Virus respiratoire syncytial

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Le virus respiratoire syncytial (VRS, ou HRSV pour Human Respiratory Syncytial Virus ; de syncytium) est la cause la plus fréquente, dans le monde, d'infections respiratoires des jeunes enfants. Très contagieux, ce virus infecte principalement les nourrissons âgés de moins de deux ans. Chez l'adulte, l'infection à VRS est rare, bénigne (sauf chez le sujet âgé), elle est responsable d'une rhinite ou d'un syndrome pseudogrippal.

L'infection semble facilitée par l'exposition des poumons à la pollution de l'air[1] et chez l'enfant elle semble souvent temporellement remarquablement bien coïncider avec une autre virose : celle induite par le Rotavirus, en novembre, décembre et janvier (dans l'hémisphère nord), co-infection qui favorise en région parisienne l'encombrement des services pédiatriques hospitaliers et secondairement certaines infections nosocomiales[2].

Origine[modifier | modifier le code]

Le VRS aurait franchi la barrière des espèces au cours du Néolithique dans l'est de la Turquie, passant des bovins élevés dans cette région à l'humain[3].

Découverte[modifier | modifier le code]

En 1956, Morris et al. isolent un virus d'une population de chimpanzés enrhumés ; ils le nomment CCA (Chimpanzee Coryza Agent). En 1957, ce même virus est identifié par Robert M. Chanock (en) comme étant celui ayant affecté des enfants atteints de pneumopathies et de laryngites[4]. Il le nomme virus respiratoire syncytial.

Description[modifier | modifier le code]

C'est un virus à ARN monocaténaire (un seul brin d'ARN, non fragmenté) de polarité négative, de type « enveloppé », à capside à symétrie hélicoïdale. Il appartient à la famille des paramyxovirus, sous famille pneumovirinae, du genre Pneumovirus.

Taille : de 150 à 400 nm de diamètre environ.

Données épidémiologiques[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la cause principale des bronchiolites de l'enfant[5],[3].

La prévalence mondiale en 2005 est estimée à près de 34 millions de cas chez les enfants de moins de cinq ans, dont 10 % sont des formes graves avec environ 100 000 décès[6]. En France, on dénombre environ 460 000 cas/an chez les nourrissons. Ce virus ne semble actif qu'en saison froide (d'octobre à mars-avril en Europe de l'Ouest et Amérique du Nord).

L'incubation est de 2 à 8 jours.

Contagion[modifier | modifier le code]

La transmission est réputée se faire essentiellement par voie respiratoire: le virus effectue sa réplication dans le rhinopharynx où il peut soit rester, soit diffuser.

Description de la maladie[modifier | modifier le code]

Une infection par le VRS peut se compliquer et devenir une bronchiolite chez le jeune enfant, qui peut entraîner dans des cas exceptionnels l'hospitalisation. La bronchiolite a une durée d'incubation courte (2 à 4 jours) elle commence par une rhinite avec une fièvre modérée. Dans la plupart des cas, on a une évolution favorable en une dizaine de jours. Dans 2/3 des cas, on a une forme récidivante. Elle peut évoluer vers des formes graves, par exemple une insuffisance respiratoire.

Les réinfections sont fréquentes[7].

Il existe également des formes de l'adulte et de la personne âgée, se manifestant par un tableau de bronchite fébrile, avec une gravité comparable à celle de la grippe chez ces derniers[8],[9]. L'atteinte est plus fréquente chez les patients cardiaques, entraînant fréquemment des complications cardiovasculaires[10].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

En pratique le diagnostic est clinique et aucun examen n'est nécessaire. Dans certains cas l'on peut être amené à effectuer un diagnostic de certitude, essentiellement un diagnostic direct. On dispose de plusieurs méthodes :

  • détection d'antigènes par immunofluorescence (test rapide);
  • culture sur cellules LCC[?] (cellules sanguines), méthode facile;
  • amplification du génome viral par PCR (technique la plus sensible).

La sérologie présente peu d'intérêt.

La pollution de l'air comme facteur de risque[modifier | modifier le code]

L'infection par ce virus semble facilité par l'exposition des poumons à la pollution de l'air (et en particulier aux PM10 et au NO2, qui augmentent aussi la gravité de l'infection (plus d'hospitalisations et plus de morts (effects cerébrovasculaires plus important avant l'âge de 75 ans, selon une étude faite en Italie, publiée en 2016[1]

Prévention[modifier | modifier le code]

Comme pour tous les virus, il est recommandé d'éviter le contact avec des personnes infectées (foule, transports en commun, baisers sur le visage et sur les mains de la part d'adultes et d'enfants), utiliser du matériel à usage unique ou personnel (jouets, mouchoirs), se laver les mains avant de s'occuper de l'enfant et surtout se laver les mains après s'être occupé d'un enfant malade.
Le virus peut survivre plusieurs jours sur des objets (dits « fomite »).

D'une manière générale, mais tout particulièrement lorsqu'une rhinite ou tout autre infection respiratoire est en cours chez un enfant, il faut éviter tout ce qui peut gêner la respiration ou entraîner une diminution de la capacité respiratoire ; ne pas fumer, aérer la chambre 20 minutes par jour, ne pas avoir d'atmosphère trop sèche, coucher l'enfant sur le dos, sans draps ni doudou. Chez le nourrisson, la respiration est presque exclusivement nasale ; ainsi la rhinite, bilatérale ou non, peut vite se compliquer d'une difficulté respiratoire ou dyspnée.

Plusieurs vaccins sont en cours d'étude[11].

Traitement[modifier | modifier le code]

Il repose essentiellement sur des lavages réguliers du nez du nourrisson afin de faciliter la respiration et l'alimentation. On peut également proposer de la kinésithérapie respiratoire pour aider à éliminer le mucus de l'arbre respiratoire.

La ribavirine est utilisée pour soigner les formes graves, mais elle n'est pas très efficace et est tératogène. Le palivizumab permet d'en diminuer les symptômes et est proposé en prévention chez les sujets fragiles[12].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Michele Carugno, Dario Consonni, Giorgia Randi et Dolores Catelan, « Air pollution exposure, cause-specific deaths and hospitalizations in a highly polluted Italian region », Environmental Research, vol. 147,‎ , p. 415–424 (DOI 10.1016/j.envres.2016.03.003, lire en ligne, consulté le 8 mai 2020)
  2. J.-B. Armengaud, M.J. El Hajje, F. Moulin et E. Marc, « Coïncidence des épidémies de rotavirus et de virus respiratoire syncytial à Paris: 12 ans de surveillance », Médecine et Maladies Infectieuses, vol. 37, no 5,‎ , p. 262–265 (DOI 10.1016/j.medmal.2007.02.005, lire en ligne, consulté le 8 mai 2020)
  3. a et b Stéphane Biacchesi, Christophe Chevalier, Marie Galloux, Christelle Langevin, Ronan Le Goffic et Michel Brémont, Les virus : Ennemis ou alliés ?, Versailles, Quæ, coll. « Enjeux Sciences », , 112 p. (ISBN 978-2-7592-2627-6, lire en ligne), III. Quels sont les modes de transmission des virus ?, chap. 6 (« Les barrières d'espèces »), p. 61-62, accès libre.
  4. Chanock R, Roizman B, Myers R, Recovery from infants with respiratory illness of a virus related to chimpanzee coryza agent (CCA). I. Isolation, properties and characterization, Am J Hyg, 1957;66:281–290
  5. Smith DK, Seales S, Budzik C, Respiratory syncytial virus bronchiolitis in children, Am Fam Physician, 2017;95:94–99
  6. Nair H, Nokes DJ, Gessner BD et Als. Global burden of acute lower respiratory infections due to respiratory syncytial virus in young children: a systematic review and meta-analysis, Lancet, 2010;375:1545-1555
  7. Hall CB, Respiratory syncytial virus and parainfluenza virus, N Engl J Med, 2001;344:1917–1928
  8. Freymuth, F., Vabret, A., Gouarin, S., Petitjean, J., Charbonneau, P., Lehoux, P., ... & Mosnier, A. (2004). Épidémiologie et diagnostic des infections à virus respiratoire syncytial de l’adulte. Revue des maladies respiratoires, 21(1), 35-42.
  9. Falsey AR, Cunningham CK, Barker WH et al. Respiratory syncytial virus and influenza A infections in the hospitalized elderly, J Infect Dis, 1995;172:389–394
  10. Ivey KS, Edwards KM, Talbot HK, Respiratory Syncytial Virus and associations with cardiovascular disease in adults, J Am Coll Cardiol, 2018;71:1574-1583
  11. Graham BS, Vaccines against respiratory syncytial virus: The time has finally come, Vaccine, 2016;34:3535–3541
  12. American Academy of Pediatrics Committee on Infectious Diseases, American Academy of Pediatrics Bronchiolitis Guidelines Committee, Updated guidance for palivizumab prophylaxis among infants and young children at increased risk of hospitalization for respiratory syncytial virus infection, Pediatrics, 2014;134:415–420

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Freymuth, F., Vabret, A., Petitjean, J., Gouarin, S., Gueudin, M., & Campet, M. (2000). Diagnostic des deux principales viroses respiratoires épidémiques: la grippe et les infections à virus respiratoire syncytial. Place de la virologie moléculaire. Médecine et maladies infectieuses, 30(4), 191-201 (résumé).
  • Freymuth, F., Petitjean, J., Eugene-Ruellan, G., Vabret, A., Brouard, J., Duhamel, J. F., & Guillois, B. (1993) Diagnostic des infections à virus respiratoire syncytial. Médecine et maladies infectieuses, 23, 824-829 (résumé).