Étienne de Silhouette

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Silhouette de Ludwig van Beethoven par Ferdinand Ernst von Waldstein.

Étienne de Silhouette, né le 5 juillet 1709 à Limoges où son père Arnaud de Silhouette, originaire de Biarritz[1], était en poste, et mort le 20 janvier 1767 à Bry-sur-Marne, est un haut fonctionnaire français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le Château de Bry, vu ici au début du XXe siècle, fut reconstruit par François II Franque pour Étienne de Silhouette

Grâce au soutien personnel de Madame de Pompadour, il fut chancelier de la maison d'Orléans, puis contrôleur général des finances de Louis XV de mars à novembre 1759[2]. Il voulut restaurer les finances en taxant les privilégiés et les plus riches : suspension des exemptions fiscales de certains titulaires d'offices, suppression de pension royales, partage des intérêts du capital perçus par les fermiers généraux[3]. Osant s'attaquer au budget de la Cour royale, il fut renvoyé de la Cour le 20 novembre 1759 et acquit en 1760 le château de Bry à Bry-sur-Marne qu'il entreprit de faire reconstruire et où il se retira de la vie publique[4].

Il subit les critiques de la noblesse, et même de Voltaire qui jugeait que ses mesures pouvaient être justifiables mais ne convenaient pas à un temps de guerre ni à la situation politique française. Ce passage éclair au poste de contrôleur général des finances et cette impopularité ont fait dire à certaines mauvaises langues et à quelques auteurs de dictionnaires, tel Louis-Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris, ou écrivain comme Honoré de Balzac que c'était l'origine du nom commun silhouette. Celui-ci était alors utilisé à propos d'une vision furtive, de ce qui est mesquin ou inachevé, évoquant l'état auquel ses mesures réduisaient ceux qu'elles touchaient. Cependant, avant les déboires d'Étienne de Silhouette, des auteurs appelaient déjà « profils à la Silhouette » des portraits réalisés en ombre chinoise et tracés puis découpés d’après l’ombre du visage, à la mode à l’époque. Furent aussi appelés « à la Silhouette », les culottes sans gousset pour y déposer son argent. L'homme politique fut en fait attaché à ce nom car il était passionné de ce type de portraits utilisés comme portraits bon marché, ayant pris l'habitude de faire asseoir ses invités près d'un écran de parchemin, les éclairant avec une lampe de sa propre conception et détourant leur ombre[5].

Il a également traduit en français plusieurs ouvrages d'Alexander Pope et de William Warburton (The Alliance between Church and State, 1736, traduit sous le titre Dissertations sur l’Union de la Religion, de la Morale, et de la Politique, 1742) ainsi que de Baltasar Gracián.

À sa mort en 1767, les travaux du château de Bry sont achevés par son cousin et héritier, le fermier général Clément de Laage.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Une voie publique porte son nom à Limoges, ainsi qu'une autre à Bry-sur-Marne.
  • Dans l'archipel des Seychelles, une île découverte en 1609 a été nommée Silhouette en hommage à Étienne de Silhouette.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La forme de son nom en basque standardisé moderne serait Zuloeta (voir Dana Facaros et Michael Pauls, Bilbao and the Basque Lands, Cadogan Guides, 4e édition revue, p. 42).
  2. Jean-Noël Jeanneney, « La Silhouette : aux origines d'une obsession », émission Concordance des temps sur France Culture, 13 octobre 2012
  3. Jean-Baptiste Honoré Raymond Capefigue, Madame la marquise de Pompadour, Amyot,‎ 1658 (lire en ligne), p. 189-191
  4. Château de Bry
  5. (en) Philip Dodd, What's in a Name?: From Joseph P. Frisbie to Roy Jacuzzi, How Everyday Items Were Named for Extraordinary People, 272,‎ 2002, 272 p. (ISBN 1592404324)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Citation[modifier | modifier le code]

"Au premier aspect elle semble admirable, mais au second coup d’œil on s'aperçoit qu'elle est collée au fond de la toile et qu'on ne pourrait pas faire le tour de son corps; c'est un silhouette qui n'a qu'une seule face, c'est une apparence découpée qui ne saurait se retourner ni changer de position." Le chef-d’œuvre inconnu, Honoré de Balzac

L'utilisation du mot "Silhouette" par Balzac, dans ce conte fantastique, est erroné car il se déroule au 17e siècle alors que le controleur général Silhouette n'entra en fonction à Paris qu'en 1759.