Béatrice de Portugal (1373-1412)

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Béatrice de Portugal

alt=Description de l'image Rainha D. Beatriz de Portugal filha Rei D. Fernando I (1).jpg.
Biographie
Titulature Reine consort de Castille
Princesse de Portugal
Dynastie Maison de Bourgogne
Naissance Février 1373
Coimbra
(PortugueseFlag1248.svg Royaume de Portugal)
Décès ~ Juin 1412
Toro?
(Royal Banner of the Crown of Castille (15th Century Style)-Variant.svg Couronne de Castille)
Sépulture Couvent de Toro
(Royal Banner of the Crown of Castille (15th Century Style)-Variant.svg Couronne de Castille)
Père Ferdinand Ier de Portugal
Mère Éléonore Teles de Menezes
Conjoint Jean Ier de Castille
Enfants Michel (1384-1385)
alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Reine consort de la Couronne de Castille

L’infante Béatrice de Portugal (1373, Coimbra[1],[2]- après 1412) était la fille du roi Ferdinand Ier de Portugal et de son épouse Éléonore Teles de Menezes. Elle fut au centre d'une crise dynastique qui affecta le Portugal à la fin du XIVe siècle.

Le mariage avec Jean Ier de Castille[modifier | modifier le code]

Au début de l'an 1383, après la mort prématurée de ses frères puînés en 1380 et 1382, Béatrice devient l’unique descendante du roi mourant Ferdinand Ier. Devenue héritière apparente du trône, son mariage est alors une affaire importante au Portugal et est l’objet d’intrigues et de manœuvres de diverses factions. Après plusieurs modifications des projets de mariage de sa fille, le roi de Portugal accepte finalement le premier choix de sa femme : le roi Jean Ier de Castille, veuf de Éléonore d'Aragon depuis l’année précédente. Ces combinaisons matrimoniales instables ont varié au fil de la guerre de Cent Ans, où le Portugal était l'allié de l'Angleterre, et la Castille celui de la France.

À la suite de déroutes militaires lors de sa troisième guerre contre la Castille et la France, Ferdinand, très jeune et très malade est finalement contraint à se décider pour l'alliance castillane, formalisée par le traité de Salvaterra de Magos. À remarquer que Jean de Castille ayant eu plusieurs enfants de son premier mariage, toute union des couronnes castillane et portugaise, du côté de Béatrice, était exclue[3], mais cette union était déjà possible, en cas de mort de Béatrice, dans la personne de Jean Ier de Castille[4].

La cérémonie du mariage eut lieu le 14 mai 1383 à Elvas, ville frontière. Béatrice n’avait que 10 ans et trois mois.

Crise portugaise de 1383-1385[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise portugaise de 1383-1385.

Le roi Ferdinand mourut peu après, le 22 octobre. Conformément au contrat de mariage signé entre la Castille et le Portugal, la reine-mère Éléonore Teles de Menezes occupa la régence du royaume, au nom de sa fille Béatrice.

Le traité prévoyait que cette régence devait durer jusqu'à ce qu'un enfant de Béatrice, à élever au Portugal, pourrait ceindre la couronne portugaise à 14 ans[3] sur quoi Béatrice et Jean ne se dénommeraient plus jamais roi et reine du Portugal[4]. À la demande de Jean Ier de Castille, la régente ordonna l'acclamation de Béatrice dans tout le pays[5],[6].

Cette situation n’était pas du goût des portugais en général qui craignaient l'influence castillane et qui haïssaient la reine-mère régente (surnommée "la Perfide"). En effet, cette dernière était accusée d'être bigame puisqu'elle était mariée et mère quand le roi Ferdinand l'enleva et créa le scandale en l'épousant avant de recevoir l'annulation, par le pape, du premier mariage de la reine. Dona Leonor était aussi accusée d'être la maîtresse du galicien João Fernandes Andeiro, comte de Ourém, le favori de son mari.

Appuyé et incité par les bourgeois de Lisbonne et une partie de l’aristocratie, dont Jean, grand maître de l'ordre d’Aviz et frère illégitime du roi Ferdinand, une révolte fut déclenchée en décembre 1383 : ce fut le début de la crise portugaise de 1383-1385.

Le roi Jean de Castille se proclama roi du Portugal par le droit de sa femme[7] et envahit le Portugal à la fin de décembre 1383 pour faire imposer sa royauté au Portugal[8] et se charge de gouverner au nom de sa femme[9]. La guerre qui s'ensuivit prit fin en 1385 avec la défaite de Castille à la bataille d'Aljubarrota, le 14 août 1385. Avec cette victoire, Jean d’Aviz, qui avait déjà été proclamé roi de Portugal aux États de Coimbra en avril, vit sa position royale mieux assurée. Jean de Castille et Béatrice persistèrent cependant à se faire appeler roi et reine de Portugal.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Quelques historiens, dès le XVIIIe siècle, ont affirmé qu'en 1385, Béatrice de Portugal donna le jour à un fils, Michel, qui aurait été l’héritier de la couronne portugaise, mais qui ne vécut pas. Il semble qu'il y ait en la matière confusion avec le petit-fils des Rois catholiques, Michel de la Paix[10].

La date exacte de la mort de Béatrice de Portugal est inconnue : on sait seulement qu'elle était encore vivante en juin 1412 : elle a écrit, au moins à cette date, une lettre au roi d'Aragon[11] Sa mort peut être datable vers 1420[12].

Reine de Portugal ?[modifier | modifier le code]

Les avis divergent quant à la qualité de reine de Portugal de Béatrice[13]. Des historiens portugais considèrent que, pendant la période 1383-1385, le Portugal n'avait aucun monarque, ce qui voudrait dire que Béatrice ne peut être considérée comme une reine portugaise régnante. Cependant, certains affirment qu'au moins par une courte période, elle fut reine du pays, et pourrait donc être inscrite dans la liste des rois de Portugal[14]. La rébellion portugaise ne constitua pas l'unique obstacle à son accession au trône. Beaucoup des nobles portugais de la faction pro-castillane reconnurent également son mari, le roi Jean Ier de Castille, comme leur monarque selon jure uxoris[7],[15], en lui rendant vasselage et obéissance, comme Lopo Gomes de Lira au Minho[16]. Jean Ier de Castille, comme on peut le lire dans son testament[17], datant du 21 juillet 1385, à Celorico da Beira, s'identifiait lui-même comme roi de de jure, en déclarant que s'il décédait avant son épouse, le Pape devait décider qui des deux, Béatrice ou Henri, son héritier mâle, devrait être le souverain de Portugal[18].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (pt)Fernão Lopes, Crónica de el-rei D. Fernando, chap. LXXII
  2. (es)Pero López de Ayala, Crónicas de los Reyes de Castilla, Tome II, Madrid, 1780, note I p. 41 e p. 592
  3. a et b Pestana, Fabio (2004), No tempo das Especiarias, Contexto, page 25
  4. a et b Joseph F. O'Callaghan (1983), A history of medieval Spain, Cornell University Press, page 531
  5. Fernão Lopes, Chronica de el-rei D. Fernando Vol. III, page 187
  6. Pero López de Ayala, Cronicas de los reyes de Castilla, pages 181 et 182
  7. a et b Joseph Canning, Hartmut Lehmann, J. M. Winter (2004), Power, violence and mass death in pre-modern and modern times, Ashgate Publishing, Ltd., page 71
  8. Michael Jones, Malcolm Vale (1989), England and her neighbours, 1066-1453: essays in honour of Pierre Chaplais, Continuum International Publishing Group, page 87
  9. Milo Kearney, Manuel Medrano (2001), Medieval culture and the Mexican American borderlands, Texas A&M University Press, page 187
  10. Olivera Serrano, César (2005), Beatriz de Portugal, page 354
  11. lettre aux archives d'Aragon (es)
  12. Olivera Serrano, César (2005), Beatriz de Portugal, page 392
  13. David Williamson, «Debrett's Kings and Queens of Europe», 1988,Webb & Bower, Exeter, ISBN 0-86350-194-X; César Olivera Serrano, «Beatriz de Portugal»
  14. García de Cortázar, Fernando (1999), Breve historia de España, Alianza Editorial, page 712
  15. Jean Salem (1999), L'atomisme aux XVIIe et XVIIIe siècles, Publications de la Sorbonne, page 28
  16. Fernão Lopes, Chronica de El-Rei D. João I Vol. I, p. 193
  17. Testament de Jean I de Castille, à Celorico da Beira le 21 juillet 1385 : « De plus, nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir, en demandant à autant de parties possible, pour savoir à qui appartenait le droit du Royaume de Portugal : et selon ce que jusqu'ici nous savons, nous ne pouvons pas entendre, selon Dieu et notre conscience, qu'autre ait droit au Royaume sinon la Reine, ma femme, et nous. Et parce qu'il pourrait être que quelques-uns informassent au dit Infant Don Henrique, mon fils, qu'il ai droit au susdit Royaume, en tant que notre fils et légitime héritier, pour lequel motif il pourrait se décider à prendre le titre et se faire acclamer 1Roi de Portugal, duquel pourrait naître préjudice à la Reine ma femme, en lui prenant et en lui perturbant sa possession de titre de Reine, pour cette raison nous défendons fermement et expressément, et ordonnons au dit infant mon fils que, par aucune information ni induction qui lui soit fait, il ne prenne ni titre ni acclamation de Roi de Portugal sans premièrement être déclaré et établi par jugement de notre Pape2 que le dit Royaume lui appartienne en tant que notre fils premier-né et légitime héritier. Néanmoins nous avons pour bien ordonner, jusqu'à ce que ce doute soit déclarée par jugement et que l'on sache à qui d'eux appartient le dit Royaume, que soient retenues pour le dit Infant Don Henrique tous les villages et châteaux et places que nous maintenant avons, et gagnerons d'ici en avant, dans le dit Royaume de Portugal et de l'Algarve, parce que, dans le cas où le dit Royaume appartienne à la dite Reine, elle devra payer au dit Infant, avant que lui soient livrés les dits villages et châteaux et places, toutes les choses que nous avons fait, autant par mer que par terre, et ce que nous ferons d'ici en avant pour gagner et avoir pour elle la possession pacifique du dit Royaume : des coûts qui clairement peuvent être sus et montrés par nos livres, hors beaucoup de travaux que par notre personne et, avec nous, les nôtres, nous avons souffert, et les pertes de très grands Hommes et beaucoup d'autres de nos sujets que dans le dit Royaume nous avons eu, comme cela est public et notoire dans toutes les Espagnes et par beaucoup d'autres parties du monde.  » 3
  18. Oliveira Martins, historien portugais du XIXe siècle, «A vida de Nun' Alvares», page 261, 2009, Guimarães Editores, SA, ISBN 978-972-665-570-1

Références à la note sur le Testament de Jean I de Castille[modifier | modifier le code]

1. En castillan et en portugais : tomar voz, littéralement, «prendre voix», c'est-à-dire lever son drapeau et crier son nom et titre de roi.

2. Clément VII (antipape)

3. (es) López de Ayala, Chroniques, Chronique du Roi Don Henrique III, année seconde, chapitre VI, p. 428 et 429.