Ramón Mercader

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Ramón Mercader
Biographie
Naissance

Barcelone, Espagne
Décès
(à 65 ans)
La Havane, Cuba
Sépulture
Nom de naissance
Jaime Ramón Mercader del Río
Surnom
Ramon Ivánovich Lopez
Pseudonymes
Jacques Mornard, Frank Jackson, Ramón LópezVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Allégeance
Activités
Père
Pablo Mercader Medina (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Caridad Mercader (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Luis Mercader del Río (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Institut Marx-Engels-Lénine (en)
NKVDVoir et modifier les données sur Wikidata
Partis politiques
Parti socialiste unifié de Catalogne
Partit Comunista de Catalunya (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Idéologie
Arme
Embleme KGB NKVD et KGB
Grade militaire
Conflit
Grade
Condamné pour
Lieu de détention
Palacio de Lecumberri (en) (jusqu'en )Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction
Ramon mercader grave.jpeg
Vue de la sépulture.

Ramón Mercader (Jaime Ramón Mercader del Río Hernández), né à Barcelone le [1] et mort à La Havane le , est un militant communiste espagnol devenu agent du NKVD et connu pour avoir assassiné Léon Trotski en 1940.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Après la séparation de ses parents, Ramón Mercader passe la plus grande partie de son enfance en France avec sa mère, Eustacia María Caridad del Río Hernández (appelée communément Maria Caridad[2]) aristocrate espagnole d'origine cubaine. Du côté paternel, il est le demi-frère de Maria Mercader, la deuxième femme du metteur en scène et acteur italien Vittorio De Sica.

Dans sa jeunesse, Ramón est convaincu par les idées communistes, il aide des organisations de gauche dans l'Espagne du milieu des années 1930. Il est brièvement emprisonné pour ces activités, mais libéré quand le gouvernement du Front populaire accède au pouvoir en 1936.

Guerre civile espagnole[modifier | modifier le code]

Au début de la guerre civile, il entre dans l'armée républicaine, parvenant au grade de lieutenant, puis à la fonction de commissaire de bataillon[3]. Ensuite, il suit les pas de sa mère, membre du Parti communiste d'Espagne puis agent du NKVD, l'ancêtre du KGB.

En 1936, sur l'ordre de Staline, Lavrenti Beria, le patron du NKVD, charge les agents Nahum Eitingon et Pavel Soudoplatov de liquider Léon Trotski, réfugié au Mexique. Celui-ci avait été expulsé d'Union soviétique en 1929 par Staline, mais avait continué à s'opposer à lui par ses écrits et surtout en créant, en 1938 à Paris, la Quatrième Internationale. Eitingon avait été résident du NKVD en Espagne en 1936 et il y était devenu l'amant de María Caridad. Il implique celle-ci dans l’opération puis il recrute son fils Ramón qui infiltrait les milieux trotskistes depuis 2 ans en France sous la fausse identité de Jacques Mornard. En , tous trois partent de France pour Mexico.

Dans cette ville, Trotski a retrouvé beaucoup de ses partisans espagnols, anciens militants du POUM, ayant participé à la guerre civile en 1936-37. Mais s’y sont réfugiés également des communistes staliniens qui s'étaient opposés par les armes, sur ordre de Moscou, aux trotskistes pendant cette guerre. Dans le même temps, en URSS, Staline s’est débarrassé sans ménagement de tous ses opposants (réels ou imaginaires) dans les sphères du pouvoir, notamment au sein du Politburo, lors des grands procès de Moscou. Trotski, son dernier opposant en vie, sa bête noire, s’est installé dans une propriété fortifiée dotée d’une porte blindée et de hauts murs de béton surmontés de tourelles équipées de mitrailleuses. Elle est gardée par la police. Le gouvernement mexicain avait été le seul à accepter de lui accorder l'asile après qu'il eut été expulsé de France puis de Norvège. Mais Trotski avait conscience que Staline parviendrait tôt ou tard à l'assassiner, comme il avait assassiné la quasi-totalité des vieux bolcheviks d'URSS ainsi que plusieurs militants de l'opposition de gauche internationale, devenue IVe internationale. C'est le sort qu'avait notamment subi Rudolf Klement, dont on avait retrouvé le corps décapité à Paris dans la Seine.

Assassinat de Trotski[modifier | modifier le code]

Le vers 4 heures du matin, un commando d’une vingtaine d’hommes s’introduit dans la propriété de Trotski avec la complicité d’un de ses gardes qui a déverrouillé la porte blindée. Les assaillants entrent dans sa chambre et tirent de nombreuses rafales dans sa direction et celle de Natalia Sedova, sa compagne, mais finalement ils sont mis en fuite et tout le monde s’en sort indemne[4]. La police mexicaine arrête la plupart des membres du commando et elle identifie son chef, qui a réussi à s'enfuir, David Alfaro Siqueiros, un peintre mexicain procommuniste, mais elle ne remonte pas jusqu’à Eitingon, l’instigateur de l’opération. Celui-ci affirme au « camarade » Beria, fort mécontent de son échec, qu’il a un « plan B ».

Le piolet, arme du crime, présenté lors de l'exposition « Spy: The Secret World of Espionage » au Franklin Institute de Philadelphie.

Plan dans lequel Ramón Mercader est appelé à jouer le rôle principal. L’année précédente, à Paris, celui-ci avait rencontré « par hasard », puis séduit, Sylvia Ageloff, une trotskiste américaine qui assure des travaux de secrétariat pour Trotski. À Mexico il fait aussi connaissance avec les époux Rosmer, amis français très proches du dirigeant révolutionnaire. C’est grâce à tous ces contacts qu’il peut enfin le rencontrer. Il se fait passer auprès de lui pour un journaliste canadien, Franck Jacson, souhaitant lui consacrer un article. Il gagne peu à peu sa confiance, il le rencontre à 11 reprises. Le vers 17 heures il se rend une douzième fois à la villa pour lui présenter un plan détaillé de son article[4]. Il porte un imperméable, Natalia Sedova s’en étonne. « Il va peut-être pleuvoir », lui dit-il. En fait, sous cet imper, il cache un piolet[5] avec lequel il porte un coup mortel à l’arrière du crâne du leader révolutionnaire.

Pour expliquer les raisons de son acte à la police mexicaine, Mercader affirme que, après avoir été séduit par les thèses de Trotski, celui-ci l’avait stupéfait en lui demandant de remplir une mission ignoble : se rendre en URSS pour accomplir des actes de sabotage et, si possible, assassiner Staline. « Il trahissait l’unique pays où la révolution avait triomphé », déclare-t-il à une journaliste mexicaine peu avant son procès. Il est condamné à 20 ans de prison, peine maximale prévue par la loi au Mexique à cette époque pour un tel crime. La police, à laquelle il avait prétendu s’appeler Ramón López, mettra 10 ans à découvrir sa véritable identité et ne parviendra pas à prouver formellement qu’il a agi sur l’ordre du NKVD.

Après la prison[modifier | modifier le code]

À sa sortie de prison le , il se rend en URSS, mais il n’y est pas accueilli en héros. Les temps, les dirigeants, les méthodes ont changé. Eitingon croupit en prison. On décore néanmoins discrètement « Ramon Lopez » de l’ordre de Lénine pour avoir (de sa propre initiative) éliminé un ennemi du socialisme. Il s’acclimate mal au pays à cause de la langue, du froid, des files d’attente devant les magasins, etc. Il vit isolé avec sa femme, Roquelia, épousée en prison au Mexique, dans un modeste appartement attribué par les autorités. Celles-ci refusent pendant 14 années d’accéder à son souhait de se rendre à Cuba [6]. C’est là-bas qu’il meurt d’un cancer des os le , à l’âge de 65 ans, mais ses cendres se trouvent au cimetière de Kountsevo à Moscou, sous le nom de « Ramon Ivanovitch Lopez, héros de l'Union soviétique ».

Culture[modifier | modifier le code]

L'écrivain Thierry Jonquet, à ses débuts comme auteur de polar, a écrit trois romans sous le pseudonyme de Ramon Mercader.

Jorge Semprún a écrit en 1968 un roman sous le titre de La Deuxième Mort de Ramón Mercader.

Alain Delon revêt le masque du meurtrier, dans le film de Joseph Losey en 1972, L'Assassinat de Trotsky.

En bande dessinée : Gani Jakupi, Les Amants de Sylvia, Futuropolis (2010) (ISBN 978-27-5480-304-5).

L'écrivain journaliste cubain Leonardo Padura dans un roman évoque les destins croisés de Trotski et Ramon Mercader : L'homme qui aimait les chiens Éditions Métailié (paru en ).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hilarri
  2. franceinfo, « Maria Caridadv del Rio et l'assassinat de Trotski », sur franceinfo.fr, (consulté le ).
  3. Source : Enciclopedia Espasa
  4. a et b Jean-Pax Méfret, 12 Assassinats qui ont changé l'Histoire, Éditions Flammarion, , 403 p. (ISBN 978-2-7564-0969-6 et 2756409693, lire en ligne).
  5. Il est parfois mentionné que l'arme utilisée par Mercader est un pic à glace.
  6. « Polémica Cubana» Blog Archive  » Ramon Mercader, assassin de Trotsky, fort mal récompensé », sur www.polemicacubana.fr (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dans son essai, Jean-Pax Méfret consacre un long chapitre à l’assassinat de Trotski par Mercader : Douze assassinats qui ont changé l’Histoire, Jean-Pax Méfret Ramon Mercader sur Google Livres.
  • Le blog dissident cubain Polémica Cubana a publié en un long entretien avec Luis Mercader, le jeune frère de Ramon intitulé « Ramon Mercader, assassin de Trotsky, fort mal récompensé ». Outre l’ingratitude de l’URSS à l'égard de son frère, il évoque l'ensemble de son parcours, par exemple le contexte politique dans lequel il a assassiné Trotski, notamment les affrontements armés entre trotskistes et communistes pendant la guerre d’Espagne. http://www.polemicacubana.fr/?p=9901.
  • Pierre Broué, Trotsky, Fayard, Paris, 1988, 1105 p. (ISBN 2-213-02212-7).
  • Pierre Broué, L'assassinat de Trotsky, Éditions complexes, 1980. (ISBN 2-87027-056-9).
  • Pavel & Anatoli Soudoplatov, Missions spéciales : Mémoires du maître-espion soviétique Pavel Soudoplatov, autobiographie, éditions du Seuil, Paris, 1994, (ISBN 2-02-021845-3).
  • Leonardo Padura, L'homme qui aimait les chiens, roman, Métailié, 2011.
  • Gregorio Luri, El cielo prometido. Una mujer al servicio de Stalin, Biographie, Ariel, 2016.

Documentaire[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]