Jean Elleviou

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Jean Elleviou

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Miniature d’Elleviou par Charles Berny, 1813.

Nom de naissance Pierre Jean Baptiste François Elleviou
Naissance
Rennes, Drapeau de la France France
Décès (à 72 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Activité principale Chanteur
Comédien
Librettiste

Pierre Jean Baptiste François Elleviou, plus communément appelé Jean Elleviou[1] est un chanteur, comédien et librettiste français, né à Rennes le 14 juin ou [2] et mort à Paris le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de chirurgien, Elleviou refuse de suivre les traces de son père et s’enfuit pour Paris où il approche le monde des comédiens. Doté d’une voix bien timbrée, légère et souple de baryton, mais courte et encore mal dégrossie (qu'il devait plus tard travailler afin d'acquérir la tessiture d’un ténor), il réussit à obtenir un rôle qu’il s’apprête à jouer quand il est appréhendé par les forces de l’ordre qui le ramènent au logis paternel[3]. Il reprend ses cours de médecine et, au bout de quelques mois, on croit pouvoir le renvoyer à Paris pour qu'il y termine ses études.

Mais il prend rapidement son indépendance et débute le en tant que basse-taille avec la troupe de l'Opéra-Comique salle Favart[4] dans le rôle d’Alexis de l'opéra Le Déserteur de Monsigny. Progressant rapidement et ayant retravaillé sa technique, il aborde dès l'année suivante le répertoire de ténor avec Philippe et Georgette de Nicolas Dalayrac[5]. Très bel homme, de taille élégante, de visage affable, et avec un chant « conduit avec un goût très sûr », il plaît au public. Si comme son complice Jean-Blaise Martin, il excelle dans les emplois burlesques, sa prestance lui permet aussi de camper les rôles très fréquents de capitaines de hussards, devant le représentant-type des jeunes officiers qui assistent aux spectacles. Il devient sociétaire de la troupe dès 1792.

D’esprit plutôt modéré, il ne sympathise guère avec les opinions politiques de la Révolution et, après la chute de Robespierre, le 9 thermidor, il se rapproche des milieux réactionnaires, de sensibilité généralement royaliste, que les Conventionnels appelaient muscadins[6]. Il finira par être recherché par la police et devra disparaître quelque temps pour se faire oublier.

Lorsqu’il ne craint plus d’être inquiété, il reparaît salle Favart, avant que la troupe ne fusionne en 1801 avec celle du théâtre Feydeau. Il deviendra un sociétaire de la nouvelle compagnie et un de ses administrateurs. Pour se changer des rôles de comiques troupiers qui commençaient à lasser le public, il met toute son influence pour revenir peu à peu au répertoire ancien, plus sérieux et plus sensible, avec notamment les opéras de Grétry : Zémire et Azor, L’Ami de la maison (tous deux de 1771), Richard Cœur-de-Lion (1784) et Pierre le Grand (1790). Elleviou, qui s’y montre sous un jour nouveau, voit sa renommée rebondir. Cependant, les critiques musicaux continuent à le comparer (à son désavantage) avec son prédécesseur, le fameux Clairval.

En 1807, il crée ce qui deviendra un de ses rôles-fétiches : Joseph de Méhul. La maréchale Lefebvre aurait dit en le voyant : « Si Joseph était aussi beau que ça, Mme Putiphar a été une forte dinde ! »[7]

D'un caractère capricieux et irritable, le chanteur devient financièrement de plus en plus exigeant[8]. Heureusement pour lui, il épouse une riche admiratrice lyonnaise qui le rend maître d’une petite fortune. Il quitte définitivement la scène le , en pleine gloire, à seulement 44 ans, et part s’établir dans une vaste propriété qu’il avait achetée en région lyonnaise à Ternand, où il se consacre à l’agriculture. Élu maire de sa commune, puis conseiller général du Rhône, il meurt frappé d’apoplexie le à 73 ans, dans les locaux du journal Le Charivari.

Carrière[modifier | modifier le code]

Elleviou dans L'Irato de Méhul (1801)

Sans avoir les moyens vocaux d'un Duprez ou l'accent d'un Rubini, jouant sur la partie vocale et la partie déclamée, Elleviou possédait l'art de ménager ses effets et désarmait la critique[9]. On ne compte plus ses créations et les divers rôles où il s’illustra. Sa carrière sera jalonnée de nombreux succès. Il joua surtout dans des opéras-comiques, mêlant le chant et la comédie. Il est donné par les critiques comme un excellent comédien au talent flexible, assumant aussi bien les rôles comiques que les sérieux.

Il sera l’interprète de la plupart des compositeurs importants de l'époque dont François Adrien Boieldieu (Le Calife de Bagdad, Jean de Paris), Méhul (L'Irato ou l'Emporté), Nicolo et Henri Montan Berton. Mais c'est surtout les œuvres de Nicolas Dalayrac qui lui permettent d'accéder à la célébrité : Philippe et Georgette (1791), Gulnare (1797), Adolphe et Clara (1799), Maison à vendre (1800) et Picaros et Diego (1803).

S'il figure comme compositeur dans l’en-tête de l’article biographique de Hoefer, il semble que seuls ses livrets soient restés dans les mémoires :

  • Le Vaisseau amiral (1805), musique de Berton ;
  • Délia et Verdikan (1806), musique de Berton ;
  • L’Auberge de Bagnères (3 actes, en collaboration avec C. Jalabert), musique de Charles Simon Catel.

Répertoire[modifier | modifier le code]

Sources :[10],[5]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Prénom retenu par la plupart des encyclopédies, y compris modernes (cf. BNF. La biographie de Hoefer choisit néanmoins comme prénom principal « François ».
  2. Hoefer indique que la date communément admise du 14 juin 1769, indiquée notamment par Arthur Pougin, est erronée.
  3. Dictionnaire de la conversation et de la lecture (1835), t. XXIV, p. 111 cité in Raphaëlle Legrand, Nicole Wild, Regards sur l'Opéra-Comique : Trois siècles de vie théâtrale, op. cit.
  4. Encore appelée Théâtre-Italien ou Comédie-Italienne, malgré le renvoi des chanteurs italiens en 1780.
  5. a et b Arthur Pougin, Figures d’opéra-comique, op. cit..
  6. À ne pas confondre avec les Incroyables et Merveilleuses, jeunes gens maniérés du Directoire qui, en les imitant, héritèrent de ce sobriquet. Leur but des muscadins était de constituer une force de harcèlement contre ce qu’on appelait alors « la queue de Robespierre », c’est-à-dire ce qu’il restait des Jacobins.
  7. Arthur Pougin, Figures d’opéra-comique, op. cit., p.103.
  8. Selon la Revue et gazette musicale de Paris (1840), p. 208, il aurait demandé jusqu’à 120 000 francs pour une année, un traitement qui lui fut refusé. [réf. insuffisante]
  9. Auguste Thurner, Les Transformations de l'opéra-comique, 1865, p.213.
  10. Nicole Wild, David Charlton, Théâtre de l'Opéra-Comique, Paris : Répertoire 1762-1972, op. cit.

Sources[modifier | modifier le code]

  • La Revue des deux Mondes, 1859[réf. nécessaire]
  • Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale, t. 7, Firmin-Didot, Paris, 1857, p. 212-213.
  • Arthur Pougin, Figures d’opéra-comique, Tresse, Paris, 1875, pp. 77-141 (lire en ligne sur Internet Archive)
  • Joël-Marie Fauquet, « Jean Elleviou » in Dictionnaire de la musique en France au XIXe siècle, Fayard, Paris, 2003 (ISBN 978-2-213-59316-6)
  • Raphaëlle Legrand, Nicole Wild, Regards sur l'Opéra-Comique : Trois siècles de vie théâtrale, coll. « Sciences de la musique », CNRS éditions, Paris, 2002. (ISBN 2-271-05885-6).
  • Nicole Wild, David Charlton, Théâtre de l'Opéra-Comique, Paris : Répertoire 1762-1972, coll. Musique/musicologie, Mardaga, Liège, 2005 (ISBN 2-87009-898-7).