Égrégore

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Un égrégore (ou eggrégore) est, dans l'ésotérisme, un concept désignant un esprit de groupe, une entité psychique autonome ou une force produite et influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans un but commun. Cette force vivante fonctionnerait alors comme une entité autonome. Le terme, apparu dans la tradition hermétiste, a été repris par les surréalistes, qui l'ont chargé d'un fort potentiel subversif.

L'Egregore est également le titre d'une émission radiophonique d'inspiration libertaire diffusée par plusieurs radios associatives françaises.

Étymologie[modifier | modifier le code]

En latin, egregius signifie « remarquable, illustre, exceptionnel ». Cependant, c'est dans le grec ancien[1] qu'il faut chercher l'étymologie et la logique du vocable "égrégore". Celui-ci s'entend aussi bien dans έγρήγορα (égrègora), parfait d'έγείρω, faire lever, éveiller, réveiller, que dans le verbe dérivé έγρηγοράω (égrègoraô), être éveillé, ou le substantif féminin έγρήγορσις,εως (égrègorsis), veille, ou encore les adverbes έγρήγορότως (égrègorotôs) et έγρηγορτι (égrègorti), signifiant tous deux en veillant[réf. nécessaire].

Le terme égrégore apparait 1857 dans la langue française sous la plume de Victor Hugo dans La Légende des siècles (L'Italie - Ratbert)[2]. La très large diffusion du poème au XIXe siècle assure la pérennité du mot qui aurait pu rester un hapax poétique nécessité par une rime avec mandragore.

À la graphie créée par Victor Hugo s’ajoute la variante eggrégore mais on trouve aussi des graphies pseudo-latinisantes comme egrigor ou égrigore.

Tentatives de définition[modifier | modifier le code]

Pour Stanislas de Guaita, le terme désigne l'idée de la « personnification » de forces physiques ou psychophysiques non surnaturelles. Le mot est souvent aussi synonyme de forme-pensée. Robert Ambelain[3], définit le terme comme « une force engendrée par un puissant courant spirituel et alimentée ensuite à intervalles réguliers, selon un rythme en harmonie avec la Vie universelle du Cosmos, ou à une réunion d'entités unies par un caractère commun. Dans l'invisible hors de la perception physique de l'homme, existent des êtres artificiels, engendrés par la dévotion, l'enthousiasme, le fanatisme, qu'on nomme des égrégores. »

Le médecin Pierre Mabille, compagnon de route du surréalisme et auteur de plusieurs ouvrages sur ce mouvement, définit le terme égrégore comme un « groupe humain doté d'une personnalité différente de celle des individus qui le forment. Bien que les études sur ce sujet aient été toujours, ou confuses, ou tenues secrètes, je crois possible de connaître les circonstances nécessaires à leur formation. J'indique aussitôt que la condition indispensable, quoique insuffisante, réside dans un chaos émotif puissant. Pour employer le vocabulaire chimique, je dis que la synthèse nécessite une action énergétique intense[4]. »

Pour Gaetan Delaforge, c’est un « esprit de groupe qui lie les membres, les harmonise, les motive et les stimule afin de réaliser les objectifs du groupe. Il leur permet également de faire des progrès “spirituels” qu’ils ne feraient pas s’ils travaillaient seuls. Un égrégore peut cependant être perturbé par la pensée négative de personnes qui ne sont pas en accord avec les objectifs. Par conséquent, les groupes ésotériques tentent de se protéger de pensées négatives qui pourraient affecter leur égrégore[5]. »

En franc-maçonnerie, Jack Chaboud le décrit comme un moment d'exaltation collectif, souvent vécu en fin de tenue lors de la chaîne d'union regroupant les maçons formant cercle, mains enlacées, évoquant le lien qui les unit aux maçons du monde entier, à ceux qui les ont précédés et à ceux qui les suivront[6].

René Guénon précise quant à lui : « Tout d'abord, nous devons faire remarquer que nous n'avons jamais employé le mot « égrégore » pour désigner ce qu'on peut appeler proprement « une entité collective »; et la raison en est que, dans cette acception, c'est là un terme qui n'a rien de traditionnel et qui ne représente qu'une des nombreuses fantaisies du moderne langage occultiste. Le premier qui l'ait employé ainsi est Eliphas Lévi et, si nos souvenirs sont exacts, c'est même lui qui, pour justifier ce sens, en a donné une étymologie latine invraisemblable, le faisant dériver de grex, « troupeau », alors que ce mot est purement grec et n'a jamais signifié autre chose que « veilleur ». On sait d'ailleurs que ce terme se trouve dans le livre d'Hénoch, où il désigne des entités d'un caractère assez énigmatique, mais qui en tout cas, semblent bien appartenir au « monde intermédiaire »; c'est là tout ce qu'elles ont de commun avec les entités collectives auxquelles on a prétendu appliquer le même nom[7]

Création ou destruction des égrégores[modifier | modifier le code]

Un égrégore naîtrait, par exemple, d'une fervente prière collective, d'une thérapie de groupe, d'un soin énergétique, d'un rituel qui pourrait être chamanique par exemple, mais qui pourrait tout autant être la résultante d'extrémismes religieux, politiques ou nationalistes.

À chaque époque, naissent de nouvelles formes d'art, de religion, d'architecture ou des systèmes politiques et philosophiques. Ces transformations, traditionnellement liées aux Ères astrologiques, s'opposent aux égrégores censés reproduire toujours le même schéma, les mêmes identifications et les mêmes croyances. Elles sont considérées comme le fruit d'impulsions spirituelles et/ou cosmiques. Ces impulsions périodiques se répandent alors sur l'humanité et l'influenceraient parfois en contrant les égrégores anciens construits par l'humanité.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bailly, M.A., Abrégé du dictionnaire grec-français, Paris, Librairie Hachette, 1901.
  2. Lire en ligne
  3. Robert Ambelain, La Kabbale pratique
  4. Egrégores ou la vie des civilisations, 1938
  5. Gaetan Delaforge, "Gnosis" n°6
  6. Jack Chaboud, La Franc-maçonnerie, histoire, mythes et réalité, Librio, 2004, p.69
  7. Influences spirituelles et Égrégores in Revue les Éditions Traditionnelles no 259 avril-mai 1947 et repris dans l'ouvrage posthume Initiation et Réalisation Spirituelle, Chapitre VI, pp 59-64 (réédition année 2008), Éditions Traditionnelles, (ISBN 978-2-7138-0058-0)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Egrégores ou la vie des civilisations, de Pierre Mabille, éd. Jean Flory, Paris, 1938. (Réédition Le Sagittaire, Paris, 1977, avec une préface de Radovan Ivsic, Pierre Mabille ou le refus du malheur; seconde réédition, Egrégores éditions, Marseille, 2005. http://egregores.editions.free.fr/ )
  • Les égrégores : L'inconscient collectif des groupes humains de Alain Brêthes, Oriane 1997
  • Jean Lorrain, "L'Egrégore", conte publié en 1891 dans "Sonyeuse, soirs de province, soirs de Paris", repris dans "L'Ange noir. Petit traité des succubes", textes réunis et présentés par Delphine Durand et Jean-David Jumeau-Lafond, Paris, La Bibliothèque, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]