Sergueï Chtchoukine

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Sergueï Chtchoukine
Sergey Schukin by Dm. Melnikov (1915).jpg

Portrait de Chtchoukine par Dimitri Melnikov (1915).

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 81 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Activité
Collectionneur d'artVoir et modifier les données sur Wikidata

Sergueï Ivanovitch Chtchoukine (en russe : Сергей Иванович Щукин), né le 27 mai 1854 ( dans le calendrier grégorien)[1] à Moscou et mort le (à 81 ans) à Paris, est un homme d’affaires russe collectionneur d’art moderne[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Sergueï Chtchoukine, comme la famille de l'autre grand collectionneur russe d'art moderne Ivan Morozov, est issu d'une lignée de marchands vieux-croyants installée à Moscou. Son père, Ivan Vassilievitch Chtchoukine, est le fondateur de la firme de négoce en textiles I.V. Chtchoukine et Fils, marié à Ekaterina Petrovna Botkine, provenant elle-aussi d'une grande famille de marchands de Moscou qui avait fait fortune dans le commerce du thé. Ivan Vassilievitch renoncera discrètement à la Vieille Foi, il aura dix enfants, dont trois autres fils collectionneurs : Piotr (grand collectionneur d'antiquités russes et orientales fondera un musée portant son nom), Dimitri (collectionneur de petits maîtres hollandais, italiens ou français) et Ivan (bibliophile, collectionneur de peintres impressionnistes français, puis de classiques espagnols, s'installe à Paris où il tient un salon fréquenté par l'émigration russe). Sergueï Chtchoukine est envoyé comme ses frères étudier l'industrie textile en Allemagne (à l'école de commerce de Gera en Thuringe). À son retour, il se révélera le plus doué des frères et prendra la succession de son père, à la mort de celui-ci en 1890, à la tête de « I. V. Chtchoukine & Fils ». Actionnaire de nombreuses manufactures, banques, compagnies d'assurance, il sera surnommé le "ministre du commerce" de Moscou.

Il épouse en 1884 Lydia Grigorievna Koreneva, une des plus jolies femmes de Moscou, fille du président du comité directeur des Mines du Donbass en Ukraine. A l'occasion de la naissance de son premier fils Ivan en 1886, le père Ivan Vassilievtich offre au jeune couple le palais moscovite situé à deux pas de la cathédrale du Christ Sauveur. Il l'avait acquis auprès de la veuve ruinée d'un des princes Troubetskoï, grande famille noble libérale. Lydia Grigorievna donnera encore naissance à deux autres fils Grigori et Sergueï et, en 1890, à une fille, Ekaterina. Consolidant sa position et sa fortune, devenu une figure du tout-Moscou, célèbre par les fêtes et les concerts que le couple donne en son palais, Sergueï Chtchoukine se tourne assez tard vers la collection, alors que ses frères l'ont largement précédé.

Le collectionneur[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de son jeune frère Ivan, installé à Paris où il tient un salon brillant où se presse toute l'émigration russe, Sergueï Chtchoukine se tourne vers les peintres français, principalement impressionnistes et postimpressionnistes. Il acquiert en 1898 son premier Monet : Les Rochers à Belle-Île, (il en possédera 13), il achètera à la même époque des œuvres de Forain, Degas, Toulouse-Lautrec, Maurice Denis, Pissaro, Renoir, Cottet, Simon, Puvis de Chavannes. Cette collection raffinée lui vaut vite un certain renom dans les milieux culturels et artistiques. En 1903-1904, il commence à faire des choix plus hardis : Paul Cézanne (Mardi gras, le Fumeur de pipe accoudé, etc.), Vincent van Gogh, Paul Gauguin. Ces tableaux vont constituer la base de sa collection d'avant-garde.

Chtchoukine se passionnera pour Henri Matisse, chef de file encensé et honni des "fauves" qui font sensation au Salon d'automne de 1905. Ce dernier crée spécialement pour lui en 1909-1910 deux panneaux décoratifs pour l'escalier de son palais : La Danse et La Musique. La collection Chtchoukine exhibe aussi cinquante œuvres majeures de Picasso, comprenant des tableaux marquants du début du cubisme tels les Trois femmes, des natures mortes et des paysages, ainsi que des pièces-maîtresses des périodes bleue et rose. À partir de 1908 Chtchoukine ouvre au public ses collections tous les dimanches, permettant ainsi aux Moscovites de découvrir les peintres d'avant-garde français.

Le musée[modifier | modifier le code]

Après la révolution d'octobre de 1917, la collection Chtchoukine est nationalisée par un décret de Lénine du 8 novembre 1918 après que Chtchoukine a émigré en août 1918 en Allemagne, puis renommée en juin 1919 Musée de la peinture occidentale moderne N°1 ou MNZj1.

Le gouvernement installe dans l'ancien hôtel particulier de Chtchoukine l'un des premiers musées de peinture moderne au monde, qui ouvre ses portes au public en mai 1920. La conservatrice en est la fille de Chtchoukine, Ekaterina Keller, qui émigrera en 1922. En 1923, la collection rejoint l'autre branche du musée ou MNZj2, constituée par la collection d'Ivan Morosov qui avait ouvert en 1919 dans l'hôtel particulier de ce dernier, et prend alors le non de Musée d’Etat d’art occidental moderne (GNMZI), sous la direction du sculpteur et historien Boris Mikhailovitch Tsernovetz, avec environ 800 oeuvres.

Chtchoukine s'est installé en France, à Nice, puis à Paris où il meurt en 1936. En 1948, sa collection est victime des campagnes staliniennes contre l'art bourgeois « formaliste ». Le musée d'art moderne est liquidé et ses collections sont partagées entre le musée Pouchkine à Moscou et celui de l'Ermitage à Leningrad. Après la mort de Staline, les œuvres reparaissent progressivement pour devenir aujourd'hui l'un des trésors des musées russes. Les historiens commencent après la perestroïka à découvrir les collectionneurs derrière les collections. L'audace et l'intuition de Chtchoukine, l'homme aux 38 Matisse et au 50 Picasso est enfin reconnue.

Collection[modifier | modifier le code]

Les artistes[modifier | modifier le code]

La collection Chtchoukine réunit les œuvres de 64 artistes connus (et 13 artistes africains et chinois inconnus). Parmi ces œuvres, on compte 7 Rousseau, 8 Cézanne, 9 Marquet, 13 Monet, 16 Derain, 16 Gauguin, 38 Matisse et 50 Picasso[3].

Quelques œuvres[modifier | modifier le code]

Les œuvres de la collection Chtchoukine représentent des natures mortes[4], des personnages, des portraits et des paysages. Elles sont de styles variés, en majorité cubiste, décoratif, fauve, impressionniste[5], naïf ou réaliste.

Postérité[modifier | modifier le code]

Irina Antonova, directrice du musée Pouchkine, fit un jour cette réflexion à propos de Chtchoukine :

« Il commença une collection d’un art impopulaire rejeté par le Louvre et d’autres musées. C’était son goût personnel. Peut-être ressentait-il les événements qui allaient changer le monde. Un collectionneur pareil ne pouvait apparaître que dans un pays qui attendait une révolution. Il collectionna l’art qui préfigura l’ensemble des cataclysmes »

— Cf. [1]

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Expositions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La date de naissance fait discussion : des sources donnent
  2. « L'histoire de Sergueï Chtchoukine - Collection Chtchoukine », Collection Chtchoukine,‎ (lire en ligne)
  3. « Les artistes de la Collection Chtchoukine », Collection Chtchoukine,‎ (lire en ligne)
  4. « Les natures mortes de la Collection Chtchoukine », Collection Chtchoukine,‎ (lire en ligne)
  5. « L'impressionnisme dans la Collection Chtchoukine », Collection Chtchoukine,‎ (lire en ligne)
  6. Icônes de l’art moderne. La collection Chtchoukine.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Albert Kostenewitsch: Russische Sammler französischer Kunst. Die Familienclans der Schtschukin und Morosow. In: Morosow und Schtschukin - die russischen Sammler. Monet bis Picasso. (catalogue de l'exposition) éd. DuMont, Cologne, 1993; pp. 35–150, dont pp. 36-83: Die Schtschukins. (ISBN 3-7701-3144-4).
  • Natalia Semenova et André Delocque : Chtchoukine. Le patron de l'art moderne. éd. La Collection Chtchoukine, Paris, 2016; 400 p. (ISBN 978-2-7466-9352-4).
  • Icônes de l'Art moderne. La Collection Chtchoukine. Catalogue de l'exposition de la Fondation Louis Vuitton sous la direction d'Anne Baldassari ; éd. Gallimard/Fondation Louis Vuitton, Paris, 2016 ; 478 pages. (ISBN 978-2-07-269273-4).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]