Ransomware

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Un ransomware, ou rançongiciel, est un logiciel malveillant qui prend en otage des données personnelles. Pour ce faire, un rançongiciel chiffre des données personnelles puis demande à leur propriétaire d'envoyer de l'argent en échange de la clé qui permettra de les déchiffrer.

Un ransomware peut aussi bloquer l'accès de tout utilisateur à une machine jusqu'à ce qu'une clé ou un outil de débridage soit envoyé à la victime en échange d'une somme d'argent. Les modèles modernes de rançongiciels sont apparus en Russie initialement, mais on constate que le nombre d'attaques de ce type a grandement augmenté dans d'autres pays, entre autres l'Australie, l'Allemagne, les États-Unis.

En novembre 2012, « McAfee, l’éditeur de logiciels de sécurité, rapporte avoir enregistré 120 000 nouveaux échantillons de ce genre de virus au deuxième trimestre 2012, soit quatre fois plus qu’à la même période l’année d'avant. »[1].

Mode opératoire[modifier | modifier le code]

Un rançongiciel se propage typiquement de la même manière qu'un cheval de troie (Trojan Horse en anglais) : il pénètre le système par exemple via des Web Exploit ou à travers des campagnes d'emails-malicieux. Il exécute ensuite une charge active (payload), par exemple un exécutable qui va chiffrer les fichiers de l'utilisateur sur son disque dur[2],[3],[4],[5]. Des rançongiciels plus sophistiqués utilisent des algorithmes de cryptographie hybride sur les données de la victime, avec une clef symétrique aléatoire et une clef publique fixée. Ainsi, l'auteur du logiciel malveillant est le seul qui connaisse la clef privée qui permette de déchiffrer les documents[6].

Certains rançongiciels n'utilisent pas de chiffrement. Dans ce cas, la payload est une simple application qui va restreindre toute interaction avec le système, couramment en changeant le shell par défaut (explorer.exe) dans la base de registre Windows[7], ou même changer le Master Boot Record (MBR), pour empêcher le système d'exploitation de démarrer tant qu'il n'a pas été réparé[8].

La payload des rançongiciels, plus particulièrement parmi ceux qui n'utilisent pas de technique de chiffrement de fichiers, utilise des tactiques des scarewares pour forcer l'utilisateur à payer pour le rétablissement de ses données. La charge active peut, par exemple, afficher une alerte à l'utilisateur, faussement issue d'une agence gouvernementale qui avertit l'utilisateur que son système a été pris à partie par un pirate informatique, qui aurait effectué des actions illégales ou bien aurait stocké des contenus illégaux comme des contenus pornographiques ou des logiciels piratés[9],[10]. Certains rançongiciels imitent l'apparence de Windows Product Activation, en indiquant que la version de leur logiciel est illégale ou requiert une ré-activation[11].

Dans tous les cas, un rançongiciel va tenter d'extorquer de l'argent à l'utilisateur, en lui faisant acheter soit un programme pour déchiffrer ses fichiers, soit un simple code qui retire tous les verrous appliqués à ses documents bloqués. Les paiements sont le plus souvent effectués sous la forme de virement bancaire, de SMS surtaxés[12], d'achats de monnaie virtuelle comme le bitcoin[5] ou encore l'acquittement préalable d'une somme donnée effectuée par le biais de sites de paiement en ligne tels que Paysafecard ou Paypal[13],[14],[15].

Histoire[modifier | modifier le code]

Ransomwares à chiffrement ou crypto-ransomware[modifier | modifier le code]

Le premier rançongiciel référencé est apparu en 1989 : PC Cyborg Trojan (en), codé par Joseph Popp, possédait une payload qui avertissait l'utilisateur qu'une certaine licence d'un certain logiciel aurait expiré, en chiffrant des fichiers sur le disque dur, et en demandant à l'utilisateur de payer 189$ à la société « PC Cyborg Corporation » pour déverrouiller le système. Les chercheurs ont toutefois découvert que le chiffrement était réalisé symétriquement, ce qui était facilement cassable[réf. nécessaire]. Popp a été déclaré psychologiquement irresponsable de ses actes, mais il promit de donner les profits de ce logiciel malveillant à la recherche contre le SIDA[16]. L'idée d'introduire de la cryptographie asymétrique pour ce genre d'attaques a été émise par Adam L.Young et Moti Yung en 1996, qui a présenté une preuve de concept pour un virus cryptographique conçu contre les systèmes Macintosh SE/30, en utilisant les algorithmes RSA ou TEA. Young et Yung ont qualifié ce type d'attaques de « cryptovirus d'extorsion », une attaque non-dissimulée faisant partie de la plus grande famille de la cryptovirologie, qui inclut des attaques à la fois ouvertes et dissimulées[2]. D'autres occurrences de rançongiciels apparurent en mai 2005 [17]. En juin 2006, des ransomware comme GPcode (en), TROJ.RANSOM.A, Archiveus (en), Krotten (en), Cryzip ou MayArchive commencèrent à utiliser des schémas de chiffrement RSA plus sophistiqués, notamment en augmentant la taille des clefs de chiffrement. GPcode.AG, détecté en juin 2006, utilisait un schéma de chiffrement RSA à 660 bits[18]. En juin 2008, une nouvelle variante de cette souche virale connue sous le nom de GPcode.AK a été découverte. Elle utilisait une clef RSA à 1024 bits, qui était considérée comme suffisamment grande pour être incassable sans utiliser une puissance de calcul considérable, concertée et distribuée[6],[19],[20],[21].

Les crypto-ransomwares les plus actifs en France :

  • Cryptowall (actuellement en version 4.0) : diffusé par des campagnes d'e-mails (Trojan.Downloader : Upatre) et des campagnes de Web Exploit.
  • TeslaCrypt : diffusé par des campagnes de courriels malicieux ainsi que l'utilisation de Web Exploit notamment par le piratage massif de sites, comme WordPress et Joomla, ainsi que des malvertising. TeslaCrypt a été abandonné fin mai par le développeur qui a publié la clef privée pour récupérer les documents chiffrés par toutes les versions de ce ransomware. TeslaDecoder et un outil ESET permet de récupérer ses documents. TeslaCrypt va laisser la place au ransomware CryptXXX.
  • Locky Ransomware : utilise les mêmes méthodes de diffusion que le Trojan Banker Cridex, à savoir des campagnes de courriels malicieux[22]. Sa distribution est en grande partie faite via des campagnes d'emails malicieux souvent en français et visant les entreprises (mails fausses factures, free mobile etc).
  • Ransomware RSA-4096 (CryptXXX) : Apparu en avril 2016 et assez actif en France, le nom provient des premières mentions du fichier d'instructions qui est une copie de celui de TeslaCrypt. Au départ ce ransomware modifiait l'extension des fichiers en .crypt puis courant Juin et passé avec une extension aléatoire. Sa distribution se fait exclusivement via des Web Exploit.
  • Cerber Ransomware : Apparu aussi début 2016, ce dernier est distribué par des campagnes Web Exploit et emails malicieux[23].
  • CTB-Locker : actif en 2014 avec des campagnes de courriels malicieux, en février 2016 une nouvelle version est apparue visant les serveurs web sous GNU/Linux[24]. Sa distribution est relativement faible en France.

Le ransomware introduit aussi des fichiers texte, html ou au format image contenant les instructions de paiement. Très souvent, le paiement se fait à travers des sites web hébergés sur le réseau TOR.

En mars 2016 sévit KeRanger, le premier ransomware visant les systèmes MacOSX. Ce dernier était proposé à l'installation à travers un faux popup de mise à jour du logiciel Transmission. Le certificat du développeur a été révoqué pour limiter la contagion[25].

Ransomwares sans chiffrement[modifier | modifier le code]

En août 2010, les autorités russes ont arrêté dix pirates qui étaient reliés à WinLock, un rançongiciel qui affichait des images à caractère pornographique en demandant aux victimes d'envoyer un SMS surtaxé (d'environ 8 euros de surtaxe) pour recevoir un code permettant de déverrouiller leurs machines. Un grand nombre d'utilisateurs de Russie et de pays voisins a été affecté par ce virus, le montant du butin étant estimé à plus de 14 millions d'euros. Contrairement à ses prédecesseurs du type GPCode, WinLock n'utilisait pas de chiffrement mais seulement un programme plus simple demandant un code d'activation[10],[26].

En 2011, un rançongiciel imitant la notification du Windows Product Activation ; qui informait l'utilisateur que son système d'exploitation Windows devait-être réactivé, car il aurait été piraté (victim of fraud). Une activation en ligne était proposée (comme la vraie procédure d'authentification), mais elle était indisponible. La victime devait alors appeler l'un des six numéros internationaux pour avoir un code à six chiffres. Le logiciel malveillant indiquait, à tort, que l'appel était gratuit. En réalité, il était routé via un opérateur pirate vers un pays avec un fort surcoût, qui mettait l'utilisateur en attente. Cela engendrait des coûts de communication très élevés[11].

Reveton[modifier | modifier le code]

Reveton
Environnement Windows
Type virus

En 2012, un nouveau rançongiciel important est apparu : il est connu sous le nom de « Reveton », ou encore « the Police Trojan ». Ce dernier se propageait par des publicités malicieuses (malvertising) qui visent à charger un Web Exploit sur l'ordinateur, sa charge active affiche un faux avertissement d'une autorité gouvernementale, signalant que l'ordinateur infecté serait utilisé à des fins illégales, comme du téléchargement de logiciels crackés[27]. Un pop-up informe l'utilisateur que pour déverrouiller son système, il doit acheter un coupon via un service de pré-paiement comme Ukash (en) ou Paysafecard. Pour accroitre l'illusion que l'ordinateur est surveillé par la police, le logiciel affiche aussi l'adresse IP de la machine, voire un aperçu de la webcam pour faire croire à la victime que la police enregistre son visage en temps réel[13],[28].

D'autres variantes, plus spécifiques à la Grande-Bretagne, se revendiquaient d'émaner de la Metropolitan Police Service, de la SPRD (Société de Perception et de Répartition des Droits) PRS for Music (en) (qui accusait plus spécifiquement l'utilisateur de télécharger illégalement des musiques), ou de la division nationale de police pour la Cybercriminalité (Police National E-Crime Unit (en))[29],[30]. En réponse à cette diffusion du virus le Metropolitan Police Service a clairement expliqué qu'il ne bloquait jamais un ordinateur pour mener une enquête[13],[9].

Reveton s'est répandu en Europe au début de l'année 2012[13]. En mai 2012, la division de détection de menaces de Trend Micro avait découvert des variantes du logiciel malveillant à destination des États-Unis et du Canada, ce qui laissait à penser que ses auteurs cherchaient à cibler des utilisateurs d'Amérique du Nord[31]. En août 2012, une nouvelle variante de Reveton est finalement apparue aux États-Unis, demandant une rançon de 200 dollars au FBI avec une carte de type MoneyPak (en)[28].


Une variante en France se réclame de l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication et d'Hadopi. Elle y accuse de pédophilie/zoophilie et de partage illégal de données protégées par le droit d'auteur. La variante inclut également que ne pas avoir protégé son ordinateur est puni par la loi, décourageant la victime de porter plainte. Il est possible que ce ransomware ait des motivations homophobes, puisque cette variante se trouve principalement sur des sites de téléchargement de fichiers pornographiques homosexuels.

La plupart de ces virus sont facilement repérables, notamment ceux accusant de pédophilie : la pédophilie étant punie de quatre à douze ans de prison, il est difficile d'imaginer que payer une simple amende de 100 euros puisse effacer la plainte.

Par la suite Reveton est aussi devenu un ransomware s'attaquant au navigateur web « BrowLock » (pour « Browser Locker »), le ransomware bloque la fermeture de la page par des popups incessantes. Cette nouvelle variante permet de toucher tous les systèmes d'exploitation. L'abandon de la diffusion de la version Trojan, pour la version Browlock coincide avec l'arrêt du Web ExploitKit BlackHole. Enfin en 2015, Reveton s'est aussi attaqué aux téléphones et tablettes Android à travers la variante Koler.

Winwebsec[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Winwebsec.

Winwebsec est une catégorie de logiciels malveillants s'exécutant sur des plateformes Windows et produisant des pop-ups, en se revendiquant être un vrai logiciel antivirus. Leurs pop-ups proposent à l'utilisateur un scan de son système à la recherche de logiciels malveillants, puis affiche de faux résultats tels que « 32 Virus and Trojans Detected on your computer. Click on Fix Now button to clean these threats » (« 32 virus et chevaux de Troie ont été détectés sur votre ordinateur. Cliquez sur « Corriger maintenant » pour éliminer ces menaces »). Ensuite, un message est affiché pour demander à l'utilisateur de payer pour activer le logiciel, afin d'éliminer les hypothétiques menaces.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le virus-rançon: les kidnappeurs de disque dur arrivent 30 octobre 2012.
  2. a et b DOI:10.1109/SECPRI.1996.502676
  3. (en) Adam Young, Jianying Zhou et Javier Lopez, « Building a Cryptovirus Using Microsoft's Cryptographic API », Information Security: 8th International Conference, ISC 2005, Springer-Verlag,‎ , p. 389–401
  4. (en) Adam Young, « Cryptoviral Extortion Using Microsoft's Crypto API: Can Crypto APIs Help the Enemy? », International Journal of Information Security, Springer-Verlag, vol. 5, no 2,‎ , p. 67–76
  5. a et b « Synolocker, le virus qui vous rançonne » [[vidéo] 19:30 le journal], RTS Un,‎
  6. a et b (en) Ryan Naraine, « Blackmail ransomware returns with 1024-bit encryption key », ZDnet,‎ .
  7. (en) Nicolas Brulez, « Ransomware: Fake Federal German Police (BKA) notice », SecureList (Kaspersky Lab),‎
  8. (en) (en) « And Now, an MBR Ransomware », sur SecureList (Kaspersky Lab) (consulté le 10 mars 2012).
  9. a et b (en) « Police warn of extortion messages sent in their name » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur Helsingin Sanomat, consulté le 9 mars 2012
  10. a et b (en) Robert McMillian, « Alleged Ransomware Gang Investigated by Moscow Police », PC World,‎
  11. a et b (en) Gregg Keizer, « Ransomware squeezes users with bogus Windows activation demand », Computerworld,‎
  12. Dancho Danchev, « New ransomware locks PCs, demands premium SMS for removal », ZDNet,‎ (consulté le 2 mai 2009)
  13. a, b, c et d (en) John E. Dunn, « Ransom Trojans spreading beyond Russian heartland », sur TechWorld,‎
  14. (en) Gregg Keizer, « Ransomware plays pirated Windows card, demands $143 », Computerworld,‎
  15. (en) Jacqui Cheng, « New Trojans: give us $300, or the data gets it! », Ars Technica,‎
  16. (en) Michael Kassner, « Ransomware: Extortion via the Internet », TechRepublic,‎ 10 janvier 2010consulté le=
  17. (en) Susan Schaibly, « Files for ransom », Network World,‎
  18. John Leyden, « Ransomware getting harder to break », The Register,‎ (consulté le 18 avril 2009)
  19. Robert Lemos, « Ransomware resisting crypto cracking efforts », SecurityFocus,‎
  20. (en) Brian Krebs, « Ransomware Encrypts Victim Files With 1,024-Bit Key », The Washington Post,‎
  21. (en) « Kaspersky Lab reports a new and dangerous blackmailing virus », Kaspersky Lab,‎
  22. http://forum.malekal.com/locky-ransomware-crypto-ransomware-t54444.html
  23. « Ransomware Cerber | malekal's site », sur www.malekal.com (consulté le 2 juillet 2016)
  24. (en) « Ransomware Hits Website and Defaces Homepage », softpedia.com,‎ (consulté en février 2016)
  25. « 1ère attaque ransomware pour Mac bloquée par Apple - Le Monde Informatique », sur LeMondeInformatique (consulté le 10 mars 2016)
  26. (en) John Leyden, « Russian cops cuff 10 ransomware Trojan suspects », The Register,‎
  27. (en) « Fake cop Trojan 'detects offensive materials' on PCs, demands money », The Register (consulté le 15 août 2012)
  28. a et b (en) Mathew J. Schwartz, « Reveton Malware Freezes PCs, Demands Payment », InformationWeek,‎
  29. (en) Lance Whitney, « Ransomware locks up PCs in fake anti-piracy campaign », ZDnet.co.uk (consulté le 11 mai 2012)
  30. (en) John E. Dunn, « Police alert after ransom Trojan locks up 1,100 PCs », TechWorld (consulté le 16 août 2012)
  31. (en) Lucian Constantin, « Police-themed Ransomware Starts Targeting US and Canadian Users », PC World (consulté le 11 mai 2012)

Liens externes[modifier | modifier le code]