Polypode commun

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Polypodium vulgare

Le Polypode commun (Polypodium vulgare L.) est une fougère de la famille des Polypodiaceae. Il est parfois appelé réglisse des bois ou réglisse sauvage. En effet, son rhizome a été utilisé à des fins médicinales, mais aussi gastronomiques.

Étymologie et dénominations[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom scientifique Polypodium vient du grec polus (« nombreux »), et podion (« petit pied »), en référence à son rhizome comportant de nombreuses racines[1] ou de nombreux appendices laissés à la chute des frondes[2].

Synonymes[modifier | modifier le code]

  • Ctenopteris vulgaris (L.) Newman
  • Polypodium auritum Willd.
  • Polypodium boreale Salisb.

Attention à ne pas confondre avec Polypodium vulgare auct. p.p. non L. qui correspond à Polypodium virginianum.

Description[modifier | modifier le code]

Fronde et sores sur deux rangées.
en situation épiphyte, associée au lierre, sur la partie verticale d'un tronc (marais de Brimeux).

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

Le polypode commun est une fougère vivace de 10 à 50 cm de hauteur. Les frondes prennent naissance de façon isolée le long d'un rhizome rampant de 30 cm de long, assez épais, couvert d'écailles rousses brusquement acuminées. Chaque fronde oblongue à lancéolée est profondément divisée, pennée : lustrée et d'un vert foncé sur les deux faces, elle est composée de 10 à 25 paires de segments lancéolés entiers ou peu dentés, alternes et confluents à la base, et d'un segment terminal bien marqué[1].

Appareil reproducteur, cycle[modifier | modifier le code]

Les sores ronds, situés au-dessous des frondes du polypode, sont formés de sporanges serrés les uns contre les autres et qui ne sont pas protégés par une membrane (indusie). Ils forment généralement une rangée de part et d'autre de la nervure médiane et sont plus fréquents sur les segments supérieurs. La sporulation a lieu de juillet à septembre : à maturité, les sporanges libèrent les spores disséminées par anémochorie et qui, en germant sur un substrat humide, forment un minuscule prothalle foliacé (gamétophyte) porteur d'organes mâles (anthéridies) et d'organes femelles (archégones) produisant des gamètes. Des fécondations résultent des embryons qui reforment de nouveaux polypodes (sporophytes). Au début de leur développement, les embryons parasitent le gamétophyte qui s'épuise et meurt quand l'embryon a formé une première feuille et une première racine, devenant ainsi autonome[3].

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Le polypode commun peut être épiphyte et supporte une faible luminosité

C'est une fougère commune en France, jusqu'à 2 200 m d'altitude[4]. Elle est plus rare en région méditerranéenne. Elle est aussi assez commune en Scandinavie et dans les Carpates. En Amérique du Nord, elle est particulièrement commune sur la côte ouest tempérée, notamment en Oregon et dans l'État de Washington (États-Unis) ainsi qu'en Colombie-Britannique (Canada).

Habitats[modifier | modifier le code]

Eespèce péri-forestière, elle affectionne les stations ombragées à mi-ombragées. Cette hémicryptophyte se rencontre sur les talus, les vieux murs, les anfractuosités des rochers (espèce saxicole), à la base de troncs et dans les sous-bois rocailleux. Elle peut être épiphyte sur les arbres forestiers ou des parois moussues[1].

Le polypode commun préfère les milieux siliceux, il est rare sur les rochers calcaires (associé à Asplenium trichomanes)[1].

Confusions possibles[modifier | modifier le code]

L'identification certaine nécessite l'observation avec une forte loupe des paraphyses entre les sporanges (elles n'existent que chez Polypodium cambricum) et des spores (plus grands chez Polypodium interjectum)[5].

P. interjectum est une espèce allohexaploïde qui s'est formée par l'association des génomes de P. cambricum diploïde et P. vulgare allotétraploïde (formé à partir de deux espèces américaines). Les difficultés de détermination et la fréquence des hybrides expliquent que ces plantes sont parfois traitées comme trois sous-espèces de P. vulgare[6].

Utilisations[modifier | modifier le code]

  • Usage gastronomique : cette fougère présente un rhizome qui peut être mâchonné pour sa douceur qui rappelle celle du réglisse (d'où son nom de « réglisse du pauvre », rappelant que cette fougère est proche du Polypode réglisse). Dans les campagnes européennes, les enfants suçaient son rhizome comme des bonbons[7].
    Cette douceur est due à la présence d'une saponine (l'osladine, au pouvoir sucrant 500 fois intense que celui du sucre) qui a été découverte dans le rhizome en 1971[8].
  • Usage médicinal : depuis environ 2000 ans, le rhizome prélevé à partir de septembre puis séché est utilisé contre la toux, l'enrouement (expectorant grâce à ses mucilages). Il est également employé comme vermifuge, cholagogue, laxatif[9]. Ces propriétés sont dues à la présence de phytoecdysteroides (en), défenses chimiques contre les herbivores[10]. Utilisé comme hypotenseur, on croyait que la quantité de sang que le malade perdait (gouttes) était en rapport avec le nombre de sores compris dans la partie de fronde utilisée[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion, G. Dumé, Flore forestière française. Plaines et collines, Forêt privée française, (lire en ligne), p. 215.
  2. (en) Boughton Cobb, Elizabeth Farnsworth, Cheryl Lowe, A Field Guide to Ferns and Their Related Families, Houghton Mifflin Harcourt, (lire en ligne), p. 192.
  3. F. Moreau (direction) Botanique. Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, 1960
  4. P. Fournier, Les quatre flores de France, éd. P. Lechevalier, Paris, 1961
  5. André Berton, « Observations sur les formes du Polypodium vulgare L. », Bulletin de la Société Botanique de France, vol. 121 sup 1,‎ , p. 45-53 (DOI 10.1080/00378941.1974.10835575).
  6. Philippe Jauzein, Olivier Nawrot, Flore d'Île-de-France. Clés de détermination, taxonomie, statuts, éditions Quae, , p. 113.
  7. François Couplan, Le régal végétal: plantes sauvages comestibles, éditions Ellebore, (lire en ligne), p. 124.
  8. (en) J Jizba, L Dolejs, V Herout & F Sorm, « The structure of osladin — The sweet principle of the rhizomes of Polypodium vulgare L. », Tetrahedron Lett., vol. 18,‎ 1971, p. 1329-1332 (DOI 10.1016/S0040-4039(01)96701-2)
  9. (en) European Medicines Agency Evaluation of Medicines for Human Use ASSESSMENT REPORT ON POLYPODIUM VULGARE L., RHIZOMA, London, 6 November 2008. Ref.: EMEA/HMPC/600669/2007 [PDF]
  10. (en) F. Camps, E. Claveria, J. Coll, M. P. Marco, J. Messeguer, E. Mela, « Ecdysteroid production in tissue cultures of Polypodium vulgare », Phytochemistry, vol. 29, no 12,‎ , p. 3819-3821 (DOI 10.1016/0031-9422(90)85339-H).
  11. M. À. Barret, A. Agelet, J. Vallès & L. Villar, « Contribution à la connaissance ethnobotanique des ptéridophytes dans les Pyrénées », Bocconea, no 13,‎ , p. 610.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]