Daniel Varsano

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Daniel Varsano vers 1980.

Daniel Varsano, né à Casablanca le 7 avril 1953 et mort à Paris le 9 mars 1988, est un pianiste français.

Biographie et carrière[modifier | modifier le code]

Fils d'une très bonne famille du XVIe arrondissement, Daniel Varsano aurait dû succéder à son père dans le milieu des affaires, mais cet amoureux de Colette et de Proust préfère la voie artistique. Très tôt, il est attiré par la musique, et particulièrement par le piano et le clavecin[1]. En 1963, il travaille à l'Académie Marguerite Long. En 1969, il part pour les États-Unis et s'installe à Los Angeles. En 1973, il obtient son diplôme de concertiste et de musicologie à l'Université de Californie du Sud. Il fait ensuite de nombreux aller-retours entre la France et l'Amérique. À Paris, de 1972 à 1976, il étudie à la fois avec Pierre Sancan au Conservatoire national supérieur de musique et de danse et Magda Tagliaferro. Aux États-Unis, il travaille avec Rosalyn Tureck[2]

Daniel Varsano fait ses débuts de concertiste à Paris en 1974. À cette époque, les Variations Goldberg de Bach et les Variations Diabelli de Beethoven sont ses chevaux de bataille. À propos des Variations Goldberg, la journaliste américaine Marcia Menter écrit : « Pour Daniel Varsano, les Variations Goldberg témoignent en même temps des vétilles du quotidien et de la grandeur de Dieu, ce qui est encore un exemple de la complexe dualité qui forme la base même de toute l'œuvre de Bach. Français mêlé de sang russe, une fascinante combinaison de rationalité et de romantisme, ce jeune homme semble jouer avec une déroutante facilité. Mais il suffit de lui parler pour comprendre combien il a décortiqué profondément et méticuleusement chaque note[3] ». À vingt-sept ans, il est intarissable sur le Maître de chapelle : « On se demande toujours si l'œuvre de Bach est uniquement réservée au piano », dit-il. « Mais cette interrogation nous vient du dix-neuvième siècle. Les musiciens de cette époque étaient préoccupés par la couleur de la musique alors que Bach ne l'était pas du tout. S'il l'avait été, je ne pense pas qu'il aurait passé sa vie à réorchestrer ou récrire ses œuvres pour différents instruments. On sait d'ailleurs, grâce à sa correspondance, qu'il a servi d'intermédiaire pour une vente de piano au Comte polonais Branitsky et que les Ricercars de L'Offrande musicale étaient écrits pour le piano ! »  « En fait », continue-t-il, « le point le plus important consiste dans le fait que cette musique est entièrement fondée sur la notion de structure. C'est comme l'architecture: si vous changez la couleur des pierres d'une église, en passant du beige au gris léger, vous ne modifierez en rien sa structure profonde et sa beauté car cela est enraciné. En fait, j'aimerais oser dire que la musique de Bach peut être jouée sur n'importe quel instrument »[4].

Varsano enregistre alors pour CBS un double album où les Variations Goldberg côtoient les Variations Diabelli. L'accueil est glacial : « Fallait-il pour traduire l'intemporalité de Bach, ce jeu glacé, au toucher systématique, qui confond force et sécheresse ? », s'interroge Jean-Michel Dieuaide. « Ces pages demandent une virtuosité infaillible que Daniel Varsano possède de toute évidence, mais aussi une invention de tous les instants, qui donne la vie (là même est l'esprit de la variation) : pourquoi avoir, aussi systématiquement, vidé l'ornementation de toute intention expressive ? Non seulement, elle ne sert à rien ici, mais la sensation de calcul qu'elle dégage, contribue à figer encore plus la musique. Quant à avoir transformé toutes les variations canoniques en mélodies accompagnées [...], outre le fait que ce procédé ne met jamais en évidence le caractère proprement canonique des pièces, c'est nier [...] les possibilités polyphoniques du piano. Non Bach n'est pas là »[5].

Reparti outre-Atlantique, il se plonge alors dans un tout autre monde, celui d'Erik Satie, que Magda Tagliaferro lui a transmis et dans lequel il va pleinement s'épanouir. Il enregistre en 1980, toujours pour CBS, un album consacré aux Gnossiennes, Gymnopédies et autres pièces pour piano du compositeur français qui reçoit le Grand Prix du disque[6]. Aux États-Unis, où l'on voit encore Satie comme un farceur (le compositeur Virgil Thomson qui l'avait connu disait volontiers que sa musique produisait « l'effet souhaité pour laver sa vaisselle »), l'album est très bien reçu : « Daniel Varsano, nouveau venu dans la déjà longue liste des interprètes de Satie, possède l'exacte sensibilité qui convient à sa musique », écrit Allen Hughes dans le New York Times[7]. « Il n'essaie pas de faire d'elle autre chose que ce qu'elle est, mais ne tombe jamais dans l'indifférence. Son toucher et son tempo sont très sensibles mais sans mollesse; et il ne cherche pas la compromission facile, malgré l'incongruité de certains titres ». Cette fois, Satie est bien au rendez-vous et cet enregistrement demeure incontournable pour qui aime le charme discret et les sourires narquois du compositeur montmartrois.

Daniel Varsano fait ses débuts aux États-Unis en mars 1981 au Centre culturel New York’s 92nd Street Y avec Jean-Sébastien Bach. Mauvais choix ? La critique est amère : « En gros, l'approche de M. Varsano est demeurée contenue jusqu’à tomber dans l’ascétisme », écrit Peter G. Davis. « Chaque variation a été vue comme une entité séparée, jouée avec un détachement olympien, une sérénité lisse mais, aussi, un soin minutieux pour clarifier les textures en contrepoint. (…) De fait, il a montré que le contrôle de son doigté est extraordinairement développé, mais bien qu’effectuée avec une remarquable discipline, sa lecture a été particulièrement ennuyeuse. En résumé, nous avons entendu une approche réfléchie mais particulièrement plate de Bach[8] ». Et le critique de renvoyer le pianiste vers d'autres répertoires. Pour l'heure, Varsano part en tournées : Afrique du Sud, Indonésie, Japon. De retour en France, il retrouve Magda Tagliaferro, alors âgée de plus de quatre-vingts ans, et enregistre avec elle un album dédié à Fauré où tous deux jouent la suite à quatre mains Dolly, la Ballade dans sa version à deux pianos et quelques autres pièces solo. L'album reçoit, à son tour, le Grand Prix du disque.

Parallèlement à sa carrière de pianiste classique, Varsano s'essaie au synthétiseur dans les soirées parisiennes des années 1980. Compagnon discret de Thierry Le Luron, il est de toutes les fêtes et on lui attribue même la paternité du célèbre Chéri, chéri du jeune humoriste. À l'aube d'une tournée aux États-Unis, on le retrouve à l'anniversaire de Nicky Nancel, alors directrice du Théâtre des Bouffes-Parisiens, au milieu d'une foule de VIP hétéroclites comptant Ludmila Tchérina, Line Renaud ou Alice Sapritch[9].

Atteint par le virus du SIDA, Daniel Varsano meurt à Paris un an après son compagnon Thierry Le Luron, à presque trente-cinq ans. Il est enterré au Cimetière Montparnasse à Paris.

Discographie[modifier | modifier le code]

Note : les multiples enregistrements de Daniel Varsano sont devenus introuvables. La liste que nous proposons se fonde sur les CD actuellement disponibles.

Érik Satie[modifier | modifier le code]

  • Gnossiennes et Gymnopédies (enregistrement de 1969), Sony 2000
  • Gymnopédies, Gnossiennes et autres oeuvres pour piano, Sony 2000
  • Piano Music (Daniel Varsano et Philippe Entremont), Sony 2003
  • Piano Works (Daniel Varsano et Philippe Entremont), SBK 1992

Ludwig van Beethoven[modifier | modifier le code]

  • Variations Diabelli et Sonate pour Piano Waldstein (Daniel Varsano et Hiroko Nakamura), Sony 1995

Gabriel Fauré[modifier | modifier le code]

  • Dolly, op.56 pour quatre mains et Ballade op.19 pour deux pianos (Daniel Varsano et Magda Tagliaferro) CBS -LP- 1981

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'Officiel-Hommes n°4, 1978
  2. Dictionnaire des Interprètes, op.cit.
  3. « Varsano plays Bach », par Marcia Menter in The Do It Yourself Handbook for Keyboard Playing: from the Editors of Sheet Music Magazine and Keyboard Classics Magazine, articles rassemblés par Edward Shanaphy et Joseph Knowlton, éditions Shacor and Inc., 1990
  4. Varsano plays Bach, op.cit.
  5. Jean-Michel Dieuaide, Diapason n° 255, novembre 1980.
  6. L'album comporte, outre ces œuvres, Les trois valses distinguées du précieux dégoûté, Sarabandes 1 et 3, Embryons desséchés et Sonatine bureaucratique
  7. Publication du 23 mai 1982
  8. The New York Times du 2 mars 1981.
  9. L'Officiel de la mode, n°682, 1982.

Liens externes[modifier | modifier le code]

TF1, émission N°1, le 19/09/1981 sur le site officiel de L'Institut national de l'audiovisuel.