Thomas Crean

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Thomas Crean
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Tom Crean photographié en février 1915 par Frank Hurley.
Naissance
Annascaul
Décès
Cork
Nationalité Irlandais
Profession
Distinctions
Médaille Albert (1913)
Médaille polaire (1904, 1913, 1916)
Conjoint
Ellen Crean (née Herlihy)
Descendants
Mary Crean (O'Brien)
Kate Crean
Eileen Crean
Signature de Thomas Crean

Thomas « Tom » Crean, né le à Annascaul et mort le à Cork, est un explorateur polaire irlandais.

Il entre dans la Royal Navy à l'âge de 15 ans, en mentant sur son âge pour pouvoir être admis. Tom Crean a pris part à trois des quatre grandes expéditions britanniques en Antarctique au cours de cette période nommée « âge héroïque de l'exploration en Antarctique ». Parmi celles-ci, deux étaient celles conduites par Robert Falcon Scott, qui avait pour but (parmi d'autres buts purement scientifiques) d'atteindre le pôle Sud : l'expédition Discovery (1901-1904) et l'expédition Terra Nova (1911-1913). Durant cette dernière expédition, Crean réussi l'exploit de parcourir seul 56 kilomètres à travers la barrière de Ross, afin de sauver la vie d'Edward Evans après les morts de Scott et de plusieurs hommes de son équipe. Il est alors honoré de la médaille Albert (1913).

La troisième expédition à laquelle il participe, l'expédition Endurance (1914-1916), est celle conduite par Ernest Shackleton. Alors que le navire de l'expédition se retrouve encerclée par la banquise, il vit avec l'équipage une série d'événements dramatiques, comme une dérive de plusieurs mois dans les glaces, une tentative de sauvetage à l'île de l'Éléphant, et un périple de 1 500 kilomètres de l'île de l'Éléphant jusqu'à la Géorgie du Sud. Au moment d'atteindre cette terre, Crean entreprend avec Shackleton et le Frank Worsley, la première traversée terrestre de l'île par de hautes montagnes, sans cartes ni équipement d'alpinisme approprié.

Sa participation aux trois expéditions lui vaut trois fois la médaille polaire (1904, 1913 et 1916) et une réputation d'aventurier polaire robuste et fiable. Après sa dernière expédition, Crean rejoint de nouveau la Royal Navy et sa carrière navale prend fin en 1920. Il retourne alors à Annascaul, sa ville natale pour y ouvrir une auberge appelée The South Pole Inn (« L'auberge du pôle Sud ») avec son épouse Ellen. Il y vécut tranquillement et discrètement jusqu'à sa mort en 1938, gardant une forte humilité sur ses exploits passés.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et carrière[modifier | modifier le code]

Thomas Crean est né le , dans la région agricole de Gurtuchrane, près de la ville d'Annascaul, dans le comté de Kerry. Crean est l'un des 10 enfants de la famille de Patrick Crean et Catherine Courtney, ses parents[1]. Il étudie à l'école catholique locale de Brackluin, la quittant à douze ans pour prêter main-forte à la ferme familiale[1]. À l'âge de quinze ans, Crean s'enrôle dans la Royal Navy, probablement après une dispute avec son père[2]. Faute du consentement de ses parents, il a probablement dû mentir au sujet de son âge pour y entrer. Après son enrôlement en juillet 1893, dix jours avant son 16e anniversaire, il figure dans les registres de la Royal Navy comme « mousse de 2e classe » (ordinary seaman)[3].

Son apprentissage naval s'effectue à bord du bateau d'entraînement, le HMS Impregnable, rattaché à Devonport. En novembre 1894, il est transféré sur le HMS Devastation. À dix-huit ans, en 1895, Crean est « marin ordinaire » (ordinary seaman) reconnu, servant sur le HMS Royal Arthur. Moins d'un an après, il sert sur le HMS Wild Swan, en tant que « marin capable » (able seaman), et sert également sur le bateau-école torpilleur HMS Defiance. En 1899, Crean est élevé au rang « d'officier de 2e classe » (petty officer, second class), servant sur le HMS Vivid[4]. En février 1900, Crean est posté sur le vaisseau torpilleur HMS Ringarooma, faisant partie de la flotte de la Royal Navy basée au sud de la Nouvelle-Zélande. Le , il est retrogradé du rang d'officier à celui de « marin capable » pour un fait inconnu[5].

En décembre 1901, le Ringarooma est envoyé pour aider l'expédition de Robert Falcon Scott, alors qu'il mouille à Lyttelton, en Nouvelle-Zélande, l'un de ses derniers arrêts avant l'embarquement avec l'expédition Discovery. Un officier de l'expédition de Scott ayant abandonné l'équipage, Crean se porte volontaire pour le remplacer[6].

Expédition Discovery[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition Discovery.
Vue aérienne de Hut Point, sur le détroit de McMurdo en Antarctique. Ce site est choisi pour abriter la base de l'expédition Discovery.

Crean et l'équipage du capitaine Scott quittent le port Chalmers, en Nouvelle-Zélande, le , en direction de l'Antarctique, à bord du RRS Discovery. Le navire accoste dans le détroit de McMurdo le , à un endroit dénommé Hut Point[Note 1]. Là, l'équipage établit ses quartiers d'hiver, avant de lancer ses explorations scientifiques. Crean est bientôt reconnu comme l'un des hommes les plus efficient en traction humaine. En effet, seulement sept membres passent plus de temps à tracter que lui — 149 jours — sur les 48 engagés[7]. Crean a le sens de l'humour et est apprécié par ses compagnons. Le second du capitaine Scott, Albert Armitage, écrit dans son livre Two Years in the Antarctic (« Deux ans en Antarctique »), que « Crean était un Irlandais au caractère bien trempé que rien ne perturbe »[8].

Crean accompagne le lieutenant Michael Barne à trois reprises à travers la barrière de Ross, alors connue sous le nom de « Grande Barrière de glace ». Emmenant avec eux douze hommes dirigés par Barne qui se mettent en route le , parallèlement à l'expédition entreprise par le capitaine Scott, Shackleton et Edward Adrian Wilson. Le 11 novembre, l'équipe de Barne dépasse le Farthest South atteint précédemment par Carsten Borchgrevink à 78°50'S pendant l'expédition Southern Cross en 1900, un record qu'ils détiennent brièvement avant que l'autre équipe ne dépasse elle-même le degré 82°17'S[9],[Note 2].

Durant l'hiver 1902, le Discovery se retrouve prisonnier des glaces. Les efforts entrepris pour s'en dégager pendant l'été 1902-1003 ayant échoué, Crean et la plupart[Note 3] des hommes restent sur le continent Antarctique jusqu'à ce que le bateau soit finalement libéré en février 1904[10]. Après le retour à la civilisation, Crean est élevé au rang « d'officier de 1re classe » (petty officer, first class), sur recommandation du capitaine Scott[11].

Après l'expédition Discovery[modifier | modifier le code]

Crean reprend son service à la base navale de Chatham, dans le Kent, servant sur le HMS Pembroke en 1904, puis transféré sur le navire-école torpilleur HMS Vernon. Crean ayant retenu l'attention de Scott par son attitude exemplaire et le travail fourni lors de l'expédition, en 1906, Scott lui demande de le rejoindre sur le HMS Victorious[12]. Les années suivantes, Crean suit Scott successivement sur le HMS Albemarle, le HMS Essex et le HMS Bulwark[12].

En 1907, Scott entame ses préparatifs pour sa prochaine expédition polaire en Antarctique alors qu'en 1909, l'explorateur anglo-irlandais Ernest Shackleton dépasse le record du Farthest South détenu par Scott lors de l'expédition Nimrod, mais ne parvient pas à atteindre le pôle Sud[13]. Le capitaine Scott ayant une grande estime de Crean[14],[11] et celui-ci étant un des rares marins ayant une expérience polaire, il invite officiellement à le rejoindre en mars 1910 et celui-ci accepte en avril, quelques mois avant son trente-troisième anniversaire.

Expédition Terra Nova[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition Terra Nova.
Tom Crean habillé en habits chauds lors de l'expédition Terra Nova[15].

Crean est parmi les premières personnes que Scott a recruté en prévision de l'expédition Terra Nova[11]. Il fait partie des quelques. Il se distingue à nouveau à la tête d'une équipe de treize hommes, parvenant à rejoindre le One Ton Depot, distant de 210 kilomètres au-delà de la péninsule de Hut Point[16]. Le One Ton Depot est ainsi appelé en raison des réserves de nourriture et d'équipement cachés là, en prévision du retour. Sur le chemin du retour, via le cap Evans, Crean, en compagnie d'Apsley Cherry-Garrard et du lieutenant Henry Robertson Bowers, campent sur une mer de glace instable. Pendant la nuit la glace se fracture, laissant les hommes à la dérive sur la banquise, séparés de leurs traîneaux. Crean leur a probablement sauvé la vie en se proposant de sauter de banquise en banquise jusqu'à ce qu'il rejoint le camp de base après une marche solitaire pour obtenir de l'aide[17].

Crean est à nouveau l'un des hommes qui ont composé l'équipage de Scott lors de sa troisième tentative pour rejoindre le pôle Sud. Ce voyage se composait de trois étapes : 640 kilomètres à travers la barrière de Ross, 190 kilomètres en montée vers le glacier Beardmore situé à une altitude des 3 000 mètres, puis les 560 kilomètres restant vers le pôle[18]. Crean et William Lashly, accompagnés du lieutenant Edward Evans, constituent le dernier groupe qui accompagnant Scott lors de la montée du glacier jusqu'au plateau Antarctique, à 87°32'S, à 270 kilomètres de distance du pôle Sud. C'est à partir de là, le , qu'ils reviennent, alors que Scott, Edgar Evans, Wilson, Bowers et Lawrence Oates continuent vers le pôle, tandis que Crean, Lashly et Evans entament leur retour, long de 1 200 kilomètres, vers Hut Point. Après deux mois d'effort, Crean est déçu à la perspective de devoir revenir alors qu'ils sont « si proches du but »[19].

Le biographe Michael Smith prétend que Crean aurait été un meilleur choix pour le groupe final, en remplacement d'Edgar Evans, qui est affaibli par une récente blessure à la main[Note 4]. Crean, considéré comme l'un des hommes les plus résistants de l'expédition, avait conduit un poney sur la barrière, et avait assumé la tâche difficile du halage jusqu'au pied du glacier Beardmore[20]. Il est également avancé par le biographe de Scott, Roland Huntford, que le chirurgien Edward Atkinson, qui accompagne l'équipe au sud jusqu'au glacier de Beardmore, a recommandé Lashly ou Crean pour le groupe final, plutôt qu'Evans[21].

Edgar Evans et Crean réparant des sacs de couchage en mai 1911[15].

Peu après avoir suivi le trajet retour de 1 100 kilomètres jusqu'au camp de base, le groupe de Crean perd la piste vers le glacier Beardmore et fait un long détour autour d'une grande cascade de glace[22]. En raison de l'insuffisance des rations alimentaires et de la nécessité d'atteindre leur prochain dépôt d'approvisionnement, le groupe prend alors la décision de glisser sur leur traîneau, sans contrôle, le long de la cascade de glace. Les trois hommes glissent ainsi de 600 mètres[23], esquivant les crevasses et terminant leur descente en se renversant sur une crête de glace[24]. Evans écrit plus tard : « Comment nous nous sommes échappés complètement indemnes [de cela] est au-delà de [ma compréhension] »[23]. Ce pari réussi, les hommes atteignent le dépôt deux jours plus tard. Cependant, ils ont beaucoup de difficulté à parcourir le glacier. Lashly écrit : « Je ne peux pas décrire le labyrinthe dans lequel nous sommes entrés et les [difficultés] que nous avons dû traverser »[25]. Dans ses tentatives pour trouver le chemin, Evans enlève ses lunettes et souffre du coup de photokératite, le transformant ainsi en passager[26].

Lorsque le groupe est finalement libéré du glacier en atteignant la surface plane de la barrière de glace, Evans commence à montrer les premiers symptômes du scorbut[27]. Au début du mois de février, il souffre énormément, ses articulations étant notamment touchées. Grâce aux efforts de Crean et de Lashly, le groupe poursuit vers One Ton Depot qu'ils atteignent le 11 février, Evans s'effondrant à l'arrivée[26]. Evans sera particulièrement reconnaissant envers Crean[28].

Tom Crean et le poney « Bones » en octobre 1911.

Avec plus de 160 kilomètres encore à parcourir avant la sécurité relative de Hut Point, Crean et Lashly commencent à transporter Evans sur le traîneau[27]. Le 18 février, ils arrivent à Corner Camp, toujours à 56 kilomètres de Hut Point, avec seulement un ou deux jours de rations alimentaires et encore quatre ou cinq jours de marche à faire. Ils décident alors de laisser Crean continuer seul, pour aller chercher de l'aide. Avec seulement un peu de chocolat et trois biscuits sur lui, sans tente ni équipement de survie[29], Crean parcourt la distance jusqu'à Hut Point en 18 heures[27],[30] juste avant qu'un blizzard féroce — qui l'aurait probablement tué — arrive sur la région et retarde le sauvetage d'un journée et demi[26]. Edward Atkinson ramène finalement Lashly et Evans au camp de base dans un sauvetage réussi. Crean minimise modestement son exploit. Dans un récit écrit rare, il écrit dans une lettre : « il m'a donc fallu faire 30 milles pour obtenir de l'aide, et seulement quelques biscuits et un bâton de chocolat pour le faire. J'étais très affaibli quand j'ai atteint l'abri »[31].

L'équipe de Scott ne réussie pas à revenir du pôle Sud. L'hiver de 1912 au cap Evans est alors bien sombre, le sort funeste de Scott et des autres hommes étant quasiment certain. Frank Debenham écrit que « en hiver, c'était encore Crean qui était le pilier de la joyeuse équipe de l'[abri dépeuplé] »[32]. En novembre 1912, Crean est l'un des onze hommes qui partent à la recherche des restes de l'équipe de Scott. Le 12 novembre, ils repère un cairn de neige, qui s'avère être une tente contre laquelle la neige s'est entassée. Elle contient les corps de Scott, Wilson et Bowers[33]. Crean écrit plus tard, se référant à Scott de façon discrète, qu'il a « perdu un bon ami »[34].

Le , Crean et l'équipage restant du Terra Nova arrivent à Lyttelton, en Nouvelle-Zélande, et peu de temps après, ils retournent en Angleterre. Au palais de Buckingham, les membres survivants de l'expédition reçoivent des médailles polaires du roi George V et du prince Louis de Battenberg, le First Sea Lord[35]. Crean et Lashly reçoivent tous deux la médaille Albert de 2e classe pour avoir sauvé la vie d'Evans. Ils sont présentés par le roi au palais de Buckingham le . Crean est promu au grade de « premier maître » (chief petty officer), avec un effet rétroactif au [36].

Expédition Endurance[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Expédition Endurance et Voyage du James Caird.
Tom Crean et Alfred Cheetham en 1914[15].

Shackleton connait bien Crean depuis l'expédition Discovery et a également pris connaissance de ses exploits sur la dernière expédition de Scott. Comme Scott, Shackleton fait confiance à Crean[37],[38]. Crean s'est joint à l'expédition Endurance de Shackleton le , en tant que second officier[39], avec un ensemble varié de fonctions. En l'absence d'un musher embauché mais qui ne s'est pas présenté, Crean prend en charge l'une des équipes de chiens[40] et participe ensuite aux soins et à l'éducation des chiots nés de l'un de « ses » chiens au début de l'expédition[41].

Le , le navire de l'expédition, l'Endurance, se trouve pris dans la banquise de mer de la mer de Weddell. Dans les premiers efforts pour le libérer, Crean manque d'être écrasé par un mouvement soudain de la glace[42]. Le navire dérive dans la glace pendant des mois et coule finalement le 21 novembre. Shackleton informe ses hommes qu'ils transporteront donc la nourriture, l'équipement et trois embarcations de sauvetage à travers la banquise, jusqu'à une zone à terre, à 320 kilomètres. En raison des conditions de glace inégales, des crêtes créées par la pression des glaces et du danger de la rupture de la banquise qui peut séparer les hommes, ils abandonne rapidement ce plan et décide de camper sur place. dans l'espoir que la dérive dans le sens des aiguilles d'une montre les transporte à 640 kilomètres jusqu'à l'île Paulet où les hommes savent qu'il y a un abri avec des approvisionnements d'urgence[43]. La banquise a tenu bon et transportée les hommes au-delà de l'île Paulet en se désagrégeant que le 9 avril. L'équipage navigue ensuite, mal équipé, sur les trois embarcations de fortune jusqu'à l'île de l'Éléphant, un voyage qui dure cinq jours. Crean et Hubert Hudson, l'officier navigant de l'Endurance, pilote leur embarcation et Crean assume cette charge efficacement car Hudson tombe malade[44],[45].

En arrivant à l'île de l'Éléphant, Crean est l'un des « quatre hommes les plus aptes » décrits par Shackleton pour trouver un terrain où camper en sécurité[46]. Shackleton décide qu'au lieu d'attendre un navire de sauvetage qui n'arriverait probablement jamais, l'une des embarcations de sauvetage devait être renforcée afin qu'un équipage puisse rejoindre la Géorgie du Sud et organiser un sauvetage. Après que les hommes soient installés sur une colonie de manchots au-dessus de la ligne des hautes eaux, un groupe d'hommes menés par le menuisier Harry McNish commence à modifier l'un des canots de sauvetage — le James Caird — en préparation de ce voyage risqué. Frank Wild, qui dirige l'équipe restant sur l'île de l'Éléphant, veut que Crean reste avec lui[44]. Shackleton accepte d'abord, mais il change d'avis après que Crean le supplie de faire partie de l'équipage des six hommes partant[47].

Crean avec les chiots Roger, Nell, Toby et Nelson durant l'expédition Endurance[15].

Le voyage de 1 500 kilomètres jusqu'en Géorgie du Sud, décrit par l'historienne polaire Caroline Alexander comme l'un des exploits les plus extraordinaires de navigation de l'histoire, dure 17 jours à travers les rafales de vents. Après être partis le avec un équipement de navigation rudimentaire, ils atteignent la Géorgie du Sud le . Shackleton, dans son compte rendu de l'expédition, se remémore Crean : « il chantait toujours quand il gouvernait, et personne n'a jamais découvert quelle était la chanson […] mais d'une certaine manière c'était gai »[48].

Le groupe accoste en Géorgie du Sud sur la côte sud, inhabitée, par la baie du roi Haakon. En effet, rejoindre la côte nord et les les stations baleinières représente le risque d'être entraîné par les vents dans l'océan Atlantique[49]. Le plan original est d'emmener le James Caird en longeant la côte, mais le safran du bateau s'est rompu, et certains membres de l'équipe sont, selon Shackleton, inaptes à poursuivre le voyage. Les trois hommes les plus en forme, Shackleton, Crean et Frank Worsley, décident de parcourir 48 kilomètres à travers les montagnes glacées du centre de l'île, au cours d'un dangereux voyage de 36 heures jusqu'à la station baleinière habitée la plus proche[50].

Cette marche est la première traversée connue de l'île montagneuse et elle est achevée sans tente, sac de couchage ou carte ; le seul matériel d'alpinisme étant une herminette de menuisier, une longueur de corde et des vis du bateau qui sont attachés à leurs bottes pour servir de crampons[51]. Ils arrivent à la station de chasse à la baleine de Stromness, fatigués et sales, les cheveux longs et emmêlés, les visages noircis par des mois de chauffage d'appoint à la graisse. Ils s'organisent rapidement pour qu'un bateau récupère les trois hommes laissés de l'autre côté de l'île, puis par la suite, il faut trois mois et quatre tentatives à Shackleton pour sauver les 22 derniers hommes toujours sur l'île de l'Éléphant.

Vie postérieure[modifier | modifier le code]

Le South Pole Inn d'Annascaul.

Après être retourné chez lui en novembre 1916, Crean reprit ses fonctions dans la marine. Le , il est promu au grade d'adjudant (warrant officer) en tant que bosco, en reconnaissance de son service sur l'Endurance[52] et reçoit sa troisième médaille polaire. Le , Crean épouse Ellen Herlihy. Crean sert plus tard comme militaire au cours de la Première Guerre mondiale.

Au début des années 1920, Shackleton organise une autre expédition antarctique, plus tard connue sous le nom d'expédition Shackleton-Rowett. Il invite Crean à le rejoindre, avec d'autres officiers de l'Endurance. Néanmoins, comme sa femme accouche bientôt de sa deuxième fille et souhaitant ouvrir une entreprise après sa carrière navale, Crean décline l'invitation de Shackleton[53]. Lors de sa dernière mission navale, avec le HMS Hecla, Crean est victime d'une mauvaise chute qui lui cause des effets durables à sa vision. En conséquence, il est mis à la retraite pour raisons médicales le [54]. Lui et Ellen ouvre une auberge appelée South Pole Inn (« Auberge du pôle Sud ») à Annascaul[55]. Le couple a trois filles, Mary, Kate — morte en bas âge[55] — et Eileen[56].

Toute sa vie, Crean reste extrêmement modeste et discret[28]. Quand il retourne à Kerry, il se débarrasse de toutes ses médailles et ne parle plus jamais de ses expériences passées en Antarctique. En effet, il n'y a par exemple aucune trace d'entretiens donnés à la presse[57]. Il n'a d'ailleurs jamais raconté ses exploits à ses filles, Eileen et Mary. Selon Eileen : « il a mis ses médailles et son épée dans une boîte […] et c'était tout […] c'était un homme très humble »[28].

Des cadres commémoratifs au South Pole Inn.

Des spéculations ont été faite sur le fait que cela pourrait être en lien avec le fait que le comté de Kerry est un foyer de nationalisme irlandais et plus tard de républicanisme irlandais, et, avec le comté de Cork, un épicentre de la violence[57]. La famille Crean a fait l'objet d'un raid des Black and Tans pendant la guerre d'indépendance irlandaise[58]. Leur auberge est ainsi saccagée jusqu'à ce que les militaires découvrent la photographie encadrée de Crean dans sont uniforme de la Royal Navy et avec ses médailles[58].

Le frère aîné de Crean, Cornelius Crean, est un sergent dans la police royale irlandaise (RIC) pendant la guerre d'indépendance. Il est tué pendant une embuscade de l'IRA près d'Upton, dans le comté de Cork, le [59].

En 1938, Crean tombe malade et souffre une appendicite[15]. Il est emmené à l'hôpital le plus proche, mais faute de chirurgien, est transféré à l'hôpital Bon Secours de Cork[15]. Il est opéré mais le retard pris provoque une infection qui s'est développée et, après une semaine passée à l'hôpital, il meurt le , peu après son 61e anniversaire[15]. Il est enterré dans la tombe de sa famille — qu'il a lui même creusé[15] — au cimetière de Ballynacourty, dans le comté de Kerry.

Postérité[modifier | modifier le code]

La statue de Crean d'Annascaul.

La mémoire de Crean est inscrite dans le nom d'au moins deux lieux : le mont Crean (en) (2 630 mètres d'altitude) dans la Terre Victoria en Antarctique et le glacier Crean (en) en Géorgie du Sud[60].

Son auberge est aujourd'hui une attraction touristique à Annascaul[61] et est décoré avec des souvenirs des expéditions polaires[15]. En 2003, une statue de bronze en l'honneur de Crean a été inaugurée près de son auberge. L'explorateur est représenté appuyé contre une caisse en tenant une paire de bâtons de randonnée dans une main et deux de « ses » chiens chiots dans l'autre[62].

Une série télévisée en huit parties, The Last Place on Earth (en) (1985), raconte l'histoire de l'expédition de Scott au pôle Sud. Hugh Grant et Max von Sydow y sont notamment les têtes d'affiche, l'acteur irlandais Daragh O'Malley (en) interprétant Crean[63]. Dans le téléfilm britannique Shackleton (2002), c'est l'acteur Mark McGann (en) qui interprète Crean[28],[64].

Une pièce de théâtre, Tom Crean – Antarctic Explorer, est largement jouée depuis 2001 par l'auteur Aidan Dooley[28], y compris lors d'une représentation spéciale au South Pole Inn d'Annascaul.

Dans les années 2010, une campagne pour renommer l'aéroport de Kerry en l'honneur de Crean a fait l'objet d'un écho médiatique[65].

La compagnie aérienne Norwegian a annoncée en 2017, après l'accord de la famille de Crean[66], que la dérive de l'un de ses avions affectés à des liaisons en Irlande serait décorée avec un portrait de l'explorateur[67]. Il rejoint ainsi, par exemple, le Norvégien Roald Amundsen dans cet honneur[66].

Dans un autre genre, Crean a inspiré une campagne de promotion pour une bière de l'Endurance Brewing Company[68].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Hut Point est le nom donné au camp de base, au site, à la péninsule et au mouillage du navire. Ce camp de base est utilisé dans les expéditions britanniques suivantes comme abri et entrepôt.
  2. Des recacluls modernes basés sur des photographies estime ce Farthest South à plutôt 82°11'S. (Crane 2005, p. 214-215)
  3. Quelques hommes, dont Ernest Shackleton, ont l'opportunité de partir dans un autre navire.
  4. Scott ignorait probablement cette blessure.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. Smith 2000, p. 18
  3. Smith 2000, p. 19
  4. Smith 2000, p. 20–21
  5. Smith 2000, p. 29
  6. Smith 2000, p. 31
  7. Smith 2000, p. 46–47
  8. Smith 2000, p. 46
  9. Smith 2000, p. 55
  10. Preston 1999, p. 67–69
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  17. Cherry-Garrard 1997, p. 147
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  24. Cherry-Garrard 1997, p. 402
  25. Preston 1999, p. 207
  26. a, b et c Preston 1999, p. 206-208
  27. a, b et c Crane 2005, p. 555-556
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  33. Crane 2005, p. 569-570
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  38. Alexander 2001, p. 21
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  41. Alexander 2001, p. 29-31
  42. Shackleton 1998, p. 31
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]