Albarello

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Castel Durante c 1550-55 (California Palace of the Legion of Honor)

L’albarello était la forme la plus répandue des pots de pharmacie. Vase en majolique, souvent de forme cylindrique, il était conçu à l'origine pour contenir épices et confitures puis servit à conserver drogues solides, onguents et plantes médicinales séchées des apothicaires. Il était aussi appelé « cornet de pharmacie » lorsqu'il prenait cette forme caractéristique. Le mot albarelle est tiré de l'italien albarello (étymologie controversée : issu du latin albaris qui peut signifier blanchâtre ou en bois[1] ou bien plus vraisemblablement de l'arabe albirmil, duquel dérive également le mot baril). Ce vase élevé se distingue du pilulier, du « pot à onguent » (appelé aussi pot à canon qui contient onguent, baume, rob ou électuaire) plus petit, de la chevrette, vase oblong avec une poignée et un bec saillant qui contient des sirops, de la jarre qui conserve eaux distillées, huiles douces et sirops, et du « pot de monstre » (appelé aussi « pot à thériaque » ou « pot à montrer »), vase d'apparat polychrome d'apothicaire[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Le développement de ce type de pot de pharmacie tire ses racines du Proche et Moyen-Orient, à l'époque des conquêtes islamiques, notamment par l'intermédiaire des officines de Bagdad, du Caire ou de Fez[3]. Au Moyen Âge central, les profession de médecin, d'apothicaire ou d'épicier étaient peu dissociées et un même mobilier, probablement celui de la cuisine, devait servir à stocker les remèdes. Les pots émaillés furent introduits en Italie par les commerçants hispano-mauresques à partir du XIIIe siècle, époque qui voit apparaître dans les fouilles archéologiques des pots de pharmacie spécialisés venus d'Orient[4]. Les premiers exemples italiens furent produits à Florence au XVe siècle. Les Albarelli (au pluriel) ont été réalisés en Italie de la première moitié du XVe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle et au-delà[5].
En France, la production se concentra essentiellement dans les régions de Montpellier et Nîmes. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le cornet prit l'appellation italienne originale.
En Angleterre, la production débuta au XVIIIe siècle à Lambeth, une localité proche de Londres.
En Allemagne, les premiers exemplaires d'albarelli furent réalisés à Nuremberg au XVIe siècle.

Caractères stylistiques[modifier | modifier le code]

Basés sur des modèles perses censés reproduire les récipients en bambou (matériau de fabrication traditionnelle), les pots sont généralement cylindriques avec une taille légèrement concave, ce cintrement facilitant la préhension. Des variations dans la taille et le style peuvent être observés d'une région à l'autre, allant de 10 à 40 cm de hauteur. Ces pots, utilisés à des fins tant fonctionnelles que décoratives chez les apothicaires traditionnels et dans les pharmacies, représentaient à la fois richesse et statut social. Les pots étaient généralement scellés avec un morceau de parchemin, de cuir attaché par un lien ligaturé sur le col à bourrelet ou à partir du XVIe siècle de papier sur lequel pouvait être inscrit plusieurs mentions, d'où l'absence de couvercles dans les fouilles archéologiques. La réglementation sanitaire impose dès le XIVe siècle des inscriptions de dates de péremption[5].

C'est au cours de la Renaissance que l'art des faïenciers d'albarelli atteint son apogée, dans les formes comme dans le décor. Les thèmes vont des motifs floraux sur fond blanc à des conceptions plus élaborées telles que des portraits de chérubins ou de prêtres. Le décor peut inclure une étiquette décrivant le contenu de la jarre. Des styles spécifiques de décors sont aujourd'hui associés à diverses régions italiennes, comme Florence, Venise, Gerace ou Palerme en Sicile. La porcelaine tend à remplacer la faïence au XVIIIe siècle[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Enrico Bianchi, Lingua Nostra, 1939, p. 77
  2. Jeanne Giacomotti, La majolique de la Renaissance, Presses Universitaires de France,‎ 1961, p. 17
  3. Jean Laurent, La pharmacie en France : étude de géographie économique, Impr. Saint-Paul,‎ 1960, p. 205
  4. Pots de forme ou de décor arabisant.
  5. a, b et c Danièle Alexandre-Bidon, Dans l'atelier de l'apothicaire. Histoire et archéologie des pots à pharmacie (XIIIe-XVIe siècle), Éditions A&J Picard,‎ 2013, 336 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dr Paul Dorveaux, Les pots de pharmacie : leurs inscriptions présentées sous forme de dictionnaire, A. Maloine,‎ 1908 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]