Simulacre

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Un simulacre désigne une apparence qui ne renvoie à aucune réalité sous-jacente, et prétend valoir pour cette réalité elle-même. C'est là, du moins, le sens grec d’eidôlon (εἴδωλον), qui a donné idole en latin, et qui est traduit par simulacre, par opposition à l'icône (eikôn, εἰκών), traduit par copie: la copie renvoie toujours à l'imitation du réel, sans dissimuler celle-ci (voir Le Sophiste de Platon). L’eidôlon s'oppose alors à l’eidos ou l’idea [ἰδέα], traduit par Forme et présent dans le Cratyle [1]

Le simulacre chez Platon[modifier | modifier le code]

Le concept de simulacre apparaît, en tant que phantasma (ϕάνταὓμα) dans Le Sophiste de Platon où L'Etranger - qui dialogue avec Théétète - distingue deux types d'images : l'image-copie (eikôn, εἰκών) et l'image-simulacre (fantasma, ϕάνταὓμα) ou image-illusion, selon la traduction de Nestor Cordero[2]. L'Etranger introduit cette distinction pour définir le sophiste comme un illusionniste (c'est donc le deuxième sens du terme qui est mobilisé par Platon).

Le simulacre chez les épicuriens[modifier | modifier le code]

Le concept de simulacre apparaît aussi, en un sens radicalement différent, dans la théorie matérialiste des épicuriens (notamment de Lucrèce et Épicure).

Le simulacre chez Deleuze[modifier | modifier le code]

En 1969, Gilles Deleuze, dans son article 'Platon et le simulacre' dans Logique du sens, met en évidence la stratégie de Platon dans Le Sophiste, stratégie qui vise à faire disparaître le simulacre au profit de la copie, afin de valoriser, en négatif, l'hypothèse des Idées (ou Formes) par le contraste avec l'image-copie, éloignée de deux degrés de la véritable réalité (tandis que le simulacre fait disparaître la distinction entre le modèle et la copie).

Le simulacre chez Baudrillard[modifier | modifier le code]

Cette réflexion sur le simulacre a été reprise et approfondie par Jean Baudrillard. Dans son ouvrage Simulacres et simulation, il propose en épigraphe à son premier chapitre ("La précession des simulacres") l'affirmation suivante de l'Ecclésiaste :

« Le simulacre n'est jamais ce qui cache la vérité – c'est la vérité qui cache qu'il n'y en a pas. Le simulacre est vrai[3]. »

Baudrillard opère une série de distinctions pour cerner la notion de simulation :

« Dissimuler est feindre de ne pas avoir ce qu'on a. Simuler est feindre d'avoir ce qu'on n'a pas. L'un renvoie à une présence, l'autre à une absence. Mais la chose est plus compliquée, car simuler n'est pas feindre: Celui qui feint une maladie peut simplement se mettre au lit et faire croire qu'il est malade. Celui qui simule une maladie en détermine en soi quelques symptômes. (Littré) Donc, feindre, ou dissimuler, laissent intact le principe de réalité: la différence est toujours claire, elle n'est que masquée. Tandis que la simulation remet en cause la différence du vrai et du faux, du réel et de l'imaginaire. »[4] Pour un approfondissement et une illustration des notions de simulation et de simulacre, voir l'article Simulacres et simulation.

Dans Oublier Foucault, Baudrillard lit la politique à travers le filtre de la simulation:

« [...] le secret des grands politiques fut de savoir que le pouvoir n'existe pas. Qu'il n'est qu'un espace perspectif de simulation, comme le fut celui, pictural, de la Renaissance, et que si le pouvoir séduit, c'est justement [...] parce qu'il est simulacre[5]. »

Le simulacre chez Stoichita[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage L'Effet Pygmalion. Pour une anthropologie historique des simulacres (Droz, 2008), Victor I. Stoichita, anthropologue de l'art, aborde la question du simulacre à travers une investigation dans l'histoire de l'art et à partir du mythe fondateur de Pygmalion.

Il propose en particulier, dans son dernier chapitre intitulé "La copie originale" une lecture très stimulante du film Vertigo (Sueurs froides) d'Alfred Hitchcock, réalisé en 1958.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Eidôlon in Vocabulaire européen des philosophies (dir. Barbara Cassin).
  2. Platon (trad. Nestor Cordero), Le Sophiste, Paris, GF-Flammarion,‎ , p. 235d
  3. Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, Galilée, Paris, 1981, p. 9 (ISBN 978-2-7186-0210-3)
  4. Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, Paris, Galilée,‎
  5. Jean Baudrillard, Oublier Foucault, Galilée, Auvers-sur-Oise, 1977 (ISBN 2-7186-0060-8)

[1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, Galilée, Paris, 1981, 233 p. (ISBN 978-2-7186-0210-3)
  • Gilles Deleuze, Logique du sens, Édition du minuit, Paris, 1969, 392 p.
  • Pierre-Paul Dupont et Claude Lorent (dir.), Faux-semblants : ou le simulacre dans l'art contemporain (exposition, Maison de la Culture de la Province de Namur, du 26 septembre au 27 décembre 2009), Stichting Kunstboek, Oostkamp, 2009, 108 p. (ISBN 978-90-5856-331-6)
  • Aurélia Gaillard, Le corps des statues : le vivant et son simulacre à l'âge classique (de Descartes à Diderot), H. Champion, Paris, 2003, 340 p. (ISBN 2-7453-0861-0)
  • Jean-François Mattéi, L'étranger et le simulacre : essai sur la fondation de l'ontologie platonicienne, Presses universitaires de France, Paris, 1983, 573 p. (ISBN 2-13-037672-X)
  • Victor I. Stoichita, L'Effet Pygmalion. Pour une anthropologie historique des simulacres, Genève, Droz, 2008.
  • Quand je serai grand, je serai : Jeux et jouets de simulacre, Association des Amis des Arts et Traditions Populaires de l'Ain, Musée du Bugey-Valromey, Lochieu, 1997 (ISBN 2-910683-04-4)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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