Tsar Bomba

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Tsar Bomba
Réplique de la Tsar Bomba au Musée de la bombe atomique à Sarov.
Réplique de la Tsar Bomba au Musée de la bombe atomique à Sarov.
Puissance nucléaire Drapeau de l'URSS Union soviétique
Localisation Nouvelle-Zemble
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Coordonnées 73° 32′ 24″ N, 54° 42′ 13″ E
Date
Type d'arme nucléaire Bombe H
Puissance 57 Mt
Type d'essais Atmosphérique
Altitude du champignon 64 km
Géolocalisation sur la carte : Russie
(Voir situation sur carte : Russie)
Tsar Bomba
Un Tupolev Tu-95 au décollage.

La « Tsar Bomba » (en russe : Царь-бомба), ou RDS-202 (en russe : РДС-202) ou encore « Objet 602 » (en russe : изделие 602)[1], est une bombe à hydrogène conçue par l’industrie nucléaire de l'Union soviétique.

Atteignant 57 mégatonnes de TNT, elle est l'arme de destruction massive la plus énergétique jamais utilisée[2]. Larguée par un bombardier Tupolev Tu-95 modifié (rendu étanche, débarrassé d'une partie de ses réservoirs, recouvert d'une peinture blanche réfléchissante pour limiter l'effet des rayonnements provoqué par la bombe et pourvu d’une découpe dessous pour pouvoir transporter la bombe à l’extérieur, vu sa taille) à environ 13 kilomètres d'altitude, elle explosa le [3] à 3,7 km environ[4] au-dessus du « site C » de l'archipel de la Nouvelle-Zemble dans l'Arctique russe, alors soviétique. Elle fut larguée après une interruption de deux années d'essais atmosphériques « à la suite d'un accord tacite avec les États-Unis et la Grande-Bretagne »[5] et représente l'apogée de la course aux armements nucléaires qui, avec la crise des missiles de Cuba, aboutit à la « Détente ».

Description[modifier | modifier le code]

Le développement d'une bombe à hydrogène dotée d'une telle énergie par les Soviétiques prend source dans l'avancée américaine dans ce domaine, Castle Bravo, plus puissante bombe américaine conçue, ayant explosé en 1954.

La Tsar Bomba était une bombe H conçue à l'origine comme une bombe à trois étages, dite « FFF » (fission-fusion-fission), mais finalement réduite en une bombe de type fission-fusion. D’une énergie d’environ 57 mégatonnes, elle est à ce jour la bombe la plus énergétique à avoir explosé.

Elle fut conçue à l’Institut panrusse de recherche scientifique en physique expérimentale par une équipe de physiciens comprenant notamment Andreï Sakharov. Elle avait une masse de 27 tonnes, une longueur de huit mètres et un diamètre de deux mètres. L'engin fut réalisé afin de servir de base à des bombes de 100 Mt (soit 100 millions de tonnes de TNT, selon le souhait de Nikita Khrouchtchev qui déclarait déjà, dans ses discours, que l’URSS disposait d’une telle bombe[6]).

Comparaison des rayons de la boule de feu de quelques armes nucléaires. Les effets de souffle s'étendent bien au-delà de la boule de feu.

Le troisième étage en uranium, destiné à produire l'énergie additionnelle pour atteindre la puissance de 100 Mt, ne fut pas utilisé pour le test, mais remplacé par du plomb inerte, afin de limiter son énergie à 50 Mt et, selon le souhait d'Andreï Sakharov, de réduire les effets des retombées radioactives[6]. L'explosion de la bombe FFF (au maximum de sa puissance) aurait engendré une augmentation de 25 % des retombées radioactives mondiales depuis l’invention de la bombe nucléaire[7], aurait sans aucun doute provoqué une catastrophe écologique immense et causé des dégâts sur des centaines de kilomètres à la ronde. L’engin expérimental tirait son énergie à 97 % de la fusion thermonucléaire[6], ce qui indiquerait que la structure de la bombe (de son étage primaire, une bombe à fission dopée, ou une « petite » bombe H) incorporait un feuillet d'éléments fission-fusion-fission, d'une énergie totale de fission de 1,7 Mt[note 1] ou « 5 yottawatts »[8].

Effets de l’explosion[modifier | modifier le code]

Localisation de l’explosion par rapport à la Russie actuelle.
Effet supposé de la bombe sur la région parisienne : le cercle rouge (rayon de 35 km) correspond à la zone de destruction complète.

Larguée à environ 13 000 m d'altitude, la bombe chuta sur plus de 8 000 m avant d'exploser à 11 h 32 (heure de Moscou), le , à une altitude de 4 000 m au-dessus de la cible et 4 200 m au-dessus du niveau de la mer, lors d’un test dans l’archipel de la Nouvelle-Zemble (océan Arctique). Elle fut larguée d’un bombardier Tu-95, piloté par Andreï E. Dournovtsev. La bombe était équipée d’un système de parachutes afin de permettre au bombardier de s’éloigner à une distance de sécurité de la zone d’explosion. L’éclair de l’explosion fut visible à plus de 1 000 km du point d’impact et le champignon atomique en résultant parvint à une altitude de 64 km et atteint un diamètre de 30 à 40 km[réf. nécessaire]. Même avec leur distance, les pilotes rapportèrent que l'avion chuta d'un kilomètre au moment de l'explosion.

Au point zéro, tout était effacé, le sol fut nivelé et faisait penser à une « patinoire »[réf. nécessaire]. Des maisons de bois furent détruites à des centaines de kilomètres, d’autres perdirent leur toit. La chaleur fut ressentie à 300 km. La Tsar Bomba pouvait infliger des brûlures au troisième degré à plus de 100 km de distance, alors que la zone de destruction complète se situait dans un rayon de 30 km, et la zone de dommages importants à un rayon de 40 km[2].

La puissance de l’explosion fut estimée à 57 Mt par les États-Unis. Plus tard, les scientifiques russes annoncèrent une énergie de 50 Mt. Par comparaison, la bombe Little Boy avait une énergie de 13 à 16 kt (0,013 à 0,016 Mt), soit 3 125 fois moins (estimation basse). Les Soviétiques auraient limité l'énergie, prévue initialement à 100 Mt, afin, selon les mots de Khrouchtchev, « de ne pas briser tous les miroirs de Moscou »[réf. nécessaire]. La perturbation atmosphérique produite par l'explosion fit trois fois le tour de la Terre[9].

Actuellement[Quand ?], la bombe nucléaire la plus énergétique en service connue est une ogive de 18 à 25 Mt montée sur les ICBM soviétiques puis russes SS-18 (Code OTAN : Satan). Une bombe américaine de 25 Mt, la B41, fut retirée du service en 1976[10].

L’essai américain le plus énergétique en comparaison est un tir de 15 Mt, du nom de code Castle Bravo. D'une énergie initialement prévue de 5 Mt, elle causa un grave accident radiologique en comparaison de celle du Tsar, qui à cause de forts vents dans la haute atmosphère vit ses retombées radioactives dispersées sur une plus grande surface[6]. Ses retombées s'ajoutèrent néanmoins à celles de 90 autres essais nucléaires russes[5] et aux retombées d'autres essais faits par d'autres pays, dans l'air, au sol ou dans l'eau.

L'énergie destructrice de la Tsar Bomba représente l'équivalent de vingt-trois fois la puissance libérée par l'ensemble des explosifs largués sur l'Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale[5], ou encore de quatre mille bombes atomiques du type de celle lancée sur Hiroshima (estimation moyenne)[11].

Histoire du nom[modifier | modifier le code]

Le surnom de « Tsar Bomba » fut donné par les Américains, en comparaison avec la Tsar Kolokol, une cloche gigantesque, et avec le Tsar Pouchka, qui reste un des plus grands canons au monde[12]. Les Soviétiques, qui avaient renversé le gouvernement des tsars, utilisèrent le surnom « Ivan » durant la phase de développement de la bombe, non pas en référence à Ivan le Terrible, mais par souci de discrétion en donnant le nom le plus banal qui soit, comme les bombes américaines à qui on attribua les noms de : « Little Boy » et « Fat Man ».

L'expression « Tsar Bomba » comporte une certaine ambiguïté. Les traductions exactes de « Bombe du Tsar », « Bombe reine » et « Reine des bombes » seraient respectivement « Бомба царя », « Царица бомба » et « Царица бомб ». Le mot « bomba » (« бомба ») est féminin et appelle un autre féminin (« tsaritsa »/« царица » et non « tsar »/« царь »), mais c'est un calque évident du Tsar Kolokol ou du Tsar Pouchka qui ne pose aucun problème linguistique aux Russes eux-mêmes[réf. nécessaire].

Devenir de la région située sous l'explosion[modifier | modifier le code]

De à 1990, année de la dernière expérience, 224 explosions, dont 91 dans l'atmosphère, ont eu lieu dans ou au-dessus de l'archipel montagneux de Nouvelle-Zemble (environ 90 000 km2), principalement sur trois sites, dits A, B et C[4] (la Tsar Bomba a été larguée au-dessus du site C, Soukhoï Nos, utilisé de 1957 à 1962[13]). Il a été estimé que le total de l'énergie ainsi libérée équivaudrait à environ le centuple de celle de toutes les explosions de la Seconde Guerre mondiale (dont les bombes atomiques) et « près de 55 % de l'énergie dégagée par la totalité des essais atmosphériques mondiaux (440 Mt) » selon un rapport du Sénat et de l’Assemblée nationale français[14].

Après avoir ratifié et appliqué l'interdiction des essais nucléaires dans l'atmosphère, la mer et le sol, le gouvernement soviétique utilisait ce « polygone de tir » (aujourd'hui partiellement désaffecté[15]) pour l'entreposage de déchets nucléaires radioactifs (l'archipel abrite plusieurs sites d'immersion de conteneurs de déchets (réacteurs de sous-marins nucléaires, combustible nucléaire de brise-glaces notamment)[15]. Il a été estimé que « plus de 11 000 conteneurs de déchets radioactifs et une vingtaine de réacteurs y ont été enterrés ou immergés au large des côtes, parfois par moins de 40 mètres de fond ». Une base aérienne a aussi été installée et entretenue sur le territoire du village de Rogatchevo (sud-ouest de l'île Sud)[15].

En , le Minatom a dit vouloir créer un nouveau lieu d’enfouissement dès 2005 entre les mers de Barents et de Kara (pour un coût d'environ 80 millions de dollars), qui a suscité de nouvelles inquiétudes notamment parce que peu avant (en ) la Douma a voté plusieurs amendements à la loi sur la protection de l'environnement, visant à autoriser la Russie à importer des déchets nucléaires étrangers pour les stocker ou les retraiter[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les bombes A les plus énergétiques ne sont pas mégatonniques. La plus puissante bombe à fission « pure » fut le test Ivy King, qui dégagea 500 kilotonnes, soit « seulement » 0,5 Mt, et elle était proche du maximum technologiquement envisageable pour une bombe de ce type.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (ru) « Смотрины «Кузькиной матери». Как СССР сделал и взорвал «Царь-бомбу» », Аргументы и Факты,‎ (consulté le ).
  2. a et b (en) « Big Ivan, The Tsar Bomba (King of Bombs) », The Nuclear Weapon Archive, (consulté le ).
  3. Sabine Dullin, L’ironie du destin. Une histoire des Russes et de leur empire (1853-1991), Éditions Payot, , p. 241.
  4. a et b (en) Nuclear Explosions in the USSR: The North Test Site, Reference Material [PDF], rapport, Agence internationale de l'énergie atomique (Division of Nuclear Safety and Security), version 4, décembre 2004, 136 p.
  5. a b et c Paul Quilès, Arrêtez la bombe !, Le Cherche midi, 2013 (ISBN 978-2-7491-3143-6), chap. 1 : « Un peu d'histoire » [lire en ligne].
  6. a b c et d Andy Webb, 1954-1961 : Les bombes H de la guerre froide (The World's Biggest Bomb), documentaire, 2011, 53 min.
  7. (en) Soviet Nuclear Weapons, The Nuclear Weapon Archive, 7 octobre 1997.
  8. (en) Derek Abbott, Keeping the Energy Debate Clean: How Do We Supply the World’s Energy Needs? [PDF], Proceedings of the IEEE, vol. 98, no 1, janvier 2010, p. 42-66.
  9. Carey Sublette, « Big Ivan, The Tsar Bomba (King of Bombs) – the World's Largest Nuclear Weapon », sur nuclearweaponarchive.org, Nuclear Weapon Archive (consulté le ).
  10. (en) The B-41 (Mk-41) Bomb, The Nuclear Weapon Archive, 21 octobre 1997.
  11. (en) Andrew D. Patterson, Christian Lanz, Frank J. Gonzalez et Jeffrey R. Idleb, « The Role of Mass Spectrometry-Based Metabolomics in Medical Countermeasures Against Radiation », Mass Spectrometry Reviews, vol. 29, no 3, mai-juin 2010, p. 503-521 [lire en ligne].
  12. (en) « 30 October 1961 - The Tsar Bomba », sur CTBTO Preparatory Commission (consulté le ).
  13. Olivier Vandercruyssen, La Nouvelle-Zemble : carrefour stratégique de l’Arctique russe, Regard sur l'Est, 15 avril 2010.
  14. Rapport sur les incidences environnementales et sanitaires des essais nucléaires effectués par la France entre 1960 et 1996 et éléments de comparaison avec les essais des autres puissances nucléaires [PDF], Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Assemblée nationale et Sénat français, 2001, p. 188.
  15. a b c et d Nouvelle-Zemble : une décharge radioactive à ciel ouvert au nord de l’Europe, Arte, 18 mars 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]