Stanislas de Guaita

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Stanislas de Guaïta

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Naissance 6 avril 1861
Tarquimpol, France
Décès 19 décembre 1897 (à 36 ans)
Tarquimpol, France
Nationalité Flag of France.svg Français
Pays de résidence Drapeau de la France France
Profession
Autres activités

Stanislas de Guaïta (6 avril 1861 - 19 décembre 1897) est un occultiste et poète français, cofondateur avec Joséphin Peladan de l'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en Lorraine le 6 avril 1861 au château d’Alteville[1], près de Tarquimpol, Stanislas de Guaïta était issu, par sa mère, Marie-Amélie Grandjean, d'une famille lorraine, et par son père, François-Paul de Guaïta, d'une ancienne famille noble d'origine lombarde (Italie), établie en Lorraine depuis 1800. Il avait le titre de Marquis.

Dès le lycée à Nancy, vers 1880, il se lie d'amitié avec Maurice Barrès, qu'il fera adhérer plus tard au martinisme. La préface de l'une des éditions de Au seuil du mystère est d'ailleurs signée Maurice Barrès. L'Histoire ne dit pas si les deux hommes partageaient les mêmes convictions politiques : Barrès évolua en effet d'un esthétisme individualiste dont témoigne assez bien son "culte du Moi" à une mystique nationaliste et catholique de la Terre et des morts, centrée sur le patriotisme lorrain et républicain.

C'est dans les écrits de Peladan que Stanislas de Guaïta trouve sa première porte d'entrée dans l'univers de la Tradition. Par la suite la lecture de l'œuvre d'Éliphas Lévi, dont il se fera dès lors le commentateur et le thuriféraire, l'initie au mysticisme chrétien; Fabre d’Olivet l'oriente vers les grands mystères en général et vers la langue hébraïque; et Saint-Yves d'Alveydre le rallie à la cause synarchique. Papus, d'abord raillé par lui pour le choix de son pseudonyme, puis réhabilité, deviendra un grand ami.

À la lumière de toutes ces influences, Guaïta prôna un spiritualisme exaltant la Tradition chrétienne, qui, grâce à la mise en place éventuelle de la synarchie – forme de gouvernement idéale –, devait conduire à l'avènement du royaume de Dieu. En 1888, dans le même esprit, il fonde avec Péladan l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, dont fit aussitôt partie Papus. Parmi les membres on relèvera des noms passés plus tard à la postérité comme Erik Satie et Claude Debussy ou encore le banquier des artistes, Olivier Dubs.

Satie semble avoir été le compositeur attitré de l'Ordre. On lui doit entre autres une Sonnerie des Rose-Croix qui devait accompagner le rituel. Peladan s’en sépara ensuite pour fonder un autre ordre : la Rose-Croix catholique, alléguant son refus de la magie opérative.

En 1893, l’ordre de Guaïta fut attaqué par Huysmans, qui l’accusa d’envoûter à distance l’ex-abbé lyonnais Joseph-Antoine Boullan. Des duels s’ensuivirent ; Huysmans et Jules Bois s’opposèrent à Papus et à Guaïta.

Stanislas est alors ce jeune poète dans le goût baudelairien à qui Mendès venait de révéler Éliphas Lévi, écrit Alain Mercier dans Les Sources ésotériques et occultes de la poésie symboliste, 1870-1914 (1969). Mais Mercier ajoute que Guaïta poète (Les Oiseaux de passage, 1881; La Muse noire, 1883; Rosa mystica, 1885) « par son classicisme de forme et d’écriture, est plus proche des parnassiens que des symbolistes, si bien qu’il y eut en lui deux êtres distincts : l’hermétiste aristocrate et généreux d’une part, le poète tourmenté et inquiet d’artifices d’autre part ». Pour information, Rosa mystica est disponible à la Bibliothèque Universitaire de la faculté de Lettres de Nancy 2[2], en édition originale.

Intoxiqué par les stupéfiants, l'homme mourut prématurément, le 19 décembre 1897, à l'âge de 36 ans. Il fut inhumé au cimetière de Tarquimpol. Certains ont prétendu qu'il avait succombé à ce que l'on appellerait de nos jours une overdose, mais cette thèse est démentie par la famille. Il semblerait plutôt qu'il ait été emporté par de graves problèmes rénaux. Cependant, on ne peut exclure que l'écrivain, en proie à la souffrance, et sentant sa fin proche, ait pu avoir massivement recours à la cocaïne et peut-être à d'autres produits comme l'héroïne.

"La Coca, comme le Haschich, mais à d'autres titres, exerce sur le corps astral une action directe et puissante; son emploi coutumier dénoue, en l'homme, certains liens compressifs de sa nature hyperphysique, – liens dont la persistance est pour le plus grand nombre une garantie de salut. Si je parlais sans réticences sur ce point-là, je rencontrerais des incrédules, même parmi les occultistes. Je dois me borner à un conseil.– Vous qui tenez à votre vie, à votre raison, à la santé de votre âme, évitez comme la peste les injections hypodermiques de cocaïne. Sans parler de l'habitude qui se crée fort vite (plus impérieuse encore, plus tenace et plus funeste cent fois que toute autre du même genre), un état particulier a pris naissance." (Le Serpent de la Genèse, première septaine, chap. V : L'arsenal du sorcier).

En collaboration avec son secrétaire et ami Oswald Wirth, il réalisa un Tarot qui est toujours édité à l'heure actuelle sous le nom de Tarot de Wirth.

Stanislas de Guaïta vu par ses contemporains[modifier | modifier le code]

« Il passait cinq mois de l'année dans un petit rez-de-chaussée de l'avenue Trudaine, où il ne recevait que quelques occultistes, et dont il lui arrivait de ne pas sortir pendant des semaines. Il avait amassé là toute une bibliothèque étrange et précieuse, des textes latins du Moyen Âge, des vieux grimoires chargés de pentacles, des parchemins enluminés de miniatures, des traités d'alchimie, les éditions les plus estimées de Van Helmont, Paracelse, Raymond Lulle, Saint-Martin, Martinès de Pasqually, Corneille Agrippa, Pierre de Lancre, Knorr de Rosenroth, des manuscrits d'Éliphas, des reliures signées Derome, Capé, Trautz-Bauzonnet, Chambolle-Duru, des ouvrages de science contemporaine. » (Maurice Barrès, Un rénovateur de l'occultisme: Stanislas de Guaita, Chamuel, 1898, p. 29)

« Partant d'Éliphas Lévi, il était remonté aux Kabbalistes de la Renaissance et aux Philosophes hermétiques du Moyen Âge, lisant tout et comprenant tout avec une prodigieuse facilité. Les textes les plus obscurs s'éclairaient dès qu'il y projetait la clarté de son esprit solaire. Il se jouait des problèmes métaphysiques et j'étais loin de pouvoir le suivre... » (Oswald Wirth, Le Tarot des Imagiers du Moyen Âge, Émile Nourry, Paris, 1927.)

« Il était fort riche, et s'était adonné aux sciences occultes sans savoir ni méthode. Il n'y voyait que le côté pittoresque à la Rembrandt, à la Téniers, à la Jordaëns. Vêtu d'une robe rouge, l'épée à la main, dans un décor que n'eût pas désavoué Breughel, il évoquait les phantasmes et dissolvait les larves. La vérité est que, saturé de morphine et d'alcool, il croyait réellement voir des animaux grimper le long de ses membres, et des spectres s'agiter obstinément sous ses yeux. » (Michel de Lézinier, Avec Huysmans - Promenades et souvenirs, Paris, Delpeuch, 1928.)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Œuvres de Stanislas de Guaïta[modifier | modifier le code]

Essais de sciences maudites :

  • I. Au seuil du Mystère, Paris, G. Carré, 1886. [1]
  • II. Le serpent de la Genèse :
    • Première septaine, Le Temple de Satan, Paris, Carré, 1891. [2]
    • Deuxième septaine, La Clef de la Magie Noire, Paris, Carré, 1897. [3]
    • Troisième septaine, Le Problème du Mal (inachevé. En partie poursuivi par Oswald Wirth, et achevé par Marius Lepage), Éd. Guy Trédaniel, 1996, 176 p.
  • "Discours d'initiation martiniste pour une réception martiniste tenue du 3° degré" (1889), in F.-Ch. Barlet, Ferran, Papus, Eugène Nus, Julien Lejay, Stanislas de Guaita, La science secrète, Paris, Georges Carré, 1890, p. 167-174 [4]

Note : Les ouvrages de Stanislas de Guaïta ne sont pas des grimoires de sorcellerie, contrairement à ce que leurs titres peuvent évoquer, mais, selon les termes mêmes de l'auteur, des Essais de sciences maudites, signifiant qu'il a l'ambition de porter un regard de nature quasi-scientifique sur les matières en question : « [Ce livre] prétend ne troubler la paix d'aucune conscience » (avant propos au Serpent de la Genèse).

Poésie :

  • Oiseaux de passage : rimes fantastiques, rimes d'ébène, Paris, Berger-Levrault, 1881, 151 p. [5]
  • La Muse noire, Paris, Alphonse Lemerre, Paris, A. lemerre, 1883, 167 p. [6]
  • Rosa mystica, Paris, A. Lemerre, 1885, 170 p. [7]

Études sur Stanislas de Guaïta[modifier | modifier le code]

(par ordre chronologique)

  • Maurice Barrès, Stanislas de Guaïta (1861-1898) : un rénovateur de l'occultisme : souvenirs, Chamuel, Paris, 1898. [8]
  • Oswald Wirth, Stanislas de Guaïta, souvenirs de son secrétaire, Éd. du symbolisme, Paris (1935).
  • André Billy, Stanislas de Guaïta, Mercure de France, 1971.
  • Arnaud de l'Estoile, Guaïta, collection "Qui suis-je ?", Éditions Pardès, 2005.
  • Fayadas Steeve : Les signatures, un complément d’histoire. L’exemplaire de Stanislas de Guaita, Aletheia volume 4, avril 2012.

Le symbole de la Rose-Croix au sein de l’OKRC, d’après un manuscrit inédit de Stanislas de Guaita, Les Cahiers de l'Ailleurs, Mars 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alphonse Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, aux éditions Alphonse Lemerre, tome 4, Paris, 1888
  2. Devenue Université de Lorraine

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]