Clairval

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Clairval dans le rôle de Blondel (opéra Richard Cœur de lion)

Clairval, né Jean-Baptiste Guignard, le à Étampes, mort à Paris, en 1795, était chanteur lyrique et comédien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père travaillait comme jardinier au service du marquis de Valori qui était alors gouverneur d’Étampes et ambassadeur de France en Prusse[1]. Le jeune Guignard eut sans doute sa vocation naissante au château du Bourgneuf[2] car on y jouait souvent la comédie. Adolescent « d’une charmante figure et d’une tournure élégante » selon Hoerfer, il est invité naturellement à ces divertissements.

Placé à Paris chez un parent perruquier[3], il y trouvait la chance de côtoyer la Comédie-Italienne dont le rendez-vous était une boutique voisine. Cette ambiance alluma sa passion pour la scène. Il débute sous le nom de théâtre, Clairval, dès 1754, au spectacle de la Foire Saint-Germain qui avait alors un répertoire d’opéra-comique. Il est vite remarqué par son talent dans la pièce de Monsigny « On ne s’avise jamais de tout » qui devait être jouée jusqu’en février 1762. Il y tenait successivement le rôle d'un jeune homme, d'un vieillard, d'un infirme, d'un bègue et d'une vieille femme. À la fusion de la troupe avec la Comédie-Italienne, il est un des seuls cinq acteurs qui sont reconduits immédiatement et il deviendra un des piliers de l’établissement.

Il jouait avec la même autorité le drame, la comédie et l’opéra, au cours d’un nombre considérable de rôles. Parmi les plus remarquables :

Le tableau parlant (rôle de Pierrot), de Grétry
Ce compositeur assurait que Clairval y « unissait la décence et la grâce à la gaîté la plus folle »
Les maris corrigés (rôle de Germival), comédie en vers de La Chabeaussière
Le déserteur (rôle de Montauciel), de Monsigny
Zémire et Azor, (rôle d’Azor), de Grétry
Cet opéra-comique était une version de la Belle et la Bête, imaginée par Marmontel, où Clairval devait devenir laid ; mais il avait refusé de se revêtir du premier déguisement prévu : une fourrure animale. Ce rôle fut un de ses meilleurs succès.
L'amant jaloux, (rôle de Don Alonze), de Grétry
Richard Cœur-de-Lion, (rôle de Blondel, où il excellait), de Grétry
« Son chant et son jeu électrisaient le public[4] »
L'Amant statue , (rôle de M. Michu), de Nicolas Dalayrac[5]
L'aristocrate ou le convalescent de qualité, de Fabre d'Églantine [6]
C'est ce rôle qui valut à Clairval le surnom de « Molé de la Comédie-italienne[7] »
Clairval costumé


C’est à partir de ces réussites qu’il obtint une renommée sans égale, doublée d’innombrables succès auprès des femmes dont il fut la coqueluche. La marquise de L'Hôpital, pourtant maîtresse en titre du prince de Soubise, l'entretenait généreusement : meubles, habits et bijoux. On conçoit aisément aujourd’hui l’engouement pour ces chanteurs-comédiens talentueux, véritables idoles avant la lettre. On compte également, parmi ses contemporains, les célèbres Jean-Blaise Martin, François Elleviou et Pierre-Jean Garat, et, encore, les Cailleau, Ponchard et autres talents... qui étaient souvent appréciés et protégés en haut-lieu malgré l’opprobre qui planait toujours sur les comédiens et même parfois l’égarement où ils se jetaient[8].


La liaison de Clairval avec Mme de Stainville est un épisode exemplaire, qui, à l’époque, provoqua un durable scandale. Cette comtesse, ancienne maîtresse du duc de Lauzun, tomba, en dépit de son rang, folle amoureuse de l’acteur. Cette passion réciproque se termina mal pour l’amante que son mari jaloux et humilié fit enfermer à vie dans un couvent à Nancy. Clairval, protégé par le duc de Choiseul, évita le pire[9].

Il fut un fils attentionné envers son vieux père et un collègue estimé. Il n’acceptait, en effet, que de jouer les rôles secondaires quand son ami Cailleau (ou Caillot) pouvait jouer les premiers. Sa voix qui n'avait jamais été forte, finit par s'affaiblir et, au regret de tous, il prit sa retraite en juin 1792. Il tomba dans l'oubli durant la tourmente révolutionnaire.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On le rencontre dans la correspondance de Voltaire qui connaissait les lieux.
  2. aujourd’hui disparu depuis la Révolution et situé ancienne rue du Sablon, aujourd’hui rue Sadi-Carnot.
  3. cet apprentissage lui vaudra plus tard du poète Guichard qui s'était vu un rôle refusé, un distique venimeux : « Cet acteur minaudier et ce chanteur sans voix, Écorche les passants qu'il rasait autrefois. »
  4. Jullien: Histoire du costume de théâtre, 1880
  5. Comédie en un acte et en prose mêlée d’ariettes, livret de Desfontaines, créée le à l'Opéra-Comique (salle Favart)
  6. opéra créé le 28 janvier 1791.
  7. Jullien : Histoire du costume de théâtre, 1880
  8. l’enfermement à For-l'Évêque était alors réservé aux gens du théâtre.
  9. Gaston Maugras : Le duc de Lauzun et la Cour intime de Louis XV, 1907, p174-184.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Ferdinand Hoefer : Nouvelle Biographie Générale, [tome 10]
  • Gaston Maugras :Le duc de Lauzun et la Cour intime de Louis XV, 1907, p. 174