Oblique (cas)

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En linguistique, le terme de cas oblique (casus obliquus en latin) désigne tout type de cas grammatical autre que celui servant de forme de citation (ou lemme). Il fonctionne essentiellement en opposition avec la notion de cas direct. Son application précise varie selon les langues :

  • son sens premier, remontant à la grammaire grecque, désigne les cas autres que le nominatif (forme de citation et cas du sujet et le vocatif ;
  • par spécialisation, le terme peut désigner dans une déclinaison à deux cas celui qui couvre tout ce qui n'est pas le sujet ; on parle alors aussi de cas régime ou de cas objet, lequel s'oppose terminologiquement au cas sujet ;
  • plus récemment, il a été réemployé pour désigner le ou les cas couvrant toutes les fonctions « périphériques » autres que celles de sujet et d'objet.

Sens historique[modifier | modifier le code]

Les premiers grammairiens grecs ont nommé πτῶσις « chute » l'ensemble des variations formelles susceptibles d'affecter les mots : le terme s'apparentait donc plus à la notion moderne de flexion. Ce sont les stoïciens qui ont par la suite restreint le terme à son sens actuel de flexion liée à la fonction syntaxique. Le choix de ce terme provient d'une métaphore conceptuelle des variations formelles comme déviation loin d'une position d'équilibre, assimilée à la forme habituelle de citation du mot. Cette position d'équilibre a reçu le nom de πτῶσις ὀρθή ou πτῶσις εὐθεῖα « cas direct » (correspondant au nominatif), les autres formes étant dénommées πτώσις πλάγια « cas oblique »[1][2]. Les termes spécifiques aux différents cas obliques n'ont été introduits que plus tard.

Les grammairiens latins ont rendu ces notions dans leur langue par calque lexical : casus, casus rectus, casus obliquus, et ajouté, selon une métaphore semblable, le terme de declinatio, littéralement « inclinaison ».

Dans ce sens, cas oblique couvre tous les cas autres que le nominatif et généralement le vocatif[3]. C'est un terme générique utile quand il s'agit d'évoquer une propriété qui leur commune. Par exemple, en latin, les cas obliques peuvent se former sur un autre thème morphologique que le nominatif: ainsi homō « être humain » forme ses cas obliques sur le thème homin-, donnant au singulier l' accusatif hominem, le génitif hominis, le datif hominī etc.

Opposition cas sujet / cas régime en ancien français et ancien occitan[modifier | modifier le code]

L'ancien français comportait une déclinaison à deux cas qui est parfois décrite (notamment dans les descriptions en langue allemande) en termes d'opposition entre cas direct et cas oblique. Toutefois, la tradition grammaticale francophone préfère généralement les dénominations respectives de « cas sujet » et de « cas régime »[4]. La linguistique anglophone recourt quant à elle à la dénomination de « cas objet » (objective case).

On opposait ainsi au singulier li murs (cas sujet), le mur (cas régime), et au pluriel li mur (cas sujet), les murs (cas régime). Parfois le cas sujet singulier était fort différent des autres : li cuens, le conte, li conte, les contes (conte signifiant « comte »). Les noms propres offraient des exemples fréquents : Georges / George, Gui / Guyon, Guennes / Ganelon, etc.

La forme unique du français moderne dérive le plus souvent du cas régime. Il y a cependant un certain nombre d'exceptions où c'est le cas sujet qui a survécu, concernant les noms de personnes : ex. prestre / provoire (« prêtre »), ancestre / ancessor (« ancêtre »), traïtre / traïtor (« traître »), suer / seror (« sœur ») et de nombreux prénoms. Dans quelques cas, le cas sujet et le cas régime se sont tous deux maintenus dans la langue moderne, parfois avec des sens différents : c'est le cas pour gars / garçon, copain / compagnon, sire / seigneur, pâtre / pasteur, nonne / nonnain et pute / putain.

La déclinaison à deux cas de l'ancien français permettait des tours impossibles en français moderne ; comme elle soulignait les fonctions grammaticales, l'ordre des mots pouvait être plus libre qu'aujourd'hui. Par exemple :

Son oncle conta bonement
Son couvenant et son afere. (Huon le Roi, Le Vair Palefroi)

signifie « Il raconta bonnement à son oncle son arrangement et son affaire. » Son oncle, au cas régime, ne peut être sujet de conta (qui serait, au cas sujet, ses oncles).

De même,

Son seignor dire ne l'ose. (Chrétien de Troyes, Érec et Énide)

signifie « Elle n'ose pas le dire à son seigneur. »

L'ancien occitan comportait une déclinaison semblable, qui a disparu de la même façon en occitan moderne.

L'oblique comme cas « périphérique »[modifier | modifier le code]

En grammaire générative et à sa suite, le terme d'oblique a été employé dans un sens un peu plus restreint, désignant toutes les fonctions « périphériques » autres que celles « centrales » de sujet et d'objet[3].

Certaines langues ont des systèmes casuels plus ou moins fondés sur ce principe :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Barry J. Blake, Case, Cambridge, Cambridge University Press, coll. « Cambridge textbooks in linguistics »,‎ , 2e éd., 24 cm, XX-227 p. (ISBN 0-521-01491-3, OCLC 491486754, lire en ligne), p. 18-19
  2. Franck Neveu, Dictionnaire des sciences du langage, Paris, Armand Colin,‎ , 24 cm, 316 p. (ISBN 2-200-26378-3, OCLC 300269132, notice BnF no FRBNF39903133, lire en ligne), entrée CAS.
  3. a et b Martin Haspelmath, ch. Terminology of case, §3 Kinds of cases dans (en) Andrej Malchukov (dir.) et Andrew Spencer (dir.), The Oxford handbook of case, Oxford, Oxford University Press, coll. « Oxford handbooks in linguistics »,‎ , 26 cm, XXVII-928 p. (ISBN 978-0-19-969571-3, OCLC 470815289, lire en ligne)
  4. Henri Bonnard et Claude Régnier, Petite grammaire de l'ancien français, Paris, Magnard,‎ , 26 cm, 239 p. (ISBN 2-210-42209-4, OCLC 21467594, notice BnF no FRBNF35064691, présentation en ligne), p. 14

Voir aussi[modifier | modifier le code]