Valentin Otho

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher


Page de titre de l'Opus Palatinum de Triangulis (1596) ouvrage de trigonométrie de Rheticus et Otho ; les piédestals des obélisques portent des instruments astronomiques, quadrant et bâton de Jacob ; un schéma sur l'obélisque de gauche illustre la mesure de la hauteur du soleil.

Valentin Otho ou Othon (ou encore Valentinus Otho, Valentin Otto, ...) né vers 1545, probablement à Magdebourg, et mort en 1603 à Heidelberg, est un mathématicien et astronome allemand. On se souvient de lui comme disciple de Georg Joachim Rheticus, dont il poursuivra le monumental travail d'établissement de tables trigonométriques suffisamment précises, en particulier pour l'astronomie de l'époque, tables qu'il publiera en 1596. Le travail de Rheticus ne sera véritablement achevé que par Bartholomeus Pitiscus au début du XVIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études à Wittenberg[modifier | modifier le code]

On ignore tout des premières années de Valentin Otho. On sait qu'il s'inscrit le 13 avril 1561 à l'Université de Wittenberg, sous le nom de « Valentinus Otto Magdeburgensis », et il aurait rencontré pour la première fois Georg Joachim Rheticus autour de ses 25 ans[1]. Originaire de Magdebourg, il aurait pu naïtre dans cette ville, et ce vers 1545 ou 1546[2], même si d'autres auteurs proposent une date plus tardive dans la décennie[3].

En 1573, il est toujours à Wittenberg, où il propose à Johannes Praetorius[4] plusieurs approximation du nombre π dont l’excellente π ≈ 355/113, exacte à 6 décimales. Il semble qu'Otho soit le premier à introduire en Occident cette approximation connue pourtant en Chine plus d'un millénaire auparavant. Il l'obtient à partir de celles d'Archimède — π ≈ 22/7, et de Ptolémée — π ≈ 377/120, en prenant (377-22)/(120-7)[5].

Rencontre avec Rheticus[modifier | modifier le code]

La même année (où peut-être dès 1571 selon Hilfstein 1986, p. 222), il décide de rejoindre Georg Joachim Rheticus qui demeure alors à Košice en Haute-Hongrie, enthousiasmé par la lecture de son Canon doctrinae triangulorum , selon ce qu'il déclarera ensuite[6]. Rheticus, qui vivait alors de la médecine, était depuis longtemps engagé dans l'établissement de tables trigonométriques beaucoup plus précises que celles connues. Son ambition apparaissait déjà dans le Canon doctrinae triangulorum de 1551, et il avait permis la publication d'une lettre à Pierre de la Ramée de 1568 qui annonçait son programme[7]. Certains historiens ont fait l'hypothèse que Otho avait également pu être chargé par le réseau d'astromes et mathématiciens autour de Wittenberg, de ramener Rheticus dans le giron des mathématiques[8].

Quoi qu'il en soit l'arrivée du jeune mathématicien redonne vigueur à l'ambition mathématique de Rheticus, qui se voit revivre dans le rôle du maître, sa rencontre 34 ans auparavant avec Copernic. Les deux mathématiciens travaillent à l'établissement et la relecture des tables. À l'automne 1574, Otho doit aller chercher à Cracovie, où Rheticus avait vécu 20 ans, les papiers dont celui-ci a besoin pour poursuivre son œuvre. À son retour il trouve son maître malade, et celui-ci meurt dans ses bras le 4 décembre 1574, après lui avoir légué son travail qu'Otho avait promis de terminer[9].

Valentin Otho se retrouve en possession de l'ensemble des papiers de Rheticus, dont fait également parti le manuscrit original du De revolutionibus[10]. Rheticus et son projet bénificiaient du soutien du Baron Rueber, Capitaine-Général de Haute-Hongrie, soutien qui se reporte sur le disciple. Le Baron obtient de l’Empereur Maximilien une pension pour qu'Otho puisse achever le travail de son maître. Cependant Maximilien meurt moins de 2 ans plus tard, ce qui interrompt le versement de la pension.

Retour à Wittenberg et errance[modifier | modifier le code]

Bien que toujours soutenu par le Baron Rueber, qui n'a pas cependant les moyens de l'entretenir bien longtemps, Otho trouve une chaire de professeur de mathématiques à Wittenberg en 1576 et le financement de son projet par le prince-électeur Auguste de Saxe[11].

Mais Wittenberg est alors l'enjeu d'un conflit entre philippistes (en) et luthériens orthodoxes, qui tourne à l'avantage de ces derniers. Accusé de Cryptocalvinisme (en), Caspar Peucer (de), le propre gendre de Philipp Melanchthon, et ami de Valentin Otho, est jeté en prison à Leipzig en 1576, et y restera jusqu'en 1586. Otho est rapidement suspect, et à l'instar d'un certain nombre de ses collègues, se voit obligé de fuir la ville et son université, probablement vers 1580[11]. Selon ses propres dires, il mène pour quelques années une vie errante pour laquelle les historiens sont réduits aux hypothèses[12].

Heidelberg et l'Opus Palatinum de triangulis[modifier | modifier le code]

Sur les conseils de Caspar Peucer récemment libéré, il prend la route du Palatinat où il est engagé à l'Université de Heidelberg en 1586. En 1587 il reçoit une pension de l'électeur palatin Frédéric IV et du régent Jean Casimir[12] pour parachever l'œuvre de Rheticus. Mais l'ouvrage, s'il est très attendu par les mathématiciens comme Adrien Romain, et s'appuie sur le travail de Rheticus qui avait engagé pendant douze ans plusieurs assistants à Cracovie pour les calculs, demande encore un énorme travail, et Otho est handicapé par des problèmes de santé[13]. L'Opus palatinum de triangulis, a Georg. Joach. Rhetico coeptum, a L. Valentino Othone consummatum de Rheticus et Otho, paraît finalement en 1596, dédié à son dernier mécène, le prince électeur Frédéric IV. Ce grand ouvrage est composé de trois tables, celles de Rheticus, les tables de sinus & de tangentes, se trouvent dans ce volume avec pour titre: Magnus Canon Docrtrinœ triangulorum .

Toutefois, l'Opus Palatinum de Triangulis demeurait incomplet, et Otto n'acheva pas véritablement le plan conçu par Rheticus. Dans ses tables, les sinus, tangentes et sécantes, ne sont calculés qu'à la dixième décimale, au lieu de quinze comme prévu. En fait, Otho croyait avoir abandonné les manuscrits de Rhetic à Wittenberg et ne put entièrement reconstituer les calculs qu'il avait fait, 20 ans auparavant avec son maître. Il faudrait attendre 1613 et Pitiscus pour voir enfin réalisée l'idée de Rheticus[14], et même poussée au delà, dans son Thesaurus mathematicus.

Valentin Otho fait également partie des mathématiciens européens auxquels Adrien Romain adresse en 1593 son défi mathématique.

Le [15] le manuscrit de Copernic est cédé à Jakob Christmann (1554-1613), doyen de la faculté des arts d'Heidelberg. La date du décès d'Otho est mal connue. Certains auteurs le donne mort le 8 avril 1603 à Prague ; cela laisserait supposer qu'il était déjà mort lorsque le livre des Revolutions de Copernic fut cédé à Jakob Christmann… d'autres auteurs donnent 1605, en Allemagne.

Christmann mourut le , et le précieux document tomba de sa veuve en la possession de Johannes Amos Nivanus Komensky (1592-1670), puis de là on perdit sa trace pendant deux siècles. Il était passé des mains du baron Otto de Nostitz à Jawor Slaski à celles de ses successeurs. En 1948, la famille des Nostitz ayant collaboré avec les Nazis, le manuscrit devint propriété nationale et trésor culturel de la République tchèque qui l'offrit en 1956 à la République Populaire de Pologne.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Otho rapporte cette remarque de Rheticus : il le rencontre à l'âge où lui-même avait fait la connaissance de Nicolas Copernic.
  2. Hilfstein 1986, p. 222.
  3. Par exemple autour de 1550 pour Cantor 1899, p. 601.
  4. Cantor 1899, p. 601.
  5. R. C. Gupta, The wonderful approximation π = 355/113. Some historical and cultural glimpses, newsletter of the The International Study Group on the relations between the HISTORY and PEDAGOGY of MATHEMATICS, oct. 2009, n° 72.
  6. dans la préface de l'Opus Palatinam de Triangulis de 1596, voir Hilfstein 1986, p. 222.
  7. Danielson 2006, p. 190.
  8. (Danielson 2006) retient cette hypothèse qu'il juge vraisemblable au vu des circonstances, tout en soulignant le manque d'éléments matériels, (Hilfstein 1986) est plus critique.
  9. Danielson 2006, p. 193-194.
  10. Copernic avait conservé et corrigé ce manuscrit jusqu'à la fin de sa vie, et l'avait légué à son ami Tiedemann Giese. Ce dernier avait choisi de l'envoyer au jeune et enthousiaste disciple de l'astronome Polonais.
  11. a et b Danielson 2006, p. 195.
  12. a et b Hilfstein 1986, p. 223.
  13. Danielson 2006, p. 195-196.
  14. Henry Hallam 1839, trad. Alphonse R. Borghers : Histoire de la littérature de l'Europe Vol. 2, p 327
  15. Selon Karel Hujer, Sur l'histoire du manuscrit copernicien : « De revolutionibus orbium coelestium », Bulletin de la société astronomique de France avril 1976 lire en ligne, Jakob Christmann indique dans le manuscrit de Copernic qu'il a acheté le document à Valentin Otho.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Paul Bockstaele, « Adrianus Romanus and the trigonometric tables of Georg Joachim Rheticus », dans Sergeï Sergeevich Demidov et al, Amphora: Festschrift für Hans Wussing zu seinem 65. Geburtstag, Basel, Birkhäuser,‎ , p. 55–66 (sur la réception de l'Opus palatinum de triangulis et les critique d'Adriaan van Roomen).
  • (de) Moritz Cantor, Vorlesungen über die Geschichte der Mathematik, Leipzig,‎ .transcription en ligne du chapitre XIV, Die Zeit von 1550 – 1600, p 571-608
  • (en) Dennis Danielson, The First Copernican: Georg Joachim Rheticus and the Rise of the Copernican Revolution, New York, Walker & Company,‎ (ISBN 0-8027-1530-3), en particulier p 188-198.
  • (de) Walter Friedensburg, Geschichte der Universität Wittenberg, Halle, Niemeyer,‎ (lire en ligne).
  • (en) Erna Hilfstein, « Was Valentinus Otto a Professor at the Univ. of Heidelberg? », Organon, vol. 22-23,‎ , p. 221-225 (lire en ligne).
  • Joseph-Jérôme-Lefrançois de Lalande, Lettre sur des tables de Sinus extrêmement rares, chez Marc Michel Rey, 1771, Journal des sçavans, avec des extraits des meilleurs journaux (vol 55).
  • Denis Roegel 2010, A reconstruction of the tables of Rheticus Opus Palatinum (1596) lire en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Otto, V. : Kontrakt des Pfalzgrafen Johann Casimir mit Valentin Otto über die Herausgabe des Werkes von Georg Joachim Rheticus, 1587-1592. Generallandesarchiv Karlsruhe 43/2414.
  • Peucer, Caspar: Elementa doctrinae de circulis coelestibus, et primo motu, 1551.
  • Les devins ou Commentaire des principales sortes de devinations : Distingué en quinze livres, esquels les ruses & impostures de Satan sont descouvertes, solidement refutees, & separees d'avec les sainctes Propheties & d'avec les predictions Naturelles. de Caspar Peucer, traduction de S. Goulart, Anvers, Hevdrik Connix, 1584. (et Lyon, Barthélemy Honot, 1584)

Articles connexes[modifier | modifier le code]