Rhétorique à Alexandre

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La Rhétorique à Alexandre (Τέχνη ῥητορική / Rhetorica ad Alexandrum) est un traité de rhétorique écrit en grec daté du IVe siècle avant notre ère. Ses conditions de rédactions posent de nombreux problèmes pour la recherche critique.

Composition[modifier | modifier le code]

Le traité est important, c'est le dernier représentant du genre avant la révolution de la Rhétorique d'Aristote. On remarque néanmoins que le mot « Rhétorique » n'apparaît pas et est marqué par une sécheresse didactique[1].

Le consensus voit l'organisation du texte en une trichotomie : § 1-5 : définitions, applications ; § 6-28 : les procédés analysés précédemment mais indépendamment de l'espèce du discours choisies ; § 29-37 : organisation et enrichissement du plan du discours, avec des topiques[2]. On y voit l'influence manifeste d'Isocrate[3].

Il est encadré au début par deux parties considérées comme des interpolations manifestes. Au début, c'est la lettre dédicatoire d'Aristote à Alexandre le Grand. À la fin, il est retranscrit plusieurs reprises très proches du texte, probablement une compilation tardive pour la pédagogie[4].

Attribution[modifier | modifier le code]

L'auteur de l'ouvrage fut souvent recherché afin d'avoir la conjecture rhétorique dans le cadre de l'histoire de la discipline. Nous savons que le texte fut écrit entre -344/-343 et -300[5]. Mais plusieurs problèmes se posent.

Au début du traité, est présente une lettre dédicatoire d'Aristote pour adresser l'ouvrage à un de ses élèves, Alexandre le grand. C'est de là que vient le titre conventionnel des manuscrits médiévaux et l'attribution à Aristote, notamment sa présence dans ce corpus[4]. Selon cette lettre, le traité fut aussi coécrit avec Corax. Il fut établi que cette lettre est une forgerie, probablement écrite au IIe siècle de notre ère [6]. En plus de la lettre, plusieurs preuves permettent de conclure qu'Aristote n'a pas écrit ce traité, on lui en refuse l'attribution depuis Érasme[7]. Malgré plusieurs ressemblances[8], la Rhétorique diverge sur de nombreux points, idem sur l'idéologie de la rhétorique d'Aristote exposée dans Phèdre, visant une rationalisation de la persuasion qui n'est pas présente ici, d'autant la Rhétorique à Alexandre est à la première personne du singulier, ce que ne fit pas Aristote[9] et elle n'est pas présente dans les anciens catalogues de ses œuvres[10]. La référence dans la lettre au Theodectia, un traité de jeunesse perdu d'Aristote sur Théodecte peut expliquer l'attribution car les ressemblances sont fortes mais les témoignages sont trop imprécis pour confirmer l'hypothèse[11]. Le rhéteur Corax n'est connu que par des citations trop brèves ou une tradition byzantine qui remit en question son rôle, on ne peut déterminer son rôle mais ce n'est probablement pas son œuvre[12]. Quant à l'hypothèse de l'ouvrage composite, elle est rejetée car si on remarque de nombreuses redites, incohérences et un vocabulaire hétérogène, c'est plus la trace d'un seul auteur qui utilisa un amalgame de documents mal synthétisés[13].

L'hypothèse la plus retenue aujourd'hui est l'attribution à Anaximène de Lampsaque, par des citations de Quintilien et Syrianos, d'autant que les genres et le nombre des natures oratoires concordent[14]. Le problème est l'état du texte tel qu'il nous est parvenu. Il fut découvert à la fin du XIXe siècle à El Hibeh plusieurs papyrus, l'un d'entre eux (PHib. 26, l'un des plus longs mais avec de nombreuses lacunes[15], sigla Π pour l'établissement du texte) étant le traité de rhétorique ici présent. On remarque ainsi de nombreuses différences par rapport à la tradition manuscrite qui nous est parvenue[16]. Le texte a subi de très nombreuses altérations et interpolations au fil de sa retranscription avant l'époque médiévale, les principales modifications portent sur la formulation des genres, les « catégories » et veut rendre la doctrine cohérente avec Aristote, l'auteur attribué[17]. Malgré des tentatives de conjectures, le texte fut grandement refondu, la reconstitution du texte originel est improbable avec le manque d'information[18]. On peut donc conclure que si on se base sur la citation de Quintilien, l'ouvrage est d'Anaximène avec la restriction que le texte dont il parle est largement différent de celui qui nous est connu par la tradition manuscrite[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. C.U.F, p. VIII-IX.
  2. C.U.F, p. XII-XIII.
  3. C.U.F, p. CV.
  4. a et b C.U.F, p. X.
  5. C.U.F, p. XL. Soit entre l'aide des Corinthiens avec Timoléon aidant Syracuse et la datation du papyrus d'Hibeh.
  6. C.U.F, p. XLVII.
  7. C.U.F, p. LVI.
  8. C.U.F, p. LIII-LVI.
  9. C.U.F, p. LVI-LX.
  10. C.U.F, p. note n°89. Selon la fameuse étude de Paul Moraux sur les catalogues des écrits du philosophe, la Rhétorique à Alexandre n'apparaît que dans l'Anonyme de Ménage, composé par Hésychios de Milet au VIe siècle, donc bien après la fabrication de la fausse lettre de dédicace.
  11. C.U.F, p. LX-LXV.
  12. C.U.F, p. LXVI-LXXV.
  13. C.U.F, p. LII-LIII et CIII-CVI.
  14. C.U.F, p. XLII, XLV, LXXV-LXXXVIII.
  15. Grenfell, B. P., Hunt, A. S., & Turner, E. G., The Hibeh papyri, London, Sold at the Offices of the Egypt Exploration Fund, (lire en ligne), p. 114-138 [PDF= 134-158]
  16. C.U.F, p. XLI.
  17. C.U.F, p. LXXXVIII-LXXXIX.
  18. C.U.F, p. CII-CIII.
  19. C.U.F, p. CIII-CVI.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le traité fut édité avec le corpus des écrits d'Aristote. Sous la numérotation Bekker servant à la concordance, il est noté 1420 A – 1447 B.
  • Pseudo-Aristote (trad. Pierre Chiron), Rhétorique à Alexandre, Les Belles Lettres, coll. « Collection des Universités de France », .