Eugène Antoniadi

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Eugène Antoniadi
Ευγένιος Αντωνιάδης

Naissance 1er mars 1870
Ottoman flag alternative 2.svg Constantinople, Empire ottoman
Décès 10 février 1944 (à 73 ans)
Drapeau de la France Paris, France
Nationalité State Flag of Greece (1863-1924 and 1935-1970).svg Grecque
Drapeau de la France Française (à partir de 1928)
Profession
Astronome
Famille
Catherine Sevastopoulos (femme)

Compléments

Prix Jules-Janssen (1925)
Prix Guzman (en) (1926)
Légion d'honneur (1927)
Prix Lacaille (1932)

Eugène Michel Antoniadi, de son nom de naissance Eugenios Mihail Antoniadis (Ευγένιος Μιχαήλ Αντωνιάδης), aussi appelé Eugène Michael Antoniadi ou de façon erronée Eugène Marie Antoniadi, né le 1er mars 1870 à Constantinople et décédé à l'âge de 73 ans le 10 février 1944 à Paris, est un astronome grec qui vécu la majeure partie de sa vie en France. Fait chevalier de la Légion d'honneur en 1927 pour « services rendus à la France en période de guerre », il obtient la nationalité française en 1928.

Antoniadi est très connu pour avoir démystifié l'existence des canaux martiens. Grand observateur de la voûte céleste, il interprète avec succès les ombres et leur concavité ainsi que les contrastes pour en déduire les possibles reliefs des planètes. Donnant régulièrement son avis sur les publications des astronomes de son époque, il reste surtout un grand spécialiste de Mars et a longuement observé Vénus, Saturne et Mercure.

Ce n'est qu'en 2005, lorsque furent rassemblés tous ses documents de travail et sa correspondance laissés à Meudon que l'ampleur de son travail fut reconnu. Cet ensemble porte le nom de « fonds Antoniadi ». Ses notes sont conservées à la British Astronomical Association et à la Royal Astronomical Society de Londres, à l'observatoire Lowell en Arizona et à l'université Vanderbilt dans le Tennessee. Toutes ses observations astronomiques effectuées à l'observatoire de Juvisy-sur-Orge y sont toujours.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille grecque de Constantinople (la ville n'adopte le nom d'Istanbul qu'en 1930), Eugène Antoniadi commence des études en architecture mais se passionne très vite pour l'astronomie et réalise des croquis de la voûte céleste particulièrement précis à l'aide d'une lunette de 75 mm de focale puis d'une autre de 108 mm. Travaillant d'abord dans sa ville natale, il s'installe vite sur l'île de Prinkipo en mer de Marmara. Il envoie ses travaux au Français Camille Flammarion qui les publie dans sa revue L'Astronomie, ce qui permet à Antoniadi de devenir membre de la société astronomique de France à 21 ans en 1891.

Invité par Flammarion à venir travailler dans son observatoire de Juvisy-sur-Orge dans l'Essonne, Antoniadi s'installe en France en 1893 et devient directeur adjoint de l'établissement en 1895. Ses observations réalisées à l'aide de la monture équatoriale de 24 cm sont régulièrement publiées dans le bulletin de la société astronomique de France.

En 1896, Antoniadi devient membre de la British Astronomical Association et accompagne à ce titre une expédition en Norvège afin d'observer une éclipse. Il devient rapidement responsable de la section d'études de Mars de l'association.

Il publie en 1898 son premier mémoire sur Mars dont l'interrogation de l'époque tourne autour de l'existence de canaux martiens artificiellement construits. Antoniadi est sceptique vis-à-vis de cette théorie alors que Flammarion en est un ardent partisan allant jusqu'à évoquer l'existence de Martiens. Antoniadi observe les anneaux de Saturne et décèle des structures radiales. Jupiter l'intéresse également observant son atmosphère et sa grande tache rouge.

En 1902, il se brouille définitivement avec Flammarion, quitte la société astronomique de France, se rend en Angleterre puis part en Turquie. Il y épouse Catherine Sevastopoulos, d'origine grecque.

Eugene Antoniadi.jpg

En 1904, il s'intéresse à l'archéologie et obtient du sultan Abdülhamid II l'autorisation de photographier l'intérieur de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, transformée en mosquée depuis le XVe siècle. Il réalise un ensemble de plus de 1000 clichés, plans, dessins et aquarelles qui feront l'objet de trois volumes publiés en Grèce de 1907 à 1909. Grand joueur d'échecs, il fait match nul contre l'Américain Frank Marshall (vice-champion du monde, futur grand maître international) dans un tournoi à Paris en 1907.

Il revient en France en 1909 mais, malgré sa réconciliation avec Flammarion, c'est à l'observatoire de Meudon qu'il va travailler car le directeur, Henri Deslandres, met à sa disposition la grande lunette équatoriale de 83 cm d'ouverture, alors que celle de Juvisy ne fait que 24 cm. Cela lui permet lors de l'opposition périhélique de Mars, d'effectuer des dessins de Mars d'une très grande précision à partir de ses observations, prouvant ce qu'il pressentait depuis plus de 10 ans, que les canaux martiens ne sont que des illusions d'optique. Il établit une échelle pour classer la qualité d'image appelée l'échelle d'Antoniadi (en).

Antoniadi délaisse l'astronomie de 1917 à 1924. Il démissionne de la Bristish Astronomical Association et de la Royal Astronomical Society, mais publie néanmoins dans les British Astronomical Association Memoirs ainsi que dans L'Astronomie. En 1924, il revient à Meudon observer le passage de Mars près de la Terre. Il y continuera régulièrement l'observation des planètes, en particulier de Mercure, jusqu'en 1941. En 1925, il reçoit le prix Jules-Janssen de la société astronomique de France malgré son statut d'astronome amateur. L'académie des sciences lui attribue en 1926 le prix Guzman (en) de 2 500 francs[1].

En 1927, il est promu chevalier de la Légion d'honneur pour services rendus à la France en période de guerre. On apprendra que ses talents pour les langues avaient été mis à la disposition des services secrets français. Il collabore au journal Dans l'infini, dirigé par G. Morice et F. Meiller, tous deux membres de la société astronomique de France. Antoniadi et son épouse obtiennent la nationalité française en 1928.

En 1930, il utilise son expérience de démystificateur d'illusions d'optique pour infirmer plusieurs fausses idées sur les anneaux de Saturne. Il montre que ceux-ci n'ont pas de divisions mais des « zones de raréfaction corpusculaire ». En 1932, il reçoit le prix Lacaille de l'académie des sciences. Atteint par la maladie, il vit de plus en plus retiré. Hospitalisé, il meurt à Paris le 10 février 1944.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le cratère Antoniadi sur Mars et le cratère Antoniadi sur la Lune ont été nommés en son honneur. Son nom a également été donné à une région de Mercure, l'Antoniadi Dorsum.

L'échelle d'Antoniadi[modifier | modifier le code]

« L'observation visuelle » est un terme que les astronomes utilisent pour décrire les conditions atmosphériques du ciel. L'atmosphère est en perpétuel mouvement du fait des variations de température, des courants d'air, des fronts météorologiques et des particules de poussière en suspension. Ces facteurs sont la cause des scintillements des étoiles. Plus ces scintillements sont importants, plus les images visuelles seront de piètre qualité. La moindre turbulence perturbe grandement l'observation des planètes et de la Lune, alors que celle des objets lointains comme les nébuleuses et les galaxies est moins affectée. Pour l'observation des objets lointains, le facteur le plus important est la transparence de l'atmosphère (la profondeur du ciel dépend des nuages, de la poussière, de la brume et de la pollution lumineuse). Les conditions de transparence varient grandement d'un site à l'autre et dépendent des saisons des conditions météorologiques.

L'échelle d'Antoniadi (en) utilisant des chiffres romains de I à V indique la qualité des observations en fonction des « vibrations » dues aux turbulences atmosphériques :

  • I - Observation visuelle parfaite - Aucun tremblement.
  • II - Observation visuelle correcte - Légères ondulations, mais avec des accalmies de quelques secondes.
  • III - Observation visuelle modérée - Tremblements importants.
  • IV - Observation visuelle mauvaise - Ondulations constantes.
  • V - Observation visuelle très mauvaise - Tremblements permettant à peine la réalisation d'un simple croquis.

La carte de Mercure de 1934[modifier | modifier le code]

La carte de Mercure d'Eugène Antoniadi de 1934.

Antoniadi est le premier de dessiner une carte de Mercure mais celle-ci est faussée par l'hypothèse incorrecte de la rotation synchrone de Mercure avec le Soleil, hypothèse en vigueur à son époque et démentie en 1962. Sa carte a néanmoins été utilisée pendant près de 50 ans jusqu'à ce que le satellite Mariner 10 envoie les premières photos de Mercure.

Antoniadi comprit que l'élaboration d'une carte précise de Mercure était impossible à partir d'observations effectuées à l'aube ou au crépuscule, à cause des perturbations atmosphériques (l'épaisseur d'atmosphère terrestre que la lumière doit traverser lorsque Mercure se trouve à l'horizon est importante et crée des distorsions). Il entreprit alors de faire ses observations en plein jour lorsque le Soleil était bien au-dessus de l'horizon (fortement déconseillé pour la santé des yeux). Il gagna ainsi en netteté mais perdit du contraste à cause de la lumière du Soleil.

Publications[modifier | modifier le code]

  • La planète Mars : Étude basée sur les résultats obtenus avec la grande lunette de l'observatoire de Meudon et exposé analytique de l'ensemble des travaux exécutés sur cet astre depuis 1659. Paris, Hermann, (1930).
  • La planète Mercure et la rotation des satellites : Étude basée sur les résultats obtenus avec la grande lunette de l'observatoire de Meudon. Paris, Gauthier-Villars, (1934).

Note et référence[modifier | modifier le code]

  • Abetti, Giorgio (1970), "Antoniadi, Eugène M.", Dictionary of Scientific Biography, vol. 1, page 172, Charles Scribner's Sons, New York, ISBN 0684101149
  1. En 1891, Clara Goguet Guzman, riche veuve française, offrit un prix de 100 000 francs à quiconque parviendra dans les 10 années à venir à communiquer avec une planète ou une étoile, et à recevoir une réponse. Baptisé « Prix Pierre Guzman » (du nom de son fils décédé), ce prix avait reçu l'aval de l'académie des sciences. Mars avait été exclu car trop proche, donc trop facile à réaliser... Les astronautes de la mission lunaire Apollo XI recevront ce prix en 1969.

Liens externes[modifier | modifier le code]