Sacramentaire gélasien

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Liber sacramentorum Romanæ Ecclesiæ (frontispice et incipit). Bibliothèque apostolique vaticane, Regimensis 316, folios 131v et 132 (Incipit liber secundus. Oraciones et præces de nataliciis sanctorum (Livre II)). Folio 131v : une croix sous une arcade, avec les emblèmes des quatre évangélistes, aux bras de laquelle pendent un alpha et un oméga[ld 1]. Il s'agit de la première ligne du texte (= Α + Ω).

Le dit sacramentaire gélasien ou Liber sacramentorum Romanae ecclesiae d'après les manuscrits tardifs est un livre liturgique (sacramentaire romain) qui contient les oraisons et préfaces nécessaires à la célébration de la messe. Si le manuscrit le plus ancien est conservé actuellement au Vatican, celui-ci était copié au VIIe ou VIIIe siècle dans la région parisienne.

Titre[modifier | modifier le code]

Le manuscrit ne mentionne nullement le nom du pape Gélase Ier. Le titre se trouve au début du livre I : In nomine Domini nostri Jesu Christi salvatoris, incipit liber sacramentorum Romanæ Ecclesiæ ordinis anni circuli[ac 1]. Néanmoins, une fois que Pierre Le Brun avait indiscutablement établi, en 1716, les textes issus de ce pape dans ce manuscrit, sa dénomination le sacramentaire de saint Gélaise fut publiquement acceptée[ac 2].

Manuscrit[modifier | modifier le code]

Le livre est conservé dans un seul manuscrit (Vaticanus Regimensis 316[ac 3]) composé de 245 folios, aujourd'hui à la bibliothèque apostolique vaticane, dans le fonds des manuscrits de la reine Christine de Suède, à l'exception de quelques feuillets conservés à la Bibliothèque nationale de France (latin 7193, folios 41 - 56[ac 3]). Avant cette acquisition en 1650, le manuscrit était conservé à la bibliothèque de Paul Petau[ld 2].

La date et le lieu de copie de ce document ne sont pas encore identifiés[ac 4],[ac 5]. Certains spécialistes attribuent ce manuscrit au VIIe siècle, mais toujours contestés par d'autres qui préfèrent le VIIIe siècle[ac 6].

Au regard du lieu de trascription, il est probable qu'il s'agit de la région parisienne, en raison d'existence des textes gallicans[ac 7]. Bischoff et Wilmart préféraient, par exemple, l'abbaye de Chelles[ac 7]. C'est en effet un livre romain d'origine mais qui a subi nombre de retouches dans le sens gallican[1],[ac 8]. Mais, au regard du monastère de Chelles, il s'agissait d'un véritable monastère royal pour les moniales et il n'est pas sûr que le transcription y ait été effectuée.

  1. office du vendredi Saint : prière pour l'empire des Francs[ld 3] « Respice propitius ad Romanum sive Francorum benignus imperium. »
  2. canon de la messe (folio 180v) : nomenclature française[ld 1] « Cosme et Damiani, Dionysii, Rustici[2] et Eleutherii, Helarii (Hilaire de Poitiers), Martini (Martin de Tours), Agustini, Gregorii (Grégoire de Tours), Hieronimi, Benedicti ... »

Maintenant, il est évident que son usage était prévu en France et non en Italie.

Le manuscrit était écrit toujours en onciales, sauf une pièce au folio 195v. Celle-ci employait les minuscules. Mais, il n'est pas possible à déterminer les dates de ces écritures[ld 3].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Au milieu du XXe siècle, Antoine Chavasse réussit à attribuer scientifiquement ses textes aux papes Léon Ier († 461), Gélase Ier († 496) ainsi que Vigile († 555). D'ailleurs, cet auteur considérait que d'autres personnages s'y cachent encore, en attendant que les études soient plus avancées[ac 9]. De plus, ceux qui concernent les papes Gélase Ier et Vigile devinrent, avec certitude, évidents, notamment des textes faussement attribués à Léon Ier auparavant[1]. Sa composition demeure cependant plus compliquée. Ainsi, le Credo utilisé lors du baptême de Pâques n'était plus le symbole des Apôtres, habituel à Rome auparavant, mais le Symbole de Nicée-Constantinople. Cela exprime que ce remaniement ne remonte que 550 environ[ac 10].

En raison de l'Évangélisation de la Gaule par les prêtres grecs auparavant, ce symbole et le Pater Noster étaient écrits en bilangue (folios 2v et 55)[ld 3] [texte en ligne]. En faveur de ces oraisons, le copiste employait l'onciale pour le grec tandis que les textes latins étaient écrits en caractères cursifs mérovingiens[ld 3].

Après avoir constaté de nombreuses traces, ce prêtre conclut que le sacramentaire gélasien et celui de saint Grégoire sont issus d'un sacramentaire romain, édité avant la fin du VIe siècle mais finalement perdu. Ce dit sacramentaire prégélasien et prégrégorien, mais aussi presbytéral, serait assez différent du sacramentaire léonien[ac 11].

Ce sacramentaire se caractérise notamment de ses textes particuliers à la deuxième personne du singulier, par exemple, dans les formulaires baptismaux[ac 12]. Il semble que celui-ci fût donc plus adapté à l'usage auprès des paroisses[3]. Il s'agit d'ailleurs d'une seule exception manquant de station liturgique, parmi les livres liturgiques romains[ac 13]. De même, le document manque de la litanie majeure du 24 avril, qui n'est autre qu'une célébration stationnale et papale[ac 14].

Sacramentaire non papal, même un jeu de mot s'y trouve. Pour la pièce XXXVII, 3, consacrée à saint martyr Simplicius (Simplice)[ac 15], le remanieur ajouta les mots simpliciter obsecrantes au texte issu du sacramentaire léonien[ac 16]. Il est par ailleurs vrai que, dans le Sanctoral (Livre II), il reste de nombreux textes léoniens[ac 17], copiés ou modifiés, à la différence du Livre I[ac 18].

Contenu[modifier | modifier le code]

Le manuscrit se compose de trois livres[ld 1],[ac 19] :

  1. Livre I : le Temporal (In nomine Domini nostri Jesu Christi Salvatoris. Incipit liber sacramentorum Romanæ æclesiæ ordinis anni circuli) ;
  2. Livre II : le Sanctoral (Incipit liber secundus. Oraciones et præces de nataliciis sanctorum) ;
  3. Livre III : le canon de la messe et de diverses oraisons ou prières (Incipit liber tertius. Oraciones et et præces cum canone per dominicis diebus).

Le sacramentaire se commençait, auparavant, d'une table. Toutefois, plusieurs folios furent perdus, à l'exception des deux dernières pages (actuellement folios 1 et 2)[ld 1].

D'autres manuscrits[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs variantes du sacramentaire gélasien à partir du VIIIe siècle, attestées par divers manuscrits (sacramentaire de Gellone, sacramentaire d'Angoulême). Ainsi, les manuscrits 348 et 350 de la Bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall sont attribués au IXe siècle[ac 20] :

  • Manuscrit 348 Sacramentaire gélasien de Remedius [lire en ligne] (selon cette bibliothèque, copié vers 800) ;
  • Manuscrit 350 Sacramentarium Gélasianum [lire en ligne].

Ces exemplaires tardifs indiquent que le sacramentaire gélasien, plus ancien[ac 21], était pareillement en usage, avec le sacramentaire de saint Grégoire, plus adapté aux offices pontificaux[3].

Par ailleurs, afin de distinguer le manuscrit auprès du Vatican d'autres exemplaires, Antoine Chavasse employait le vieux sacramentaire gélasien ou plus simplement vieux gélasien[ac 22].

Usage[modifier | modifier le code]

À Rome, les sacramentaires gélasien et grégorien coexistaient, tout d'abord, car leurs fonctions étaient différentes. Au Saint-Siège, l'usage du deuxième était obligatoire. Mais, à la suite d'une révision de ce dernier effectuée entre 650 et 683, plusieurs églises à Rome commencèrent à utiliser le grégorien au cours du VIIe et du VIIIe siècle[ac 23]. Celui-ci gagna surtout la troisième région romaine. Pareillement, une hybridation entre les deux sacramentaires fut effectuée. Cette version hybride à dominante gélasienne fut, finalement, renoncée par de nombreux établissements, une fois que le grégorien avait à nouveau été révisé au VIIIe siècle. Le gélasien finit définitivement sa carrière à la ville éternelle[ac 24].

Mais en Gaule, la situation était différente. En dépit de l'Évangélisation par les prêtres grecs, le sacramentaire gélasien était importé, déjà au VIIe siècle, et adopté dans les sacramentaires gallicans[ac 25]. Assez vraisemblablement, des pièces du dit sacramentaire prégélasien et prégrégorien précédaient le gélasien. Chavasse attribuait cette importation aux moines bénédictins, car le gélasien était suffisamment adapté à l'usage monastique[ac 26]. Dans ce cas, il semble que l'abbaye de Saint-Gall contribuât à transmettre les manuscrits en Gaule.

Et, au contraire de la circonstance à Rome, le gélasien ne disparut pas dans le royaume de Charlemagne. En effet, après que la dynastie carolingienne avait adopté le rite romain, le pape Adrien Ier octroya en 791 à ce souverain un sacramentaire, dit Hadrianum. Ce dernier n'était autre qu'un sacramentaire papal, mais adapté à la réforme de Grégoire II († 731). Ainsi, le livre manquait de formulaires des obsèques, étant donné que le pape ne célébrait pas de funérailles[4]. D'où, avant l'usage, il fallait qu'Alcuin complète le sacramentaire Hadrianum, en profitant des sacramentaires gélasiens conservés en Gaule[ac 27].

En conséquence, plusieurs textes issus du gélasien demeurent dans la liturgie romaine, y compris le chant grégorien. Il s'agit d'un mélange des matériaux, issus de la liturgie papale et des célébrations presbytérales[ac 27].

Publication de texte[modifier | modifier le code]

  • 1680 : Giuseppe Maria Tomasi[ld 2], IN NOMINE DNI IESV XPI SALVATORIS. INCIPIT LIBER SACRAMENTORVM ROMANÆ ECCLESIÆ ORDINIS ANNI CIRCULI, dans les Codices sacramentorvm nongentis annis vetvstiores, Typographia Angeli Bernabờ, Rome [lire en ligne] (texte intégral)
  • 1894 : Henry Austin Wilson[5], The Gelasian Sacramentary (LIBER SACRAMENTORUM ROMANAE ECCLESIAE) edited with introduction, critical notes and appendix, The Clarendon Press, Oxford [lire en ligne] (texte intégral)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Chavasse (1909 - † 2005) : Le sacramentaire gélasien (Vaticanus Reginensis 316) : sacramentaire presbytéral en usage dans les titres romains au VIIe siècle, collection Bibliothèque de Théologie, série IV Histoire de la Théologie, Desclée et Cie., Tournai 1958 [lire en ligne]
  1. p.  x
  2. p.  xi
  3. a et b p.  vi
  4. p.  252 ; en raison d'un formulaire du dimanche octave de Pentecôte, l'ancienneté du sacramentaire ne dépasse pas les années 630 - 650.
  5. p.  280 ; d'ailleurs, le manuscrit manque de formulaires des jeudis de Carêmes, institués par la réforme de Grégoire II († 731). Donc, celui-ci fut copié entre vers 630 et 731.
  6. p. viii ; certains préféraient même 750 environ, tel Wilmart.
  7. a et b p.  viii
  8. p.  vii
  9. p.  680 - 681
  10. p.  200
  11. p.  682
  12. p.  203
  13. p.  213 ; en effet, « la présidence de la station liturgique revient au pape ou à son remplacement. » D'où, Antoine Chavasse conclut : « Il est assez évident, maintenant, que le gélasien est un sacramentaire destiné au service des titres. L'absence de la mention des stations est donc normale, et, au lieu d'y trouver une objection contre l'origine romaine du livre, il y faut reconnaître une confirmation positive du rattachement de ce sacramentaire aux titres romaines. »
  14. p.  214
  15. p.  521
  16. p.  305
  17. p.  715 - 727
  18. p.  694 - 714
  19. p.  xxx
  20. p.  xxxvi
  21. p.  199
  22. p.  679
  23. p.  684
  24. p.  686
  25. p.  687
  26. p.  689
  27. a et b p.  691
  1. a, b, c et d p.  475
  2. a et b p.  477
  3. a, b, c et d p.  476

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://rsr.revues.org/847 paragraphes 22, 23 et 33 ; « Il est manifeste que le sacramentaire gélasien est une compilation dans laquelle il y a des parties d'époque différente, et dans laquelle des éléments gallicans voisinent avec des portions authentiquement romaines. » (paragraphe 22)
  2. Il s'agit de saint Restitut, méconnu, duquel le tombeau se trouvait à Saint-Restitut. Pour cette raison, le dauphin Louis, futur Louis XI, effectua son pèlerinage jusqu'à ce village au XVe siècle (http://www.saintrestitut-mairie.fr/histoire.php).
  3. a et b Jean Favier, Charlemagne, p. 417, Tallandier Texto, Paris 2013
  4. Jean Favier, p. 420
  5. http://data.bnf.fr/12750934/henry_austin_wilson/