René Adolphe Schwaller de Lubicz

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René Adolphe Schwaller, né le à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et mort à Grasse (Alpes-Maritimes) le 7 décembre 1961[1], est un chimiste, philosophe, métaphysicien et égyptologue français, spécialiste de la pensée hermétique et de la symbolique de l’Égypte ancienne. C'est en 1919 qu'il ajoutera à son nom le titre de Lubicz.

Acte de naissance de René Adolphe Schwaller,
né à Asnières-sur-Seine le 30 décembre 1887

Biographie[modifier | modifier le code]

Blason des Lubicz

Origines, famille et titre[modifier | modifier le code]

René Adolphe est le fils de Joseph Adolphe Schwaller, un pharmacien d'origine helvétique, et de Marie Bernard. Contrairement à une légende tenace, René Adolphe n'est pas né en 1887 en Alsace-Lorraine rattachée à l'Empire allemand, mais dans une ville de la banlieue parisienne.
Il se marie une première fois, le 20 janvier 1912, avec Marie Marthe Hessig, artiste peintre, dont il aura un fils, Guy Schwaller-Hessig. Après avoir divorcé, il se remarie en 1927 avec Charlotte Jeanne Germain, veuve de Jean Lamy, un riche armateur normand. Sa nouvelle épouse prendra pour ses écrits le pseudonyme d'Isha Schwaller de Lubicz.

En 1919, son ami le poète lituanien Oscar Wladislas de Lubicz Milosz (1877-1939) lui transmet le droit de porter ses armoiries et d'ajouter « de Lubicz » à son nom de naissance.

Formation : chimie et hermétisme[modifier | modifier le code]

Après avoir reçu une formation de chimiste à l'École normale supérieure de Paris, il y obtient ainsi son brevet d'ingénieur chimiste (comme indiqué sur le renouvellement de son passeport français en 1919) et peut enseigner cette matière scientifique. Entre 1907 et 1910, René Schwaller, qui a déménagé à la Villa Hiéra de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, près de Paris, participe aux cours de l'atelier Matisse, avant de s'attacher dès 1913 au mouvement théosophique français, dont Annie Besant parrainera les débuts, dans les nouveaux locaux aménagés dès 1912 au Square Rapp. René Schwaller sera l'un des plus fidèles rédacteurs du journal Le Théosophe (1909-1917) où il s'occupera de la rubrique des sciences expérimentales, journal dirigé alors par Liévin Revel, puis par son fils Gaston (1880-1939). En compagnie de Carlos Larronde (1888-1940) et de René Bruyès (1886-1969) entre autres, il orchestrera aussi le mouvement des Veilleurs, qui sauveront de la destruction en 1919 la Maison Balzac de Passy, dans le XVIe arrondissement de Paris ; maison devenue aujourd'hui le Musée Balzac de la rue Raynouard. L'organe de presse du mouvement des Veilleurs sera le journal L'Affranchi (1917-1919). Ce dernier prendra la défense des artistes et des écrivains, juste après la Grande Guerre, sous la bannière de La Corporation des Artistes réunis en Congrès le 16 octobre 1920.

René Adolphe Schwaller qui prendra bientôt le nomen mysticum d'« Aor » plaidera pour une ascèse spirituelle en matière d'artisanat, « geste » qui se traduira par l'anonymat d'une retraite dans un phalanstère en Haute-Engadine (Suisse), entre 1922 et 1928. Ce centre de recherches qui rappellerait selon René Guénon (cf. Le Théosophisme, Éditions Véga, 1930), le Goethéanum de Rudolf Steiner à Dornach, sera surnommé « Station scientifique de Suhalia » et financé par le mécène et théosophe de Caen, Louis Allainguillaume (1878-1946). Julien Champagne (1877-1932) sera pressenti comme directeur technique, mais c'est René Schwaller qui endossera ce rôle. Le centre verra défiler des personnalités comme Jean Arp (1886-1966) ou encore Emile Ludwig (1881-1948) selon le témoignage de l'historienne grisonne Marcella Maier, fille du dernier administrateur de Suhalia, Diethelm Khüne. Tous ces visiteurs furent intéressés par l'anonymat dans l'art et par l'hermétisme[2]. Suhalia, à plus de deux mille mètres d'altitude, sur la colline de Suvretta, près de Saint-Moritz, développera de multiples disciplines (astronomie, tissage, production de vitraux, pharmacopée homéopatique, théâtre idéaliste, jeux de rôles, tarot égyptien, etc.), mais aussi des projets d'ingénierie avec plusieurs inventions dans le domaine automobile (dont un nouveau moteur polycarburant, Magic, licence M), et d'aéronavale (avec un nouveau modèle d'hélice, brevet allemand n.13632), sans oublier une coque de bateau insubmersible dont la maquette a appartenu à Olivier Robichon (1935-2004). Sortira de cette expérience personnelle très éclectique, à la fois pratique et théorique du maître à penser, une quête du geste essentiel et des lois fondamentales qui gouvernent les forces naturelles, mais aussi une vision initiatique et utopique du surhomme dans un sens nietzschéen. Ces premiers ferments ainsi formulés d'une possible transmutation spirituelle de l'individu et la foi en cette voie de la perfectibilité humaine (par le biais de ce que le maître « Aor » nommait « le sens de l'excès »), seront explicités dans trois ouvrages controversés : L'Appel du Feu (1925) ; Adam L'Homme Rouge (1927) et La Doctrine (1928) ; l'avant dernier ouvrage ayant influencé la quête d'André Breton (1896-1966) concernant la thématique du couple, de l'amour et d'une fusion alchimique possible entre l'homme et la femme, thématique principale de l'Ars Regia.

Égyptologie et symbolique pythagoricienne[modifier | modifier le code]

S'installant par la suite à Grasse, (Alpes-Maritimes) en 1932, René Adolphe Schwaller reviendra à une recherche moins extérieure. Il naviguera en Méditerranée jusqu'en 1937, sur deux yachts (Peau Brune et L'Aésios II), aux sources de la pensée hermétique des Anciens, de l'Algérie à la Grèce, en passant par une longue halte à Majorque dans le monastère où vécu l'auteur de l'Ars Brevis, Raymond Lulle (1232-1315). Il obtient bientôt pour lui et sa famille un visa pour l’Égypte du roi Farouk, juste avant la seconde guerre mondiale. En villégiature au Winter Palace de Louxor, en Haute-Égypte, René Adolphe Schwaller y reste jusqu'en 1951. Grâce au Groupe de Louxor (1943-1951) qu'il anime alors par des conférences, avec les contributions respectives de ses collaborateurs, parmi eux, d'anciens égyptologues de l'Institut français d'archéologie orientale, tels qu'Alexandre Varille (1909-1951) ou Clément Robichon (1904-2002), il apporte de nouvelles notions fondamentales ayant trait aux arcanes des maîtres d’œuvre de l'Égypte antique où Pythagore vînt puiser une partie de son savoir mathématique. Il s'agira pour René Adolphe Schwaller et son équipe de produire une série d'invariants cabalistiques issus des temples égyptiens dans le domaine de l'égyptologie symboliste et cabalistique (« transparence » des colonnes aux hiéroglyphiques incurvés; réemplois symboliques des tessons; pavements illustrés de certains temples, sous la forme de mosaïques etc.) ; toutes ces découvertes étant encore sujettes à caution parmi les égyptologues contemporains[3],[4]. La prise de position par Jean Cocteau dans son Journal d'une tournée théâtrale, Maalesh (Gallimard, 1949) en faveur de l'égyptologie symboliste, contre l'égyptologie classique, couronnera d'une brève actualité, plus littéraire que scientifique, les efforts du Groupe de Louxor pour faire passer leurs idées dans le grand public.

Installé définitivement au Mas de Cougagno, près de Grasse, dès 1952 et jusqu'à sa mort, René Adolphe Schwaller y tentera de parfaire, entouré de sa femme, de son gendre (Jean Lamy) et de sa belle fille (Lucie Lamy), sa quête spirituelle. Il participera dans les années 1950 aux premiers congrès de l'Association pour l'etude scientifique du symbolisme, fondée à Genève par le docteur Moïse Engelson. René Adolphe Schwaller ayant à nouveau rassemblé autour de lui, depuis son retour en France, quelques disciples, dont Pierre Mariel (1900 -1980) ; Mounir Hafez (1911 -1998) ; Arpag Mekhitarian (1911-2004) ou encore l'ancien gardien de la Vallée des Rois, Alexandre Stoppelaëre, il crée le Groupe Ta-Meri (1954 -1956). Les activités de ce dernier cénacle, faute d'audience suffisante pour l'officialiser, cesseront rapidement.

Postérité[modifier | modifier le code]

La culture profondément philosophique de René Adolphe Schwaller restera marqué par la pensée des alchimistes allemands du XVe et XVIe siècle. Il ne faut pas négliger aussi sa contribution dans l'entretien du mythe de l'Adepte Fulcanelli, par le biais de ses relations aujourd'hui avérées avec Julien Champagne (1877-1932) en matière d'alchimie. René Adolphe Schwaller relèvera constamment dans ses écrits et ses conférences, l'influence d'une autre mentalité (celle des Anciens) qu'il faudrait pouvoir réveiller à l'orée du XXIe siècle ; mentalité plus intuitive, plus synthétique et moins discursive. C'est ce qu'il nommera toute sa vie « l'intelligence du cœur » — nouvelle forme d'intelligence entée essentiellement sur le courant de pensée traditionnelle, celui du pythagorisme primitif, cher au mouvement originel de la franc-maçonnerie. La doctrine hermétique schwallérienne (influencée également par Paracelse) sera celle dite « de l'anthropocosme » ayant pour base éducative la symbolique et ses « signatures naturelles ». Il s'agira pour René Adolphe Schwaller de Lubicz d'un retour à une pensée initiatique mise sous le boisseau tout au long des siècles par une lignée d'Adeptes proches du mouvement initiatique des Templiers, pourchassés par l'épiscopat romain. L'œuvre maîtresse de René Adolphe Schwaller de Lubicz demeurera Le Temple de l'Homme (3 vol., éd. Caractère, Paris, 1957,) où l'auteur aura su révéler l'amplitude de sa doctrine anthropocosmique sur un plan philosophique, mais aussi par de savantes démonstrations mathématiques liées au nombre d'or, avec la thèse d'une Égypte antique s'enracinant dans un mysticisme théocratique basé sur une géométrie sacrée.

Ouvrages principaux[modifier | modifier le code]

  • Étude sur les nombres, Librairie de l'Art Indépendant, Paris, 1915.
    Réédition Axis Mundi, 1990 (ISBN 978-2905967084).
  • Adam L'homme Rouge, Montalia, Saint Moritz, 1926.
    Réédition Slatkine, Nouvelle bibliothèque initiatique, 2014 (ISBN 978-2051026086)
  • L'appel du feu, Montalia, Saint-Moritz, 1927.
    Réédition, MCOR, La Table D'émeraude, 2002 (ISBN 978-2914946001).
  • La doctrine, Montalia, Saint-Moritz, 1928.
    Réédition, Axis Mundi, 1988 (ISBN 978-2905967039).
  • Du symbole et de la symbolique, Éditions Schindler, Le Caire, 1950.
    Réédition, Dervy, Bibliothèque de l'initié, 1995 (ISBN 978-2850766817).
  • Le Temple dans l'Homme volumes, impr. Schindler, Le Caire, 1949.
    Réédition, Dervy, Les lieux de la tradition, 2001 (ISBN 978-2844540850).
  • Le Temple de l'Homme. Apet du Sud à Louqsor, Éditions caractères, Paris, 1957.
    Réédition, Dervy, Collection Égypte, 2011 (ISBN 978-2844546876).
  • Propos sur ésotérisme et symbole, Éditions La Colombe, 1960,
    Réédition, Dervy, L'être et l'esprit, 2015 (ISBN 979-1024201061).
  • Le roi de la théocratie pharaonique, Flammarion, collection Homo Sapiens, Paris, 1961.
    Réédition, Flammarion, collection : Champs Classiques, 2014 (ISBN 978-2081348707).
  • Le miracle égyptien, Flammarion, collection Homo Sapiens, Paris, 1963.
    Réédition, Flammarion, collection : Champs Classiques, 2010 (ISBN 978-2081245518).
  • Verbe nature in « Aor », sa vie son œuvre, par Isha Schwaller de Lubicz, La Colombe, Paris, 1963.
    Réédition Axis Mundi, Paris, 1990 (ISBN 978-2905967015).
  • Les temples de Karnak, contribution à l'étude de la pensée pharaonique, Dervy, 1982.
    Réédition, Dervy, Collection Architecture et Symboles Sacrés, 1990 (ISBN 978-2850761539).
  • Jeu de tarot égyptien, Gutenberg Reprint, J.C.Bailly, Paris, 1988 (ISBN 9782865540150).
  • Lettres à un disciple, Diffusion traditionnelle, Collection A.M.O.R.C, 1999 (ISBN 978-2908353013).
  • Notes et Propos inédits, Tome 1, MCOR, La Table d'Émeraude, 2005 (ISBN 978-2914694629).
  • Notes et Propos inédits : Tome 2, MCOR, La Table d'Émeraude, 2006 (ISBN 978-2914946285).
Préface
  • Alexandre Varille, Dissertation sur une Stèle Pharaonique, impr. Schindler, Le Caire, 1946.
    Réédition, Éditions du Tricorne, collection Mundus Imaginalis, Genève, 2004 (ISBN 9-782829-302770)
    .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Registre de naissance avec mariages et décès en marge p. 97 Lire en ligne
  2. Henri Loevenbruck, Le mystère Fulcanelli, Paris,Flammarion, 2013 (p. 157 de l'éd. de 2014 parue chez J'ai lu).
  3. Roland Barthes, La querelle des égyptologues
  4. La Querelle des égyptologues, Le Figaro et Le Mercure de France, 1951

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isha Schwaller de Lubicz, "Aor", sa vie son œuvre, La Colombe, Paris, 1963.
  • Joscelyn Godwin, « Schwaller de Lubicz, les Veilleurs et la connexion nazie » in Politica Hermetica no 5, Éditions L'Âge d'Homme, 1991 p. 101-108.
  • Erik Sablé, La vie et l'œuvre de René Schwaller de Lubicz, Éditions Dervy, Paris, 2003 (ISBN 978-2844541734)
  • Collectif, Dossier H, Schwaller de Lubicz : L'œuvre au rouge, dirigé par Emmanuel Dufour-Kowalski, Éditions L'Âge d'Homme, 2006 (ISBN 978-2825136812) ;
  • Emmanuel Dufour-Kowalski, La Quête Alchimique de R.A. Schwaller de Lubicz : Conférences (1913-1956), Éditions Archè Milano Paris, 2006 (ISBN 8872522773)
  • (en) André Vandenbroeck, Al-Kemi: A Memoir : Hermetic, Occult, Political, and Private Aspects of R.A. Schwaller De Lubicz, New York (ISBN 978-0940262317).

Liens externes[modifier | modifier le code]