentaient la sortie, à les poursuivre jusqu'aux portes et à s'emparer des remparts, provoquant le trouble parmi l'armée de secours. C'est ainsi que Corioles tomba dans le giron de la République romaine[7],[9]. Le consul lui offrit comme récompense beaucoup d’argent et un grand nombre de prisonniers mais il refusa tout, à l’exception d’une couronne et d’un cheval de guerre : quant aux prisonniers, il n’en demanda qu’un seul, qui était son ami, et lui rendit la liberté[10],[11],[12]

Il se présente ensuite au consulat, mais le peuple craint qu'il ne lui retire tous ses droits nouvellement acquis, d'autant plus qu'il est largement soutenu par le Sénat romain et les patriciens, et il échoue[13],[14].

En 492 av. J.-C., une disette frappe Rome car les champs n'ont pas été cultivés pendant les troubles internes, et l'année suivante une grande quantité de blé arrive de Sicile. Plusieurs sénateurs, avec à leur tête Coriolan, blessé par son échec récent au consulat, pensent que c'est le moment de recouvrer certains droits perdus lors de l'insurrection du Mont Sacré trois ans plus tôt, et s'opposent ainsi vivement aux tribuns de la plèbe nouvellement créés[12],[15],[16]. Ces derniers, profitant de la fureur de la plèbe affamée, citent le patricien en jugement, qui est condamné par contumace, et qui s'exile chez les Volsques[12],[17],[18].

Nicolas Poussin, Coriolan supplié par les siens (Musée des Andelys)

Plutarque raconte que Coriolan, méconnaissable sous un déguisement, s’introduit dans la demeure d’un riche aristocrate volsque nommé Attius Tullius Aufidius, et le supplie d’accorder son aide à un fugitif. Il est accueilli avec bienveillance car il est vu comme un allié potentiel contre les Romains, malgré le fait qu'il ait pris et saccagé quelques années plus tôt la ville de Corioles[17]. Il conçoit un plan pour que les Volsques, démoralisés par leur récente défaite et décimés par la peste, reprennent les armes. Attius Tullius Aufidius se rend à Rome durant des Jeux et convainc les consuls de bannir les Volsques de la ville[19],[20]. Une fois fait, il discourt pour les encourager et se venger de l'affront subi, et rapidement tous les Volsques se soulèvent contre Rome[21],[22]. Aufidius est, avec l'exilé romain Coriolan, nommé général. Très vite, Circeii, colonie romaine et plusieurs villes récemment conquises par les Romains tombent entre les mains de l'exilé. En 488 av. J.-C., Coriolan, haïssant Rome et surtout ses tribuns, refuse toute négociation et marche sur Rome[12],[23],[24],[25], mais Coriolan cède aux prières de sa mère et de sa femme, et se retire[12],[26],[27],[28].

Il existe plusieurs versions sur sa mort, dont la plus répandue est qu'il fut mis en accusation par les Volsques et assassiné avant son procès[12],[29]. Mais Tite-Live signale que Fabius donne une autre version : Coriolan aurait vécu jusqu'à un âge avancé et répétait à la fin de sa vie : « L'exil est bien plus pénible pour un vieillard »[26]. Enfin, Cicéron affirme qu'il se serait suicidé, ne pouvant accepter l'impuissance causée par son isolement[30].

Similitudes avec Thémistocle et Alcibiade[modifier | modifier le code]

Le récit de la rencontre de Coriolan et Aufidius est semblable à un épisode de la vie de Thémistocle, qui est contemporain de Coriolan. Exilé d’Athènes, Thémistocle se rend chez le roi des Molosses Admète, son ennemi personnel. Thémistocle se présente déguisé chez Admetus et appelle son aide comme fugitif, exactement comme Coriolan chez Aufidius. Néanmoins Thémistocle ne se retourne pas contre Athènes.

Plutarque, quant à lui, dans ses Vies des hommes illustres, l'oppose à Alcibiade.

Coriolan et Fortuna[modifier | modifier le code]

L'un des leitmotive de la geste de Coriolan est celui de la fortune (Fortuna) dont il est le favori, et qui l'abandonne à la fin. Il s'oppose clairement au grand Camille, qui fut fidèlement protégé par Mater Matuta (l'Aurore). Les deux personnages sont analysés chez Dumézil[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, I
  2. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, III
  3. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, IV
  4. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, V
  5. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 32
  6. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VI
  7. a et b Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 33
  8. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VII
  9. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, VIII-IX
  10. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, X-XI
  11. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 35
  12. a, b, c, d, e et f Aurelius Victor, Hommes illustres de la ville de Rome, XIX. C. Marcius Coriolan
  13. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XIV-XV
  14. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 36
  15. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 34
  16. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XVI-XVII
  17. a et b Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 35
  18. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XVIII-XXI
  19. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 37
  20. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVI
  21. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 38
  22. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVII
  23. Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 39
  24. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXVIII-XXXII
  25. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 38
  26. a et b Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 40
  27. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXXIII-XXXVI
  28. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre V, Frag. 39-40
  29. Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Coriolan, XXXIX
  30. Cicéron, Brutus, 42 ; Laelius de Amicitia, 42
  31. Georges Dumézil, Mythe et Épopée III, 1973, pp 239-262, passim pour Camille.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

L’histoire dramatique de Coriolan a inspiré diverses œuvres artistiques :

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]