Ramón Mercader

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Ramón Mercader
Surnom Ramon Ivánovich Lopez
Nom de naissance Jaime Ramón Mercader del Río
Naissance
Barcelone, Espagne
Décès (à 65 ans)
La Havane, Cuba
Allégeance Drapeau de l'Espagne République espagnole
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Arme Embleme KGB NKVD et KGB
Grade Colonel
Conflits Guerre civile espagnole
Distinctions Ordre de Lénine
Héros de l'Union soviétique
Autres fonctions Espion, agent du NKVD et du KGB

Ramón Mercader (Jaime Ramón Mercader del Río Hernández), né à Barcelone le [1] et mort à La Havane le , est un militant communiste espagnol. Il est connu pour avoir, en tant qu'agent du NKVD, assassiné Léon Trotsky en 1940.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses parents s'étant séparés, Ramón Mercader passe la plus grande partie de son enfance en France avec sa mère, Eustacia María Caridad del Río Hernández (appelée généralement Maria Caridad) aristocrate espagnole d'origine cubaine. (Du côté paternel, il est le demi-frère de Maria Mercader, la deuxième femme du metteur en scène et acteur italien Vittorio De Sica).

Dans sa jeunesse, Ramón est convaincu par les idées communistes, il aide des organisations de gauche dans l'Espagne du milieu des années 1930. Il est brièvement emprisonné pour ces activités, mais libéré quand le gouvernement du Front populaire accède au pouvoir en 1936.

Au début de la guerre civile, il entre dans l'armée républicaine, parvenant au grade de lieutenant, puis à la fonction de commissaire de bataillon[2]. Ensuite, il suit les pas de sa mère, membre du Parti communiste d'Espagne puis agent du NKVD, l'ancêtre du KGB.

En 1936, sur l'ordre de Staline, Lavrenti Beria, le patron du NKVD, charge l'agent Nahum Eitingon, de liquider Léon Trotsky, réfugié au Mexique. Celui-ci avait été expulsé d'Union soviétique en 1929 par Staline mais avait continué à s'opposer à lui par ses écrits et surtout en créant, en 1938 à Paris, la Quatrième Internationale. Eitingon avait été résident du NKVD en Espagne en 1936 et il y était devenu l'amant de María Caridad. Il implique celle-ci dans l’opération puis il recrute son fils Ramón qui infiltrait les milieux trotskystes depuis 2 ans en France sous la fausse identité de Jacques Mornard. En octobre 1939, tous trois partent de France pour Mexico.

Dans cette ville, Trotsky a retrouvé beaucoup de ses partisans espagnols, anciens militants du POUM, ayant participé à la Guerre civile en 1936-37. Mais s’y sont réfugiés également des communistes staliniens qui s'étaient opposé par les armes, sur ordre de Moscou, aux trotskystes pendant cette guerre. Dans le même temps, en URSS, Staline s’est débarrassé sans ménagement de tous ses opposants (réels ou imaginaires) dans les sphères du pouvoir, notamment au sein du politburo, lors des grands procès de Moscou. Trotsky, son dernier opposant en vie, sa bête noire, s’est installé dans une propriété fortifiée dotée d’une porte blindée et de hauts murs de béton surmontés de tourelles équipées de mitrailleuses. Elle est gardée par la police. Le gouvernement mexicain lui a accordé l’asile politique sans difficultés... avec la bénédiction des États-Unis, son puissant voisin, qui voit d’un très bon œil les virulentes critiques de Trotsky à l'encontre du régime soviétique (« Les ennemis de nos ennemis sont nos amis »...). On ne veut donc surtout pas que les services secrets de Staline le réduisent au silence or on sait qu’ils sont prêts à tout pour y parvenir. Ils l’ont traqué en Turquie puis France et en Norvège. Ils ont déjà éliminé plusieurs de ses proches, notamment le numéro 2 de la 4e Internationale, Rudolf Klement, dont on a retrouvé le corps décapité à Paris dans la Seine.

Le 24 mai 1940 vers 4 heures du matin, un commando d’une vingtaine d’hommes, s’introduit dans la propriété de Trotsky avec à la complicité d’un de ses gardes qui a déverrouillé la porte blindée. Les assaillants entrent dans sa chambre et tirent de nombreuses rafales dans sa direction et celle de Natalia Sedova, sa compagne, mais finalement ils sont mis en fuite et tout le monde s’en sort indemne[3]. La police mexicaine arrête la plupart des membres du commando et elle identifie son chef, qui à réussi à s'enfuir, David Alfaro Siqueiros, un peintre mexicain pro-communiste mais elle ne remonte pas jusqu’à Eitingon, l’instigateur de l’opération. Celui-ci affirme au "camarade" Beria, fort mécontent de son échec, qu’il a un “plan B“.

... Plan dans lequel Ramón Mercader est appelé à jouer le rôle principal. L’année précédente, à Paris, celui-ci avait rencontré "par hasard", puis séduit, Sylvia Ageloff, une trotskyste américaine qui assure des travaux de secrétariat pour Trotsky. À Mexico il fait aussi connaissance avec les époux Rossmer, amis français très proches du dirigeant révolutionnaire. C’est grâce à tous ces contacts qu’il peut enfin le rencontrer. Il se fait passer auprès de lui pour un journaliste canadien, Franck Jacson, souhaitant lui consacrer un article. Il gagne peu à peu sa confiance, il le rencontre à 11 reprises. Le 20 août 1940 vers 17 heures il se rend une douzième fois à la villa pour lui présenter un plan détaillé de son article[3]. Il porte un imperméable, Natalia Sedova s’en étonne. « Il va peut-être pleuvoir », lui dit-il. En fait, sous cet imper, il cache un poignard, un pistolet... et un piolet avec lequel il porte un coup mortel à l’arrière crâne du leader révolutionnaire.

Pour expliquer les raisons de son acte à la police mexicaine Mercader affirme que, après avoir été séduit par les thèses de Trotsky, celui-ci l’avait stupéfié en lui demandant de remplir une mission ignoble : se rendre en URSS pour accomplir des actes de sabotage et, si possible, assassiner Staline. « Il trahissait l’unique pays où la révolution avait triomphé », déclare-t-il à une journaliste mexicaine peu avant son procès. Il est condamné à 20 ans de prison, peine maximale prévue par la loi au Mexique à cette époque pour un tel crime. La police, à laquelle il avait prétendu s’appeler Ramon Lopez, mettra 10 ans à découvrir sa véritable identité et ne parviendra pas à prouver formellement qu’il a agi sur l’ordre du NKVD.

À sa sortie de prison il se rend en URSS mais il n’y est pas accueilli en héros. Les temps, les dirigeants, les méthodes ont changé. Eitingon croupit en prison. On décore néanmoins discrètement "Ramon Lopez" de l’Ordre de Lénine pour avoir (de sa propre initiative) éliminé un ennemi du socialisme. Il s’acclimate mal au pays à cause de la langue, du froid, des files d’attente devant les magasins, etc. Il vit isolé avec sa femme, Roquelia, épousée en prison au Mexique, dans un modeste appartement attribué par les autorités. Celles-ci refusent pendant 14 années d’accéder à son souhait de se rendre à Cuba [4]. C’est là-bas qu’il meurt d’un cancer des os le 18 octobre 1978 à l’âge de 65 ans mais ses cendres se trouvent au cimetière de Kountsevo à Moscou sous le nom de « Ramon Ivanovitch Lopez, héros de l’Union Soviétique ».

Culture[modifier | modifier le code]

Dans son essai Douze assassinats qui ont changé l’Histoire, Jean-Pax Méfret consacre un long chapitre à l’assassinat de Trotsky par Mercader. On peut le lire sur Google-books : https://books.google.fr/books?isbn=2756409693

Le blog dissident cubain Polémica Cubana a publié en janvier 2014 un long entretien avec Luis Mercader, le jeune frère de Ramon intitulé « Ramon Mercader, assassin de Trotsky, fort mal récompensé ». Outre l’ingratitude de l’URSS à l'égard de son frère, il évoque l'ensemble de son parcours, par exemple le contexte politique dans lequel il a assassiné Trotsky, notamment les affrontements armés entre trotskystes et communistes pendant la guerre d’Espagne. http://www.polemicacubana.fr/?p=9901

Un documentaire espagnol sur ce personnage a été réalisé en 1996[5].

L'écrivain Thierry Jonquet, à ses débuts comme auteur de polar, a écrit trois romans sous le pseudonyme de Ramon Mercader.

Jorge Semprún a écrit en 1968 un roman sous le titre de La Deuxième Mort de Ramón Mercader.

Alain Delon revêt le masque du meurtrier, dans le film de Joseph Losey en 1972, L'Assassinat de Trotsky.

En bande dessinée : Gani Jakupi, Les Amants de Sylvia, Futuropolis (2010) (ISBN 978-27-5480-304-5).

L'écrivain journaliste cubain Leonardo Padura dans un roman évoque les destins croisés de Trotski et Ramon Mercader : L'homme qui aimait les chiens Éditions Métailié (paru en janvier 2011).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hilarri
  2. Source : Enciclopedia Espasa
  3. a et b Jean-Pax Méfret, 12 Assassinats qui ont changé l'Histoire, Editions Flammarion,‎ , 403 p. (ISBN 9782756409696 et 2756409693).
  4. « Polémica Cubana» Blog Archive  » Ramon Mercader, assassin de Trotsky, fort mal récompensé », sur www.polemicacubana.fr (consulté le 5 février 2016)
  5. (fr) « Ramon Mercader, l'assassin de Trotski (ASALTAR LOS CIELOS) », sur http://iconotheque-russe.ehess.fr/, L'école des hautes études en sciences sociale,‎ (consulté le 2 avril 2010)

Lien externe[modifier | modifier le code]