Cirripedia

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les cirripèdes (initialement orthographié cirrhipèdes) sont un groupe d’animaux, tous marins, appartenant au sous-phylum des Crustacés. Ils partagent donc un certain nombre de caractères fondamentaux avec des organismes comme le homard, les crabes ou les cloportes dont ils sont en apparence très différents sur le plan morphologique.

Morphologie[modifier | modifier le code]

Les Cirripedia sont des crustacés malgré leur apparence, comme le prouvent leurs stades larvaires. Ils comprennent notamment les Lépadomorphes (anatifes), les Balanomorphes (comme les balanes), et les parasites Rhizocéphales (comme la sacculine, Sacculina carcini, parasite du crabe vert Carcinus maenas), dont le corps est profondément modifié et ne peuvent être reconnus comme cirripèdes que par l’anatomie de leurs larves. Ils sont exclusivement marins. Leurs larves se fixent par les antennules sur un support quelconque, et entament une métamorphose complète qui produira les morphologies adultes très particulières de ce groupe[1]. Les animaux ainsi fixés ne se déplaceront plus jamais[2]. Quand ils ne sont pas parasites les adultes peuvent être pédonculés, ou operculés et sessiles. Les cirripèdes sont munis de fouets garnis de soies (les « cirres ») destinés à capter des particules organiques en suspension dans l’eau.

Les cirripèdes sont tous fixés aux rochers, à des objets flottants divers, des organismes vivants (tortues, mammifères marins) ou enfoncés dans des coquilles de mollusques ou le squelette d’un coralliaire.

Les formes libres [3] (non parasites) les plus anciennes (ordre Pedunculata) sont fixées par l’intermédiaire d’un long pédoncule cylindrique, logeant principalement l’ovaire, au sommet duquel se trouve le corps de l’animal, protégé par un ensemble de plaques constituant une masse, le capitulum, aplatie, symétrique, ouverte sur l’extérieur par un long orifice susceptible d’être fermé.

Le pédoncule disparaît dans l’ordre des Sessilia, auquel appartiennent les balanes, très communes sur les rochers de l’estran, qui sont fixés directement sur le support.

Dans le corps des cirripèdes libres on reconnaît deux parties (= tagmes) principales, décrites dans les sous-chapitre suivants.

La tête (céphalon)[modifier | modifier le code]

Constituée des 5 métamères typiques des crustacés, pourvus d’appendices, au moins chez les larves. * Les antennules (A1) servent à la fixation, elles ne sont plus visibles chez les adultes.

  • Les antennes (A2), bien développées chez les larves nauplius, ont disparu chez les adultes.

Les pièces buccales sont constituées par

  • les mandibules (Md),
  • les maxillules (Mx1)
  • et les maxilles (Mx2).

Ces pièces sont réunies en un mamelon centré sur la bouche.

Le thorax[modifier | modifier le code]

Le thorax est constitué de 6 métamères porteurs chacun d’une paire d’appendices : les cirres. Ils comportent une base de 2 articles dont le dernier porte deux rames ; l’une interne (endopodite), l’autre externe (exopodite), d’aspect très semblable et formés de plusieurs articles garnis de soies. Les trois derniers possèdent des rames allongées sur lesquelles se trouvent des soies rigides très longes qui, en s’entrecroisant, constituent un filtre permettant la capture des particules en suspension dans l’eau de mer (phyto et zooplancton, détritus divers) dont l’animal se nourrit. La capture de la nourriture[4] est soit relativement passive, les cirres étant étalés la plus grande partie du temps pour filtrer le courant d’eau qui les traverse (fréquent chez les lepadomorphes), soit très active, les cirres accomplissant de rapides mouvements de va-et-vient afin de capturer les particules. Ces deux techniques peuvent cependant se combiner de manière variée, notamment chez les balanomorphes.

L’abdomen et le telson ont pratiquement disparu et ne sont représentés que par un territoire vestigial autour de l’anus, situé à l’arrière du thorax.

Un pénis impair, extrêmement extensible, est inséré à l’arrière du thorax, en avant de l’anus.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Les cirripèdes sont, en majorité, hermaphrodites. La fécondation croisée est rendue possible par leurs habitudes grégaires et l’extensibilité de leur pénis. Certaines espèces (genres Ibla et Scalpellum) possèdent en outre des mâles nains (« mâles complémentaires » de Darwin) qui vivent attachés dans la cavité palléale des individus normaux, hermaphrodites, ou parfois seulement femelles[3].

Les œufs sont incubés dans la cavité palléale de l’adulte et éclosent en libérant une larve nauplius caractérisée notamment par la possession de cornes frontales de chaque côté de la carapace. La phase nauplius comporte 4 à 6 stades, elle est suivie de la phase cypris, qui n’en comporte qu’un seul.

Historique du taxon Cirripedia[modifier | modifier le code]

C’est Lamarck qui a reconnu l’originalité et l’unité de ce groupe dont il a forgé le nom à partir du latin cirrus (« boucle de cheveux ») et ped- (« pied »), faisant par là allusion à la forme de leurs appendices thoraciques semblables à des filaments recourbés. Mais Lamarck écrit, dans « Philosophie zoologique »[5], que les cirripèdes « ne peuvent être des crustacés ». Il leur voit des affinités avec les annélides et les mollusques (dans lesquels Cuvier les classe). C’est Thompson [3] qui, en 1830, suite à l’observation de la métamorphose d’une larve cypris, recueillie dans le plancton, en balane, démontre sans aucun doute possible l’appartenance de cet animal, et d’une manière générale des cirripèdes, aux crustacés. En fait Slabber avait dès 1767 observé la larve nauplius caractéristique des crustacés, dans un Lepas mais n’avait pas su en tirer les conséquences.[réf. nécessaire]

C’est à Charles Darwin et à ses monographies sur les cirripèdes (1851-1854) que nous devons ce qui constitue encore le socle de nos connaissances sur ces animaux.

À l’heure actuelle[6], les cirripèdes sont rangés dans la classe des Maxillopodes dont ils constituent une infraclasse. Ils comprennent les quatre super-ordres des Acrothoracican, des Rhizocephala, des Thoracica et des Sessilia. Noter que l’ordre d'Apodes qui figurait dans les anciennes classifications a été retiré des cirripèdes car son unique représentant est, en fait, un stade transitoire d’un isopode parasite[7].

La particularité des formes de certains cirripèdes ainsi que des observations mal interprétées ou parfaitement fantaisistes ont excité l’imagination de d’anciens naturalistes qui ont voulu voir dans ces organismes une étape dans le cycle biologique de certains oiseaux migrateurs comme les canards ou les oies bernaches. Ces oiseaux apparaissent en effet à chaque automne sans que l’on sût, à l’époque, où ni comment ils se reproduisaient. De ce mystère, ajouté au fait que l’on avait observé des branches mortes porteuses de cirripèdes tels que les anatifes, échouées sur les rivages, naquit, peut-être vers le VIIIe siècle[8], le mythe de l’« arbre à canards » dont celui de Claude Duret (1605) [9]. Cet arbre qui pousse, fort opportunément, au bord des lacs ou de la mer, porte des feuilles (ou des fruits ?) qui tombent dans l’eau ou sur le sol. Dans le premier cas elles se transforment en poissons et dans le second en canards !

De cette légende proviennent les noms des anatifes (bâti sur la racine « anas » = canard) et de l’espèce Lepas anatifera (Lepas porteur de canards). Elle explique l’appellation de bernaches, nom d’une oie, donné autrefois par les marins aux balanes[10], que les Anglais nomment « barnacles » [réf. souhaitée]. De même, le nom « cravant » concernant une bernache se retrouve, déformé en « gravants », dans le langage maritime, pour designer ces mêmes balanes.

Intérêt économique[modifier | modifier le code]

Le pouce-pied (Pollicipes pollicipes), récolté sur le littoral atlantique en France et sur la péninsule Ibérique, constitue un mets très apprécié (c’est essentiellement l’ovaire de l’animal qui est consommé). Mais l’importance économique des cirripèdes réside surtout dans le fait que ce sont des agents de salissure (« fouling »)[11] extrêmement importants qui se fixent en masse sur les carènes des navires, dans les conduites d’eau de mer. Ils sont de ce fait responsables du ralentissement de la progression des bateaux, d’une augmentation de la consommation de carburant et de frais de carénage ainsi que de curage des canalisations extrêmement coûteux.

Systématique[modifier | modifier le code]

Trois types de cirripèdes sont aisément identifiables,

Selon World Register of Marine Species (15 avril 2014)[12] : ...

Selon ITIS (15 avril 2014)[13] :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guy Echallier, « CIRRIPEDES », sur le site de l'université Jussieu.
  2. « Cirripèdes », sur l'Encyclopaedia Universalis.
  3. a, b et c Calman, W. T., 1909. Crustacea. In Lankester, R. A treatise on zoology. A & C. Black éd. London.
  4. Schram, F. R., 1986. Crustacea. Oxford University Press. 606 p.
  5. Jean-Baptiste de Lamarck. 1809. Philosophie zoologique. Réédition 1968, 10/18, 301 p.
  6. Martin, J. W., & Davis, G. E., 2001. An updated classification of the recent crustacea. Natural Museum of Los Angeles County. Science Series 19, 132 p.
  7. Bocquet-Védrine, J. 1972. Suppression de l’ordre des Apodes (Crustacés Cirripèdes) et rattachement de son unique représentant, Proteolepas bivincta, à la famille des Crinoniscidae (Crustacés Isopodes, Cryptonisciens). C.R. Acad. Sc. Paris. 275 : 2145-2148.
  8. Beaulieu, de, F. 2000. Balanes, anatifes et pouces-pieds, d'étranges crustacés. Penn Ar Bed, 176-177:71-78.
  9. http://Krapooarboricole.wordpress.com/2009/01/09/arbres-legendaires-medievaux/
  10. Lecomte, J. 1835. Dictionnaire pittoresque de la marine. Éditions de l’estran, 1982, 327 p.
  11. Anonyme. 1963. Catalogue of main marine fouling organisms (found on ships coming into European waters). Vol. 1 : Barnacles. Organisation for economic co-operation and development. 46 p.
  12. World Register of Marine Species, consulté le 15 avril 2014
  13. ITIS, consulté le 15 avril 2014