Nadia Boulanger

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Nadia Boulanger
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Nadia Boulanger en 1925.

Surnom Mademoiselle
Nom de naissance Juliette Nadia Boulanger
Naissance
Paris 9e, France
Décès (à 92 ans)
Paris 9e, France
Activité principale pédagogue, chef de chœur, chef d'orchestre, pianiste
Activités annexes organiste, compositrice
Maîtres Louis Vierne
Élèves John Eliot Gardiner
Famille Lili Boulanger (sœur), Ernest Boulanger (père)

Nadia Boulanger est née le à Paris et morte le dans la même ville[1],[2] à l'âge de 92 ans. C'est une pédagogue, pianiste, organiste, chef de chœur, chef d'orchestre et compositrice française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Nadia Boulanger le 16 septembre 1887 dans une famille comportant quatre générations de musiciens. Elle est la fille du compositeur et pianiste français Ernest Boulanger (1815-1900) et de son épouse, la princesse Raïssa Ivanovna Mychetsky (1856-1935), une jeune cantatrice. Ils ont d'abord eu une fille qui meurt en bas âge. Nadia naît le jour du 72e anniversaire de son père. Ernest a étudié au Conservatoire de Paris et, en 1835, à l'âge de 20 ans, il remporte le très convoité prix de Rome de composition. Il a écrit des opéras-comiques et de la musique de scène pour le théâtre. Il est plus largement connu pour sa musique chorale. Il se distingue en tant que chef de chœurs, professeur de chant, et membre de jurys de concours chorals. Après des années d'essais infructueux, en 1872, il est nommé au Conservatoire de Paris comme professeur de chant. Il rencontre Raïssa en Russie en 1873. Elle le suit à Paris et rejoint sa classe de chant au Conservatoire en 1876. Ils se marient en Russie en 1877.

Encouragée par son père, Nadia commence à étudier l’orgue et la composition à l'âge de neuf ans.

En 1903, elle devient organiste suppléante de Gabriel Fauré, puis d’Henri Dallier à l'orgue de l'église de la Madeleine. Au Conservatoire de Paris, elle est élève de Louis Vierne et fait une scolarité brillante : à 16 ans, elle obtient les premiers prix d’orgue, d’accompagnement et de composition. En 1908, elle remporte un deuxième second grand prix de Rome de composition.

En décembre 1915, grâce au soutien du Comité franco-américain du Conservatoire national de musique et de déclamation, elle fonde avec sa sœur Lili la Gazette des Classes de Composition du Conservatoire , qui permet aux musiciens engagés dans la guerre d'échanger des nouvelles réciproques. 10 numéros seront publiés, jusqu'en juin 1918[3].

Igor Stravinski et Nadia Boulanger sur un paquebot transatlantique en 1937.

Quand sa sœur, Lili, meurt en 1918[2] à l’âge de 24 ans, Nadia déclare qu’elle ne composera plus jamais et commence à se consacrer à la direction musicale, à la diffusion de l’œuvre de sa sœur[2], et, surtout, à la pédagogie. Elle mène son impressionnante carrière de professeur jusqu’à sa mort, à 92 ans.

Ayant su user de méthodes et de techniques modernes, Nadia Boulanger est, durant plus de 70 ans, l'un des professeurs de composition les plus influents du XXe siècle, comptant parmi ses 1 200 élèves[2] plusieurs générations de compositeurs américains, tels Aaron Copland et Philip Glass, un des chefs de file de la musique minimaliste.

Nadia Boulanger fut professeur du Conservatoire américain de Fontainebleau dès sa création en 1921, et directrice de 1948 jusqu'à sa mort en 1979. Dès la première session, elle établit sa réputation de remarquable professeur tant elle semble tout connaître de l’harmonie et de la tonalité occidentales.

Au cours de sa longue carrière, les milliers d’étudiants qui vinrent de l’étranger pour assister à ses cours ont été captivés par son talent, ses connaissances et sa philosophie : « Je suis votre degré de tension le plus élevé, disait-elle. Écoutez-le en vous-même. »

Restée célibataire toute sa vie (« Mademoiselle » c'est ainsi qu'on l'appelait), Nadia Boulanger était très croyante et catholique pratiquante.

Elle repose, ainsi que sa sœur, au cimetière de Montmartre (division 33, angle de l’avenue Saint-Charles et du chemin Billaud).

Le no 36 de la rue Ballu, devenu le no 3 de la place Lili-Boulanger, où vécurent les deux sœurs de 1904 à leur mort.

Son activité de pédagogue[modifier | modifier le code]

Elle affirmait apprécier toute « bonne musique ». Selon Lennox Berkeley, une bonne valse a tout autant de valeur qu'une bonne fugue, et cela est parce qu'elle juge une œuvre uniquement sur son contenu esthétique. Elle avait des goûts très éclectiques. Admiratrice de Debussy et disciple de Ravel, elle n'appréciait pas Schoenberg et les dodécaphonistes viennois. En revanche, elle était une ardente défenseure de Stravinski.

Nadia Boulanger acceptait les élèves de tous les milieux. Son seul critère était qu'ils aient envie d'apprendre. Elle traitait les étudiants différemment selon leurs capacités. Ses étudiants les plus doués devaient répondre aux questions les plus rigoureuses et bien jouer en situation de stress. Les élèves moins doués, qui n'avaient pas l'intention de suivre une carrière musicale, étaient traités avec plus d'indulgence. Elle avait pour chaque élève une approche différente et essayait de comprendre le don naturel de chacun. Elle utilisait une variété de méthodes d'enseignement, y compris l'harmonie traditionnelle, la lecture de partitions au piano, le contrepoint, l'analyse musicale et le solfège.

Elle a toujours affirmé qu'elle ne pouvait pas donner la créativité à ses élèves. Elle estimait que le désir d'apprendre, de devenir meilleur, était tout ce qui était nécessaire pour atteindre l'excellence. Elle citait les exemples de Rameau (qui a écrit son premier opéra à cinquante ans), Wojtowicz (qui est devenu pianiste de concert à trente et un ans) et Roussel (qui a commencé son apprentissage de la musique à vingt-cinq ans), à contre-courant de l'idée selon laquelle les grands artistes doivent toujours être des enfants surdoués.

Sa mémoire était prodigieuse : à douze ans, elle jouait l'ensemble du Clavier bien tempéré de Bach par cœur. Elle connaissait la musique la plus ancienne et celle de son temps, avant Bach et après Stravinsky. Elle pratiquait la transposition harmonique, la basse chiffrée, la lecture de partitions, les registres d'orgue, les techniques instrumentales, des analyses structurelles, la fugue d'école et la fugue libre, les modes grecs et le chant grégorien.

Son activité de chef d'orchestre[modifier | modifier le code]

C'est en avril 1912 que Nadia Boulanger fait ses débuts comme chef d'orchestre, dirigeant l'orchestre de la Société des Matinées Musicales. Ils ont interprété sa cantate La Sirène, deux de ses chants, et le Concertstück de Raoul Pugno pour piano et orchestre. Le compositeur a joué en tant que soliste. En 1919, elle se produit dans plus d'une vingtaine de concerts, jouant souvent sa propre musique et celle de sa sœur.

En février 1934, au milieu de la grève générale, elle fait ses débuts à Paris avec l'orchestre de l'École normale dans un programme de Mozart, Bach et Jean Françaix. À la fin de l'année, elle dirige l'Orchestre philharmonique de Paris au Théâtre des Champs-Élysées avec un programme Bach, Monteverdi et Schütz. En 1936, elle est la première femme à diriger l'Orchestre Philharmonique de Londres. En novembre 1937, elle est la première femme à diriger un concert complet de la Royal Philharmonic Society de Londres, qui comprenait le Requiem de Fauré et Amor (Lamento della ninfa) de Monteverdi. Puis c'est le tour de l'Orchestre symphonique de Boston, en 1938. Durant trois mois, elle donne plus d'une centaine de récitals-causeries, des récitals et des concerts. Elle crée le Dumbarton Oaks Concerto de Stravinsky et le concerto pour piano en ré de Jean Françaix. Elle dirige également l'Orchestre philharmonique de New York, au Carnegie Hall, l'Orchestre de Philadelphie et l'Orchestre symphonique national de Washington.

En 1956, elle organise la musique pour le mariage du prince Rainier III de Monaco et de l'actrice américaine Grace Kelly. En 1962, elle se rend en Turquie, où elle dirige des concerts avec sa jeune protégée Idil Biret.

Son activité de compositrice[modifier | modifier le code]

Contrairement à sa sœur Lili, morte à vingt-quatre ans, Nadia Boulanger est plus connue comme professeur et chef d'orchestre qu'en tant que compositrice.

Compositions[modifier | modifier le code]

Musique vocale
  • Allons voir sur le lac d'argent (paroles d' A. Silvestre), 2 voix et piano (1905)
  • Ecoutez la chanson bien douce (paroles de Verlaine), pour voix et orchestra (1905)
  • Les sirènes (paroles de Grandmougin), pour chœur de femmes et orchestre (1905)
  • À l'aube (paroles d'A. Silvestre) pour chœur et orchestre( 1906)
  • Élégie (1906, paroles d'Albert Victor Samain)
  • Versailles (1906, paroles d'Albert Victor Samain)
  • Soleils couchants (1907, paroles de Paul Verlaine)
  • Was will die einsame Träne (1908, paroles d’Heinrich Heine)
  • À l'hirondelle (Sully Prudhomme), pour chœur et orchestre (1908)
  • La sirène (E. Adenis/Desveaux), 3 voix et orchestre (1908)
  • Cantique (1909, paroles de Maurice Maeterlinck)
  • Prière (1909, paroles d'Henry Bataille)
  • Chanson (1909, paroles de Georges Delaquys)
  • Soir d'hiver pour voix et piano (1914-15)
  • Elle a vendu mon cœur (1922, paroles de Camille Mauclair)
  • L'échange (1922, paroles de Camille Mauclair)
  • Doute (1922, paroles de Camille Mauclair)
  • Le couteau (1922, paroles de Camille Mauclair)
  • Au bord de la route (1922, paroles de Camille Mauclair)
  • J'ai frappé (1922, paroles de Renée de Marquein)
  • Plus de 30 mélodies pour voix soliste et piano, dont :
Extase (Hugo) (1901)
Désepérance (Verlaine) (1902)
Cantique de sœur Béatrice (Maeterlinck) (1909)
Une douceur splendide et sombre (A. Samain) (1909)
Larme solitaire (Heine) (1909)
Une aube affaiblie (Verlaine) (1909)
Prière (Bataille) (1909)
Soir d'hiver (N. Boulanger) (1915)
Au bord de la nuit, Chanson, Le couteau, Doute, L'échange (Mauclair) (1922)
J'ai frappé (R. de Marquein) (1922)
Musique de chambre et œuvres pour un seul instrument
  • 3 pièces pour orgue (1911), arrangée pour violoncelle et piano (Prélude, Petit Canon et Improvisation)
  • 3 pièces pour piano (1914)
  • 3 pièces pour violoncelle et piano (1914)
  • Pièce sur des airs populaires flamands, pour orgue (1917)
  • Vers la vie nouvelle, pour piano (1917)
Œuvres orchestrales
  • Allegro (1905)
  • Fantaisie variée pour piano et orchestre (1912)
Avec Raoul Pugno
  • Les Heures claires, cycle de huit mélodies (1909, paroles d'Émile Verhaeren)
  • La ville morte (Livret de d'Annunzio), opéra, 1910–13

Son activité de pianiste et d'organiste[modifier | modifier le code]

En 1907, Nadia Boulanger est nommée professeur de piano et accompagnement au Conservatoire Femina-Musica nouvellement créé. L'année suivante, elle forme avec Raoul Pugno un duo de pianos qui se produit à nombreuses reprises.

En 1924, lors d'un séjour à New York, elle interprète des œuvres pour orgue solo de sa sœur Lili, et elle crée une nouvelle symphonie d'Aaron Copland pour orgue et orchestre, qui lui est dédicacée.

En 1936, Nadia Boulanger remplace Alfred Cortot dans certaines de ses cours magistrales de piano et d'accompagnement dans des œuvres pour clavier de Mozart.

De retour d'Amérique, elle revient en France en janvier 1946. Elle accepte un poste de professeur d'accompagnement au piano au Conservatoire de Paris.

Quelques élèves[modifier | modifier le code]

Le nombre de ses élèves serait de 1 200[2], parmi lesquels : Grażyna Bacewicz, Dalton Baldwin, Daniel Barenboïm, Stanley Bate, Olivier Bernard, Idil Biret, Diane Bish, Serge Blanc, Elliott Carter, Walter Chodack, Joel Cohen, Aaron Copland, Marius Constant, Michel Ciry, Vladimir Cosma, Donald Covert, Raffaele D'Alessandro, Francis Dhomont, Miguel Ángel Estrella, Jean Françaix, John Eliot Gardiner, George Gershwin, Egberto Gismonti, Philip Glass, Jay Gottlieb, Gerardo Guevara, Hermann Haller, Pierre Henry, Pierick Houdy Jacques Ibert, Quincy Jones, Maurice Journeau, Wojciech Kilar, Henry-Louis de La Grange, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Robert Levin, Dinu Lipatti, Igor Markevitch, Armand Marquiset, Krzysztof Meyer, Edouard Michaël, Émile Naoumoff, Astor Piazzolla, Walter Piston, Robert Russell Bennett, Lamar Stringfield, Erzsébet Szőnyi, Antoni Wit, Nicolas Zourabichvili, Donald Byrd, Miguel Ángel Estrella, Luce Beaudet.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Tombe de Lili et Nadia Boulanger au cimetière de Montmartre à Paris.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bruno Monsaingeon, Mademoiselle entretiens avec Nadia Boulanger, Éditions Van de Welde.
  • Alan Kendall, The Tender Tyrant: Nadia Boulanger, A Life Devoted to Music, Lyceum Books, 1977.
  • Leonie Rosenstiel, Nadia Boulanger: A Life in Music, W. W. Norton & Co., 1982.
  • Stanley Sadie, The New Grove Dictionary of Music and Musicians, Macmillan, 1980.
  • Jerome Spycket, Nadia Boulanger, Pendragon Press, 1992.
  • Quatre lettres autographes de Florence Delaage à Nadia Boulanger sont accessibles à la Bibliothèque nationale de France.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Bruno Monsaingeon a réalisé en 1977 un film titré Nadia Boulanger, Mademoiselle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de l’état civil de Paris en ligne, V4E 6174, vue 11/31, acte 1622, avec mention marginale du décès.
  2. a, b, c, d et e (en) « Nadia Boulanger », Biography, sur MusicianGuide.com (consulté le 21 juillet 2009).
  3. « Gazette des classes de composition / Comité franco-américain ; rédactrices Nadia et Lili Boulanger ; croquis de Jacques Debat-Ponsan », sur Gallica - Bibliothèque nationale de France.

Liens externes[modifier | modifier le code]