Squat en France

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Article principal : Squat (lieu).

Le squat en France reflète les aspects historique, politique et artistique de ce mode de vie en France.

Aspect historique[modifier | modifier le code]

Au XXe siècle, le terme squat a été introduit dans la langue française par usage du vocabulaire l'anglo-américain[1].

En 1971, des occupations violentes sont pratiquées par les « Maos »[1].

En 1977, le mot squat est attesté dans la langue française[1]. En 1977, d'après Le Sauvage, le mouvement de squattage souterrain a toujours existé dans Paris[1].

En 1984, d'après libération, le squat est peu développé à Lyon[1].

Dans les années 1980 et 1990 pour éviter la constitution de squat, la police menace les propriétaires d'assistance à des activités illicites, avant de faire constater la situation par un huissier et d'investir les lieux: le vidage des lieux remplit le panier à salade et les bennes des éboueurs. Pour éviter une récidive, les fenêtres et les portes sont ensuite murées[2].

En 1992, le concept de squat reste flou[3].

Jusqu'en 2015, les occupations illicites de domicile se sont en amplifiées. Ces occupations illégales ont conduite de nombreuses personnes à ne plus pouvoir rentrer chez elles en raison du changement des serrures par les squatteurs d'une part, et en raison de l'absence de procédure légale d'expulsion de ces occupants sans titre[4].

Le 24 juin 2015 le Parlement a adopté une loi visnat à préciser l'infraction de violation de domicile pour renforcer la répression de l'occupation illicite du domicile d'autrui. Les auteurs de la réforme de la loi ont été motivés par le fait que la loi rendait difficile la caractérisation du flagrant délit et le besoin de clarifier le Code pénal[4].


Cadre légal et juridique[modifier | modifier le code]

En France, en différence l'occupation des locaux selon le mode d'entrée:

  • l'entrée par voie de fait (violences physiques ou effraction - carreaux de fenêtres cassés ou serrures fracturées) est interdite, ainsi la loi du 24 juin 2015 (qui a remplacé l’article 226-4 du code pénal) considère qu'il s'agit d'un double flagrant délit par «intrusion illégale» et «maintien dans le domicile».
  • dans le cas d'une location (par exemple par rbnb) pendant plusieurs jours, l'échéance du contrat fait du locataire légal restant dans le logement un occupant sans titre. Cette situation est légalement considérée comme un maintien dans le domicile. Toutefois, l'absence d’intrusion par voie de fait interdit de déloger par la force les occupants durant la période qui s’étend du 1er novembre au 31 mars[5].

Aspect politique[modifier | modifier le code]

Selon Le Squat de A à Z[6], guide issu de la mouvance politique des squats :

« Squatter, c’est entre autres, pas de loyer à payer, pas d’interrogatoire à subir pour savoir si on peut repeindre sa chambre en vert pomme. C’est être libre et responsable dans son lieu de vie. C’est aussi un moyen de survie quotidienne qui peut mener à se questionner sur nos façons de vivre, sur le travail, la famille, la vie collective, le train-train quotidien, sur les possibilités de vivre nos idées dans une telle société… »
« Chaque squat est différent. Les pratiques et la théorie développées par les occupants dépendent largement des contextes politique, socio-économique, juridique, inter-relationnel, etc., mais tout squat est “politique”, dans la mesure où il bouleverse, même parfois involontairement, l’ordre social et la propriété privée. »
« Le squat est dépendant des espaces laissés à l’abandon par la bourgeoisie et le système capitaliste en général. Sachant cela, il ne peut être considéré comme un but, mais tout au plus comme un moyen. Mais pas n’importe quel moyen. Le squat peut être un lieu de résistance et d’expérimentation. En squattant, la recherche d’autonomie permet de rendre certaines de nos idées effectives. Squatter, c’est prendre une part de l’interdit, c’est se placer un minimum en rupture au niveau socio-économique. »
« La lutte au quotidien des squats peut se retrouver ainsi dans des pratiques diverses : autogestion, gratuité, récupération/recyclage, réquisitions en tout genre, ouverture sur l’extérieur et confrontation des façons de vivre, débats en tous genres… »

Un livre, publié en 2008, évoque cette scène squat parisienne[7]. Il s'agit d'un recueil de documents et de témoignages de squatteurs autonomes de la fin des années 1990, comportant également un chapitre sur l'histoire des squats.

Aspect artistique[modifier | modifier le code]

Dans une démarche différente, les squats artistiques sont apparus à Paris et dans les grandes villes de France dès les années 1980 entre autres par le mouvement Art-Cloche[8]. Répondant au besoin d'espace ressenti par de nombreux jeunes artistes, ces lieux de création peuvent être ou non autogérés, habités, réhabilités, ouverts au public, accueillir des manifestations (concerts rock alternatif, expositions, happening, fêtes, etc.). Cependant la plupart des squats d’artistes avant les années 1990 ont fait l’objet de négociations avec les propriétaires, une sorte de loyer étant payé par les occupants. Les arrangements sont d’autant plus aisés que l’on cible des immeubles appartenant à des entreprises d’État, aux collectivités, et aux institutionnels. Il en va ainsi des fameux Frigos (91 Quai de la Gare), appartenant à la SNCF, et investis en 1980 : très vite une convention d’occupation est passée avec la société nationale ; progressivement, et grâce cette fois à l’activisme raisonné d’une association de défense, les Frigos vont non seulement survivre aux plans d’aménagement du quartier Paris Rive Gauche, mais en devenir le pôle de l’art vivant, à côté du pôle culturel et patrimonial représenté par les galeries de la rue Louise Weiss, l'université Paris VII et la Bibliothèque nationale de France.

Après la chute du mur de Berlin[modifier | modifier le code]

Tout autre est l’histoire des squats nés dans les années 1990, dans l’onde de choc de la chute du mur de Berlin. À cette date en effet, Berlin devient l’eldorado des squatteurs, notamment artistes. Cette ruée des jeunes européens vers les grandes surfaces abandonnées à l’Est va familiariser toute une génération d’artistes à des modes d’occupation de l’espace public qu’ils ont ensuite mis en œuvre de retour chez eux. Repérer un lieu, l’investir, construire et aménager très vite de façon à donner un sens et une légitimité à l’occupation, puis organiser la vie collective… À Paris le coup d’envoi est donné dans un lycée désaffecté, en 1996 avec Yabon Paname (après la Forge), Titou, Pascal Holemaert...: le lycée Diderot deviendra pendant 2 ans une ruche rassemblant 300 artistes en mal d’ateliers, le Pôle Pi. Le pôle Pi expose à l'exploitation de ce qui devient une « zone » d'alégalité. Squat d'abord, le Pôle Pi attire outre les artistes des cohortes de sans logis ou sans-papiers, mais aussi des artistes aujourd'hui reconnus comme Jean Starck, Rita Mitsouko... fermé à la suite d'une procédure en 1998, devenu aujourd'hui l'École d'Architecture de Paris Belleville. L'esprit Pôle Pi va alors se déplacer vers d'autres lieux : SSOCAPI, Pastourelle(Marais public) Matignon, AlterNation, où l'on retrouvera des figures de l'underground, Eduardo Albergaria, le « politique » des squats (mort en 2000 dans le squat, il promeut les systèmes de bail précaire existant à l'étranger), mais aussi Yabon Paname (Franck Hiltenbrand) au squat du Carrosse, 20e[9], après Canal 35 et une candidature coup d'éclat à la mairie du 10e[10]... ou encore les peintres Pierre Manguin (aujourd'hui animateur de l'Atelier en commun "le 100", rue de Charonne 11e, Frédéric Atlan, le sculpteur Titou...

Devant la réussite de quelques expériences et le plébiscite de la population, des municipalités ont transformé certains d'entre eux en lieux officiels consacrés à la culture (La Forge, hôpital éphémère, squat de la rue Rivoli à Paris). Certaines ont tenté de recréer l'effervescence créatrice qui fait leur intérêt.

À partir des années 2000 : la recherche d'une pérennisation[modifier | modifier le code]

À partir des années 2000, en effet, la mobilisation paye et l'image des squats d'artistes devient positive dans les médias, encourageant la demande de stabilisation des lieux ouverts. cf. les rares études universitaires sur la question[11]. Un cas exemplaire est celui de Chez Robert, l'électron libre, au 59 rue de Rivoli (ouvert en 1999 par Kalex, Gaspard et Bruno, KGB), dont la façade décorée de façon psychédélique a révélé aux passants en plein centre de Paris l'existence et l'exubérance du mouvement des squats d'artistes. En 2001, le squat Rivoli est désigné par les statistiques du Ministère de la culture comme le 3e lieu d'art contemporain parisien en nombre de visiteurs : 40 000 sur l'année écoulée. Capable de proposer à la Mairie, nouveau propriétaire du lieu, un projet de pérennisation crédible, le collectif expulsé en 2006 crée une association qui administre désormais cet espace légalisé, rénové et rouvert au public en septembre 2009. Une trajectoire analogue est suivie par le centre, plus "social", de la Petite roquette, comme par la Générale (Parmentier et Sèvres).

Ouvert en 2002, le Laboratoire de la Création, 111, rue Saint-Honoré (Paris, 1er), est le premier squat conventionné par le propriétaire, la Ville de Paris, en 2005.

À l'autre extrémité du spectre, des lieux emblématiques ferment faute d'avoir trouvé les deux leviers de la pérennisation : la force du (projet) collectif et l'existence d'un interlocuteur institutionnel. Le cas de la Miroiterie (ouverte en 2000 au 88 rue de Ménilmontant dans une fabrique abandonnée, la miroiterie Bosch) l'illustre : en dépit d'ateliers abritant une vingtaine d'artistes et musiciens, d'une salle de concert fameuse (ouverte sans conditions à 5 000 groupes en 10 ans, et des jams sessions dominicales annoncées dans la presse la plus officielle), qui ont attiré le public dans un quartier pauvre où fleurissent désormais salles branchés (Bellevilloise) et galeries d'art, le lieu racheté par un promoteur privé a été condamné à l'expulsion en juin 2010, malgré le soutien affiché d'une mairie sympathisante mais dépourvue de tous levier d'action.

Squats notables[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Guillaume (dir.) et al., Aventuriers solitaires en quête d'utopie : les formes contemporaines de l'engagement, Éditions de l'ULG, , 211 p. (ISBN 2-87456-005-7)

Vidéo[modifier | modifier le code]

  • Philippe Roziès, Lutter... ici et maintenant, LCP-Assemblée nationale, KUIV productions, 2013, 60 minutes, voir en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]