Richard Lefrançois

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Richard Lefrançois
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Richard Lefrançois, né à Québec en 1944 est un sociologue canadien, ayant principalement fait sa marque en gérontologie.

Biographie et principales réalisations[modifier | modifier le code]

Détenteur d'un Ph.D. de l'Université Laval, il fut d'abord chercheur junior à la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme à Ottawa, chargé de cours à l'Université Carleton à Ottawa, puis Directeur du service de la recherche au Conseil des œuvres et du bien-être de Québec de 1969 à 1972. Par la suite, il a enseigné de 1972 à 1985 au Département de service social de l'Université de Sherbrooke, avant d'être nommé professeur titulaire de gérontologie à l'Université de Sherbrooke et chercheur senior à l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke (1985 - 2004).

En plus de ses travaux en gérontologie, on compte des essais en éducation des adultes et en sociologie de la recherche sociale (en collaboration surtout avec des chercheurs de l'Université de Caen). Spécialisé en méthodologie de la recherche, il a publié des articles et un ouvrage de méthodologie scientifique appliquée à la gérontologie, puis un dictionnaire de la recherche en sciences sociales. Il a réalisé plusieurs travaux de recherche empirique sur l'exclusion sociale, la criminalité adulte, la santé, la conduite automobile (dont une vaste enquête de cas-témoins) et l'actualisation du potentiel des personnes âgées. Il a également collaboré avec des équipes de chercheurs pour construire et valider divers instruments de mesure avant de coordonner un projet d'envergure, soit l’Étude longitudinale québécoise multi-cohortes sur le vieillissement psychosocial[1] (ELQUEV, 1997-2003)[2]. Richard Lefrançois est également le concepteur du premier programme canadien de doctorat en gérontologie[3]. Depuis sa retraite en septembre 2004, il prononce des conférences, participe à des reportages et à des documentaires, tient une chronique au journal La Tribune (Sherbrooke) (jusqu'en juin 2011) ainsi qu'un blog en gérontologie. En 2011, l'Association québécoise de gérontologie lui a décerné le prix Nicolas Zay pour souligner son engagement en recherche, formation et communication dans le domaine de la gérontologie. Il a été finaliste au Grand prix du livre de la Ville de Sherbrooke (2006) pour son essai Les nouvelles frontières de l'âge.

Conception de la gérontologie[modifier | modifier le code]

Selon Lefrançois, dans le monde développé, le XXIe siècle marque l'entrée en scène d'une figure historique inédite, l'Homo senectus[4]. Dix attributs principaux caractérisent ce nouvel acteur social dont il trace le contour à la fois comme sujet vieillissant et comme entité collective ou catégorie sociale :

Types d'attributs[modifier | modifier le code]

Démographiques[modifier | modifier le code]

(1) l'accélération du vieillissement démographique (augmentation relative : accroissement du ratio personnes âgées/population totale) et la gérontocroissance (augmentation absolue : gonflement de l'effectif des personnes âgées dans la population) connaissent une progression phénoménale depuis les années 1980. Ces phénomènes apparentés sont attribuables à l'avènement du régime démographique post-transition (voir : transition démographique) lequel est caractérisé par l'allongement de l'espérance de vie, la réduction de la mortalité des personnes âgées, l'avancée en âge de la génération du baby boom et la chute sensible de la fécondité. Localement, les flux migratoires peuvent aussi contribuer à l'accélération du vieillissement démographique, même s'ils jouent habituellement un rôle mineur à cet égard ;

Sanitaires[modifier | modifier le code]

(2) l'amélioration générale de la santé des aînés ce qui retarde l'entrée en incapacité (compression de la morbidité), soit la survenue tardive des dysfonctionnements physiques et psychiques ainsi que des incapacités lourdes, et la contraction de la période de la dépendance;

(3) en revanche, la prolifération des pathologies séniles, surtout au grand âge, en l'occurrence les maladies neurodégénératives (par exemple maladie d'Alzheimer, maladie de Parkinson), les troubles ou déficits cognitifs (par exemple, altération de la mémoire), les problèmes de santé ou de motricité (par exemple, ostéoporose, arthrite, troubles du sommeil, chutes avec fractures, incontinence urinaire, dénutrition);

Socio-économiques[modifier | modifier le code]

(4) le vieillissement différentiel, c'est-à-dire l'émergence de profils et de parcours de vie de plus en plus contrastés (par exemple féminisation de la vieillesse et veuvage féminin (due à la surmortalité masculine), soutien social vs solitude et isolement, participation communautaire vs déprise ou désengagement). On constate trois grands profils de vieillesse: acteur, spectateur et décrocheur;

(5) la progression de la durée de la retraite au détriment de la vie active, malgré un léger ralentissement récent dû aux difficultés économiques de certaines personnes vieillissantes qui tendent à reporter le départ à la retraite ou de retraités qui retournent sur le marché du travail;

(6) la contribution économique significative des personnes âgées, directe ou indirecte (par exemple bénévolat, travail post-retraite, mentorat, consommation et investissement);

(7) en raison du nombre accru de personnes vieillissantes, la vitalisation de plusieurs secteurs d'activité économique et le développement d'un marché pour seniors dit Silver Economy (par exemple, le tourisme, la rénovation domiciliaire, les soins de santé et l'hébergement collectif) incluant de nouveaux créneaux tels les produits anti-aging, les services éducatifs (p.ex. l'université du troisième âge), la domotique et les services de promiscuité;

(8) mais parallèlement, l'irruption de sous-groupes de personnes âgées en situation d'insécurité économique et sociale (par exemple précarité financière, illettrisme, toxicomanie et dépendance au jeu de hasard);

Socio-culturels[modifier | modifier le code]

(9) l'engagement social accru des 60 ans et plus, tant dans la sphère familiale (par exemple grand-parentalité, rôle d'aidant naturel, soutien financier des proches) que citoyenne (par exemple bénévolat, militantisme, transfert du savoir et des traditions),

(10) l'émergence d'une culture senior caractérisée par l'éclosion de mouvements sociaux identitaires et d'associations communautaires de personnes retraitées fondés sur le loisir, la vie éducative et culturelle (par exemple, la généalogie), la solidarité (l'inter-génération), la préservation des droits et acquis sociaux (par exemple, défense du droit au logement, à la retraite et à la vie active) et la revendication de l'égalité sociale (par exemple, lutte contre l'âgisme, la maltraitance et l'exclusion sociale).

Dans son ouvrage phare sur le vieillissement, Les nouvelles frontières de l'âge (2004), Richard Lefrançois présente une anthropologie positive de l'avancée en âge. Son approche pluridisciplinaire livre une réflexion humaniste et globalisante sur la vieillesse, comme expérience biographique, et le vieillissement, comme phénomène sociétal. Il démonte les nombreux mythes de la vieillesse en invoquant certaines particularités de la culture postmoderne (p. ex. la perte des repères identitaires, religieux ou culturels, le jeunisme, le refoulement de la mort) et en insistant sur l'influence réciproque des personnes aînées et du reste de la société dans d'innombrables sphères d'activité (économie, soutien familial, transmission de connaissances notamment).

Selon lui, il est inopportun de décrire la vieillesse comme une contre-valeur, comme une période de la vie marquée par la dépendance, l’inutilité sociale, l’incapacité et l'absence de compétences. Dans les faits, le potentiel de croissance de la plupart des personnes âgées demeure intact, même à un âge avancé ou en dépit de conditions ou circonstances défavorables. L'expérience de la vieillesse tient plutôt à un paradoxe, au sens où cohabitent la fragilisation de l’individu (santé chancelante, habileté diminuée, vulnérabilité aux incapacités) et la poursuite des acquisitions (enrichissement de la maturité intellectuelle, sagesse, acquisition de nouvelles expériences de vie et de connaissances).

Selon l'auteur, la gestion de la vieillesse figure parmi les grands défis du XXIe siècle. De nouveaux débats surgissent, des questionnements foisonnent qui mettent hélas en relief des discours scientifiques polarisés et des représentations sociales tranchées sur la vieillesse et le vieillissement. Ainsi, tandis que les triomphalistes[5] célèbrent la vie longue et moussent les vertus de l'âge avancé, les alarmistes[6] s'inquiètent de ses conséquences sur les finances publiques, principalement la viabilité des systèmes publics de santé et la pérennité des régimes collectifs de retraite. Ils craignent également qu'avec l'affluence des personnes âgées déferle une vague de conservatisme susceptible de ralentir l'élan d'innovation technologique et sociale et d'induire l'ascension d'un pouvoir gris.

Son dernier essai, Vieillesses oubliées (2009), lève le voile sur le phénomène méconnu de la précarisation et de l'exclusion sociale des personnes âgées. Dans cet ouvrage, il se penche sur l'appauvrissement et les conditions de vie particulièrement difficiles de catégories d'aînés de plus en plus nombreuses. Il décrit la situation des personnes immigrantes, des itinérants, des analphabètes et des joueurs compulsifs.

Enfin, il distingue quatre catégories d'âge correspondant aux dernières étapes du cycle de vie. La pré-vieillesse (senior) qui s'étend de 50 à 64 ans; la petite vieillesse (troisième âge) : 65 à 79 ans; la grande vieillesse (quatrième âge) : 80 à 94 ans; et l'extrême vieillesse, soit 95 ans ou plus (cinquième âge), ce qui englobe les centenaires et les supercentenaires (110 ans ou plus), catégorie dont la progression en effectif est phénoménale.

Publications[modifier | modifier le code]

En plus de ses livres, manuels et rapports de recherche, Richard Lefrançois compte plus d'une centaine d'articles scientifiques (avec comité de lecture), une cinquantaine d'articles publiés dans les journaux, de nombreux écrits dans des revues de vulgarisation. Il a aussi participé à plusieurs émissions télévisées, à des reportages et à des documentaires sur le vieillissement. Il a prononcé plus de 120 conférences ou communications scientifiques au Canada ou à l'étranger.

Principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Lefrançois, R & Soulet, M.-H. Le système de la recherche sociale: La recherche sociale dans l'État, Presses de l'Université de Sherbrooke et Cahiers de le recherche en travail social de l'Université de Caen, 1983.
  • Lefrançois, R. Dictionnaire de la recherche scientifique, Sherbrooke, Les Éditions Némésis, 1991[7].
  • Lefrançois, R. Stratégies de recherche en sciences sociales (applications à la gérontologie), Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1992[8].
  • Lefrançois, R. Les nouvelles frontières de l’âge, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2004[9].
  • Lefrançois, R. Sociologie du vieillissement. Dans, R. Hébert et M. Arcand, Précis pratique de gériatrie, 3e édition, Montréal, Edisem, Maloine, p. 51-63, 2007[10].
  • Lefrançois, R. Vieillesses oubliées (Insécurité économique et sociale des aînés). Sherbrooke, Les Éditions GGC. 2009[11].
  • Lefrançois, R. Grammaire des métarécits sur la vieillesse (chapitre 1: p. 21-47) et L'homo senectus, figure emblématique des temps modernes (chapitre 6: p. 141-160). Sous la direction de Hachimi Sanny Yaya, La réponse de la science médicale au "devenir vieux". Prolongévisme, transhumanisme et biogérontologie, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2012.

Sélection d’articles[modifier | modifier le code]

  • Lefrançois, R. & D’Amours, M. Exposure and risk factors among elderly drivers : A case-control study. Accident Analysis and Prevention, 29 (3), 267-275, 1997[12].
  • Lefrançois, R. D'Amours, M. La performance des automobilistes âgés dans les situations de conduite difficile, La Revue canadienne du vieillissement, 16(2),: 320-336, 1997.
  • Lefrançois, R., Hébert, R., Dubé, M., Leclerc, G.,. Hamel, S., & Gaulin, P. (2000). Incidence à un an de l’entrée en incapacité et de la récupération de l’autonomie fonctionnelle chez les octogénaires, Revue d’épidémiologique et de santé publique, 48, 137-144[13].
  • Lefrançois, R., Leclerc, G.,. Hamel, S., & Gaulin, P. Stressful life events and psychological distress of the very old: does social support have a moderating effect? Archives of Gerontology and Geriatrics, 31(3), 243-255, 2000[14].
  • Lefrançois, R., Dubé, M., Leclerc, G., Hamel, S., Gaulin, P. Ressources psychosociales, événements transitoires et qualité de vie des personnes vieillissantes, Santé mentale au Québec, 26(1), 242-273, 2001[15].
  • Lefrançois, R. Les événements de vie critiques dans la vieillesse en tant qu’épreuves préfigurant la mort. Frontières, 13(2), 76-81, 2001[16].
  • Lefrançois, R. Une génération bouc émissaire, Relations (Le vieillissement : un spectre?), no. 714, février, 14-15, 2007.
  • Lefrançois, R. La postmodernité et sa promesse de béatitude, Revue québécoise de psychologie. (numéro spécial sur le bonheur).28(1), 183-207, 2007[17].
  • Lefrançois, R. Les sociétés vieillissantes changent la face du monde. Blog du Monde diplomatique, le 3 juin, 2011. http://tribune-age.over-blog.com/ext/http://blog.mondediplo.net/2011-06-03-Les-societes-vieillissantes-changent-la-face-du

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.cihr-irsc.gc.ca/f/documents/working_document.pdf
  2. http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=15184561
  3. https://www.usherbrooke.ca/liaison_vol39/liaison_region/a_lefralr.html
  4. http://www.radio-canada.ca/radio/indicatifpresent/chroniques/42813.shtml
  5. 1) Cicurel, M. (1989). La génération inoxydable, Paris : Grasset. 2) Freedman, M. (1999). Prime Time : How baby boomers will revolutionize retirement and transform America, Cambridge, MA : Public Affairs Book.
  6. 1) Dychtwald, K. (1999). Age power : How the 21st century will be ruled by the new old, New York : Penguin Putnam Inc.2) Wallace, P. (1999). Agequake, riding the demographic rollercoaster shaking business, finance and our world, London : Nicholas Breadey.
  7. http://openlibrary.org/books/OL19079744M/Dictionnaire_de_la_recherche_scientifique
  8. http://www.pum.umontreal.ca/ca/fiches/2-7606-1588-x.html
  9. Finaliste au grand prix du livre de la Ville de Sherbrooke en 2006. Entrevue à Radio-Canada: http://www.radio-canada.ca/radio/indicatifpresent/chroniques/42813.shtml. Site de l'éditeur PUM: http://www.pum.umontreal.ca/ca/fiches/2-7606-1963-X.html
  10. http://www.prodim.be/ma_pr_pr_geriatrie3.htm
  11. Entrevue à Radio-Canada : http://www.radio-canada.ca/emissions/lapres-midi_porte_conseil/2009-2010/chronique.asp?idChronique=95820. Éditeur: http://www.livresquebecois.com/livre.asp?id=isdugpeabjuabju&/vieillesses-oubliees/richard-lefrancois
  12. http://pi2.ingenta.com/content/els/00014575/1997/00000029/00000003/art00080
  13. http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=1359960
  14. http://www.aggjournal.com/article/S0167-4943(00)00083-2/abstract
  15. http://www.refdoc.fr/Detailnotice?idarticle=10218139
  16. http://www.puq.ca/catalogue/revues/revue-frontieres-volume-13-numero-2-804.html
  17. http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=18810704

Lien externe[modifier | modifier le code]